La pauvreté aujourd'hui

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Griffon
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Re: Je suis ce que j'ai.

Message non lu par Griffon » mer. 30 juin 2010, 19:28

papillon a écrit :
cedricleduc a écrit :Se preoccuper uniquement de son etre?uniquement??
Peut-etre faudrait-il dire:"savoir mettre l'avoir au service de l'etre" et ce quelque soit l'avoir.
Je suis aussi d'accord qu'il faut se "préoccuper" uniquement de son être, ce qui n'exclut pas de "s'occuper" aussi d'autres choses, matérielles entre autres, car nous ne sommes pas qu'esprits, nous avons un corps et nous vivons sur terre avec tout ce que ça implique, mais on peut s'occuper de ces aspects de notre vie terrestre sans s'en "préoccuper".
(petit exercice de sémantique :-D )

En ce sens, on peut s'occuper de l'avoir pour le mettre au service de l'être, sans donner à cet avoir plus de sens et d'importance qu'il n'en a, dans un état de détachement, et ne se préoccuper de ce fait que de notre être.

Je m'arrête ici avant de m'embrouiller. :oops:
C'est très clair :
" “Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment pas, ils ne moissonnent pas, ils n’ont pas de réserves ni de greniers, mais votre Père du Ciel les nourrit. Et vous alors ? Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? 27 Qui d’entre vous, à force de s’inquiéter, pourra prolonger sa vie d’une seule coudée ?
28 “Et le vêtement, pourquoi vous en préoccuper ? Voyez comment sortent les lys des champs et instruisez-vous. Ils ne peinent pas, ils ne tissent pas, 29 mais je vous dis que Salomon dans toute sa gloire n’était pas habillé comme l’un d’eux. 30 Si Dieu habille ainsi la plante sauvage qui aujourd’hui se dresse mais demain sera jetée au four, ne fera-t-il pas beaucoup mieux pour vous ? Vous avez bien peu la foi !
31 “Donc laissez là vos inquiétudes : Qu’allons-nous manger ? Qu’allons-nous boire ? Comment nous habiller ? 32 Laissez les païens courir après toutes ces choses, car votre Père du Ciel sait que tout cela vous est nécessaire.
33 “Cherchez d’abord son royaume et sa justice, et tout le reste vous sera donné en plus. 34 Cessez de vous inquiéter pour demain et demain s’inquiétera pour lui-même : à chaque jour suffit sa peine.”
"

Jésus, j'ai confiance en Toi,
Jésus, je m'abandonne à Toi.
Mon bonheur est de vivre,
O Jésus, pour Te suivre.

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Re: Je suis ce que j'ai.

Message non lu par cedricleduc » jeu. 01 juil. 2010, 0:37

Bonsoir Griffon,

Votre propos était juste un peu flou dans ma tete.Je vous ai compris.

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coeurderoy
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Message non lu par coeurderoy » jeu. 01 juil. 2010, 6:51

Remarquons que dans nos familles...chrétiennes les "révélations" qu'apportent certains décès sur la fortune de membres de la famille (j'ai deux exemples, ancien dans ma propre famille, récent dans ma belle-famille, de célibataires vivant chichement sur des magots insoupçonnés), ces révélations donc, la stupeur ahurie des frères er soeurs survivants, le questionnement lorsqu'il y a eu clairement captation d'héritages... en dit très long sur le culte idolâtrique que certains ont voué toute leur vie à Maître Argent. Quel contraste étonnant avec ceux qui, gérant une fortune pour le bien d'autrui (cela existe, c'est vrai) ont permis à leur entourage de sortir d'un mauvais pas, financé les études d'un jeune, adopté des enfants, créé une association, servi la Cité...

