La prière comme puits de lumière

« Mon âme aspire vers toi pendant la nuit, mon esprit te cherche dès le matin. » (Is 26.9)
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boisvert
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La prière comme puits de lumière

Message non lu par boisvert » mar. 08 juil. 2008, 16:14

Comment j'apprends à vivre au désert

1er livre des Martyrs d'Israël, 29 Alors, beaucoup de ceux qui recherchaient la justice et la Loi s'en allèrent vivre au désert.

Voici comment je m'exerce de plus à demeurer au désert sous le regard de Dieu. Au début, ce ne fut vraiment pas facile. Je suis d'abord entré dans une grande crise au moment du décès de mon père, et si j'étais un indice sur un graphique, j'aurais évolué en dents de scie à travers les deux mois qu'ont duré les opérations de succession. De nouveaux documents à remplir apparaissaient chaque jour dans ma boîte aux lettres et je travaillais parfois jusqu'à minuit passé, afin qu'ils soient retournés, dûment complétés, à leurs expéditeurs. (Et pendant que je les complétais, je me souviens que la machine à lessiver tournait, car je ne voulais pas perdre une seconde et me montrer incapable devant mes soeurs). Tous les documents nécessitaient des copies à conserver, ainsi que la signature de ma mère, ce qui m'obligeait à circuler partout et à suivre un horaire très pointu !

Les repas me posaient un problème. Manger seul a toujours été ma hantise. Du coup, j'ai fait le choix d'un petit resto vietnamien qui pratique un "lunch" trois service pour 8 euros. J'y ai mangé tous les jours pendant ces deux mois, jusqu'au moment où je n'ai vraiment plus supporté le riz. D'ailleurs, je mangeais sans mâcher vraiment les aliments ("C'est du riz, c'est léger, c'est bon"), jusqu'au jour où je suis tombé malade: car j'épiçais trop les aliments et j'ai commencé à souffrir d'aigreurs, de lourdeurs, de nausées, etc.

Petit à petit, je suis donc rentré à la maison en fin de journée et j'ai acheté mon repas dans des épiceries de quartier. C'était tout de même moins onéreux. Depuis début mai à ce jour, je me suis d'abord assombri, réalisant que j'allais devoir "vivre ainsi", dans ce qui m'était apparu d'emblée une survie, une fin de vie, non une vie... ce n'est pas que je priais tellement, mais je criais ma solitude (il se peut d'ailleurs que crier soit la meilleure façon de prier ?)

Un dimanche matin, cependant, en sortant d'un office, j'ai entendu le cas de cette ancienne coopérante, très croyante, qui se rendait chaque jour dans un coin désert pour y pleurer son désarroi en tapant du point sur le mur d'une église abandonnée - c'est ce que m'a rapporté ma tante à qui j'avais rendu visite. Noter ce point me paraît important: c'est la souffrance d'une autre personne qui m'a servi de "coup de pouce" pour avancer dans la mienne. J'ai bien dit: "avancer", non pas "sortir" - il n'y a pas d'issue au désert, en tout cas pas celle que l'imagination trompeuse vient toujours suggérer...

Après avoir beaucoup erré, j'ai donc planté ma tente au désert en recommençant par le début. Lorsque l'on prie, il faut d'abord dire merci, c'est-à-dire proclamer la louange du bon Dieu, ensuite demander pardon pour ses manquements et ses fautes, pour laisser la place à la vraie prière, toujours si proche du Notre Père, par lequel ce que nous demandions rencontre la volonté de Dieu et, enfin terminer par une déclaration d'amour et de confiance....

Et je suis passé au travers des apparences. Soudainement, je me suis souvenu que la solitude de mes dix-huit ans était pour moi richesse de possibilités multiples et d'aventures. Je prenais mes vacances dans un groupe trilingue afin d'améliorer mon anglais. Je rentrais chez moi en l'absence de toute la maisonnée et un jour de juillet, comme j'avais sauté le mur du jardin pour entrer, j'ai découvert mon chat étendu sous un sapin (il s'était échappé de chez ma grand-mère à plus de cinq kilomètres) et qui miaulait à pierre-fendre pour que je lui remplisse sa gamelle. Donc, mes temps de solitude n'avaient pas tous été souffrants !

