Le carpe diem compatible avec la vie chrétienne ?

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seba15
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Le carpe diem compatible avec la vie chrétienne ?

Message non lu par seba15 » jeu. 03 oct. 2013, 21:03

Bonjour

Je m'intérroge sur une notion qui date de longtemps déjà du carpe diem.
Est-ce que si on est chretien on a le droit de cueillir l'instant présent, ou on se doit d'être austères et de vivre pauvrement ? sans gouter aux plaisirs de la vie.
Dernière modification par Cgs le ven. 04 oct. 2013, 8:01, modifié 1 fois.
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Héraclius
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Re: Le carpe diem compatiible avec chretien ?

Message non lu par Héraclius » jeu. 03 oct. 2013, 21:36

Est-ce que si on est chretien on a le droit de cueillir l'instant présent, ou on se doit d'être austères et de vivre pauvrement ? sans gouter aux plaisirs de la vie.
Il me semble que la religion catholique (et chrétienne en générale) voit justement dans la charité et la volonté d'être humble un moyen de parfaire sa relation avec le Christ et par conséquent permet de se rapprocher du bonheur.

En gros, ce n'est pas incompatible, bien au contraire. Il faut vivre chaque instant en union avec Dieu, et cela apporte la vraie joie.

Après, tout dépend ce que l'on entend par "plaisirs de la vie"... ;)

D'autres que moi feront sûrement une démonstration plus complète, mais je crois que c'est là l'esprit de la chose. :p
''Christus Iesus, cum in forma Dei esset, non rapínam arbitrátus est esse se æquálem Deo, sed semetípsum exinanívit formam servi accípiens, in similitúdinem hóminum factus ; et hábitu invéntus ut homo, humiliávit semetípsum factus oboediens usque ad mortem, mortem autem crucis. Propter quod et Deus illum exaltávit et donávit illi nomen, quod est super omne nomen, ut in nómine Iesu omne genu flectátur cæléstium et terréstrium et infernórum.'' (Epître de Saint Paul aux Philippiens, 2, 7-10)

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steph
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Re: Le carpe diem compatiible avec chretien ?

Message non lu par steph » jeu. 03 oct. 2013, 23:10

Cueillir le jour peut s'entendre en un sens chrétien, évidemment.
Les plaisirs bien canalisés ne sont pas nécessairement funestes. Mais le chrétien aura toujours à coeur de ne pas servir le plaisir.
Car le problème qui peut surgir, c'est celui de l'égoïsme: le plaisir visant "ma satisfaction personnelle".
Ainsi, l'Eglise accorde des indulgences à ceux qui s'abstiennent de choses licites qui leur sont agréables par mortification (conversion des moeurs).

Là où sont nos plaisirs là aussi sera notre coeur (cf. Mt 6, 21, modifié): si nous prenons plaisir à faire le bien, à être un frère pour ceux que l'on croise, à partager le bâton de chocolat, c'est qu'on a déjà éduqué ses plaisirs (après tout Horace commence son conseil par "sapias"). L'ascèse chrétienne permet, je pense, un usage raisonné et critique du plaisir: celui-ci ne doit jamais devenir un but en soi, ni un maître!

Par ailleurs, si l'on regarde le contexte latin de cet adage, on se rend compte que le plaisir du carpe diem est un plaisir de réconfort face à des dieux qui briment la liberté humaine et à un avenir aussi incertain que funeste (reseces spem longam!). On ne peut pas, en tant que chrétien douter de la bonté de Dieu ni d'un avenir heureux avec lui pour les justes. On ne peut pas se "consoler" de l'inaccessibilité immédiate de cette béatitude dans une jouissance à l'effet instantané!
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Re: Le carpe diem compatible avec la vie chrétienne ?

Message non lu par Belin » ven. 04 oct. 2013, 12:42

seba15 a écrit :Bonjour

Je m'intérroge sur une notion qui date de longtemps déjà du carpe diem.
Est-ce que si on est chretien on a le droit de cueillir l'instant présent, ou on se doit d'être austères et de vivre pauvrement ? sans gouter aux plaisirs de la vie.
Le chrétien ne doit pas goûter aux plaisirs de la vie parce-que cela ne devrait pas être un plaisir pour lui. Se convertir ce n'est pas devenir malheureux parce-qu'on ne goûterait plus au plaisir de la vie. Se convertir c'est changer de source de joie et de plaisir. On a du dégoût sur ce qui faisait auparavant notre joie, et notre plaisir. Par contre notre nouvelle joie c'est de faire la volonté de Dieu. et chaque fois qu'on a la possibilité de témoigner notre amour pour Christ, on est dans l’allégresse.
Un Chrétien mène par exemple une vie austère en signe de témoignage de son amour pour Christ parce-qu'il sait que cela sera une source de joie pour lui. Donc c'est avec joie et plaisir qu'il le fait ( ou bien qu'il devrait le faire).

