Quel sens donner à la souffrance de l'innocent ?

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René
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Quel sens donner à la souffrance de l'innocent ?

Message non lu par René »

Bonjour
voilà, de façon brève, je ne suis pas un "fan" de ce forum; j'interviens rarement, je "profite" de vos réflexions et je les mûris !
Malade depuis des années, je suis passionné par la réflexion sur la souffrance, son "pourquoi" et son "pour quoi" en deux mots.
J'ai vu bien sur qu'il y avait de multiples "topics" dit-on, je crois, sur le sujet. Bref, comme de nombreux sujets abordés, il me semble que l'on peut par la foi et la réflexion arriver à trouver de très nombreuses explications à de très nombreuses questions.En tant qu'adulte, je trouve une signification à ma souffrance et au travers de la passion, je donne un sens à celle-ci.
Mais, je bute complètement sur la souffrance de l'innocent, je songe aux enfants en particulier.
Quel sens donner à la souffrance de celui qui ne peut la comprendre ?
Par exemple, j'ai mon petit frère qui est autiste.Je l'adore, là n'est pas le problème, j'accepte, là n'est pas le problème; mais est-il conscient de la souffrance qu'il engendre chez l'autre ?
Est-il conscient de sa propre souffrance ? Que signifie sa venue ? Quel sens puis-je donner à sa vie ? Pourquoi Dieu permet-il sa vie ?
Il y a quelques temps, je suis souvent hospitalisé, je rencontre une petite fille, condamnée, avec son pied à perfusion, dans un couloir du CHU où je vois un médecin qui consulte aussi en pédiatrie.Nous parlons et elle me dit ce qui me semble hallucinant; ""Mes parents ne sont pas raisonnables; je vais bientôt mourir, et ils font des projets pour les prochaines vacances !""
Les larmes me sont venues aux yeux le soir même bien sur, on peut être endurci, mais un enfant qui vous dit cela ...bref, que veut dire ce mal chez une adorable petite fille, pourquoi Dieu place -t-il des innocents sur notre route des êtres qui nous dérangent !?
J'ai lu dans un texte sur Marthe Robin que la souffrance était le meilleur chemin de l'amour.Je le crois sans pouvoir encore l'expliquer totalement; mais parce que je raisonne, je réfléchis, j'accepte.
L'enfant, mon frère, l'innocent; j'ai le sentiment que leur souffrance est gratuite !
Sans m’obséder pour autant, cette question m'interpelle; que pensez vous ?
Ce n'est en aucune façon, une remise en question de la foi, de ma foi; bien que niais en matière de religion, j'accepte de ne pas tout comprendre parce que Jésus me demande de lui faire confiance; mais il ne m'a pas interdit de réfléchir !
Je constate avec le temps que bien des choses que je pensais être des obstacles sont en fait des tremplins; mais sur ce sujet du mal de l'innocent, je bute !
René
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mike.adoo
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Re: Quel sens donner à la souffrance de l'innocent ?

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Bonjour René

Votre message est émouvant ; Il m'a rappelé ce petit épisode de ma vie , en apparence insignifiant ...
L'école où allait mon fils avait organisé une petite course à pied autour du quartier ... Mon fils souffrait d'asthme et les efforts provoquaient des crises pénibles à voir et à vivre .
Devant le portail de la maison , ma femme et moi attendions le passage des élèves pour les encourager et les applaudir ... Mon fils était dans les derniers et , devant la maison , ce garçonnet de dix ans a voulu faire bonne figure .; il voulait faire honneur à son papa et à sa maman ... mais dans ses yeux et dans son teint pâle , je lisais sa souffrance ... C'est peu de chose , direz-vous , mais c'était pour moi , insupportable ! Souffrance inutile ? ...
Le temps a passé et lorsque nous sommes ensemble , silencieusement , je sens qu'un courent passe ... Je SUIS son père , il EST mon fils .
Vous écrivez :"L'enfant, mon frère, l'innocent; j'ai le sentiment que leur souffrance est gratuite ! Elle n'est pas gratuite ; elle est un don gratuit ; un don fait à l'adulte qui est près de l'enfant et qui fera de cet adulte un adulte véritable , un adulte grandi .
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René
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Re: Quel sens donner à la souffrance de l'innocent ?