En méditant sur ces événements, je me suis réconcilié avec le Seigneur. J'ai dit: "Mon Dieu, de Toi descend toute grâce. Ô mon Dieu, désormais, que tout cet espace que l'homme appelle solitude, soit désormais comme la maison où je viens te rencontrer. Maintenant, je n'ai plus peur. M'as-tu jamais abandonné ? Ai-je manqué de quelque chose ? N'ai-je pas plutôt été très déçu d'avoir revu certain(e)s ami(e)s qui n'ont pas su me recevoir ? Me voici donc, pour faire Ta volonté. Du jour au lendemain, le temps que j'ai consacré à la prière et à la lecture d'ouvrages chrétiens a doublé. J'ai découvert le trésor que possède certains hommes et femmes de prière. Depuis des années, je les croise. Ils sont toujours fidèle au rendez-vous de la prière - mais ils ont si discrets qu'on les croirait absents. Ils ont peu de choses à dire, mais quelle présence ! Deux d'entre eux sont venus d'eux-mêmes aux funérailles de mon père, et en leur serrant simplement la main, j'avais compris qu'eux me donnaient beaucoup plus...

Tout n'est pas encore parfait, dans ce nouveau mode d'existence, loin de là. Mais je m'oriente vers une très grande simplification de mes besoins. Mes problèmes de digestion se sont estompés - mais c'est que je jeûne plus régulièrement, ayant compris que cela fait du bien tant au moral qu'au physique (manger plus de trois fois de la viande par semaine, c'est trop). La télévision prend trop de temps sur la prière du soir: deux films par semaine suffisent largement. Des vêtements simples sont assez nombreux en trois exemplaires, pour être vêtu été comme hiver. Etc.

Tout ce que je gagne en simplifiant s'appelle de l'amour pour mon Seigneur. Je ne sais pas comment je le dirais autrement: c'est de l'amour pour mon Seigneur ! Et plus j'irai en simplifiant, plus Il sera proche, et plus - encore, je trouverai de la facilité à assister telle ou telle personne que je ne connais pas lorsqu'elle manifestera un besoin précis.

Voici donc mon témoignage - le second jour de ma cinquante-deuxième année.

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Ces vocations qui semblent ne pas aboutir

Message non lu par etienne lorant » mar. 15 juil. 2008, 18:50

J'ai trouvé ce texte très intéressant, mais dont les termes sont un peu vieillots, Dans "La vie de Madame Acarie", par André du Val :

"Dieu fit bien voir en elle ce qu'Il pratique en plusieurs, à savoir qu'Il leur donne le désir de la vie religieuse sans pour autant la leur accorder. C'est là un effet très signalé de Sa bonté, car prévoyant qu'une âme dans le monde et dans le mariage se laisserait emporter aux vanités et aux plaisirs, Il la retient par le moyen de ces désirs (de vie religieuse) qui l'éloignent autant du couple que de la vie mondaine. De la sorte, en lui donnant d'estimer en haute valeur la vie religieuse, le monde lui fait office de vraie croix à porter, qui la garde de beaucoup de péchés et l'élève à de très grandes grâces".

Cela fait un peu "ancien" à mes oreilles de parler du mariage et de le confondre facilement à la quête des plaisirs, cependant, à cause des vies de saints et de saintes que j'ai lues, je sais que Dieu peut susciter un réel désir de vie contemplative - et en même temps le contrarier de toutes sortes de façon, afin de rendre cette âme de plus en plus abandonnée à Sa volonté et la faire œuvrer dans le monde à l'image du Fils qui n'avait pas "une pierre où reposer la tête".

Je citerais l'exemple de sainte Faustine à qui Jésus confia le soin de répandre au monde entier le message de la Miséricorde... tout en l'empêchant toujours de sortir de la Congrégation où elle était "établie", afin d'accomplir cette mission. La pauvre n'y comprit rien et souffrit beaucoup. Elle passa longtemps d'un guide spirituel à un autre, mais fut toujours détournée de son projet de fondation d'un nouvel ordre religieux. Mais en même temps, pratiquement sans s'en rendre compte, elle manifesta comment pratiquer la Miséricorde dans le quotidien le plus banal et obtint de très grandes grâces. Ainsi, la Croix se porte partout, et semble partout servir de porte à l'abandon dans l'Amour...
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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Méditations

Message non lu par etienne lorant » jeu. 17 juil. 2008, 11:27

Je me demande où placer, pour les partager, ces mots que je trouve un peu partout dans mes lectures et qui me sont d'un grand soutien.

