Eugénisme et dépistage prénatal

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Eugénisme et dépistage prénatal

Message non lu par Pneumatis »

Bonjour à tous,

Cet article sur Zenit attire aujourd'hui mon attention : France : Eugénisme révélé par une « défaillance » du dépistage prénatal

Je ne vais pas le commenter directement (j'ai déjà présenté mes commentaires à propos de l'eugénisme sur ce forum), mais je voudrais témoigner. Ce sera, je pense, assez rare de ma part, car si j'apprécie énormément tous vos témoignages sur ce forum, je me suis toujours défendu de venir trop entrer dans cette démarche, fort créatrices de liens que je souhaite éviter (mon expérience à ce sujet est assez mauvaise, désolé si ça vous parait inamical). C'est pour ça d'ailleurs que je ne réponds jamais aux présentations ou anniversaires, rarement aux intentions de prières, etc... Pourtant je vous lis tous avec attention, et je prie pour vous, mais je me refuse à ce qu'un forum devienne un second "chez moi" et à devenir trop "pneumatis", donc à créer trop de relations qui m'enchaineraient à ce "personnage virtuel" dans ce "lieu virtuel".

Désolé, ce n'est pas du tout de ça que je voulais parler, et en plus je fais l'inverse de ce que je dis !!! :zut:

Donc à propos de l'article, voici mon témoignage...

J'ai deux enfants. Le premier a 4 ans et tout, de la grossesse, l'accouchement, son baptême, et des premières années, a été comme sur un nuage.

Le second, presque 3 ans plus tard, s'annonce avec une douche froide ! Première échographie, suspicion de trisomie (clarté nuccale). Ce qui est sur c'est qu'on ne ressort pas de l'échographie avec la même banane sur la visage que pour le premier, quand on vient juste de voir les premières images de son petit bout. Nous avons évidemment signifier que pour nous tout avortement était impossible. Et puis on nous a quand même proposé les examens de dépistages (amniosynthèse, ...). A priori pour nous cela ne servait à rien...

Oui mais voilà, j'ai vu ma femme se décomposer rapidement et succomber à l'angoisse de ne pas savoir. Alors même que moi j'entrais déjà, en pensée, dans la "vocation" : "avoir un enfant handicapé, voilà où tu nous attendais Seigneur !", ma femme freinait des deux pieds. Cette période d'angoisse nous aura d'ailleurs valu des nœuds refoulés dans notre relation de couple que nous aurons mis un peu de temps à dénouer par la suite : je me suis rendu compte bien plus tard - manque d'amour et de confiance - que j'avais soupçonné ma femme angoissée de songer à l'avortement, puis j'avais bien caché cette idée tout au fond de moi. Résultat : une rancune incompréhensible. Bref, finalement, nous avons convenu qu'il fallait que nous ayons un diagnostic, même si ça ne changerait rien au final : ça changerait au moins le fait que nous serions débarrassé de cette question obsédante. Nous savions alors que le stress de la mère était tout aussi risqué pour notre bébé qu'une amniosynthèse. Ne pas savoir était trop dur, il fallait qu'on puisse se préparer, pour se libérer et du coup aussi libérer notre bébé de cette angoisse.

Le dépistage n'a pas révélé de trisomie. Soulagement de notre part, bien évidemment. Petite interrogation, dans l'intimité de mon coeur, quand même : "Bizarre Seigneur, j'étais pourtant convaincu que c'était là que Tu nous voulais". Le suivi médical est quand même resté très intense sur le reste de la grossesse : visiblement, en France, on est très prudent avec les grossesses à risque. Puis au huitième mois, les petites remarques insignifiantes (pour nous) de l'échographiste (il est un peu "petit") se sont transformées en un discours plus alarmant : retard de croissance intra-utérin, il faut déclencher l'accouchement, ou le bébé sera bientôt en détresse.

