Peut-on être catholique et socialiste ?

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Cinci
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Re: Peut-on être catholique et socialiste ?

Message non lu par Cinci » jeu. 27 nov. 2014, 22:00

Réflexions pour réflexions ...

De Lys_Sul :
je remarque juste que certaines personnes utilisent la puissance coercitive dite "légale" pour imposer leurs visions sur la société et se muter en ingénieur social dans le dessein de modifier encore la nature de l'Homme.
... qui ne représenterait bien qu'un cas de figure extrême. Admettons.


Sauf l'idée de "révolutionner la nature de l'Homme" n'a rien à voir avec les revendications traditionnelles des partis socialistes (ou socialisants) du XXe siècle en Europe, aux États-unis ou ailleurs. Et l'on peut entendre ici par revendications traditionnelles : un meilleur partage des richesses, droit de syndicalisation, amélioration des conditions de travail, accessibilité des soins de santé, droit à l'éducation, régime de retraite, protection contre la diminution de revenu (chômage, perte d'emploi prolongée), etc.

Les régimes dictatoriaux sud-américains des années 1970, comme ceux dont la raison d'être consistait justement à faire la chasse aux "communistes", de casser du syndicaliste, de détruire les socialistes, d'assurer l'existence d'une société anti-démocratique, étaient détenteurs aussi d'une certaine compréhension du monde et souhaitaient imposer certainement leur propre vision inégalitaire de la société comme au moyen de la force, d'un appareillage de lois.

La gauche est l'imitation de l’Église retranscrite sur terre avec ses travers propres dans un christianisme mal digéré. Ce n'est pas étonnant, que certains y voient des idées chrétiennes dans le socialisme, c'est seulement son rejeton adolescent qui se rebelle pour créer sa société utopique, ce n'est qu'après un long coma étatique que celui-ci est revenu voir sa mère, les mains rouges.
Sa mère? Je doute que l'Église pourrait se targuer d'être la mère du socialisme (même indirectement), ou de pouvoir jouir d'une sorte de statut de mère protectrice au départ envers les socialistes. Ce serait comme faire injure à l'histoire de l'Europe.

Pour le reste, il serait assez illusoire de s'imaginer que l'Église, elle-même, serait comme "pure" de toute influence externe, étrangère au milieu humain et culturel dans lequel elle aura pu se développer. Se découvrir comme un motif de reproche, voir la trahison, le flétrissement ou la minorisation du mouvement socialiste en général, dans cette seule raison d'une influence du christianisme sur des socialistes n'a pas plus de sens, selon moi, que le point de vue de nombreux protestants et grandes gueules de forum qui trouveront toujours une faute (une raison de déblatérer "contre") dans le fait que l'Église aura pu tirer sa propre organisation matérielle ou même certaines vues des choses directement du monde païen pour commencer. De fait, l'Église n'est pas plus fille légitime ou fille soumise au monde ( par suite devant faire retour vers lui) parce qu'elle aurait pu en récupérer des éléments intéressants sur le plan philosophique ou autres. Ainsi, ce qui est vrai pour l'Église sera vrai pour le socialisme. Tout le monde a le droit de partager des influences de l'un sur l'autre (sourire).

Je veux dire que chaque mouvement est autonome, peut intégrer des influences diverses et il n'en résulte pas une infériorité de l'emprunteur sur le milieu pouvant constituer une source. Oui, un catholique peut certainement être lui-même sous l'influence du socialisme, s'inspirer du socialisme comme d'autres du platonisme naguère ou de l'aristotélisme. Et ce n'est pas un mal.

Cinci
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Re: Peut-on être catholique et socialiste ?

Message non lu par Cinci » jeu. 27 nov. 2014, 23:12

Manu85,
Le clivage gauche/droite ne me parait pas exister.
Je pense qu'il y a plutot un communautarisme de gauche et de droite.
Celui qui est de gauche diabolisera la droite et vice-versa.
Je suis d'accord que tous les politiciens de tous les partis semblent à peu près tous travailler pour le même groupe d'intérêt de nos jours, et ce dernier groupe "contrôlant" ne semble pas non plus devoir être la majorité des citoyens, la majorité silencieuse, les démunis ou même les citoyens de la classe moyenne. Ainsi, les étiquettes des partis ressemblent surtout aux étiquettes des deux douzaines de marques de bières différentes qui sont offertes sur la tablette au marché. Ça ou les boissons gazeuses. Elles seront toutes brassées par à peu près le même gros producteur et qui sera le seul aussi à encaisser les profits.

On parlera de politique spectacle, de la mise en marché du produit (comment vendre Obama aux Américains, etc.)

Voter pour l'un, voter pour l' autre : le résultat c'est l'austérité, le coup de pied au cul pour les travailleurs, les banquiers chouchoutés, les salaires mirobolants pour les PDG, la flexibilité pour les autres, etc.


En réalité ...

Je pense bien qu'il y a un clivage. C'est plutôt le clivage des possédants ou des propriétaires contre ceux qui n'auront rien ou ceux qui ne posséderaient que leur force de travail. Et ce n'est rien de nouveau. C'est une vieille histoire de rapports de domination.