En terreau chrétien les exemples familiaux auxquels je pense sont proprement scandaleux (des décennies après les familles s'en souviennent, une injustice grave peut brouiller des frères et soeurs à jamais en ce domaine...) Ce qui, personnellement me choque le plus (je songe à une grand-tante décédée vers 70 et un oncle de mon épouse mort il y a cinq ans) c'est que ces célibataires discrets, véritablement grigous (jamais un cadeau à la famille proche...) se donnaient des allures de gagne-petits en vivant sur leurs rentes, faisant fructifier un magot dont ils ne profitèrent même pas eux-mêmes : ce que le monde appelle "gens bien" : pas de folie, pas de danseuse à entretenir , pas de goût des autres : un calcul solitaire, une vie repliée et discrète, sans à-coups... jusqu'à la grande révélation du testament... Je ne trouve rien de plus triste à cela car le bien qui n'aura pas été accompli au moment où ils auraient pu donner, sans calcul, par compassion, souci d'autrui, charité, eût été je crois leur planche de salut : en ouvrant leur coeur et leur bourse ils s'ouvraient le Ciel. Parabole de Lazare et du mauvais riche...

Le Moyen-Age l'avait bien compris : l'enrichissement des classes bourgeoises au XIIIème siècle va de pair avec les représentations de l'Avare, la bourse autour de cou dans la procession des damnés du Jugement Dernier : nous vivons là aussi des temps de véritable idolâtrie mais l'Eglise reste discrète pour la dénoncer en chaire...
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Message non lu par papillon » ven. 02 juil. 2010, 7:05

coeurderoy a écrit :Ce qui, personnellement me choque le plus (je songe à une grand-tante décédée vers 70 et un oncle de mon épouse mort il y a cinq ans) c'est que ces célibataires discrets, véritablement grigous (jamais un cadeau à la famille proche...) se donnaient des allures de gagne-petits en vivant sur leurs rentes, faisant fructifier un magot dont ils ne profitèrent même pas eux-mêmes
L'attachement à l'argent revêt différents visages. Pour ceux qui souffrent de cette dépendance, l'argent répond à divers besoins et comble (illusoirement) certaines carences. On peut être attaché à l'argent pour le pouvoir, pour le prestige, pour le plaisir qu'il peut nous offrir, ou pour la sécurité. Mais c'est toujours relié à une faiblesse.
Dans les cas que vous décrivez, Coeurderoy, il m'apparaît que ces gens dont personne ne soupçonnait la fortune et qui n'ont même pas profité de leur argent souffraient d'une profonde insécurité. Ces riches qui n'en ont pas l'air ne sont pas un phénomène rare.
C'est effectivement très triste, car c'est comme si, pour eux, l'argent avait remplacé Dieu. Pas nécessairement un dieu devant lequel ils se prosternent, mais un dieu protecteur, qui à chaque jour qui se lève leur chuchote "ne t'inquiète pas, tout va bien, je suis là". Leur magot les sécurise, et c'est la raison pour laquelle ils n'y touchent pas.
On peut certes dire en tant que chrétien que c'est un péché, mais je ne crois pas qu'on doive le reprocher davantage à un chrétien qu'à un athée car ce comportement, s'il dénote un manquement à sa foi, relève aussi (et peut-être surtout) d'un profond déséquilibre intérieur et d'un trouble psychologique. Ce que j'en dis ne vise pas à déresponsabiliser ces gens de leur conduite et je comprends à quel point ce peut être blessant et injuste pour les autres membres de la famille qui auraient eu besoin d'aide ou qui ont été dépossédés de ce qui leur revenait de plein droit. Mais je crois qu'il y a là aussi une grande souffrance. D'ailleurs, vous le dites vous-mêmes, et c'est très souvent le cas, ces gens vivent seul, pas d'une belle solitude, assumée et bien vécue, mais plutôt enfermés en eux-mêmes dans une incapacité de communication réelle, d'échanges et de partage avec les autres. Oui, ils sont bien à plaindre.
Pour ce qui est des autres, je crois qu'on doit tous apprendre à ne pas convoiter même ce qui nous revient de droit. Ce qui ne veut pas dire se laisser manger la laine sur le dos (on se doit respect aussi à soi-même), mais cultiver quand même, à travers tout ça, le détachement.