Quand ma femme a accouché c'était magnifique : elle voulait et elle a pu "accoucher elle-même", c'est-à-dire sortir elle-même notre bébé et le prendre contre elle. Peu après on nous a dit que notre enfant semblait quand même en détresse et qu'un spécialiste devait le voir car il présentait certaines malformations. Il fut alors mis en couveuse pour qu'il se tienne à température. Très rapidement nous nous sommes rendu compte qu'il refusait l'allaitement au sein comme au biberon. Grande tristesse de ma femme, pour qui l'allaitement faisait parti intégrante de cette vocation maternelle. Il a fallu introduire une sonde nasale dans son estomac pour nourrir notre enfant.

Les trois mois qui suivirent furent très longs : notre fils restait hospitalisé, nous faisions des allers-retours à l'hôpital, tous les jours et toutes les nuits pour le voir, et essayer de le nourrir. Nous faisions en sorte que toutes les 4 heures l'un de nous soit avec lui. Et dans tout ça personne n'était capable de nous dire ce qu'il avait.

Au bout de trois mois (si mes souvenirs sont bons), le médecin en chef qui s'occupait de notre fils tournait maladroitement autour du pot : il ne voulait pas nous alarmer et nous dire quoique ce soit tant qu'on n'était pas sur. Mais nous avons compris qu'ils avaient des "pistes" quand même. J'ai fini par lui dire, affichant clairement la croix en bois que je portais sur la poitrine, que nous ne lui ferions pas de procès ou ne lui casserions pas la gueule en cas de mauvaise nouvelle, et que même si notre enfant devait mourir bientôt, il fallait nous le dire sans attendre. Le diagnostic est tombé peu de temps après : maladie génétique rare, un nom barbare. Ma femme tenait notre enfant dans ses bras, j'étais assis à côté. Le médecin, avec toujours la même "délicatesse" nous a dit : "au niveau pronostic vital, on connait quelques cas qui ont atteint l'adolescence". Si vous voulez avoir une idée de ce que ça fait, vous prenez une enclume et vous la laissez tomber sur votre tête. Très difficile d'écouter la fin du discours médical.

Plus tard on a compris que la maladie était connu que depuis récemment et qu'on avait de la chance que le généticien qui avait suivi la grossesse et avait vu notre fils a la naissance ait pensé à cette maladie, parce que les médecins capable de la diagnostiquer dans le monde se comptent peut-être sur les doigts des mains (et peut-être des pieds maintenant). Quant au pronostic vital, tout cela a été relativisé par la suite : ce n'était que des statistiques, en fonction des symptômes. Après de nombreux examens, on nous a dit que les organes vitaux de notre fils étaient en bon état, et que rien ne pouvait laisser présager de son espérance de vie.

Aujourd'hui nous avons donc un fils dont on lit la grâce sur son visage : il a des sourires à vous sortir de n'importe quel dépression, il grandit bien et s'éveille... à son rythme (il a maintenant un an et demi et commence à s'asseoir). Mais c'est vrai qu'il est retardé, et il aura ce retard mental et physique probablement tout le temps, il a un trou dans l'abdomen pour pouvoir manger et vomi 2 ou 3 fois par jours, et on ne sait toujours pas si il pourra marcher un jour. S'occuper de lui, les soins, les visites à l'hopital, etc... tout cela est un peu fatigant c'est vrai, mais pourtant il est une grâce pour nous. Par lui nous avons reçu et nous recevons encore tellement ! Voilà je vais arrêter là pour le témoignage, car l'émotion est difficile à contenir et je crois, de toute façon, que j'ai largement assez raconté ma vie.

Ici donc, par ce témoignage et en rapport à cet article je peux prétendre donner un avis de bioéthique concerné, appuyé par l'expérience. Et cet avis c'est que les lois françaises sont totalement irrationnelles en matière de bioéthique. La loi française condamne l'eugénisme. L'avortement, quant à lui, est réglementé puisqu'il est autorisé jusqu'à 12 semaines d'aménorrhée. Mais cette même loi permet dans le cas de dépistage d'un handicap chez le foetus, d'avorter n'importe quand, jusqu'au dernier jours de la grossesse. Ce qui fait que de mes deux enfants l'un a moins le droit de vivre que l'autre. L'un fut moins considéré comme une personne que l'autre. C'est aussi simple que ça.