Message non lu par René »

Bonjour Mike et merci de votre participation.
Oui, la souffrance de l'enfant en particulier peut être prise comme un don.
Mais que gagne l'enfant ?
Je suis adulte et en souffrance;je connais l'histoire de la passion.
Mon créateur me montre le chemin et lorsque la souffrance est là; je tente de l'imiter, de prendre ma croix; bref, par la réflexion, le raisonnement, je donne par Christ et pour Christ, un sens à mon mal.
D"autre part, il y a une notion de rédemption qui est directement attachée à la souffrance qui permet de supporter celle-ci.Le Salvifici Doloris de notre Saint Pére Jean Paul II me hante presque par sa profondeur et ses perspectives.
J'arrive donc à sublimer ma souffrance et de même, celle de l'autre, même celle de l'enfant.
La souffrance ne peut avoir aucun sens; Christ était innocent de ce dont on l'accusait; j'y vois une explication de la souffrance de l'innocent.
Mais, je suis dans la réflexion, d'autre part, Christ a choisi de souffrir pour nous sauver.
L'enfant, l'innocent, n'rien choisi, ni réfléchi.
Ils subissent, ils sont amputés des joies les plus simples et ils n'expliquent rien.
Le plus curieux, c'est qu'ils se posent peut-être moins de questions que le bien-portant !
Il n'en demeure pas moins que ma question reste en suspend dans mon esprit.
Que la souffrance de l'autre m'enrichisse, c'est une réalité certaine; quand il est adulte !
Je reçois cette offrande avec humilité et joie parce qu'elle est consentie, expliquée, presque raisonnée.
La pensée de mon frère est immature, non réfléchie, abrupte presque bestiale à certains moments.Je l'aime comme il est, là n'est pas la question !
Mais que penser quant à ce comportement.Je suis souvent son regard quand nous sommes ensemble et je le vois s'émouvoir.Je n'ai pas de prise, d'emprise sur son esprit.
Avec les bambins des CHU et il y en a; je me sens stupide et affreusement impuissant.
Il donne énormément le petit mais je veux un retour d'ascenseur en quelque sorte.
Que puis-je dire, lui dire à cet enfant ?
Si je lui parle du Bon Dieu, je crains ses questions.Je pourrais expliquer que souffrir a un sens pour moi; lui, quelle direction lui donner ?
Le seul parallèle que je trouve "exploitable" pour la souffrance de l'enfant, c'est l'innocence de Christ !
Allez expliquer cela à un bambin !Mais, bon, je suis peut-être trop vaniteux, je peux manquer de foi ou de confiance pour me poser ces questions ..
René
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PaxetBonum
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Re: Quel sens donner à la souffrance de l'innocent ?

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Cher René,

Je suis désolé de votre situation et très touché de votre témoignage
Cela me rappel ma défunte tante qui quoi qu'en phase terminale d'un cancer s'apitoyait sur les jeunes enfants qu'elle croisait dans son service.
Ces innocents sont peut être aussi là pour faire jaillir la compassion de ceux qui vont les accompagner vers le Père
Ils peuvent être une voie de salut pour bon nombre (les très jeunes saints sont captivants !)
Ces enfants ont toute capacité à offrir leurs souffrances au Christ
Ils le font parfois plus spontanément car il sont moins séparés que nous de l'autre monde

Parler de votre croyance à cette petite fille pourrait lui ouvrir une voie supplémentaire pour aider ses parents qu'elle sent en détresse pour elle
Enfin elle pourrait donner et ne pas seulement recevoir (même si les propos que vous rapportez laissent à penser qu'elle a déjà fait un grand pas dans ce sens).
Pour votre frère, j'ai du mal à répondre
La vie dans le handicape est un mystère et j'ai hâte de voir ces handicapés que j'ai croisé au cours de ma vie, au Ciel (si Dieu me pardonne), délivrés de leurs faiblesses. Pouvoir parler avec ceux qui ne parlent pas, connaître leurs visions de la Vie…

Que Dieu vous bénisse et vous garde ! ainsi que cette petite fille merveilleuse dont vous avez croisé le chemin !
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Re: Quel sens donner à la souffrance de l'innocent ?