J'ai davantage d'antipathie (cela est évidemment subjectif) pour les riches dont l'argent est un instrument de pouvoir sur leur entourage, qui s'en servent allègrement pour contrôler l'existence des autres et les opprimer dans le mépris de leurs droits et libertés pour ne faire régner que les leurs.
Ça non plus, ce n'est pas rare, malheureusement.

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Re: Je suis ce que j'ai.

Message non lu par coeurderoy » ven. 02 juil. 2010, 7:41

Oui, ces personnes compensaient (???) ainsi leur solitude, manque de vie affective, peur du manque surtout...Ce qui, dans les deux cas cités, a scandalisé les familles respectives, est le manque de coeur, de soutien fraternel dont ces deux personnes firent preuve à un moment où leurs frères et soeurs, chargés d'enfants, dans une passe difficile (chômage) se virent refuser toute aide (prêt remboursable...). Des années plus tard (testament) ce fut un véritable contre-témoignage, chrétiennement parlant. La tante Z (ma grand-tante) ancienne assistante sociale pourtant, toujours fourrée chez les notaires divisa le magot en deux parts : sur 9 frères et soeurs, deux seulement héritèrent de ce qui venait pourtant des grands-parents respectifs...Tout fut littéralement capté par deux conjoints qui "tournèrent" autour de la tante dans les derniers temps . En famille mes parents, oncles, tantes, plaisantaient du "tiercé" (les héritiers possibles) mais cela fit énormément de dégats, brisant une fratrie très unie jusque-là...

Quant-à l'oncle Y, sollicité lui-aussi par des personnes dans la gêne, il se fit longtemps prier, parlant de sa "petite retraite", exigeant reconnaissance de dette, etc : le débiteur (une nièce) lui fit parvenir scrupuleusement un chèque à chaque échéance de remboursement... Un an plus tard à son décès on découvrait que la très grosse fortune d'une de ses propres tantes, soi-disant captée dans l'après-guerre par un membre extérieur à la famille, était tombée dans son escarcelle et qu'il avait sû, à défaut d'enfants, faire fructifier cette somme assez colossale (ses propres frères qui avaient peiné pour élever leur famille en furent choqués : ainsi mon beau-père qui avait beaucoup ramé et termine sa vie dans une bicoque insalubre...)
Oui, je pense que ces personnes étaient véritablement malades, vivaient dans la peur et cela me scandalise tout-de-même car ils avaient reçu une éducation chrétienne : ce péché d'idolâtrie blessant Justice et Charité a toujours été stigmatisé par l'Eglise, le démon et l'argent sont souvent liés quoi qu'on prétende et Mammon est bien plus souvent maître que serviteur...
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Re: Je suis ce que j'ai.

Message non lu par etienne lorant » ven. 02 juil. 2010, 9:46

coeurderoy a écrit :"Le pauvre n'est pas un homme qui manque, par état, du nécessaire, c'est un homme qui vit pauvrement, selon la tradition immémoriale de la pauvreté, qui vit au jour le jour, du travail de ses mains, qui mange dans la main de Dieu, selon la vieille expression populaire. Il vit non seulement de l'ouvrage de ses mains, mai aussi de la fraternité des autres pauvres, des mille petites ressources de la pauvreté, du prévu et de l'imprévu. Les pauvres ont le secret de l'espérance"

Georges Bernanos (extrait des seules pages existantes de la Vie de Jésus, commencée au Brésil en 1943)
Bonjour Coeurderoy,