Voici un mot attribué à Jésus par Mère Yvonne Aimée de Jésus (Augustines Hospitalière de la Miséricorde de Jésus 1901-1951):

"Je ne fais pas de différence entre un coeur innocent et un coeur coupable. C'est celui qui m'aime le plus qui m'est le plus cher"

J'ai apprécié ce mot en connaissance de cause: je n'ai pas un coeur innocent, et j'attends tout du Seigneur...
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Re: Citations diverses

Message non lu par Christophe » jeu. 17 juil. 2008, 20:27

Cher Étienne, le forum "Méditation" me semble tout à fait adapté... ;)
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Un mot admirable qui se transmet toujours

Message non lu par etienne lorant » ven. 18 juil. 2008, 11:41

Le mot qui suit est cité par Julien Green, qui cite lui même un ouvrage de Bossuet, dans lequel ce dernier citait saint Augustin ! Rien que ces transmissions de livre à livre mériteraient qu'on se rappelle ce que Jean avait dit: s'il fallait rapporter toutes les actions que Jésus a accomplies, je crois que le monde entier ne suffirait pas pour contenir les livres qui seraient écrits... c'est évident, heureusement aujourd'hui, on a internet !

Voici donc cette perle:

"Dieu fait ce qu'Il veut de ceux qui ne veulent pas faire ce qu'Il veut"

C'est ce qui rend "impénétrables" les desseins du Seigneur. Je me souviens, pour ma part que Bossuet, dans un sermon sur la Providence, décrivait celle-ci comme une grande toile: les yeux collés à l'événement, nous ne distinguons sur cette toile que des taches de peinture infimes, qui ne représentent rien. Mais il suffit du prendre du recul, c'est-à-dire ici: un recul de temps. Et pour çà, je suis tout à fait d'accord: si je prends tel événement de ma vie que j'ai trouvé sur le moment injuste et douloureux, eh bien, dans de nombreux cas, l'incident qui m'avait révolté... m'avait aussi détourné d'une voie que je me proposais de suivre et qui s'est avérée, parfois un an plus tard, un désastre pour ceux qui l'avaient suivie !
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La prière nous soutient, la prière nous relève

Message non lu par etienne lorant » ven. 25 juil. 2008, 10:13

Dans la journée d'hier, tandis que ma mère attend son opération à la maison de repos, une des mes deux sœurs m'a appelé de Mulhouse, où leur car faisait la halte de nuit, pour me dire: "Comme voyage, c'est pénible: deux jour pour l'aller, deux jours sur place au Lac Majeur, et puis deux jours pour revenir". Évidemment, elles seront toutes deux très fatiguées au moment même où il faudra prendre des décisions au cas où notre maman, sort, ou ne sortira pas, (ou bien sortira en meilleur ou en pire état), de cette opération lourde qu'elle a pourtant décidée.

Dans la journée d'hier également, l'Abbé L., qui avait un jour soutenu ma candidature au Séminaire, s'est brisé un pied. Une de mes tantes, qui prend soin de lui avec d'autres, commence à être dépassée et s'est plainte à moi: "Mon Dieu, pourquoi tant de souffrances ?!?" Je ne crois pas aux paroles apaisantes qui ne seraient que des mots creux et je lui ai répondu: "Mon idée, c'est que, par un phénomène de compensation par la grâce, le Seigneur permet que ceux qui l'aiment et ont vécu en Lui, souffrent avec Lui dans la vieillesse, en faveur des nouvelles générations".