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______

Bonjour,

On peut se référer à cet égard dans l'évangile à l'épisode de la tour de Siloë, qui aavit écrasé plusieurs personnes : Jésus commente cet évènement.



__________
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PaxetBonum
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Re: Quel sens donner à la souffrance de l'innocent ?

Message non lu par PaxetBonum »

En y repensant la réponse qui me semble la plus juste :
Quel sens donner à la souffrance de l'innocent ?
Le sens de la souffrance de l'Innocent par excellence (le Christ Lui-même)

Vous semblez accepter votre souffrance pour votre rédemption
Vous êtes le bon larron : "Pour nous c'est juste…"
L'innocent est un alter Christi : "… mais lui, il n'a rien fait de mal."
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Lux Æterna
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Re: Quel sens donner à la souffrance de l'innocent ?

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ROME, Vendredi 22 avril 2011 (ZENIT.org) - Le pape a accepté de répondre à des questions envoyées à l'avance par des téléspectateurs de différents pays. L'émission, enregistrée, a été diffusée à l'occasion du Vendredi Saint, de 14h10 à 15 h 30.

Voici la transcription et la traduction en français d'une de ces sept questions diffusée par la Salle de presse du Saint-Siège :

1- Question d'une petite fille du Japon - Je m'appelle Elena, je suis Japonaise et j'ai sept ans. J'ai très peur car la maison dans laquelle je me sentais en sécurité a tremblé, énormément, et beaucoup d'enfants de mon âge sont morts. Je ne peux pas aller jouer au parc. Je vous demande : pourquoi dois-je avoir si peur ? Pourquoi les enfants doivent-ils être si tristes ? Je demande au Pape qui parle avec Dieu de me l'expliquer.

Benoît XVI - Chère Elena, je te salue de tout coeur. Moi aussi je me pose les mêmes questions. Pourquoi devez-vous tant souffrir, alors que d'autres vivent aisément ? Nous n'avons pas les réponses, mais nous savons que Jésus a souffert comme vous, innocent, que le vrai Dieu qui se montre en Jésus est à vos côtés. Cela me semble très important, même si nous n'avons pas de réponse et si la tristesse demeure : Dieu est à vos côtés et vous pouvez être certains que cela vous aidera. Et un jour, nous comprendrons pourquoi il en était ainsi. Pour le moment, il me semble important que vous sachiez : « Dieu m'aime, même s'il semble ne pas me connaître. Non, il m'aime, il est à mes côtés ». Et vous devez être sûrs que dans le monde, dans l'univers, beaucoup sont avec vous, pensent à vous, font leur possible pour vous, pour vous aider. Et soyez conscients qu'un jour, vous comprendrez que cette souffrance n'était pas vide, n'était pas vaine, mais que, derrière elle, il y a un bon projet, un projet d'amour. Ce n'est pas par hasard. Sois sûre que nous sommes avec toi et avec tous les enfants japonais qui souffrent, que nous voulons vous aider par la prière et par nos actes, et soyez sûrs que Dieu vous aide. Et c'est pourquoi nous prions ensemble pour que la lumière vous éclaire au plus vite.
Cher René, même le Pape n'a pas la réponse à votre question... Effectivement, elle nous amène à méditer, à réfléchir...
Il y a d'abord la conformité au Christ, innocent qui a accepté de souffrir pour nous sauver...
Saint Paul dit une phrase mystérieuse "J'accomplis dans ma chair ce qui manque à la passion de Jésus-Christ" (Col 1, 24) non que la Passion eût été insuffisante, mais parce que nous devons reproduire l'image du Christ pour être vraiment nous-aussi les fils de Dieu : "Ceux qu'il a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l'image de son Fils, afin qu'il soit l'aîné d'une multitude de frères" (Rm 8, 29)