Car si l'avortement est criminel, comment juger en plus qu'on fasse deux poids deux mesures et qu'on considère qu'un foetus handicapé est moins une personne qu'un foetus "normal" ? C'est tout simplement une manière discrète, parce que dissimulée dans le sein maternel, de pratiquer hypocritement cet eugénisme qu'on condamne par ailleurs. Comment après espère-t-on que la société considèrera les personnes handicapées sinon comme des "moindres personnes", car déjà leur valeur d'être humain est déconsidérée dès leur gestation. On fait des grands discours sur l'intégration des personnes handicapées à l'école, dans les entreprises, ... on fait des téléthons, ... C'est du flan ! On considère à la base, dès le départ, que la personne handicapée a moins de valeur, point barre !

Après je ne sais pas si pour autant le dépistage pré-natal est mauvais en soi. Bien sur il a, dans notre société et pour les raisons que je viens de montrer, des visées purement eugénistes. Mais dans notre cas, notre fils serait probablement mort in-utero si il n'y avait pas eu de dépistage et de surveillance médicale. Cela lui a sauvé la vie.

Je crois donc, pour enfin commenter cet article, que bien sur il faut être précis dans les dépistages, et que ceux-ci soient fiables. Mais ce ne sont pas les dépistages qu'il faut condamner, c'est tout cet esprit diabolique de notre temps, qui sombre dans l'irrationnel et s'auto-justifie des crimes aussi graves que de tuer des innocents ou de faire des échelles de valeur entre les êtres humains. Comme du temps où on se demandait si l'esclave noir n'était pas à mi-chemin entre l'homme et l'animal, ou encore il n'y a pas si longtemps les juifs, les homosexuels, les "inutiles", etc... qu'on supprima par millions, ou encore ceux qu'on appelle en Indes, des "intouchables", etc, etc, etc...

Comment peut-on encore se féliciter d'être civilisés et de vivre tel des peuples barbares en justifiant l'injustifiable ?

Voilà, merci d'avoir lu si vous avez eu le courage d'aller jusqu'au bout.
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Re: Eugénisme et dépistage prénatal

Message non lu par Christophe »

Merci Pneumatis pour ce témoignage qui est à la fois très fort... mais qui corrobore en même temps celui de la plupart les parents d'enfants atteints de handicap, qui vivent comme une grâce l'état de leur enfant. Notre société eugénique finit par oublier ce qu'est le handicap, et seul ce genre de témoignage peut faire comprendre que ce n'est pas "la fin du monde", même si ce n'est certainement pas facile tous les jours.

Que Dieu bénisse votre famille.
Christophe
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Re: Eugénisme et dépistage prénatal

Message non lu par Pneumatis »

Christophe a écrit :Merci Pneumatis pour ce témoignage qui est à la fois très fort... mais qui corrobore celui de la plupart les parents d'enfants atteints de handicap, qui vivent comme une grâce l'état de leur enfant. Notre société eugénique finit par oublier ce qu'est le handicap, et seul ce genre de témoignage peuvent faire comprendre que ce n'est pas "la fin du monde", même si ce n'est certainement pas facile tous les jours.

Que Dieu bénisse votre famille.
Christophe
Merci beaucoup Christophe ! Au contraire d'être la fin du monde, cela donne tellement de sens visible à ce qu'on peut et ce qu'on doit être !!! C'est une immense grâce ! Comment voulez-vous ensuite ne pas vivre dans la joie vraie ? Sans compter qu'à bien y regarder, quels sont les parents qui trouvent ça facile d'élever des enfants. Tous nos amis, lorsqu'ils ont eu leur deuxième ont bu la tasse. C'est ça qui est fort : grâce à Dieu on s'adapte à tout !