Quant à la diabolisation, mais je pense bien qu'il serait permis de voir une certaine puissance diabolique oeuvrant au coeur d'une certaine dynamique "pesteuse, empoisonneuse et dégradante".

Quand une société fini par être corrompue ou majoritairement composée de très pauvres ( ce serait tel Haïti, l'Arabie saoudite, le Mexique, etc.) à côté de l'étalement d'une richesse obscène d'une poignée d'individus au sommet : il y a quelque chose qui ne tourne par rond.

Le malheur d'une absence pratique de clivage réel mais entre puissants ou possédants, en Occident, depuis l'écroulement définitif de l'empire soviétique surtout, mais c'est que l'idéal "gestionnaire" mis de l'avant par tous, depuis, il semble désormais propre à nous enligner tous sur le modèle de la société brésilienne, péruvienne ou haïtienne, et cela bien plus que sur celui d'une véritable société avancée, une société dans laquelle les indicateurs socio-économiques n'offriraient pas le tableaux d'une régression générale malgré des capacités décuplés de production de nourriture ou autre.

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Re: Peut-on être catholique et socialiste ?

Message non lu par Lys_Sul » ven. 28 nov. 2014, 1:41

Sauf l'idée de "révolutionner la nature de l'Homme" n'a rien à voir avec les revendications traditionnelles des partis socialistes (ou socialisants) du XXe siècle en Europe, aux États-unis ou ailleurs. Et l'on peut entendre ici par revendications traditionnelles : un meilleur partage des richesses, droit de syndicalisation, amélioration des conditions de travail, accessibilité des soins de santé, droit à l'éducation, régime de retraite, protection contre la diminution de revenu (chômage, perte d'emploi prolongée), etc. 
Les revendications de types jacqueries ce n'est pas nouveau dans l'histoire de l'humanité, mais ce sens de révolutionner la nature de l'Homme est propre aux idées des lumières, Xavier Martin, je crois l'à bien expliquer dans ses livres. Je crois sans me tromper que l'héritage de ce mouvement est toujours défendu par la gauche française comme la révolution.
Les régimes dictatoriaux sud-américains des années 1970, comme ceux dont la raison d'être consistait justement à faire la chasse aux "communistes", de casser du syndicaliste, de détruire les socialistes, d'assurer l'existence d'une société anti-démocratique, étaient détenteurs aussi d'une certaine compréhension du monde et souhaitaient imposer certainement leur propre vision inégalitaire de la société comme au moyen de la force, d'un appareillage de lois.
Les pays sous domination communiste furent elles des havres de paix ou un enfer pour certains désignés comme des traîtres vis-à-vis des travailleurs? certains pays me viennent en tête avec des famines ou des meurtres de masses peu glorieux.. Comme certains pays dictatoriaux sud am , mais à mon humble avis, ce qui touche le communisme ( pour certains le communisme véritable  ne fut jamais appliqué) est très loin dans l'horreur.
Sa mère? Je doute que l'Église pourrait se targuer d'être la mère du socialisme (même indirectement), ou de pouvoir jouir d'une sorte de statut de mère protectrice au départ envers les socialistes. Ce serait comme faire injure à l'histoire de l'Europe.
Thomas More et son livre Utopie où le frère Campanella avec son œuvre la Cité du Soleil, pour vous cela a influencé l’Église sur le long terme ? comme l'expérience Encomienda des Jésuites dans le nouveau monde, cela a influencé bon nombre de personnes, je crois que la gauche et sa forme socialiste n'est pas insensible sur le plan 'égalitaire" des personnes.

Il existe un livre sur les idées politiques notamment celui de Philippe Némo qui décrit ce fil historique intéressant.
 Je veux dire que chaque mouvement est autonome, peut intégrer des influences diverses et il n'en résulte pas une infériorité de l'emprunteur sur le milieu pouvant constituer une source. Oui, un catholique peut certainement être lui-même sous l'influence du socialisme, s'inspirer du socialisme comme d'autres du platonisme naguère ou de l'aristotélisme. Et ce n'est pas un mal.
Pourquoi avoir besoin du socialisme pour faire du social, l’Église et ses croyants ont pratiqué déjà des œuvres sociales sans le besoin d'avoir un parti politique, cela n'échappe pas à votre esprit que la solidarité et les petites choses vers les plus faibles diminuent depuis l'effacement sur le social de l’Église, le mouvement du catholicisme social fut rival du socialisme à mon humble avis, cela n'est pas pour rien.
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Re: Peut-on être catholique et socialiste ?

Message non lu par papounet » ven. 12 déc. 2014, 18:26

Je pense que c'est compatible, s'il ne s'agit pas de socialistes libres penseurs ou francs-maçons...

Il y a un certain nombre de politiques socialistes pratiquant la religion catholique, tel Jacques Delors par exemple.

Le socialisme d'origine est axé sur le partage équitable des biens matériels entre les plus riches et les plus pauvres, ce que Jésus a toujours enseigné. Mais il a été dévoyé par certains socialistes proches des communistes.

Mère Teresa, soeur Emmanuelle, l'abbé Pierre, notamment, en ont été, aussi, des pratiquants quotidiens, s'occupant essentiellement des pauvres et ayant plutôt une sensibilité assez proche de la gauche modérée.

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