Des libertés d'opinion et d'expression vues par le Magistère

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Toto
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Des libertés d'opinion et d'expression vues par le Magistère

Message non lu par Toto » sam. 10 janv. 2015, 16:31

Grégoire XVI, dans Mirari Vos, a écrit :De cette source empoisonnée de l'indifférentisme, découle cette maxime fausse et absurde ou plutôt ce délire : qu'on doit procurer et garantir à chacun la liberté de conscience ; erreur des plus contagieuses, à laquelle aplanit la voie cette liberté absolue et sans frein des opinions qui, pour la ruine de l'Église et de l'État, va se répandant de toutes parts, et que certains hommes, par un excès d'impudence, ne craignent pas de représenter comme avantageuse à la religion. Eh ! " quelle mort plus funeste pour les âmes, que la liberté de l'erreur ! " disait saint Augustin (S. Aug. Ep. CLXVI). En voyant ôter ainsi aux hommes tout frein capable de les retenir dans les sentiers de la vérité, entraînés qu'ils sont déjà à leur perte par un naturel enclin au mal, c'est en vérité que nous disons qu'il est ouvert ce " puits de l'abîme " (Apoc. IX, 3), d'où saint Jean vit monter une fumée qui obscurcissait le soleil, et des sauterelles sortir pour la dévastation de la terre. De là, en effet, le peu de stabilité des esprits ; de là, la corruption toujours croissante des jeunes gens ; de là, dans le peuple, le mépris des droits sacrés, des choses et des lois les plus saintes ; de là, en un mot, le fléau le plus funeste qui puisse ravager les États ; car l'expérience nous l'atteste et l'antiquité la plus reculée nous l'apprend : pour amener la destruction des États les plus riches, les plus puissants, les plus glorieux, les plus florissants, il n'a fallu que cette liberté sans frein des opinions, cette licence des discours publics, cette ardeur pour les innovations.
Bienheureux Pie IX, dans le Syllabus, a écrit : Erreurs qui se rapportent au libéralisme moderne LXXIX. Il est faux que la liberté civile de tous les cultes, et que le plein pouvoir laissé à tous de manifester ouvertement et publiquement toutes leurs pensées et toutes leurs opinions, jettent plus facilement les peuples dans la corruption des mœurs et de l'esprit, et propagent la peste de l'Indifférentisme (18).
Léon XIII, dans Libertas Praestantissimam, a écrit :De ces considérations, il résulte donc qu'il n'est aucunement permis de demander, de défendre ou d'accorder sans discernement la liberté de la pensée, de la presse, de l'enseignement, des religions, comme autant de droits que la nature a conférés à l'homme. Si vraiment la nature les avait conférés, on aurait le droit de se soustraire à la souveraineté de Dieu, et nulle loi ne pourrait modérer la liberté humaine. Il suit pareillement que ces diverses sortes de libertés peuvent, pour de justes causes, être tolérées, pourvu qu'un juste tempérament les empêche de dégénérer jusqu'à la licence et au désordre. Là enfin où les usages ont mis ces libertés en vigueur, les citoyens doivent s'en servir pour faire le bien et avoir à leur égard les sentiments qu'en a l'Eglise. Car une liberté ne doit être réputée légitime qu'en tant qu'elle accroît notre faculté pour le bien; hors de là, jamais.
"Si quelqu'un dit [...] : qu'il soit anathème" (formule traditionnelle d'une bonne partie des conciles de l'Eglise)
Pie VI, dans Quod aliquantulum, a écrit :C’est dans cette vue qu’on établit, comme un droit de l’homme en société, cette liberté absolue qui non seulement assure le droit de n’être pas’ inquiété sur ses opinions religieuses, mais qui accorde encore cette licence de penser, de dire, d’écrire et même de faire imprimer impunément en matière de religion tout ce que peut suggérer l’imagination la plus déréglée ; droit monstrueux qui paraît cependant résulter à l’assemblée de l’égalité et de la liberté naturelles à tous les hommes. Mais que pouvait-il y avoir de plus insensé que d’établir parmi les hommes cette égalité et cette liberté effrénée qui semble étouffer la raison, le don le plus précieux que la nature ait fait à l’homme et le seul qui le distingue des animaux ?
Bienheureux Pie IX, dans Quanta Cura, a écrit :Et contre la doctrine de la Sainte Écriture, de l'Église et des saints Pères, ils affirment sans hésitation que : " la meilleure condition de la société est celle où on ne reconnaît pas au pouvoir le devoir de réprimer par des peines légales les violations de la loi catholique, si ce n'est dans la mesure où la tranquillité publique le demande ". À partir de cette idée tout à fait fausse du gouvernement des sociétés, ils ne craignent pas de soutenir cette opinion erronée, funeste au maximum pour l'Église catholique et le salut des âmes, que Notre Prédécesseur Grégoire XVI, d'heureuse mémoire, qualifiait de " délire " : " La liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme. Ce droit doit être proclamé et garanti par la loi dans toute société bien organisée. Les citoyens ont droit à l'entière liberté de manifester hautement et publiquement leurs opinions quelles qu'elles soient, par les moyens de la parole, de l'imprimé ou tout autre méthode sans que l'autorité civile ni ecclésiastique puisse lui imposer une limite ". Or, en donnant pour certitudes des opinions hasardeuses, ils ne pensent ni ne se rendent compte qu'ils prêchent " la liberté de perdition " (Saint Augustin), et que " s'il est permis à toutes les convictions humaines de décider de tout librement, il n'en manquera jamais pour oser résister à la vérité et faire confiance au verbiage d'une sagesse toute humaine. On sait cependant combien la foi et la sagesse chrétienne doivent éviter cette vanité si dommageable, selon l'enseignement même de Notre Seigneur Jésus-Christ " (Saint Léon).
Pie VII a écrit :Un nouveau sujet de peine dont Notre cœur est encore plus vivement affligé, et qui, Nous l’avouons, Nous cause un tourment, un accablement et une angoisse extrêmes, c’est le 22e article de la Constitution. Non seulement on y permet la liberté des cultes et de conscience, pour Nous servir des termes mêmes de l’article, mais on promet appui et protection à cette liberté, et en outre aux ministres de ce qu’on nomme les cultes. Il n’est certes pas besoin de longs discours, Nous adressant à un évêque tel que vous, pour vous faire reconnaître clairement de quelle mortelle blessure la religion catholique en France se trouve frappée par cet article. Par cela même qu’on établit la liberté de tous les cultes sans distinction, on confond la vérité avec l’erreur, et l’on met au rang des sectes hérétiques et même de la perfidie judaïque l’Epouse sainte et immaculée du Christ, l’Eglise hors de laquelle il ne peut y avoir de salut.