Et puis, il y a aussi la communion des Saints : les mérites des souffrances des uns s'appliquent aux autres, souvent parce qu'ils en ont besoin pour le rachat de leurs propres fautes... Ainsi, un être innocent peut être frappé par la souffrance pour des fautes qui ont été commises par d'autres, dans sa famille ou ailleurs, avant lui ou après lui ? C'est souvent comme cela que je comprends le proverbe "les pères ont mangé des raisins verts et les dents des enfants en ont été agacées"... (Ezéchiel, XVIII, 2)

et cet article http://www.sombreval.com/La-substitutio ... _a159.html peut peut-être nous éclairer dans notre recherche...

Il ne s'agit pas de dire que des innocents paient pour les péchés des autres... même si le péché originel a eu des conséquences pour tous...
Mais de même que Dieu a été apaisé par la souffrance de son Fils innocent, la souffrance d'autres innocents Lui est importante...

de plus, elle nous rappelle à nous pécheurs que les conséquences de nos fautes ont été terribles pour le Christ innocent... En ce sens, la souffrance des innocents est terrifiante, car elle nous ramène à nos propres fautes et à leur impact épouvantable...
Ce qui est bleu est plus grand que le reste...
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René
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Re: Quel sens donner à la souffrance de l'innocent ?

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Merci Paxetbonum de votre intervention
je crois, somme toute, que l'innocence de Christ quant aux accusations portées contre lui nous montre le chemin.
S'il a choisi ce chemin pour nous sauver; c'est aussi pour nous aider à surmonte la souffrance et à croire en la rédemption, je pense.
Merci
René
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PaxetBonum
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Re: Quel sens donner à la souffrance de l'innocent ?

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René a écrit : je crois, somme toute, que l'innocence de Christ quant aux accusations portées contre lui nous montre le chemin.
S'il a choisi ce chemin pour nous sauver; c'est aussi pour nous aider à surmonte la souffrance et à croire en la rédemption, je pense.
Oui et il a donné un sens à la souffrance et nous permet d'en donner un à nos propres souffrances
D'inutile et d'insupportable, la souffrance par la participation aux souffrances du Christ, devient salvatrice
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René
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Re: Quel sens donner à la souffrance de l'innocent ?

Message non lu par René »

La notion de souffrance m'interpelle dans la mesure où elle consiste en un énorme obstacle pour des millions de gens quant au fait de croire en un Dieu d'amour.
J'entends par souffrance, la mot, la maladie, la souffrance sociale etc...
Je constate que cette même souffrance m'a amené à la foi et débouche sur la notion d'aimer mon créateur et autrui, qui est aussi le fruit de sa création.
Je veux absolument laisser de côté les grandes envolées intellectuelles sur l'essence du mal etc..je colle à mon quotidien, à celui de mon petit frère, de mon grand frère décédé d'un cancer; je colle au malheur d'autrui tout simplement.
Il n'y a aucune colère contre l'humanité ou contre un créateur qui me punirait d'une faute passée ou conte qui que ce soit en fait !
J'établis une corrélation directe entre ma souffrance, la passion et l'amour de l'autre !
L'un entraînant l'autre....
Je bute un peu encore sur la souffrance du petit enfant parce que je l'aime, bien sur.
L'innocence de Jésus constitue un premier maillon.
Je constate que cette souffrance de l'enfant, de l'innocent m'émeut, me touche, me bouleverse et je me demande si ce n'en est pas le but tout simplement !
La souffrance comme chemin qui mène à l'amour; pourquoi pas !
Par ailleurs, et, pour beaucoup d'autres sujets; il est quelque part normal de se poser des questions; mais n'est ce pas d'une certaine façon un manque d'humilité ?voire de confiance ?
En d'autres termes, je me demande parfois si il ne faut pas simplement accepter de ne pas connaître toutes les réponses à nos questions !!
Il me semble que la vie est le temps des questions et que la mort constituera celui des réponses !
Je me dis que parfois je manque de foi que de me torturer l'esprit; mais, en fait, j'aimerai solutionner, comme d'autres, certaines problématiques pour pouvoir donner aux autres ce que j'ai reçu, c'est à dire la foi !
Merci de vos remarques; ce n'est pas stérile, loin de là !!
René
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PriereUniverselle
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Re: Quel sens donner à la souffrance de l'innocent ?