Ni à ma soeur, ni à ma tante, ni à ma mère, je n'ai laissé paraître le très grand désarroi où m'ont plongé les derniers évènements. Mais ce matin, j'ai repris de l'assurance en découvrant le texte de l'Epître de saint Paul qui a servi de première lecture pour la fête de saint Jacques, ce matin

Deuxième lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 4,7-15.
"Mais ce trésor, nous, les Apôtres, nous le portons en nous comme dans des poteries sans valeur ; ainsi, on voit bien que cette puissance extraordinaire ne vient pas de nous, mais de Dieu. A tout moment, nous subissons l'épreuve, mais nous ne sommes pas écrasés ; nous sommes désorientés, mais non pas désemparés ; nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés ; terrassés, mais non pas anéantis. Partout et toujours, nous subissons dans notre corps la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus, elle aussi, soit manifestée dans notre corps."


Mon recours, c'est la prière continuelle. Mais je ne formule plus de demande, si ce n'est: "Que Ta volonté soit faite !" Le Seigneur sait très bien le miracle que j'ai demandé... mais quand je réfléchis bien à tous les bouleversements en cours, Lui et Lui seul sait comment nous en sortir tous, et c'est donc pour Son dessein que je prie.

Or, lorsque je prie, ainsi, par abandon de confiance, pour la foi pure, je ressens une joie au fond de ma détresse, j'éprouve une forme de sérénité au milieu du tourment, je me relève et je peux travailler. Ce que nous valons comme chrétiens ne peut se manifester qu'au milieu des épreuves.

Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire ? » Ils lui dirent : « Nous le pouvons. » Il leur dit : « Ma coupe, vous y boirez".
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Jean Lafrance et la prière par Marie

Message non lu par etienne lorant » mer. 30 juil. 2008, 16:12

C'est au cours de ma visite à Lourdes (demeurée unique - pour l'instant) que mes yeux de lecteur bibliophage sont tombés sur un livre qui ne payait pas de mine, et qui s'intitulait: "Le chapelet, un chemin vers la prière incessante". Je me le suis acheté, car à cette époque je me demandais comment on peut réciter la même oraison des dizaines de fois sans tomber dans le "rabâchage" que Jésus lui-même avait reproché aux Pharisiens. Mais dans cet ouvrage, je n'ai pas trouvé de réponse à ma question. Ce que j'ai trouvé, c'est: "Qui donc, un jour visité par la grâce de la prière, n'a pressenti que sa vie serait transformée s'il recevait le don de l'oraison incessante?"

Un an plus tard, j'avais mis la main au chapelet et je me suis mis prier dans les rues de mon quartier, dans les salles d'attente, en faisant des randonnées. Je ne m'en suis pas aperçu tout de suite, mais ce qui se passait en moi était extraordinaire. Récitation continuelle ? Oui. Mais c'est seulement l'écume sur la vague, et la vague c'est le mouvement intérieur profond de la prière. Sous l'Ave Maria, un très grand et très profond mystère d'un dialogue entrepris avec Dieu, et du renouvellement de l'être qui prie.

A présent, je dis comme Jean Lafrance: Marie, c'est l'Oratoire. Si vous attendez de trouver l'endroit idéal pour vous recueillir et prier, vous risquez de perdre un temps fou... ou de le retrouver fermé un jour où l'autre. Mais commencez avec le chapelet et il est inutile de vous déplacer.

Pourquoi passer sa vie à prier ? Mais pour vivre, bien sûr et vivre dans la paix. Quelles que furent mes épreuves depuis 1985, pas une n'a résisté à la prière-par-Marie ... ça n'est même pas fatigant !
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J'ai volé du temps au monde...

Message non lu par etienne lorant » jeu. 31 juil. 2008, 19:01

Au cours de l'après-midi caniculaire, après avoir rendu visite à ma mère, je suis rentré, et je me suis étendu sur un lit, dans la pièce la plus obscure. J'ai prié trois chapelets en m'unissant à toutes les personnes que j'imaginais souffrant de la chaleur et étendues sur un lit.