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Héraclius
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Re: Des libertés d'opinion et d'expression vues par le Magis

Message non lu par Héraclius » sam. 10 janv. 2015, 16:42

Y a t'il là une formulation ex-cathedra ?



Vous connaissez cela aussi, je présume :
Dignitatis Humanae a écrit :Ce Concile du Vatican déclare que la personne humaine a droit à la liberté religieuse. Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être exempts de toute contrainte de la part tant des individus que des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu’en matière religieuse nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience ni empêché d’agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d’autres. Il déclare, en outre, que le droit à la liberté religieuse a son fondement réel dans la dignité même de la personne humaine telle que l’ont fait connaître la Parole de Dieu et la raison elle-même [2]. Ce droit de la personne humaine à la liberté religieuse dans l’ordre juridique de la société doit être reconnu de telle manière qu’il constitue un droit civil.

En vertu de leur dignité, tous les hommes, parce qu’ils sont des personnes, c’est-à-dire doués de raison et de volonté libre, et, par suite, pourvus d’une responsabilité personnelle, sont pressés, par leur nature même, et tenus, par obligation morale, à chercher la vérité, celle tout d’abord qui concerne la religion. Ils sont tenus aussi à adhérer à la vérité dès qu’ils la connaissent et à régler toute leur vie selon les exigences de cette vérité. Or, à cette obligation, les hommes ne peuvent satisfaire, d’une manière conforme à leur propre nature, que s’ils jouissent, outre de la liberté psychologique, de l’exemption de toute contrainte extérieure. Ce n’est donc pas sur une disposition subjective de la personne, mais sur sa nature même, qu’est fondé le droit à la liberté religieuse. C’est pourquoi le droit à cette exemption de toute contrainte persiste en ceux-là mêmes qui ne satisfont pas à l’obligation de chercher la vérité et d’y adhérer ; son exercice ne peut être entravé, dès lors que demeure sauf un ordre public juste.
''Christus Iesus, cum in forma Dei esset, non rapínam arbitrátus est esse se æquálem Deo, sed semetípsum exinanívit formam servi accípiens, in similitúdinem hóminum factus ; et hábitu invéntus ut homo, humiliávit semetípsum factus oboediens usque ad mortem, mortem autem crucis. Propter quod et Deus illum exaltávit et donávit illi nomen, quod est super omne nomen, ut in nómine Iesu omne genu flectátur cæléstium et terréstrium et infernórum.'' (Epître de Saint Paul aux Philippiens, 2, 7-10)