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Re: Le carpe diem compatible avec la vie chrétienne ?

Message non lu par Peccator » ven. 04 oct. 2013, 14:20

Un chrétien savoure chaque jour que Dieu lui donne, parce qu'il le prend comme un don de Dieu et lui en rend grâce. Un chrétien savoure chaque épreuve que Dieu lui donne car elle permet de renforcer sa foi. Donc un chrétien ne vit que de Carpe Diem, mais d'une manière "orientée".
Il ne s'agit pas de s'adonner à la jouissance prise pour elle-même, mais de mettre Dieu au centre, de tout orienter vers Dieu.

L'ascèse n'est pas renoncement au plaisir pour s'enfermer dans une morne et triste vie. Au contraire, un chrétien doit se laisser habiter par la joie. Ce à quoi il renonce, ce sont les plaisirs qui le referme sur lui-même, en lui faisant oublier Dieu.

Depuis que j'ai compris cela, je peux partager un instant de fête avec un inconnu simplement en partageant un morceau de pain avec lui, parce que mon plaisir n'est pas dans le morceau de pain, mais dans le partage avec l'ami. Et si nous pouvons faire la fête autour d'un bon repas, tant mieux ! Rendons-en grâce à Dieu. Je n'ai pas arrêté d'apprécier la bonne chair parce que je suis chrétien.


La vie d'un chrétien est tout entière dirigée vers le Royaume. Mais le Royaume, ce n'est pas une date lointaine dans notre calendrier (ça, c'est l'erreur millénariste) : c'est ici et maintenant que l'on se prépare à l'accueillir. Il faut donc bel et bien saisir l'instant présent.
Non pas ce que je veux, mais ce que Tu veux. Mc 14, 36

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Re: Le carpe diem compatible avec la vie chrétienne ?

Message non lu par gerardh » ven. 04 oct. 2013, 15:04

_______

Bonjour,

C'est incompatible.

Le Fils de l'homme n'avait aucun lieu où reposer sa tête. Cela devrait être moralement notre position. Cela ne nos empêche pas d'avoir quelques rafraîchissements dans le chemin.


__________

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Re: Le carpe diem compatible avec la vie chrétienne ?

Message non lu par steph » sam. 05 oct. 2013, 22:17

Tertullien, [i]Apologeticum[/i], 42 a écrit :Nous ne sommes pas des étrangers à la vie. Nous nous rappelons fort bien nos devoirs de reconnaissance envers Dieu notre Maître et Créateur; nous ne rejetons aucun fruit de ses œuvres; mais nous nous modérons dans leur usage pour ne en pas user mal ou avec excès.
La suite:
[+] Texte masqué
CHAPITRE XLII
1. Mais nous sommes accusés d'une autre injustice encore : on dit que nous sommes aussi des gens inutiles aux affaires. Comment pourrions-nous l'être, nous qui vivons avec vous, qui avons la même nourriture, le même vêtement, le même genre de vie que vous, qui sommes soumis aux mêmes nécessités de l'existence? Car nous ne sommes ni des brahmanes, ni des gymnosophistes de l'Inde, habitants des forêts et exilés de la société. - 2. Nous nous souvenons que nous devons de la reconnaissance à Dieu, notre Seigneur et notre Créateur : nous ne repoussons aucun fruit de ses œuvres. Seulement nous nous gardons d'en user avec excès ou de travers. C'est pourquoi, nous habitons avec vous en ce monde, sans laisser de fréquenter votre forum, votre marché, vos bains, vos boutiques, vos magasins, vos hôtelleries, vos foires et les autres lieux où se traitent les affaires. - 3. Avec vous encore, nous naviguons, nous servons comme soldats, nous travaillons la terre, enfin nous faisons le commerce; nous échangeons avec vous le produit de nos arts et de notre travail. Comment pouvons-nous paraître inutiles à vos affaires, puisque nous vivons avec vous et de vous? Vraiment, je ne le comprends pas.