Je me souviens justement, il y a quelques temps, ma femme m'annonce la naissance d'un enfant d'un de nos couples d'amis. Et elle ajoute, un peu mélancolique, comme souvent en repensant à l'allaitement, au retour à la maison, ... "Il mesure ***, il pèse *** et ... il est normal". J'ai juste répondu, avec un sourire et en la prenant dans mes bras : "Eh oui... les pauvres ! Tout le monde n'a pas notre chance." Bien sur je ne souhaite à aucun enfant d'être handicapé, mais quelle tristesse pour ces 99% de parents à qui on annonce un handicap et qui décident d'avorter ! Quel malheur ! Quel gâchis ! Je bénis le Seigneur de nous avoir confié Thomas alors même qu'avant d'être père et peut-être avant d'avoir la foi, ma plus grande angoisse était d'avoir un enfant handicapé. Merci Seigneur !!!
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Re: Eugénisme et dépistage prénatal

Message non lu par loki »

Un grand merci, Pneumatis, pour votre témoignage.
Nous souhaitons, ma femme et moi, avoir un troisième enfant, voire un quatrième -nous sommes cinglés- et je me suis posé la question de savoir ce que serait ma réaction dans la situation que vous vivez.
Vous m'avez grandement aidé à y voir plus clair.
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Re: Eugénisme et dépistage prénatal

Message non lu par Pneumatis »

Bonjour Loki,

Merci pour vos prières et je suis content si tout ça a pu vous servir. Dans notre cas aussi la question des prochaines naissances reste problématique. Il faut savoir que la maladie de mon fils est due à un gène récessif, dont ma femme et moi-même sont porteurs hétérozygotes. Cela fait que nous avons 25% de chances d'avoir un autre enfant avec la même maladie. Ensuite, il faut savoir que notre fils est atteint d'un des degrés les plus mineurs de sa maladie. Un prochain enfant pourrait avoir un handicap beaucoup plus lourd, voire mourir in utero ou peu après sa naissance (ce qui est fréquent avec cette maladie).

Donc c'est une chose d'accueillir un enfant conçu quand on apprend qu'il est handicapé. C'est encore autre chose d'en concevoir un 3e ou un 4e quand on sait d'avance tous les risques qu'il encourt, et les éventualités de deuil que nous aurions à vivre, pour nous comme pour ses frères. Et là, pour nous qui souhaitons que notre mariage porte de nombreux fruits (si j'ose dire), là nous avons une vraie nouvelle épreuve pour notre foi et notre espérance.

Objectivement, j'ai foi dans le fait que nous surmonterions toutes ces épreuves avec l'aide de Dieu, mais je tremble d'imaginer que mes ainés aient à vivre le deuil d'un de leur frère. Je n'ose pas l'imaginer non plus cela pour ma femme, tant l'attachement à ses enfants est viscéral.

Voilà le dilemme aujourd'hui pour mon épouse et moi : qu'en est-il de notre vocation de mariage ?
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Re: Eugénisme et dépistage prénatal

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Cher Pneumatis,

Ne voyez-vous pas que vous la réalisez pleinement votre vocation de mariage par le témoignage vivant que vous êtes?
Le monde a tant besoin de ces lumières qui montrent que l'on peut vivre autrement,ces lumières aux travers desquelles Dieu se laisse découvrir aux autres.

J'ai été très émue de vous lire (cela ne m'arrive pas si facilement).

Que Dieu vous bénisse vous et votre famille.
Continuez de Lui faire confiance pour l'avenir.


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Re: Eugénisme et dépistage prénatal

Message non lu par Pneumatis »

Touriste a écrit :Cher Pneumatis,

Ne voyez-vous pas que vous la réalisez pleinement votre vocation de mariage par le témoignage vivant que vous êtes?
Le monde a tant besoin de ces lumières qui montrent que l'on peut vivre autrement,ces lumières aux travers desquelles Dieu se laisse découvrir aux autres.

J'ai été très émue de vous lire (cela ne m'arrive pas si facilement).

Que Dieu vous bénisse vous et votre famille.
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Re: Eugénisme et dépistage prénatal

Message non lu par Pneumatis »

Bonjour,

J'écoutais récemment un débat de bioéthique à la radio, sur France Culture, traitant de la question du dépistage prénatal et pré-implantatoire. La question portait évidemment sur l'eugénisme, mais d'une manière qui m'a semblé si superficielle... j'ai été plongé dans une profonde tristesse. Je rentrais en voiture du travail, et des larmes coulaient sur mon visage en arrivant chez moi.