Merci ! Quelle découverte ! J'ai la même orientation - du moins je l'espère ! Nul d'entre nous ne peut savoir ce dont demain sera fait. Tout ce que nous possédons, la maladie peut nous l'enlever demain. Je me souviens de l'angoisse - totalement inutile - qui m'a rongé lorsque la fermeture de la galerie a été annoncée, en vue de son "réaménagement". Qu'allais-je faire ? Après tant d'années, retrouver du travail salarié ? Mais tous les programmes d'embauche de l'Etat sont fondés sur des aides sociales dont sont exclus les travailleurs indépendants ! Et puis, voilà : mon père a eu son second "AVC", ma mère a eu besoin d'aide d'urgence, mes proprios ont été d'accord de suspendre le loyer. On ne vit pas seulement de son travail, mais de l'air du temps - et c'est vrai que la pauvreté s'oppose à la richesse aussi en ce sens qu'il ya des riches très pauvres, et des pauvres très riches.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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Re: Je suis ce que j'ai.

Message non lu par coeurderoy » ven. 02 juil. 2010, 11:57

Bonjour Etienne,
Oui ce texte est très fort et Bernanos a toute sa vie "mangé dans la main de Dieu"...j'admire d'ailleurs ceux qui, privilégiés par la fortune - ce qui n'était pas le cas de cet écrivain - ont su garder une âme de pauvre : demeurer des mendiants de Dieu et savoir rester maîtres de leurs richesses en en faisant bon usage : il y faut beaucoup de vertu, tempérance, prudence.. Ce sont des personnes qui savent ne pas se griser de l'illusion de pouvoir que donne l'argent.
Comme le soulignait papillon, utiliser l'argent pour écraser son prochain, l'humilier, est proprement abject... Il me semble que les vieux "préjugés" catholiques à ce propos disparaissent hélas au profit de cette affreuse mentalité nord-américaine : "j'ai de l'argent car je travaille dur, je le mérite et je t'écrase sale parasite, feignant, inutile"... En tout cas tout ce qui parait "pauvre" en France est vite embelli, rafistolé, "relooké" : que ça brille, que ça en jette, que ça fasse riche...Il y a de quoi se sentir rapidement exclus dans une société qui ronronne autant devant les strass et le vernis...
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Re: Je suis ce que j'ai.

Message non lu par etienne lorant » ven. 02 juil. 2010, 14:30

Coeurderoy,

J'ai eu la chance de rencontrer des pauvres dont la richesse spirituelle brillait tellement aux yeux des riches de ce monde que ceux-ci tenaient "absolument !" à les inviter dans leur "pavillon de chasse", pour leur parler le soir, en novembre. Quand il commence à faire sombre, il leur manquait cela: un pauvre pour leur parler des bienfaits de la pauvreté... "un peu comme un reportage sur les micro-organismes qui survivent dans le désert du Kalahari", comme il me l'avait raconté.

L'un de ces pauvres fut mon directeur spirituel après ma conversion. D'origine de petite noblesse, converti, devenu moine, puis titulaire d'une chaire de philosophie et de théologie. Il recevait souvent des invitations de ce genre. Il avait 90 ans, parlait comme un homme de 50, ne se plaignait jamais, il avait une érudition... qui justifie la définition de l'érudition.

Il se laissait parfois inviter, ne fumait pas, ne buvait pas d'alcool, saluait tout le monde de la manière qui convient à l'étiquette. De tel vin, il donnait la juste origine après y avoir à peine trempé ses lèvres. Sourires, bons mots. Et puis à la fin de la soirée, il demandait l'addition: cinquante mille ici, cent mille par là, selon sa propre "évaluation". Il a fini par ne plus être invité car il partait en disant: "Attention, ne croyez pas que vous soyez quitte devant Dieu - Lui vous réclamera la totalité de Ses dons.."