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Re: Des libertés d'opinion et d'expression vues par le Magis

Message non lu par Toto » sam. 10 janv. 2015, 17:35

Vu les messages de Benoît XVI sur la juste herméneutique de continuité, je vous laisse donc maintenant accorder les textes vénérables du passé et le texte plus moderne du concile ; personnellement, je n'ai pas trouvé comment on pourrait concilier, c'est le cas de dire, tout cela.

Si, quand même : vous visez dans votre texte la liberté religieuse, mon point était plus large que cela puisqu'englobant aussi les libertés d'opinion et d'expression.

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Héraclius
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Re: Des libertés d'opinion et d'expression vues par le Magis

Message non lu par Héraclius » sam. 10 janv. 2015, 17:50

Toto a écrit :Vu les messages de Benoît XVI sur la juste herméneutique de continuité, je vous laisse donc maintenant accorder les textes vénérables du passé et le texte plus moderne du concile ; personnellement, je n'ai pas trouvé comment on pourrait concilier, c'est le cas de dire, tout cela.

Si, quand même : vous visez dans votre texte la liberté religieuse, mon point était plus large que cela puisqu'englobant aussi les libertés d'opinion et d'expression.

Donc vous avez le choix :


- Soit vous admettez que les deux textes (ou corpus de texte) sont théoriquement infaillibles, vrais. S'agissant d'une impossibilité, vous devez donc vous rabattre sur l'hypothèse que la seconde infaibillité a été invalidée. Ainsi, le Pape ne pouvait être Pape. Vous devenez un vil sédévac'.

- Soit vous admettez que le premier texte (ou corpus), quoique ayant haute autorité, n'est pas infaillible car une encyclique n'est pas par nature ex-cathedra, et que le second texte, validé par un concile oeucuménique sanctionné par le sucesseur de Pierre, ne peut que l'être. Vous voilà un vil conciliaire.

- Vous adoptez une position bâtarde entre les deux, mais il va falloir bien la défendre parce qu'en dehors des deux cas de figure évoqués j'ai du mal à concevoir une autre position cohérente.



Dieu vous bénisse,



Héraclius -
''Christus Iesus, cum in forma Dei esset, non rapínam arbitrátus est esse se æquálem Deo, sed semetípsum exinanívit formam servi accípiens, in similitúdinem hóminum factus ; et hábitu invéntus ut homo, humiliávit semetípsum factus oboediens usque ad mortem, mortem autem crucis. Propter quod et Deus illum exaltávit et donávit illi nomen, quod est super omne nomen, ut in nómine Iesu omne genu flectátur cæléstium et terréstrium et infernórum.'' (Epître de Saint Paul aux Philippiens, 2, 7-10)

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Re: Des libertés d'opinion et d'expression vues par le Magis

Message non lu par prodigal » sam. 10 janv. 2015, 18:06

On peut remarquer que tous les textes cités par Toto dénoncent des excès, que le contexte historique permet de rapporter sans peine à la révolution française. Aucun, si j'ai bien lu, ne va jusqu'à recommander la persécution de la pensée.
Il faut ajouter que la liberté d'expression bien comprise n'est pas et n'a jamais été le droit de dire n'importe quoi.
La différence de ton a beau être spectaculaire entre Grégoire XVI et Dignitatis Humanae, je ne vois pas de contradiction à proprement parler. Une différence d'ambiance, oui. :)
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Re: Des libertés d'opinion et d'expression vues par le Magis

Message non lu par gerardh » sam. 10 janv. 2015, 18:42

________

Bonjour,

Attention à la scène de l'arroseur arrosé.


_________

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Zarus
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Re: Des libertés d'opinion et d'expression vues par le Magis

Message non lu par Zarus » dim. 11 janv. 2015, 16:24

Ce n'est pas que la position de l'Église n'est pas cohérente ou compréhensible : elle l'est dans sa vision du monde (en effet, pourquoi tolérer le Faux et le Mauvais) mais elle n'a pas de sens pour les non-chrétiens ou dans une politique "extérieure" par rapport à ceux-ci.