Au-delà de la sélection des embryons, éthiquement injustifiable, ce qui me révulse c'est cette marchandisation de la vie humaine. Le désir d'avoir un enfant justifie qu'on en tue, qu'on en prenne et qu'on en jette, comme on fait au marché en tâtant des légumes. J'ai mal au ventre et mal au coeur quand j'y pense, et mes nuits s'agitent souvent du cauchemar de ces personnes mortes dont on a tout nié, jusqu'à l'existence, pour ne servir qu'un désir.

Même l'intervenant qui alertait à corps et à cris sur l'eugénisme, qui était d'ailleurs presque ridiculisés comme si il annonçait la fin du monde pour demain, tout le monde a tranquillement fermé les yeux sur l'eugénisme concernant par exemple les personnes atteintes de trisomie. Cela a été évoqué, et tout le monde s'est explicitement accordé sur le fait que ce n'était pas la peine d'en parler. Ca a eu le mérite, quand on connait un peu le sujet et les chiffres, de montrer à quel point c'était une réalité qui ne faisait aucun débat : c'est un constat. Alors on se tait et on passe à autre chose.

Sur ce sujet, seul l'animateur de France Culture n'a pas consenti à l'abdication générale. Et il m'a ému en posant une question invoquant son propre témoignage : il a dit avoir un enfant qui s'est révélé après la naissance être atteint d'autisme. Il a dit honnêtement, si on avait pu le dépister pendant la grossesse, peut-être que lui et son épouse auraient envisagé l'avortement. Mais il a bien dit qu'alors ils auraient commis une grossière erreur : aujourd'hui il n'est pas question de regretter une seule seconde que son fils soit né, bien au contraire. Ce à quoi le médecin spécialiste du diagnostic pré-implantatoire a répondu : c'est vrai, c'est ce que tous les parents d'enfants atteints d'un handicap découvert après la naissance disent. Mais quand la question d'en faire un deuxième se pose, ils font plus qu'y réfléchir à deux fois, et soit il renoncent, soit ils envisagent le dépistage et l'avortement consécutif à un diagnostic défavorable. Il a ainsi cloué le bec de l'animateur.

Que voulez-vous répondre à ça. Nous aussi, mon épouse et moi, comme je l'ai dit plus haut, nous sommes hésitant quant à un futur enfant, à cause de la maladie. Pour autant nous n'envisagerions évidemment pas l'avortement, et c'est ce qui rend notre préparation d'autant plus nécessaire. Ce qui est dur, c'est qu'à moins d'une grâce d'amour énorme, avoir un autre enfant ne peut plus se concevoir pour nous que presque réduit à "un risque". Il nous faudra encore du temps je pense, et la grâce de Dieu. Je prie pour cela car j'ai sincèrement envie d'avoir d'autres enfants, et j'espère que le Seigneur m'entendra.
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Re: Eugénisme et dépistage prénatal

Message non lu par Emanuel »

Mon cher Pneumatis, au delà des divergences qui peuvent être les nôtres, soyez assuré de mon admiration pour la foi et pour le courage qui vous animent vous et votre épouse.

Dieu merci mes enfants et petits enfants n'ont pas hérité du handicap de leur grand-mère (rétinite pigmentaire évolutive) qui est bien léger au regard de ce que vous exprimez mais qui nous a quand même dissuadés d'avoir un troisème enfant. Il se trouve néanmoins que notre fille ainée est très impliquée auprès de très grands handicapés mentaux et physiques et que j'ai moi-même, de plus loin il est vrai, oeuvré professionnellement dans ce domaine.