Conclusion: les mauvais riches sont encore plus mauvais qu'ils furent. Mais il y a des mauvais pauvres aussi, plus riches et plus mauvais que les mauvais riches... Dieu seul connaît le secret des coeurs.
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Message non lu par philémon.siclone » ven. 16 juil. 2010, 9:06

La pauvreté a toujours été un état de vie encouragé par le christianisme. Seuls les religieux font voeu de pauvreté, mais ils sont un exemple pour le reste des catholiques. Pourtant, la soif de l'argent, des honneurs et des biens terrestres, a toujours dévoré le coeur des hommes, même des hommes d'Eglise. Aussi la vocation d'un St François, fils d'un riche marchand qui décide de tout abandonner pour suivre le Christ, est-elle révélatrice d'un besoin pressant qui est dans l'homme, et plus particulièrement chez le chrétien, de quitter les biens terrestres et toute leur vanité.

Récemment encore, ne voyait-on pas un célèbre scientifique, Grigori Perelman, renoncer aux récompenses, aux postes prestigieux, jusqu'à un prix d'un million de dollars qu'on lui offrait ? Pourtant Perelman n'est pas chrétien mais juif, ce qui dément les préjugés répandus, encore de nos jours, par les imbéciles. J'aimerais bien qu'on me montre l'exemple d'un catholique refusant de toucher un million de dollars... L'exemple de Perleman devrait nous faire réfléchir à une époque où l'amour de l'argent (disons-le : la cupidité, l'avarice, mots tabou que personne n'ose prononcer de nos jours) est tellement décomplexé, et même érigé en système de civilisation par un capitalisme arrogant et triomphant. Gagner de l'argent, gagner de l'argent, gagner de l'argent... Tout le monde n'a que ça à la bouche, aujourd'hui. Un président de la République s'est même fait élire sur ce programme : gagner plus d'argent. Et il n'est pas rare de trouver des catholiques pratiquants parmi nos chers milliardaires nationaux. Franchement, ce préjugé qui voudrait que ce soit le juif qui aime l'argent et le catholique qui méprise l'argent, préjugé assez tenace encore aujourd'hui, n'a vraiment aucun fondement sérieux. Peut-être les catholiques auraient-ils intérêt, je crois, à méditer la belle leçon de désintéressement que nous donne le professeur Perelman.

Je me mets parfois à rêver qu'un nouveau saint François se lève, tel un soleil rayonnant sur notre siècle enténébré, et se mette à répandre autour de lui le parfum délicieux de la pauvreté chrétienne. Dieu que nous en aurions besoin ! Ce serait pour le coup en témoignage concret et efficace de l'Evangile, et nous changerait des auto-témoignages que nous sommes habitués d'entendre aux micros de nos églises. Ce serait pour le coup un vrai témoignage à contre temps et à contre courant d'un siècle qui a une peur bleue du dénuement, et qui est toute orienté à la jouissance matérielle. Jamais je n'ai entendu un seul sermon à l'église aborder franchement le thème de la pauvreté. Parce que la pauvreté est trop dérangeante... En milieu tradi, on préfère ne pas en parler, classe sociale oblige, la plupart des fidèles sont des bourgeois très chics. En paroisse, la pauvreté sera plutôt présentée comme un problème, un mal social à résoudre.

Mais où est donc passée la pauvreté catholique d'antan ?
Anima nostra sicut passer erepta est de laqueo venantium
Laqueus contritus est, et nos liberati sumus

Notre âme s'est échappée comme un passerau du filet de l'oiseleur,
Le filet s'est rompu, et nous avons été délivrés.
Ps. 123

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Re: La pauvreté aujourd'hui

Message non lu par gerardh » ven. 16 juil. 2010, 14:38

________

Bonjour,

Je signale Proverbes 30, 8-9 : "Éloigne de moi la vanité et la parole de mensonge ; ne me donne ni pauvreté ni richesse ; nourris-moi du pain qui m’est nécessaire, de peur que je ne sois rassasié, et que je ne te renie et ne dise : Qui est l’Éternel ? et de peur que je ne sois appauvri, et que je ne dérobe, et que je ne parjure le nom de mon Dieu".