Il n'y avait pas que ma mère, et toutes les personnes âgées et hospitalisées; il y avait aussi les prisonniers à quatre par cellules, les isolés qui vivent des heures de dépression que les médicaments peuvent rendre plus terribles encore; il y avait mon vieux copain Christophe, tombé alcoolique profond, et qui fait de la rétention d'eau: ses jambes gonflent mais il ne veut pas se faire examiner à l'hôpital - il sait pourtant ce qu'il risque; et j'ai encore songé à ces jeunes qui vivent en plein soleil un premier chagrin d'amour qui leur semble la fin du monde (tant il est vrai qu'à vingt ans on peut souffrir d'autant plus qu'on a de l'énergie !) A chaque dizaine sortie de mes lèvres dans la pénombre, de nouvelles intentions apparaissaient, de nouveaux visages: ici un veuf, écorché vif, et là une mère dont le fils s'est tué à moto, etc.

Il fait chaud, le monde est beaucoup trop chaud, et la chair beaucoup trop lourde. C'est vrai que le temps que j'ai passé à prier ainsi, autrefois je le considérais un peu comme perdu - alors que je dis aujourd'hui que c'est du temps volé au monde et arraché à son emprise. Mieux vaut prier que de se laisser aller à des rêveries maussades. Quoi que nous fassions, nous avons toujours une âme, une âme à perdre ou à sauver, et le temps qui est seul nécessaire, c'est celui-là. Il nous faudrait le vivre avec courage, d'un seul élan de la foi...

A la fin, j'ai encore récité un rosaire de la Miséricorde à l'intention des âmes des défunts pour lesquelles personne ne prie, et celles qui en ont le plus grand besoin dans le purgatoire.

Enfin, je me suis relevé pour dresser une liste à de "choses à faire" avant mon départ de trois jours, en août... et en retirant de la machine à laver le linge que j'y avais mis une ou deux heures plus tôt, j'ai réalisé que j'avais oublié de mettre la dose de savon (et pourtant, j'en connais des marques de poudre !). J'ai ri et j'ai dit: Merci, Marie, de m'avoir soustrait au monde qui me distrait tellement ! Amen.
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Peut-on espérer devenir saints ?

Message non lu par etienne lorant » mar. 12 août 2008, 17:40

A tous et à toutes, je crois qu'il nous est proposé de devenir saints. Je ne dirais pas mystiques, mais saints - dans le sens d'accomplir parfaitement la volonté de Dieu sur nous. J'aimerais dire ici ce que j'en crois: d'abord, il faut toujours l'humilité de se reconnaître pécheur - c'est indispensable sans quoi "qui veut faire l'ange fait la bête", comme dit le proverbe; ensuite, il faut chercher le dessein du Père et simplement Lui demander d'ajuster notre volonté et notre coeur à ce dessein; et le reste, tout le reste, c'est la lutte, le travail, la veille, avec ce que cela suppose de prière, de discipline, de rigueur dans la conduite du quotidien.

A noter qu'on apprend souvent par l'erreur... Lors de ma conversion, j'ai promis presque tout de suite: "Seigneur, la première chose que je ferai pour Toi, c'est de cesser de fumer !" C'est typique de la faiblesse humaine: je ne pouvais pas cesser de fumer pour plaire au Seigneur, mais je devais Lui demander de me délivrer du tabac. Alors pendant des années, j'ai fait des tentatives chaque année pour cesser de fumer, et plus je m'acharnais, plus mes échecs étaient cuisants. Et puis un jour, dans un "ABC de la vie intérieure", j'ai lu qu'il fallait combattre chaque jour nos mauvais penchants et à ce moment la sincérité a suffit: et lorsque j'ai prié pour être délivré, à peine une semaine plus tard et c'était fait.

Je ne sais pas si la sincérité est inscrite quelque part comme une vertu, mais elle est tellement nécessaire ! Si je ne suis pas sincère, quand bien même je ferais beaucoup d'efforts, cela ne m'avance à rien; mais pour peu que je sois sincère, alors même si je reste un pécheur, j'avance car cette sincérité, c'est le désir que Dieu a semé en moi. Il me semble que c'est pourquoi Jésus a dit : "La vérité vous rendra libres". Quiconque cherche sincèrement la vérité, finit toujours par rencontrer le Christ...
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Re: Peut-on espérer devenir saints ?

Message non lu par Boris » mar. 12 août 2008, 19:11

J'ajouterai que
- oui nous pouvons espérer
- et même plus : nous avons le devoir d'espérer, car il s'agit d'une vertu théologale, récemment développée dans "Spe salvi".
UdP,
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Re: Peut-on espérer devenir saints ?