En effet, pourquoi un non-chrétien accepterait-il cela à moins qu'il n'y soit contraint par la force ? Lui aussi croit avoir raison et ne veut pas vivre de façon contraire à ses propres idéaux et n'a que faire des droits auto - proclamés à exercer une hégémonie sur lui, surtout quand cette légitimité vient d'une croyance qui n'est pas la sienne.

Imaginez que votre pays devient majoritairement et officiellement musulman, et que les autorités estiment avoir le droit par le Coran de faire de vous des dhimmis (citoyen de seconde zone, limitation du prosélytisme et mesures venant limiter votre nombre, etc....) trouveriez-vous ça juste ? Ce n'est pas très différent de comment étaient traités les non-catholiques dans l'Ancien Régime ou les plus vieux textes cités ici par Toto où les minorités non-catholiques étaient tolérées pour la paix sociale mais devaient accepter une hégémonie catholique, le prosélytisme constant et la censure.

Vous pourriez me dire "Mais nous, on apporte la Vérité ! C'est pour les sauver que nous faisons cela" mais c'est aussi ce que pensent ceux qui pourraient vous infliger cela, c'est bien cela le problème, vous êtes loin d’être les seuls et ce n'est pas une justification en soi.

Et l'application pratique est hypocrite sinon impossible : Comment demander la tolérance dans les pays où les chrétiens sont minoritaires si on ne tolère pas les non-chrétiens dans les pays chrétiens* ? De ne souffrir aucune limitation à l’évangélisation chez les "païens" mais censurer ceux-ci dans les pays chrétiens ?

Je n'ai pas besoin d’être catholique pour savoir que cela brise la fameuse règle d'or :
« ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse »

*Vous me direz "mais certaines minorités chrétiennes sont déjà persécutées" oui, bien sûr et c'est horrible comme n'importe quelle persécution qu'importe envers qui, mais est-que cela ne rendrait pas encore plus hypocrite que de ne se préoccuper que des chrétiens et d'opprimer les non-chrétiens ?
"With my eternal life, I will see the world through to its end. Until everyone who won't like me is gone."
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"Can you face your fears ?"
— Hanako

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Re: Des libertés d'opinion et d'expression vues par le Magis

Message non lu par MB » mar. 13 janv. 2015, 2:29

Avé

La position de Zarus me paraît dictée par le bon sens...
Cela dit, quand on lit, bien en détail, le texte de Léon XIII, on s'aperçoit qu'il donne une position assez équilibrée ; je pense même que pour l'époque, elle devait être assez ouverte, et que des conservateurs ont dû grincer des dents en la découvrant. Lisez précisément ceci (je cite un morceau du texte) :
Il suit pareillement que ces diverses sortes de libertés peuvent, pour de justes causes, être tolérées, pourvu qu'un juste tempérament les empêche de dégénérer jusqu'à la licence et au désordre. Là enfin où les usages ont mis ces libertés en vigueur, les citoyens doivent s'en servir pour faire le bien et avoir à leur égard les sentiments qu'en a l'Eglise. Car une liberté ne doit être réputée légitime qu'en tant qu'elle accroît notre faculté pour le bien; hors de là, jamais.
Autrement dit, ce texte permet une adaptation aux réalités concrètes des sociétés, à charge aux autorités de savoir les déchiffrer.

Il faut encore tenir compte d'autre chose, me semble-t-il, et c'est là qu'intervient la dernière phrase citée. On a vu, au 20ème siècle, ce qu'entraînait une situation de pouvoir prétendant dominer, avec les moyens modernes, inconnus aux siècles précédents, les cœurs et les consciences. Plusieurs des prélats présents au Concile avaient pu l'éprouver eux-mêmes. Dans une telle situation, où règne la terreur, les langages, les sentiments, les mots mêmes, les gestes, tout est truqué ; tout le monde vit comme dans Orwell, avec double, triple, quadruple langage, mensonge, dissimulation. Tous sont soumis au pouvoir et à l'aliénation morale et spirituelle. Voulez-vous qu'on fasse la même chose avec un régime qui se veut catholique ?