Ce que je voudrais dire ici c'est qu'à côté de parents comme vous qui s'efforcent d'assumer pleinement un enfant lourdement handicapé combien d'autres renoncent et abandonnent leur enfant dans des institutions spécialisées. Il faut avoir vu ces établissemments qui vont du jardin d'enfants pour adultes vieillissants aux asiles-mouroirs en passant par tout une gamme de CAT et autres foyers +- occupationnels pour se rendre compte de l'ampleur du problème et se rappeler que ces personnes qu'on nous montre lors du Téléthon (par exemple) sont parmi les plus "présentables".

Ici, et pour rappeler qu'il nous arrive régulièrement de ramasser notre fille "à la petite cuillère" parce qu'elle a perdu un de ses jeunes patients, je ne mets pas en doute les capacités de dévouement presque "sacerdotal" des personnels d'accompagnements et soignants. Mais aucun d'eux jamais ne remplacera des parents aimants comme vous l'êtes.

Vous me pardonnerez de ne pas partager votre point de vue sur ce sujet. De considérer comme immoral de laisser venir à terme des grossesses dont on sait à l'avance, au moyen du diag prénatal, qu'elle amèneront à la vie des enfants réduits à leurs fonctions végétatives (que les mots sont difficiles à poser pour ne pas choquer ou blesser), qui seront souvent, à +- long terme, une charge insurmontable pour les parents et les familles. Et ce sans même parler de la charge pour la société qui ne saura leur assurer ni une vie décente, ni, dans beaucoup de cas, atténuer leurs souffrances qu'au moyen de camisoles chimiques.

Bien sûr que ce que j'écris peut conduire à l'eugénisme d'état ou social. Mais je fais confiance aux hommes pour trouver le juste équilibre. Aux équipes médicales, aux scientifiques, aux philosophes pour déterminer le risque acceptable et celui qui peut, un jour, ne plus l'être. Je pense ici à ces personnes vieillissantes, très lourdement handicapées dès la naissance, dont les parents sont aujourd'hui dans l'incapacité morale, physique et matérielle d'assumer la charge, et qui sont condamnées dans un terme proche au mouroir, au mieux à l'un de ces établissements où leur handicap mental, jusque là contenu, par l'affection des parents, ira en s'accentuant les vouant à des camisoles chimiques de plus en plus lourdes.

Pour ma part je ne crois pas qu'en ces matières on puisse s'en remettre uniquement à Dieu.

Quoiqu'il en soit soyez assuré de mes prières.
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Anne
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Re: Eugénisme et dépistage prénatal

Message non lu par Anne »

Emanuel a écrit : Ici, et pour rappeler qu'il nous arrive régulièrement de ramasser notre fille "à la petite cuillère" parce qu'elle a perdu un de ses jeunes patients,
Cette partie m'interpelle... Voulez-vous dire que vous ne ramasseriez pas votre fille à la petite cuillère si elle avait perdu, disons, un jeune patient parfaitement "normal" si elle travaillait dans un domaine connexe?
je ne mets pas en doute les capacités de dévouement presque "sacerdotal" des personnels d'accompagnements et soignants. Mais aucun d'eux jamais ne remplacera des parents aimants comme vous l'êtes.
L'exemple de Pneumatis n'est pas si inusité. Seulement, ce ne sont effectivement pas tous les parents qui se sentent la force de s'investir avec des enfants... normaux ou pas! Je peux cependant vous dire qu'ayant oeuvré auprès d'enfants handicapés en milieu scolaire pendant plusieurs années, aucun d'entre eux n'avaient été confiés à des institutions spécialisées (sauf pour courtes périodes afin de donner un répit aux parents). Et comme je vis dans une petite communauté, si ça s'était fait, ça se serait su!

Néanmoins, il est en effet essentiel que du personnel engagé, empathique et affectueux soit là pour s'occuper des enfants abandonnés! Dieu merci, il y a des gens comme votre fille, et ce dans plusieurs domaines semblables! Elle peut être fière de son travail et, malgré les difficultés qu'elle rencontre, je suis persuadée qu'à ce moment-ci de sa vie, elle doit être certaine que ce qu'elle fait est important et significatif!