Message non lu par PriereUniverselle »

Bonjour René !


La souffrance physique est un mystère mais néanmoins elle nous apprend plusieurs choses. Le corps humain nous met en relation avec un monde extérieur et un monde intérieur à celui-ci. Elle apporte le signe qu'un équilibre s'est rompu dans le corps. Nous pouvons assez facilement généraliser et dire que toute douleur physique, ou souffrance morale qu’elles viennent de l’extérieur du corps physique ou de l’intérieur, nous signalent que l’intégrité du corps ou notre équilibre ont été affectés.

Face à cette souffrance, nous devons réagir, comprendre les causes et apporter autant que possible les bons remèdes sinon cette souffrance va se prolonger.

La souffrance, dans ce cas, est une « conseillère » qui nous chuchote la chose suivante :

Hé ! Il y a quelque chose qui ne va pas, ne le sens-tu pas ?

Occupe-toi de ton corps car la situation peut s’aggraver si tu ne fais rien. Dès que tu auras remédié au problème, fais attention que cela ne se reproduise plus !

Si cette souffrance n’existait pas, nous ne ferions que peu ou pas attention à notre corps et très rapidement celui-ci ne serait plus en mesure de nous rendre les services que nous lui demandons. Il nous indique aussi que notre corps est un instrument fragile.

Nous devons comprendre les lois de ce monde pour ne pas exposer inutilement notre corps à de graves dangers et à la souffrance ou à la mort qui pourrait en résulter, bien que nous sachions que nous partirons tous un jour de la terre.


Lorsqu’il souffre, l’être humain espère et guette sa délivrance. Dans les soins et l'attention de chaque instant à apporter que vont mobiliser les parents, le personnel soignant, pour guérir ou améliorer la survie ou accompagner le malade ou l'enfant malade jusqu'à son dernier souffle, Dieu est là omniprésent.

Il est à coté de celui qui endure l'épreuve de la maladie ou de l'handicap qu'il soit adulte ou enfant, et particulièrement lorsque la douleur physique et la souffrance morale ébranlent le malade et sa famille.

L'appel vers Dieu est plus intense, surtout lors de l'épreuve ultime de fin de vie, ou les maladies au long cours et handicapes lourds , particulièrement lorsqu'ils atteignent des malades encore jeunes, et enfants. L'entourage et le malade retrouvent souvent le sens de la prière durant ces moments éprouvants.

Dieu (Père-Fils-Saint-Esprit) est auprès de chacun de nous imprégnant l'intégrité du malade comme du bien portant qu'il aide. Les peurs, les angoisses, les inquiétudes, la solitude face à la mort ou la maladie s'estompent lorsque nous faisons confiance à la présence de Dieu auprès de nous qui garde notre main dans les siennes, et qui se révèle dans chacun des actes d'amour prodigués. Dieu nous invite à nous laisser guider par lui, en nous accordant le courage pour supporter les épreuves, à nous offrir le sens réel de ce que représente une existence, débarassée de tout ce qui n'est pas l'essentiel, pour nous donner la pleine conscience et multiplier ces précieux instants de la vie à chaque jour gagné, avec une intensité de communion et de partage entre le malade et son entourage. Dieu pendant ces moments si pénibles nous appelle à nous rendre plus attentif à l'écoute et au service des malades qu'ils soient parents, enfants, amis , ou inconnus pour lesquels nous redoublons de compassion. Le malade quant à lui, reçoit la protection de Jésus et de la Vierge Marie qui l'accompagnent ensemble sans jamais le quitter un instant. La maladie, et l'handicap nous apportent une richesse de partage à vivre ensemble et nous faire découvrir les uns et les autres des trésors de force qui sommeillaient en nous.
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Teano
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Re: Quel sens donner à la souffrance de l'innocent ?