Pour en donner une idée, voici une citation extraite du livre du grand reporter polonais sur les dernières années du règne du Négus, Hailé Sélassié (soutenu par l'Eglise de son pays). Pour le lectorat polonais, l'allusion au régime de l'époque était transparente, mais elle mérite aussi d'être lue pour elle-même :
"... grâce à la sollicitude et à la générosité de Notre Bienfaiteur à l'égard des forces de l'ordre, les effectifs de la police augmentèrent à tel point qu'au cours des dernières années du règne de Notre Monarque, les oreilles se mirent à croître et à se multiplier (...) à tel point que voulant se protéger du fléau des délateurs, les gens - sans qu'on sache comment, ni où, ni quand, sans écoles, sans cours, sans disques et sans dictionnaires - apprirent une nouvelle langue. Rapidement, ils se mirent à parler couramment un nouveau langage, le maîtrisant à la perfection et le maniant avec une grande virtuosité. C'est ainsi que des hommes simples et frustes se transformèrent en locuteurs parfaitement bilingues. Ce bilinguisme leur était grandement utile. Il leur sauvait même la vie, leur assurait la tranquillité, leur permettait d'exister. Bien que chacune des deux langues eût un vocabulaire et une grammaire spécifiques, tout le monde finit par venir à bout des difficultés d'apprentissage et par s'exprimer dans le langage voulu au moment voulu".
Après cela les possibilités d'amélioration morale - même très imparfaites - offertes par la liberté moderne sont tout simplement incomparables. On répondra que les régimes en question n'étaient pas chrétiens (c'est même le moins que l'on puisse dire) et que l'oppression qu'ils faisaient régner n'avait rien à voir avec notre religion. Vrai en apparence, sauf que certains régimes soutenus ou tolérés par l'Eglise locale sont aussi tombés dans ces horreurs (les premières années de l'Espagne de Franco, le Chili de Pinochet ou l'Argentine de Videla). Et assurément, on a peine à imaginer à quel point une situation de pouvoir abusif, avec tous les moyens d'aujourd'hui, peut détruire les consciences. Le pouvoir est une chose intrinsèquement destructrice, à plus forte raison lorsqu'il est mis au service d'une cause qui se veut "totale". Le risque est si grand, et si vérifié, qu'à la fin un régime de liberté est mille fois préférable.

Amicalement
MB

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Re: Des libertés d'opinion et d'expression vues par le Magis

Message non lu par poche » mar. 13 janv. 2015, 8:06

Nous avons le droit de proclamer la vérité qui est la foi catholique.

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Re: Des libertés d'opinion et d'expression vues par le Magis

Message non lu par Cgs » mar. 13 janv. 2015, 13:00

Bonjour Zarus,

On vous a déjà répondu dans un autre fil de discussion. Vous ne comprenez pas que le christianisme est par définition ancré dans le réel. A ce titre, il est pleinement conforme à la droite raison. Dès lors, il n'est pas nécessaire de croire ou d'avoir la foi pour essayer de comprendre et d'adhérer à ce qu'il dit sur les grands principes philosophiques de ce monde.

Vous persistez à rejeter le christianisme, sans voir que certains éléments qu'il affirme sont universels, par exemple la notion de liberté.

Je vous invite à inverser le raisonnement : plutôt que de rejeter a priori, examinez les preuves. Vous êtes doué de raison, donc vous pouvez bien réfléchir sur les sujets philosophiques qui sont abordés sur ce forum !

Sur le reste de votre message, vous dressez des raccourcis faciles entre islam et catholicisme. La dihimmitude est inscrite dans les textes fondateurs de l'islam. Les comportements scandaleux de certains chrétiens dans l'Histoire ne trouvent aucun fondements dans la Bible. C'est votre préjugé sur le catholicisme qui vous donne de raconter des inepties pareilles. Documentez-vous sur ce que vous voulez critiquer...

En Christ,
Cgs
Mes propos qui apparaissent en vert comme ceci indiquent que j'agis au nom de la modération du forum.

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Re: Des libertés d'opinion et d'expression vues par le Magis

Message non lu par prodigal » mar. 13 janv. 2015, 13:42

On pourrait peut-être récapituler ainsi.
1) L'Eglise n'a jamais accordé de droit à l'erreur en tant qu'erreur. Traduction un peu libre : si on était débarrassé de certaines sottises, ça ne nous manquerait pas :-D .
2) L'Eglise reconnaît, par la notion de tolérance, un droit des personnes et des communautés à ne pas être persécutées, fussent-elles dans l'erreur.
3) Nul n'a le pouvoir de contraindre autrui à penser ce qu'il croit, en conscience, être faux (ni à rejeter ce qu'il croit être vrai).
4) Tous les hommes, quelle que soit leur religion, sont tenus de rechercher la vérité et de s'y conformer quand leur conscience la reconnaît.
Ces quatre propositions ne me paraissent condamnées ni par l'Eglise du 19e siècle, ni par celle du concile Vatican II. Il est donc bien possible que ce soit la même.
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Re: Des libertés d'opinion et d'expression vues par le Magis