Message non lu par Hélène » mar. 12 août 2008, 19:22

Oui nous pouvons espérer devenir saint. C'est ce que Dieu, le Seul Saint et Notre Père, veut pour nous, ses enfants, et si Dieu le veut, à nous aussi de le vouloir. C'est la communion des volontés qui doit s'accomplir. Aussi, pouvons-nous devenir saints par sa Seule sainteté et non à force de bras. Il faut bien sûr faire l'effort, tourner toutes nos facultés pour y aspirer (comme dit la petite Thérèse : faire l'effort de monter une marche)...mais pour recevoir de Lui la sainteté.

Devenir saint ne veut pas dire devenir des êtres parfaits (dans le sens de perfection pratique dans le détail) mais de se laisser sanctifier par Lui qui est Saint qui nous rend parfait dans la foi, la charité et dans l'espérance. Pour ce, je recommande la lecture du bouquin : "Le chemin de l'imperfection" du Père André Daigneault, aux éditions Anne Sigier. Il s'agit avant tout de recevoir la Sainteté de Dieu par sa Parole et les Sacrements. Ou, comme le disait la Parole d'Ezekiel aujourd'hui : "manger la Parole" pour qu'elle nous transforme de l'intérieur et que nous devenions des témoins de la sainteté de Dieu pour nos frères.

Heureusement que Docteur Thérèse est venue rappeler à notre génération que les petits et les pécheurs sont appelés à la sainteté. Sinon, je serais bien à plaindre...

Fraternellement,
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Communion de grâces et de peines

Message non lu par etienne lorant » sam. 06 sept. 2008, 14:44

Accablé par une indigestion hier soir, peut-être consécutive à une grande tension lors du rendez-vous de "succession" chez le notaire, je me suis couché hier en me sentant si désorienté et perdu... mais lorsque je me suis mis à prier, j'ai éprouvé tout de suite, outre mes malaises et de la peine... une sorte de joie profonde et même du bonheur. Une seule attitude intérieure : la louange ! J'avais lu, chez quelques mystiques, que les deux sensations apparemment contraires : souffrance et joie, peuvent au contraire s'associer, mais j'avais quelques doutes. Or, recroquevillé dans mon lit, ma main sur mon ventre douloureux, je n'aurais pas voulu échanger ma place ! Car je me sentais aimé du Seigneur, enveloppé de son Amour, et je comprenais que j’étais en train de participer à une communion aux peines, aux chagrins et aux douleurs d’une foule d’autres personnes. Ensuite, j’ai pu prier facilement, la douleur ayant été, en quelque sorte, anesthésiée par l’offrande. Plus tard, j’ai compris que mes problèmes de digestion, mon isolement, le chagrin et la charge de cette journée, avaient servi de substitut au désert, lieu de la Rencontre.

Dans l’idée que je m’en faisais, il n’était pas possible d’obtenir de telles grâces, si ce n’est après avoir jeûné longtemps et fait pénitence… mais en réalité, cette opinion reste un calcul très humain : « J’ai jeûné, j’ai fait pénitence, donc j’ai « droit » aux grâces… », c’est prendre Dieu pour ce qu’Il n’est pas et établir un mode de rapport qui ne tient compte ni des élans de l’amour ni de la liberté.

Lorsque je me suis relevé ce matin, tout avait disparu, je me suis levé et je suis parti travailler à l’heure juste. A midi, j’ai pris mon repas avec ma sœur cadette et je lui ai dit : comment aurais-je pu vivre cette année 2008 (et elle n’est pas encore finie), si je n’avais pas, dans ma vie, un Ami qui s’invite quand Il veut ? Elle ne m’a pas posé de question, car elle savait que je parlais de Jésus.
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Le goret ne cesse jamais d'avoir faim

Message non lu par etienne lorant » sam. 13 sept. 2008, 12:03

J'ai trouvé un livre intitulé "Le goret et autres nouvelles" écrit par certaine Anne Green, qui n'est pas la soeur de Julien Green, mais qui comme lui, est originaire d'un des états du Sud des Etats-Unis. Quoi qu'il en soit, j'ai songé à ce goret - le petit du porc, en constatant à ma grande confusion, que même après cinquante ans, il y a toujours dans l'homme un goret qui sommeille (et, pour moi, le goret étant le petit du porc, il a encore plus d'appétit que son géniteur !).