4. Et si je ne fréquente pas tes cérémonies, je n'en suis pas moins homme ce jour-là. Je ne vais pas au bain dès l'aube, aux Saturnales, pour ne pas perdre et la nuit et le jour; je prends un bain pourtant, à une heure convenable et salubre, telle qu'elle me conserve la chaleur du sang; après la mort, j'aurai bien le temps d'être raide et pâle au sortir du bain. - 5. Je ne me mets pas à table dans la rue aux fêtes de Liber, comme ont coutume de le faire les bestiaires prenant leur repas suprême; cependant, quelque part que je dîne, on me sert les mêmes mets qu'à toi. - 6. Je n'achète pas de couronnes de fleurs, pour orner ma tête, et si j'achète néanmoins des fleurs, que t'importe l'usage que j'en fais? Je suis d'avis qu'il est plus agréable de les laisser libres, non liées, flottant de tous côtés. Et quand nous nous servons de fleurs tressées en couronne, c'est avec le nez que nous respirons le parfum de la couronne; quant à ceux qui sentent par les cheveux, c'est leur affaire ! - 7. Nous n'allons pas aux spectacles, mais si j'ai envie de ce qu'on vend à ces réunions, je me le procure de préférence dans les boutiques où on le vend. Nous n'achetons pas d'encens, il est vrai ; si les Arabes s'en plaignent, que les Sabéens sachent qu'on achète leurs marchandises en plus grande quantité et plus cher pour ensevelir les chrétiens que pour enfumer les dieux.

8. Il est sûr, dites-vous, que les revenus des temples baissent chaque jour. Combien peu de gens jettent encore des pièces dans les temples ! - C'est que nous ne pouvons suffire à aider à la fois les hommes et vos dieux qui mendient, et nous croyons d'autre part ne devoir donner qu'à ceux qui demandent. Eh bien ! que Jupiter tende donc la main et il recevra, puisque notre miséricorde dépense plus dans les rues que votre piété dans les temples. - 9. Quant aux autres impôts, ils n'ont qu'à se louer de nous autres chrétiens, qui payons ce que nous devons aussi scrupuleusement que nous nous abstenons de prendre le bien d'autrui ; si bien que si l'on faisait le compte de tout ce qui est perdu pour le trésor public par le fait de vos fraudes et de la fausseté de vos déclarations fiscales, le compte serait bientôt équilibré, parce que la seule perte dont vous ayez sujet de vous plaindre est bien compensée par le gain fait sur les autres postes.
Un peu avant (et cela confirme bien que le plaisir chrétien est un plaisir modéré):
[+] Texte masqué
Mais pour nous, que la passion de la gloire et des honneurs laisse froids, nous n'avons nul besoin de coalitions, et nulle chose ne nous est plus étrangère que la chose publique. Nous ne connaissons qu'une seule république, commune à tous : le monde.

4. De même, nous renonçons à vos spectacles, parce que nous renonçons aux superstitions d'où ils tirent, nous le savons, leur origine et que nous sommes étrangers aux choses elles-mêmes qui s'y passent. Notre langue, nos yeux n'ont rien de commun avec la folie du cirque, avec l'impudicité du théâtre, avec l'atrocité de l'arène, avec la frivolité du xyste. - 5. En quoi vous offensons-nous, si nous préférons d'autres plaisirs? Enfin, si nous ne voulons pas nous divertir, le dommage est pour nous, si dommage il y a, et non pour vous. Mais, dites-vous, nous réprouvons ce qui vous plaît ! - Nos plaisirs ne vous plaisent pas non plus. On a pourtant permis aux Epicuriens de décréter une vérité nouvelle sur le plaisir, qui est pour eux l'égalité d'âme.