Message non lu par Héraclius » mar. 13 janv. 2015, 15:47

L'Eglise peut se tromper lorsqu'elle ne se prononce pas dans l'infaillibilité, de toute façon. Suffit de voir l'Inquisition et la doctrine morale qui procède de cette pratique "pastorale".
''Christus Iesus, cum in forma Dei esset, non rapínam arbitrátus est esse se æquálem Deo, sed semetípsum exinanívit formam servi accípiens, in similitúdinem hóminum factus ; et hábitu invéntus ut homo, humiliávit semetípsum factus oboediens usque ad mortem, mortem autem crucis. Propter quod et Deus illum exaltávit et donávit illi nomen, quod est super omne nomen, ut in nómine Iesu omne genu flectátur cæléstium et terréstrium et infernórum.'' (Epître de Saint Paul aux Philippiens, 2, 7-10)

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Re: Des libertés d'opinion et d'expression vues par le Magis

Message non lu par AdoramusTe » mar. 13 janv. 2015, 23:42

Toto a écrit :Vu les messages de Benoît XVI sur la juste herméneutique de continuité, je vous laisse donc maintenant accorder les textes vénérables du passé et le texte plus moderne du concile ; personnellement, je n'ai pas trouvé comment on pourrait concilier, c'est le cas de dire, tout cela.

Si, quand même : vous visez dans votre texte la liberté religieuse, mon point était plus large que cela puisqu'englobant aussi les libertés d'opinion et d'expression.
J'ai lu le livre d'Yves Daoudal, "Notules sur un concile" qui est intéressant à plus d'un titre.

Sur le thème de la liberté religieuse, il est particulièrement pertinent.
Voici un extrait (http://yvesdaoudal.hautetfort.com/archi ... nae-1.html):
Le concile Vatican II innovait en promulguant des « déclarations ». Celles-ci venaient après les constitutions et après les décrets, sans qu’on sache quelle autorité l’autorité romaine voulait leur donner… Et la perplexité est encore plus grande quand on voit que sur le site du Vatican les déclarations sont entre les constitutions et les décrets…

En tout cas, les deux premières des trois déclarations, Dignitatis humanæ et Nostra ætate, ont fait couler beaucoup d’encre et sont même devenues d’une certaine manière des textes phares du concile. Et pas seulement pour les partisans de l’herméneutique de la rupture ou pour les contempteurs du concile, mais aussi pour les papes, comme on peut le constater dans maints discours. Benoît XVI le souligne même très fortement dans la préface qu’il a rédigée pour le recueil de ses interventions au concile comme théologien du cardinal Frings : « De manière inattendue, écrit-il après avoir évoqué Gaudium et spes, on ne trouve pas la rencontre avec les grands thèmes de l'époque moderne dans la grande Constitution pastorale, mais bien dans deux documents mineurs, dont l'importance est apparue seulement peu à peu, avec la réception du Concile. » Et il évoque alors les déclarations sur la liberté religieuse et sur les relations de l’Eglise avec les religions non chrétiennes.

Dignitatis humanæ : comme son nom l’indique, on fait reposer la liberté religieuse sur la dignité de la personne humaine.

Le grand débat sur cette déclaration est de savoir si ce texte est en rupture ou non avec « l’enseignement infaillible » de Pie IX dans Quanta Cura et dans le Syllabus (notamment). Certains montrent que la contradiction est manifeste, d’autres ont écrit des milliers de pages pour montrer que la contradiction n’est qu’apparente et que finalement il y a bien continuité.

Ce débat me paraît parfaitement vain. C’est à peu près comme si on se demandait s’il y a contradiction entre le Deutéronome et le Code civil. La question ne se pose pas. Elle ne se pose pas parce qu’on compare ou qu’on oppose des textes qui n’ont pas d’autres points communs que certains mots, auxquels on veut donner la même valeur alors qu’ils ne l’ont pas.