Message non lu par Teano »

Bonsoir,

Comme tout un chacun, je me suis posée la question du sens de la souffrance, en particulier celle de l'innocent, de l'enfant.
Je n'ai pas davantage de réponse que quiconque sur ce forum ou parmi mes semblables.
Je crois que trouver un sens à la souffrance c'est souvent la justifier : je l'ai mérité car j'ai péché ! c'est le karma ! je vais apprendre quelque chose à travers la souffrance vécue (y compris celle d'un enfant).
La souffrance endurée est vue comme une expiation méritée ou une voie d'exception vers le Paradis.
Ces explications ne me satisfont pas. Mes souffrance ne m'ont rien appris, si ce n'est l'amertume.
La douleur et la souffrance n'ont pas d'excuses ni d'explications.

Je vous avoue que, pour l'instant, la seule réponse que j'ai à cette épineuse question est que, une fois au-dessus des règles qui régissent l'Univers, c'est le règne du chaos, de l'injustice et de l'inconséquence...
"« Sous l’abri de ta miséricorde, nous nous réfugions, sainte Mère de Dieu. Ne repousse pas nos prières quand nous sommes dans l’épreuve, mais de tous les dangers, délivre-nous, Vierge glorieuse et bénie »"


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ti'hamo
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Re: Quel sens donner à la souffrance de l'innocent ?

Message non lu par ti'hamo »

J'aurais dit la même chose... l'espérance chrétienne en plus : en soi, la souffrance n'a aucun sens, aucune signification, aucune raison d'être, aucune finalité ; mais parce que, justement, Dieu a choisi de venir habiter et vivre Lui-même cette conséquence du péché (donc cette création - ou décréation - de la créature, en quelque sorte),
alors si nous associons volontairement notre souffrance à celle du Christ, elle peut acquérir un sens et une utilité.
Qu'elle n'a donc pas d'elle-même, mais qu'elle acquière uniquement par cette coopération.

Et encore, c'est ce qu'il convient de se dire quand soi-même on souffre, mais pas forcément ce qu'il convient d'expliquer à une personne qui souffre.
“Il serait présomptueux de penser que ce que l'on sait soi-même n'est pas accessible à la majorité des autres hommes.”
[Konrad Lorenz]

Celui qui connaît vraiment les animaux est par là même capable de comprendre pleinement le caractère unique de l'homme.
[Konrad Lorenz]
Extrait de L'Agression
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Re: Quel sens donner à la souffrance de l'innocent ?

Message non lu par Cinci »

Je pensais mettre quelque chose pour vous, cher René, et puis en terme de réflexion touchant la souffrance.

C'est que je pense être tombé sur quelque chose d'intéressant en terme de lecture. Un hasard total. Mais; des fois ?, si ça pouvait servir aussi. Alors j'aimerais bien vous transcrire un extrait par-ici.
Cinci
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Re: Quel sens donner à la souffrance de l'innocent ?