En passant, vous savez, Emanuel, qu'il n'y a pas que les enfants "anormaux" qui sont abandonnés? Les statistiques sont assez étonnantes...
"À tout moment, nous subissons l’épreuve, mais nous ne sommes pas écrasés;
nous sommes désorientés, mais non pas désemparés;
nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés;
terrassés, mais non pas anéantis…
".
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Re: Eugénisme et dépistage prénatal

Message non lu par Fée Violine »

AnneT a écrit :
Emanuel a écrit : Ici, et pour rappeler qu'il nous arrive régulièrement de ramasser notre fille "à la petite cuillère" parce qu'elle a perdu un de ses jeunes patients,
Cette partie m'interpelle... Voulez-vous dire que vous ne ramasseriez pas votre fille à la petite cuillère si elle avait perdu, disons, un jeune patient parfaitement "normal" si elle travaillait dans un domaine connexe?
?
Il me semble qu'Emanuel a juste énoncé un fait...
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Re: Eugénisme et dépistage prénatal

Message non lu par Emanuel »

En effet je n'ai fait que citer un fait qui ne préjuge rien d'autre que ce que j'ai écrit.

De plus vous apportez vous-même la réponse à votre interrogation et aux raisons de ces épisodes de "ramassage à la petite cuillère" :

Néanmoins, il est en effet essentiel que du personnel engagé, empathique et affectueux soit là pour s'occuper des enfants abandonnés! Dieu merci, il y a des gens comme votre fille, et ce dans plusieurs domaines semblables! Elle peut être fière de son travail et, malgré les difficultés qu'elle rencontre, je suis persuadée qu'à ce moment-ci de sa vie, elle doit être certaine que ce qu'elle fait est important et significatif!

Quand aux autres enfants "normaux" abandonnés évidemment mais ce n'est pas le sujet.

[***]
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Re: Eugénisme et dépistage prénatal

Message non lu par Pneumatis »

Bonjour,

Je voulais revenir à froid sur ce que vous disiez Emanuel. D'abord je vous remercie pour vos prières.

Ensuite vous soulevez le problème de l'abandon, de la démission de certains parents, et de la souffrance qui en découle pour les personnes handicapées. Et vous vous proposez alors de résoudre un mal par un autre ? Lequel est pire : ne pas avoir le droit de vivre ou ne pas avoir le droit à l'amour de ses parents ? La question est : croyez-vous en Dieu ? Croyez-vous que Dieu nous aime quoiqu'il nous arrive, et que quoique nous ayons à souffrir nous sommes aimé de Lui ?

Une question beaucoup plus terre à terre : on déplore que les handicapés soient rejetés, même par leurs parents, rejetés par la société, mal intégrés dans la vie professionnelle, ... Et en contre-partie :
- on les sélectionne au niveau diagnostic pré-implantatoire, afin qu'une femme ne soit pas enceinte d'un enfant risquant d'être handicapé
- on autorise légalement à les tuer jusqu'au dernier jour de grossesse
- on acquitte même les parents qui, succombant à la pression, finissent par tuer leurs enfants handicapés (voir le cas de cette mère qui a noyé sa fille atteinte d'hydrocéphalie et qui a été acquitté sous les applaudissements du tribunal).

Vous croyez qu'on va donner de plus en plus de courage aux parent d'élever des enfants handicapés comme ça ?
Vous croyez qu'on responsabilise les gens comme ça ?
Vous croyez qu'on va faire aimer des personnes qu'on autorise à peine à vivre, comme ça ?

Je prolonge le raisonnement pour le porter plus généralement sur le cas de l'avortement, à la suite de ce que disait Anne. Il me semble que nous serons d'accord que le problème de l'irresponsabilité des parents est un des problèmes manifestes dans notre société. L'éducation parentale laisse totalement à désirer dans notre beau pays, les parents sont démissionnaires, etc... Que croyez-vous que véhicule l'avortement légal comme message ?

Avoir un enfant c'est difficile, c'est une grosse responsabilité, il faut profiter de la vie avant parce qu'après on ne profite plus, etc...