___________

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Re: La pauvreté aujourd'hui

Message non lu par zélie » ven. 16 juil. 2010, 15:58

Jésus prêchait la "pauvreté en esprit", c'est à dire pas de se contenter amèrement de trop peu, mais de savoir faire de tout acte de notre vie un partage. Mettre dans une boite l'argent économisé sur un repas où on aura préféré un kilo de légumes à éplucher plutôt qu'un plat préparé plus cher par exemple, ou de même pour un vêtement,et ainsi pouvoir donner un peu aux plus pauvres, même si l'on est pas riche du tout. Faire servir les richesses honnêtement gagnées à soulager plus pauvres que soi, même si on reste aisé en le faisant, est aussi un exemple. Mère Térésa illustre bien cet aspect des choses avec l'anecdocte du sari*.

Quand il s'agit des religieux qui mettent en pratique la "sainte pauvreté" poussée à l'extrême, c'est pour mettre aussi la personne en condition de sainteté, en condition de ne savoir dépendre que de la divine providence, c'est à dire de Dieu directement. MAis tout le monde n'est pas appelé au sacerdoce, et cela n'empêche pas d'avoir une culture du partage, qui est "l'esprit de pauvreté".


*Une femme riche vint un jour voir Mère Térésa en lui demandant quoi faire pour les pauvres; Mère Térésa repéra vite que cette femme attachait beaucoup d'importance à sa mise et à son prix, question de culture sociale indienne, et n'était pas prête à d'emblée de gros sacrifices (elle potait un sari de plusieurs centaines de roupies) . Elle lui dit alors ; "la prochaine fois que tu achètes un sari, achète en un deux roupies (ou quelques roupies , moins de cinq) de moins que celui que tu portes, et donnes la différence à un pauvre". Ce que fit la femme. De Sari moins beau en sari moins beau, le zèle gagna cette femme à la vue des visages heureux des pauvres auxquels elle distirbuait ses miettes monétaires, n'ayant jamais cru qu si peu d'argent pouvait déclencher tant de bonheur. Quand Mère Térésa la revit, cette femme portait un sari si pauvre que Mère Térésa s'en inquiéta, mais cette femme rayonnait de joie profonde, sa vie avait changé; elle aidait les pauvres, et ell ey était venue à son rythme, mais avec un esprit vrai. Cette attitude et ses vêtements pauvres ne l'ont pas rendue pauvre;elle était toujours milliardaire en roupies, mais cet esprit nouveau qui l'habitait l'a renouvelée, et elle a pris le chemin de la "pauvreté en esprit" dans la joie et la paix, parce que sa richesse servait à faire du bien aux pauvres , sans forcément la déssaisir. En comprenant cela , mère Térésa l'avait amenée au meilleur d'elle-même.

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Re: La pauvreté aujourd'hui

Message non lu par coeurderoy » ven. 16 juil. 2010, 16:10

philémon.siclone a écrit :
Mais où est donc passée la pauvreté catholique d'antan ?
Elle se cache plus ou moins, l'excès de richesses et l'esprit "m'as-tu vu?" n'épargnant guère les catholiques français, la pauvreté est effectivement perçue comme un vice aujourd'hui...Il serait bon de prêcher, je crois, sur l'esprit de tempérance, sobriété, simplicité. C'est pourquoi lorsque certains diocèses "pleurnichent" sur la pauvreté de leurs ressources j'ai tendance à me méfier : les programmes de rénovation d'espaces liturgiques (avec commandes de mobilier coûteux à des artistes de renom) me laissent assez songeur...
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Re: La pauvreté aujourd'hui

Message non lu par etienne lorant » ven. 16 juil. 2010, 17:10

Songeant à l'esprit de pauvreté, cela me rappelle le mot de Job, lorsque ses frères viennent lui dire qu'il ferait mieux de renier Dieu plutôt que de continuer à parler de Lui en juste, tout en élevant sa plainte.

Job dit: "Dieu a donné, Dieu a repris, béni soit Dieu".