On a beau faire de l'exercice, se fixer des règles, s'imposer une discipline, essayer de "coller" à la pratique de sa foi... le goret est toujours là. Au moindre moment d'inattention, il se précipitera pour dévorer tout ce qu'il trouvera. Or, ce n'est pas que j'ai été inattentif, c'est simplement que, cette semaine, pour avoir un peu abusé de l'exercice sur le vélo d'appartement, parce que la vente est morose en magasin, et encore: pour m'être apitoyé sur ma solitude... à un moment donné, c'est comme si j'avais entrouvert la cage du goret. Et l'animal en a profité ronger ses liens et se précipiter au dehors. Quel appétit tout d'un coup ! Et quelle cuisante défaite pour moi !

Ce goret, Simone Weil l'eût appelé: "la partie charnelle de l'âme" et saint Paul dit tout simplement "la chair". Je peux comprendre tout à fait que les mortifications des moines soient parfois jugées excessives, et pourtant: lorsqu'elles surviennent, les rebellions intempestives du moi se manifestent dans toutes les sphères qu'on lui a laissées accessibles : soit la nourriture, soit la boisson, ou la sexualité, ou le sommeil qu'on prolonge et que sais-je encore: la chair est tellement imaginative - et le monde est tellement rempli d'images !

Pour venir a bout du sentiment de solitude qui s'accroît en moi depuis le décès de mon père et le départ en maison de repos de ma vieille mère, on m'a conseillé un léger anti-dépresseur. Mais je l'ai rejeté, car je sais bien quel effet a eu un jour le Prozac sur moi: j'avais 37 ans et au bout de quinze jours de "traitement", j'étais redevenu comme à 22 - jusqu'au jour où, ayant sonné chez une amie à 1h du matin, je me suis rendu compte que mon moi ancien (d'avant ma conversion) reprenait le dessus - mais de manière presque plus perverse. A ce moment-là, j'ai tout arrêté. Outre cela, j'ai désormais une proche parente qui suit des stages destinés à lui faire prendre conscience de son "potentiel caché". Et depuis qu'elle est dans ce cercle, il n'y a plus de famille qui vaille, il n'y a plus que le Soi - quel animal est-ce là ?

Je préfère lutter contre le goret en priant Dieu, comme je l'ai fait si souvent. Croyez-moi si vous voulez, vieillir, ça ne veut pas forcément dire: "acquérir la sérénité" - en tout cas, pas sans lutte !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

etienne lorant
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Note sur l’amour et la souffrance acceptée

Message non lu par etienne lorant » sam. 20 sept. 2008, 11:02

Vendredi 19 septembre 2008, 22h30 - Note sur l’amour et la souffrance acceptée

J'ai découvert que ma plus grande souffrance, ce n'est pas de savoir que je n'aurai plus aucun secours de la part de (X). Non, c'est même l'inverse : le coeur de ma souffrance, ce n'est pas que (X) me manque et me manquera, mais c'est que (elle,il) ne me permettra plus de prendre soin d'(elle, lui) et de lui rendre service.

Cette attitude de refus d'assistance, du refus de recevoir de moi, c'est cela qui fait le plus mal, car je sens mon coeur se bloquer, et c'est comme si l'espérance elle-même m'était retirée. Alors, le coeur s'affole, et cela devient n'importe quoi. Je peux essayer de rendre la pareille, de me rendre moi-même absent, ce qui fait souffrir en plus - mais c'est encore dans l'espérance de susciter une réaction de retour.

Ou pire: je me surprends à rêver d'un gros malheur, de quelque chose qui forcerait un changement. Mais c'est une mauvaise pensée, car c'est une pensée qui retire du sens, plutôt que d'en rendre.
Finalement, quelle est la solution ?
La solution, c'est de continuer d'aimer, de souffrir chaque jour dans le silence et de ne pas chercher de solution. Parce que cette souffrance, de ne plus recevoir et de ne même plus pouvoir donner, c'est une souffrance sainte, c'est la souffrance même de Dieu. Et aussi longtemps que je demeure dans cette souffrance, c'est en Dieu que je demeure. Or, ainsi, tout est sauvé ! Car rien ne dépasse ni ne peut vaincre l'amour de Dieu.