CHAPITRE XXXIX
1. Le moment est venu d'exposer moi-même les occupations de la « faction chrétienne » : ainsi, après avoir réfuté le mal, je montrerai le bien. Nous formons une « corporation » par la communauté de la religion, par l'unité de la discipline, par le lien d'une même espérance. - 2. Nous tenons des réunions et des assemblées pour assiéger Dieu par nos prières, en bataillon serré, si je puis ainsi dire. Cette violence plaît à Dieu. Nous prions aussi pour les empereurs, pour leurs ministres et pour les autorités, pour l'état présent du siêcle, pour la paix du monde, pour l'ajournement de la fin. - 3. Nous nous réunissons pour la lecture des saintes Ecritures, si le cours du temps présent nous oblige à y chercher soit des avertissements pour l'avenir, soit des explications du passé. Au moins, par ces saintes paroles, nous nourrissons notre foi, nous redressons notre espérance, nous affermissons notre confiance et nous resserrons aussi notre discipline en inculquant les préceptes. C'est dans ces réunions encore que se font les exhortations, les corrections, les censures au nom de Dieu. - 4. Et, en effet, nos jugements ont un grand poids, attendu que nous sommes certains d'être en présence de Dieu, et c'est un terrible préjugé pour le jugement futur, si quelqu'un d'entre nous a commis une faute telle qu'il est exclu de la communion des prières, des assemblées et de tout rapport avec les choses saintes. Ce sont les vieillards les plus vertueux qui président ; ils obtiennent cet honneur non pas à prix d'argent, mais par le témoignage de leur vertu, car aucune chose de Dieu ne coûte de l'argent. - 5. Et s'il existe chez nous une sorte de caisse commune, elle n'est pas formée par une « somme honoraire », versée par les élus, comme si la religion était mise aux enchères. Chacun paie une cotisation modique, à un jour fixé par mois, quand il veut bien, s'il le veut et s'il le peut. Car personne n'est forcé ; on verse librement sa contribution. C'est là comme un dépôt de la piété. - 6. En effet, on n'y puise pas pour organiser des festins ni des beuveries, ni de stériles ripailles, mais pour nourrir et enterrer les pauvres, pour secourir les garçons et les filles qui ont perdu leurs parents, puis les serviteurs devenus vieux, comme aussi les naufragés ; s'il y a des chrétiens dans les mines, dans les îles, dans les prisons, uniquement pour la cause de notre Dieu, ils deviennent les nourrissons de la religion qu'ils ont confessée. - 7. Mais c'est surtout cette pratique de la charité qui, aux yeux de quelques-uns, nous imprime une marque spéciale. « Voyez, dit-on, comme ils s'aiment les uns les autres », car eux se détestent les uns les autres ; « voyez, dit-on, comme ils sont prêts à mourir les uns pour les autres », car eux sont plutôt prêts à se tuer les uns les autres. - 8. Quant au nom de « frères » par lequel nous sommes désignés, il ne les fait déraisonner, je crois, que parce que, chez eux, tous les noms de parenté ne sont donnés que par une affection simulée. Or, nous sommes même vos frères, par le droit de la nature, notre mère commune ; il est vrai que vous n'êtes guère des hommes, étant de mauvais frères. - 9. Mais avec combien plus de raison appelle-t-on frères et considère-t-on comme frères ceux qui reconnaissent comme Père un même Dieu, qui se sont abreuvés au même esprit de sainteté, qui, sortis du même sein de l'ignorance, ont vu luire, émerveillés, la même lumière de la vérité! - 10. Mais peut-être nous regarde-t-on comme frères moins légitimes, parce qu'aucune tragédie ne déclame au sujet de notre fraternité, ou encore parce que nous usons en frères de notre patrimoine, qui chez vous brise généralement la fraternité.

11. Ainsi donc, étroitement unis par l'esprit et par l'âme, nous n'hésitons pas à partager nos biens avec les autres. Tout sert à l'usage commun parmi nous, excepté nos épouses. - 12. Nous rompons la communauté, là précisément où les autres hommes la pratiquent; car ils ne se contentent pas de prendre les femmes de leurs amis, mais prêtent très patiemment leurs propres femmes à leurs amis. Ils suivent en cela, je pense, l'enseignement de leurs ancêtres et des plus grands de leurs sages, du Grec Socrate, du Romain Caton, qui cédèrent à leurs amis des femmes qu'ils avaient épousées, sans doute, pour qu'elles leur donnassent des enfants ailleurs encore que chez eux ! - 13. Et peut-être n'était-ce pas malgré elles ; car quel souci pouvaient avoir de la chasteté des épouses que leurs maris avaient données si facilement ? Quels modèles de la sagesse athénienne, de la gravité romaine ! Un philosophe et un censeur qui se font entremetteurs!

14. Quoi donc d'étonnant qu'une si grande charité ait des repas communs ? Car nos modestes repas, vous les accusez non seulement d'une criminelle infamie, mais encore de prodigalité ! C'est à nous, sans doute, que s'applique le mot de Diogène : « Les Mégariens mangent comme s'ils allaient mourir demain et ils bâtissent comme s'ils ne devaient jamais mourir. » Mais on voit plus facilement une paille dans l'œil d'autrui qu'une poutre dans le sien. -15. Pendant que tant de tribus, de curies et de décuries vomissent, l'air devient acide! Quand les Saliens tiendront leur banquet, il leur faudra un crédit ouvert ; pour supputer les dépenses qu'occasionnent les dîmes d'Hercule et les banquets sacrés, il faudra des teneurs de livres ; aux Apaturies, aux Dionysies, aux mystères attiques, on fait une levée de cuisiniers ; en voyant la fumée du banquet de Sérapis, on donnera l'alarme aux pompiers ! Seul, le repas des chrétiens est un objet de commentaires.