Je considère les "pauvres pour l'esprit" de la béatitude comme ceux et celles qui possèdent des objets, en jouissent avec modération, et lorsqu'ils découvrent qu'ils n'en ont plus besoin, ou que d'autres en ont un besoin plus urgent, s'en défont facilement car ils n'y avaient pas attaché leurs coeurs.

Pour ma part, à cinquante-quatre ans, je ne suis propriétaire ni de ma boutique, ni de mon logement. Est-ce que je devrais m'en vanter ? Certes non, car cela ne veut rien dire non plus: qui dira le nombre de fois où j'ai réclamé à mes propriétaires de pouvoir acheter la surface que j'occupe depuis 1983. Mais ils n'ont jamais voulu. Et chaque fois que j'y ai effectué des travaux d'entretien, ils ont exigé que la facture soit au nom de leur société; en effet, ils sont perpétuellement à la recherche de documents leur permettant de déduire des sommes de leurs impôts. Une véritable chasse aux papiers, aux souches TVA des restaurants, etc. Notez que je n'ai pas à me plaindre, puisqu'ils me remboursent une part du coût de mes travaux.

Je me suis souvent fait cette réflexion: de même qu'il y a des riches qui ont un coeur de pauvre, il y a aussi des pauvres qui ont un coeur de riche.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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Re: La pauvreté aujourd'hui

Message non lu par Griffon » ven. 16 juil. 2010, 17:31

philémon.siclone a écrit :Récemment encore, ne voyait-on pas un célèbre scientifique, Grigori Perelman, renoncer aux récompenses, aux postes prestigieux, jusqu'à un prix d'un million de dollars qu'on lui offrait ? Pourtant Perelman n'est pas chrétien mais juif, ce qui dément les préjugés répandus, encore de nos jours, par les imbéciles. J'aimerais bien qu'on me montre l'exemple d'un catholique refusant de toucher un million de dollars...
Bonsoir Philémon,

Jésus n'a jamais dit qu'il fallait "cracher" sur l'argent.
Soeur Térésa n'a-t-elle pas gagné le prix Nobel ?
Elle s'est déplacée.

Par goût du fric ?
Avec l'argent, il est possible de faire du bien. Beaucoup de bien.
Les pauvres n'auraient pas compris.
Evidemment, il y aurait quelques riches pour applaudir.

Je pourrais aussi m'attarder sur les possibles motivations de ce Monsieur. Mais ce n'est pas utile. Et je préfère lui laisser le bénéfice du doute.

Cependant, je sais une chose : je préfère mes références.
Elles portent la marque de notre Dieu. Elles.

Cordialement,

Griffon.
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Re: La pauvreté aujourd'hui

Message non lu par papillon » ven. 16 juil. 2010, 22:06

etienne lorant a écrit :Je considère les "pauvres pour l'esprit" de la béatitude comme ceux et celles qui possèdent des objets, en jouissent avec modération, et lorsqu'ils découvrent qu'ils n'en ont plus besoin, ou que d'autres en ont un besoin plus urgent, s'en défont facilement car ils n'y avaient pas attaché leurs coeurs.
Pour ma part, tout est contenu dans ces quelques mots d'Etienne. Tout trouve son sens dans l'attachement/détachement.
Un homme qui n'est pas attaché à l'argent ne le méprise pas ni ne le hait, pas plus qu'il ne le convoite. Il s'en sert quand il en a besoin, tout simplement, mais l'argent n'est pas maître de sa vie et ses actions ne sont pas motivées par le désir d'en avoir.
Aussi, ça ne lui arrache pas le coeur de faire plaisir à son voisin ou de partager avec un inconnu, car il trouve sa richesse dans les contacts humains qui s'ensuivent, et le bien que cela procure à l'un comme à l'autre.

Et il y en a, des riches qui ne sont pas attachés à leur argent, et comme l'a écrit Griffon, ils peuvent faire beaucoup de bien autour d'eux (j'en ai déjà donné un exemple sur un autre fil).

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