Ah bien sur, on dira que c'est magnifique d'avoir un enfant, plein d'amour tout ça, c'est très beau. Mais c'est presque devenu de l'héroïsme, du sacrifice, ... Alors évidemment avec des idées pareils n'importe qui est tenté de démissionner à la première difficulté. Et tant que c'est possible, pourquoi s'en priver...

On ne règle pas les problèmes d'abandon, l'irresponsabilité, les manques de compassion, ou les manques d'amour en supprimant ceux qui nous mettent en face de nos responsabilités. Tout ce qu'on fait, au contraire, c'est de supprimer notre sens des responsabilités (en plus d'être des meurtriers). Nous avons une responsabilité envers notre prochain et élever un enfant, handicapé ou non, on lui doit à lui, mais on le doit aussi à toute l'humanité, et avec joie encore. Parce que nous n'avons pas été créé pour nous vautrer dans la contemplation de notre nombril. Il serait temps de croire tous ensemble que les ados boutonneux, râleurs et irresponsables qui constituent la grosse majorité de la population française (entre autre) peuvent devenir des adultes un jour, et les encourager à ça au lieu de les laisser se complaire dans leur crise d'adolescence égoïste.

Voilà, promis c'était un message "à froid". ;)
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Cgs
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Re: Eugénisme et dépistage prénatal

Message non lu par Cgs »

Bonjour,
Emanuel a écrit : Vous me pardonnerez de ne pas partager votre point de vue sur ce sujet. De considérer comme immoral de laisser venir à terme des grossesses dont on sait à l'avance, au moyen du diag prénatal, qu'elle amèneront à la vie des enfants réduits à leurs fonctions végétatives (que les mots sont difficiles à poser pour ne pas choquer ou blesser), qui seront souvent, à +- long terme, une charge insurmontable pour les parents et les familles. Et ce sans même parler de la charge pour la société qui ne saura leur assurer ni une vie décente, ni, dans beaucoup de cas, atténuer leurs souffrances qu'au moyen de camisoles chimiques.
Il faut distinguer deux choses dans ce que vous dites. Tout le monde est d'accord, même l'Eglise, pour ne pas maintenir en vie artificiellement des personnes handicapées. L'acharnement thérapeutique n'a pas à être encouragé, d'où l'importance de l'accompagnement d'un mourant. Mais pour une personne handicapée qui pourra survivre sans cet acharnement a le droit de vivre comme n'importe qui. C'est une charge trop lourde pour la société, pour les parents ? Certes, mais a-t-on réfléchi à accueillir le handicap de ces personnes avant de commettre un mal encore plus grand (leur meurtre) ? L'argument que vous avancez, ô combien classique, prend la voie du mal et de la facilité, avec toutes les dérives que l'on peut imaginer.
Bien sûr que ce que j'écris peut conduire à l'eugénisme d'état ou social. Mais je fais confiance aux hommes pour trouver le juste équilibre. Aux équipes médicales, aux scientifiques, aux philosophes pour déterminer le risque acceptable et celui qui peut, un jour, ne plus l'être. Je pense ici à ces personnes vieillissantes, très lourdement handicapées dès la naissance, dont les parents sont aujourd'hui dans l'incapacité morale, physique et matérielle d'assumer la charge, et qui sont condamnées dans un terme proche au mouroir, au mieux à l'un de ces établissements où leur handicap mental, jusque là contenu, par l'affection des parents, ira en s'accentuant les vouant à des camisoles chimiques de plus en plus lourdes.
Si l'homme était sage, on pourrait lui faire confiance. Le fait est qu'il y a tellement d'enjeux médicaux, scientifiques, économiques et sociaux à la question du handicap, qu'il semble difficile de croire en un équilibre des choses. On s'achemine tout droit vers une société eugénique (on y est déjà d'ailleurs), et on ne réfléchit pas aux vrais problèmes et aux solutions. Pourtant, les besoins sont énormes.

Bien à vous,
Cgs
Mes propos qui apparaissent en vert comme ceci indiquent que j'agis au nom de la modération du forum.
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Emanuel
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Re: Eugénisme et dépistage prénatal

Message non lu par Emanuel »

Je respecte vos points de vues je ne le partage pas.
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