16. Notre repas fait voir sa raison d'être par son nom : on l'appelle d'un nom qui signifie « amour » chez les Grecs (agape). Quelles que soient les dépenses qu'il coûte, c'est profit que de faire des dépenses par une raison de piété : en effet, c'est un rafraîchissement par lequel nous soulageons les pauvres, non que nous les traitions comme vos parasites, qui aspirent à la gloire d'asservir leur liberté, à condition qu'ils puissent se remplir le ventre au milieu des avanies, mais parce que, devant Dieu, les humbles jouissent d'une considération plus grande. - 17. Si le motif de notre repas est honnête, jugez d'après ce motif la discipline qui le régit. Comme il a son origine dans un devoir religieux, il n'admet ni bassesse ni dérèglement. On ne se met à table qu'après avoir goûté de la prière à Dieu. On mange autant que la faim l'exige ; on boit autant que la chasteté le permet. - 18. On se rassasie comme des hommes qui se souviennent que, même la nuit, ils doivent adorer Dieu ; on converse en gens qui savent que le Seigneur les entend. Après qu'on s'est lavé les mains et qu'on a allumé les lumières, chacun est invité à se lever pour chanter, en l'honneur de Dieu, un cantique qu'on tire, suivant ses moyens, soit des saintes Ecritures, soit de son propre esprit. C'est une épreuve qui montre comment il a bu. Le repas finit comme il a commencé, par la prière. - 19. Puis chacun s'en va de son côté, non pas pour courir en bandes d'assassins, ni en troupes de flâneurs, ni pour donner libre carrière à la débauche, mais avec le même souci de modestie et de pudeur, en gens qui ont pris à table une leçon plutôt qu'un repas.

20. Oui, c'est à juste titre que cette « coalition » des chrétiens est déclarée illicite, si elle est semblable aux réunions illicites ; c'est à juste titre qu'on la condamne, si l'on peut s'en plaindre pour la raison qui fait qu'on se plaint des« factions ». - 21. Mais nous sommes-nous jamais réunis pour perdre quelqu'un? Assemblés, nous sommes tels que séparés ; tous ensemble ou seuls, nous sommes les mêmes, ne nuisant à personne, ne contristant personne. Quand des hommes probes, honnêtes, se réunissent, quand des hommes pieux et chastes s'assemblent, ce n'est point une « faction », c'est une « curie » ou sénat.
Notez que le plaisir évoqué dans le Carpe diem est également (mais pour des raisons bien différentes) un plaisir modéré... Pour Horace, et c'est une constante de son oeuvre, il faut fuir l'excès.
La différence entre la "fruition" chrétienne et la "jouissance" païenne demeure dans l'intention, cette attention à Dieu "partout présent" attendant la réponse continuelle de notre amour, un amour adulte et responsable pétri par l'Esprit saint.

Notre débat reçoit sa réponse la plus complète sans doute dans cet extrait de l'épître aux Galates:
Ga, V, 16-25 a écrit :Laissez-vous mener par l'Esprit et vous ne risquerez pas de satisfaire la convoitise charnelle. Car la chair convoite contre l'esprit et l'esprit contre la chair ; il y a entre eux antagonisme, si bien que vous ne faites pas ce que vous voudriez. Mais si l'Esprit vous anime, vous n'êtes pas sous la Loi. Or on sait bien tout ce que produit la chair : fornication, impureté, débauche, idolâtrie, magie, haines, discorde, jalousie, emportements, disputes, dissensions, scissions, sentiments d'envie, orgies, ripailles et choses semblables - et je vous préviens, comme je l'ai déjà fait, que ceux qui commettent ces fautes-là n'hériteront pas du Royaume de Dieu. -
Mais le fruit de l'Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi : contre de telles choses il n'y a pas de loi. Or ceux qui appartiennent au Christ Jésus ont crucifié la chair avec ses passions et ses convoitises. Puisque l'Esprit est notre vie, que l'Esprit nous fasse aussi agir.
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