Le grand malentendu sur Dignitatis humanæ est, mais ici de façon chimiquement pure, le malentendu qui règne sur le concile en général, et plus particulièrement sur Gaudium et spes. Non seulement ce concile s’est voulu pastoral, mais il a voulu s’adresser « à tous les hommes », comme le disait d’emblée son « Message » du 20 octobre 1962. Si certains textes ne peuvent concerner que les catholiques, d’autres sont censés concerner l’humanité tout entière, et la constitution Gaudium et spes s’adresse explicitement « à tous les hommes ».

Lorsque l’Eglise s’adresse à l’humanité tout entière, ce n’est évidemment pas pour préciser un point du dogme, ni pour confirmer ou battre incroyablement en brèche un « enseignement infaillible », c’est pour proposer, en tant qu’organisation sociale à laquelle on reconnaît une sagesse certaine, une règle de comportement qui serve le bien commun social.

J’ai fini par comprendre cela à force de lire les discours de Jean-Paul II puis de Benoît XVI adressés à des auditoires non catholiques, aux dirigeants politiques et aux ambassadeurs. Chaque fois qu’il est question de liberté religieuse, ces discours donnent l’impression que le pape n’est plus le pape. C’est qu’en effet il parle alors en tant qu’« expert en humanité », comme s’était défini Paul VI à l’ONU dès le 4 octobre 1965, deux mois avant la promulgation de Dignitatis humanæ.

La déclaration sur la liberté religieuse a un sous-titre : « Du droit de la personne et des communautés à la liberté sociale et civile en matière religieuse ».

L’expression « en matière religieuse » ne doit pas tromper. La matière de la déclaration n’est pas religieuse. La matière de la déclaration, c’est « la liberté sociale et civile » (dans les questions religieuses). Le texte n’est pas religieux. Il est social et civil. Il est donc vain de le comparer à un texte religieux, et plus encore à un texte religieux qu’on dit « infaillible ».
Ignoratio enim Scripturarum ignoratio Christi est

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Re: Des libertés d'opinion et d'expression vues par le Magis

Message non lu par poche » jeu. 12 févr. 2015, 8:37

Toujours aux Etats-Unis, où la liberté d'expression est là depuis longtemps, il existe un concept juridique sur les "paroles de défi". Si quelqu'un dit des choses provocantes et une bagarre s'ensuit, la personne qui frappe l'autre peut être déclarée non-coupable. C'est parce qu'elle n'aurait jamais commis l'agression si ce n'était de la provocation faite par celui qui a lancé des insultes gratuites.

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Re: Des libertés d'opinion et d'expression vues par le Magis

Message non lu par Toto » sam. 14 févr. 2015, 16:55

Bonjour Adoramus Te,

Je suis étonné devant le texte de Daoudal ; concrètement, ce qu'il dit, c'est que finalement le pape tient un double discours, l'un pour les catholiques, l'autre en matière civile et sociale, et donc finalement les destinataires des messages étant différents, les messages peuvent l'être aussi et peu importe.

Je suis en complet désaccord avec la conclusion ; on ne peut admettre qu'un catholique un peu soucieux du catholicisme tienne un double discours. Que serait-ce si un évêque déconseillait à ses ouailles le divorce et, quand il s'adresse au président ou au ministre de la famille, qu'il le promeuve, ou qu'il parle de la pluie et du beau temps, ou de futilités?
Chaque fois qu’il est question de liberté religieuse, ces discours donnent l’impression que le pape n’est plus le pape. C’est qu’en effet il parle alors en tant qu’« expert en humanité », comme s’était défini Paul VI à l’ONU dès le 4 octobre 1965, deux mois avant la promulgation de Dignitatis humanæ.
Un Pape n'est pas un Pape à temps partiel. Un prêtre n'est pas prêtre à temps partiel. Si le directeur général de mon entreprise me téléphone alors que je suis chez moi au lit à 4h du matin, je peux lui raccrocher au nez. Si quelqu'un téléphone à un prêtre en disant que quelqu'un de sa famille a besoin de l'extrême-onction, le prêtre se lève et y va, quand bien même il aurait accompli des "heures supplémentaires" la semaine passée.
De même sur la parole et l'enseignement ; le Christ a demandé d'évangéliser, d'annoncer l'Evangile. Pas de tenir le discours que les francs-maçons cosmopolites de l'ONU et leurs affidés veulent entendre, sur les "droits de l'homme", "la liberté religieuse" et autres notions du même genre. Quel Saint a tenu un double discours? Je n'en vois pas.

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