Message non lu par Cinci »

Voici :

  • La souffrance

    Dans Les frères Karamazov, Dostoïevski met radicalment en scène ce problème. «Laisses-moi te dire d'un mot», explique Ivan à son frère Aliocha à propos de la question qui nous occupe, «qu'en fin de compte je n'accepte pas ce monde fait par Dieu, et, même si je sais bien que ce monde existe, je ne veux lui concéder aucune valeur. Ce n'est pas Dieu que je n'accepte pas, comprends-moi bien, mais je n'accepte pas le monde qu'il a crée et ne puis l'accepter. Je vais m'exprimer plus clairement : je suis comme un enfant convaincu que la souffrance cicatrisera et s'effacera ... D'accord, d'accord, tout cela peut bien arriver et être ainsi, mais moi je ne l'accepte pas et ne veux pas l'accepter ! Oui, on a fixé trop haut le prix à payer pour l'harmonie. Ma bourse ne me permet absolument pas de payer aussi cher mon droit d'entrée. Aussi, je me dépêche de rendre mon billet ... Non pas que je méprise Dieu, Aliocha, mais je lui rends humblement mon billet d'entrée.»

    Simone Weil s'inspire du discours d'Ivan dans Les frères Karamazov quand elle écrit :«Quelle que soit la somme qu'on pourrait m'offrir pour prix des larmes d'un enfant , il n'y a rien qui puisse me faire supporter ces larmes. Rien, absolument rien de ce que pourrait imaginer la raison humaine.»

    Est-ce que la liberté (comme présupposé de l'amour) a une telle valeur qu'il faille pour en disposer payer comme prix, comme billet d'entrée, une effroyable souffrance ? Est-ce que derrière nos réflexions ne se cache pas une espèce très sublimée de Dieu-Moloch qui, comme contrepartie de la liberté et de l'amour de sa création, tolère - et donc veut, puisque la tolérance est une forme de volonté - une hécatombe de souffrance ? Est-ce qu'un Dieu qui prend le risque de créer des êtres libres n'apparaît pas comme un spéculateur sans scrupule qui, sans égard pour les victimes, ne lorgne que sur le bilan global [à savoir faire participer des créatures à sa vie] ? Et est-ce que l'homme qui accepte ce Dieu-là ne fait pas figure de complice cynique de son Dieu-comptable, qui accepte sans restriction la souffrance, sans par ailleurs tenir le moindre compte des victimes ?

    Pourquoi, demande G. Streiminger en résumant avec une amertume provocante toutes ces réflexions, Dieu fait-il sortir abitrairement des créatures de la paix du néant pour les faire entrer dans l'être [...] où elles seront écrasées d'une misère incommensurable ?

    En fin de compte, une critique de ce genre en revient à la théorie selon laquelle la création ne valait et ne vaut toujours pas le prix qui consiste en la terrible souffrance de l'humanité. En réalité, comme en témoigne également H. R. Buckle, « ... celui qui maintient qu'Auschwitz n'aurait au grand jamais dû exister et que Dieu aurait dû à tout prix s'y opposer, celui-là affirme du même coup que les hommes n'auraient jamais dû exister

    Là se pose désormais avec force la question de la foi. Qu'en est-il de l'affirmation de saint Paul :«J'estime que les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire qui doit être révélée en nous» (Romains 6, 18) ? S'agit-il là aussi de cynisme ou de quelque chose complètement incompréhensible ? Ou bien ne se cache-t-il pas derrière cet apparent paradoxe la considération tout à fait rationnelle et judicieuse que même la souffrance la plus atroce reste toujours de l'ordre du fini, alors que le but et le pourquoi de la création représentent une promesse infinie : la participation sans fin de la vie de Dieu.

    [...]

    Alors, est-ce qu'enfin Dieu «d'une manière ou d'une autre» veut la souffrance ?

    Répétons-le une fois de plus sans équivoque : Dieu ne veut absolument pas la souffrance; il ne veut pas le péché, véritable source de la souffrance que nous imposons à nous-mêmes et aux autres et qui imprègne en profondeur les structures de l'histoire. Il ne veut pas non plus que l'homme par le péché - c'est à dire par le rejet de la référence à Dieu qui donne son sens à tout - perde l'unique point de repère grâce auquel ce qui dans la création nous menace et nous désintègre se trouve surmonté dans l'expérience que nous faisons d'être à l'abri dans l'amour de Dieu et sans lequel la souffrance ne reste que souffrance.


(à suivre)
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