Mais si l'on sort de cette souffrance, on sort de Dieu, on retourne dans le monde, on n'est plus que le jouet de sa passion, et le jouet du prince de ce monde, l'Adversaire...

"Si vous voulez aimer, ne vous tenez pas hors de l'Amour !" (Bernanos)
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

etienne lorant
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Merci, Jésus, de m'avoir montré ma propre foi

Message non lu par etienne lorant » sam. 18 oct. 2008, 10:12

Ce samedi matin, après avoir bataillé ferme dès la sortie du sommeil, j'ai parcouru en voiture les rues semi-désertes, j'ai acheté quelques provisions pour le week-end... et j'ai eu la grâce d'un geste de miséricorde. Dans la pâtisserie où je venais de payer deux Tiramisu à la framboise (pour maman et sa voisine Simone dans la maison de retraite), j'ai croisé une dame très courbée qui elle aussi était venue s'acheter un dessert de dimanche. C'est une voisine impossible de ne pas la reconnaître et je me suis aussitôt demandé à quelle heure elle avait dû se mettre en route depuis le faubourg jusqu'au centre ville ? J'ai hésité quelques minutes, car les vieillards ont toujours crainte d'une agression, puis je lui ai rappelé où nous nous étions croisés. Et je l'ai raccompagnée en voiture.

Poser un acte de miséricorde (je dis miséricorde, je pourrais dire charité), ce n'est vraiment pas facile, et c'est pour cela que j'ai dit: j'ai eu cette grâce... La première fois que j'ai croisé Lucie (c'est son nom), j'avais tout simplement détourné mon regard, tout en la plaignant et en admirant son courage. Or, détourner le regard empêche évidemment de reconnaître les personnes par la suite. Ensuite, il y a le barrage de l'ego à franchir - cette voix qui contredit tout esprit de charité : "Je vais prendre du retard, je vais m'exposer à un refus et un regard de travers et ce n'est pas mon problème, de toute façon"... Sauter cet obstacle-là, c'est le plus difficile. Cependant, je constate qu'au départ, tout procède d'une attention bienveillante. Si deux semaines plus tôt, je n'avais pas eu le coeur rempli d'attention bienveillante à la sortie de ma messe, jamais en rentrant chez moi, je n'aurais remarqué mon prochain.

Somme toute, voilà: merci mon Dieu, pour la preuve que tu m'as donnée dès ce matin, la preuve que je suis toujours à ton service. Qu'en dépit de tout ce manque d'amour que je continue de ressentir, qui m'a poussé à dire déjà une fois: ce dimanche, Jour du Seigneur, sera de nouveau triste et amer, solitaire et froid - comment le traverser ? Et j'avais déjà griffonné ce vieux souvenir sur mon agenda : quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle sur l'esprit sombre, en proie aux longs ennuis... de qui est-ce ? Le dimanche a été donné par Dieu pour que nous nous réjouissions, alors comment expliquer qu'il est devenu le jour le plus long de la semaine ?

Me voici donc plus résigné, je ne rue plus dans les brancards de l'indifférence. Résigné ne veut pas dire malheureux, c'est comme une sorte d'alanguissement paisible - et, je le pense, cet état d'abandon peut permettre à Dieu de franchir quelques obstacles que nous lui posons: car Il vient pour nous aider, pas pour nous blesser, mais le péché qui est en nous est comme le petit diable noir représenté dans les BD en compagnie de notre ange gardien: il dira toujours que Dieu vient nous punir d'abord. Du début jusqu'à la fin, même converti, même pratiquant régulièrement, l'homme porte toujours en lui ce réflexe: il faut que je me cache de Dieu, car je suis nu. Je sais bien que l'athée dira "foutaises", mais il dira cela parce qu'en réalité, même si sa raison dit "Il n'y a pas de Dieu", ses tripes, elles, pensent le contraire et il craint...
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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