La réforme liturgique en question

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François-Xavier
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Message non lu par François-Xavier » mar. 24 oct. 2006, 12:01

Très d'accord avec Deo Gratias... Et j'ose même penser que c'est la pensée, la stratégie du S. Père !

jean_droit
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Comportement de La Croix

Message non lu par jean_droit » mer. 25 oct. 2006, 15:05

Comportement de La Croix

La Croix continue de plus belle sa croisade contre les décisions passées et à venir du Pape.
Vendredi c’était un père abbé, hier c’était une lettre des évêques de Normandie et, aujourd’hui, c’était le « courrier des lecteurs » avec introduction explicative pour ceux qui ne comprennent pas.
Tout cela est d’un fielleux ….
Bien sûr on ne cite pas directement notre Pape, bien sûr on fait parler les fidèles laïcs pour ce qui est de décisions déjà prises par Benoît XVI, bien sûr on y mêle une ou deux lettres en faveur de ces décisions.
Tout cela est du triste, très triste, journalisme.
On se doute que les « progressifs » sont en rage devant les décisions passées et à venir du Pape.
On voit bien se créer un « front du refus » et un « groupe de pression » qui utilise La Croix comme un de ses vecteurs de communication.
Que ces progressistes n’oublient jamais qu’ils sont, en partie, responsable de la diminution du nombre de prêtres par trois et des fidèles par deux.
Ils se raccrochent à leur Concile …. Qui ne leur appartient pas et qu’ils se sont bien gardé de suivre dans son intégralité.
Triste, très triste spectacle !

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Boris
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Message non lu par Boris » mer. 25 oct. 2006, 16:08

Je prie tous les jours le Seigneur "pour que Sa volonté transmise à l'Eglise soit entendue et reconnue des fidèles".

Néanmoins, dans le petit jeu de La Croix, le TRP Abbé de Ligugé a tout de même dit sans rire que la messe "Paul VI" se célèbre en Latin et et dos au peuple car ni le Concile ni le Missel ne l'interdise ni ne donne d'indication contraire.

Si on va plus loin, dans le Missel Romain actuel, il y a des indications pour que le prêtre se tourne vers l'assemblée pour certaine partie de la Messe (monitions, ...). Dans quel sens doit-il être pour pouvoir se tourner vers l'assemblée ?
UdP,
Boris

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François-Xavier
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Message non lu par François-Xavier » mer. 25 oct. 2006, 17:28

Pour information, dans la lettre de "paix liturgique" reçue aujourd'hui (lettre que je n'ai d'ailleurs jamais demandé à recevoir, mais bon, peu importe...)

Voici donc ce qu'ils mettent :
Paix liturgique a écrit :« L’Eglise considère comme égaux en droit et en dignité tous les rites légitimement reconnus »

Vatican II constitution Sacrosanctum Concilium
C'est évidemment pour eux une façon de dire que le Concile Vatican II va en fait dans leur sens. Jolie inversion ... Le concile, dans Sacrosanctum Concilium dit bien que les rites sont égaux en droit... Saut que le "rite de Saint Pie V" ou le "rite tridentin", ce n'est pas un rite, au sens canonique du terme. Le Concile parle des "églises rituelles"... L'Eglise melkite, l'Eglise maronite, et j'en passe.
Réponse générale aux lettres reçues qui concernent les Réponses Officielles de la Congrégation du Culte Divin du 3 juillet 1999, Prot. 1411/99 a écrit :1. — Le Missel Romain approuvé et promulgué par l'autorité du pape Paul VI, par la Constitution Apostolique Missale Romanum du 3 avril 1969, est l'unique forme en vigueur de la célébration du Saint Sacrifice selon le Rite romain, en vertu du droit général liturgique.
Cela vaut de la même façon, toutes les réserves à faire étant faites, pour les autres livres liturgiques approuvés après le Concile Oecuménique Vatican II.
2. — L'usage de la forme qui a précédé la rénovation liturgique post-conciliaire du Rite romain (quelle soit appelée "traditionnelle", "antique", "de Saint Pie V", "classique" ou "tridentine") a été accordé, en termes fixés dans le Motu proprio "Ecclesia Dei Adflicta", aux personnes et aux communautés qui sont attachées à cette forme du Rite romain. Cette faculté est accordée par un Indult spécial, ce qui ne signifie en rien cependant que les deux formes aient égale valeur.
3. — Celui qui jouit de l'indult accordé par le Motu proprio "Ecclesia Dei Adflicta" peut librement user de cette forme en privé ou en public dans les églises, et aux horaires, expressément désignés aux fidèles.
4. — Comme le mode actuel de célébrer suivant le Rite romain constitue la norme liturgique commune, qu'on ne parle pas de "deux rites" ou de "bi-ritualisme". La concession faite, selon le Motu proprio "Ecclesta Dei Adflicta protège la sensibilité liturgique des prêtres et des fidèles habitués au mode précédent, mais elle ne les constitue en aucun cas comme "Eglise rituelle".
Ce procédé est assez courant chez les traditionnalistes. Nous faire croire que le "rite tridentin" est distinct du "rite de Paul VI". Soyons rigoureux... Il 'y a ni rite de S. Pie V ni rite de Paul VI. Il y a un rite romain unique. La façon ordinaire de célébrer la messe selon ce rite, c'est d'utiliser le missel romain de 2002. Il y a aussi une façon extraordinaire ou "forme extraordinaire" pour certains prêtres à certaines conditions, d'utiliser des versions des livres liturgiques antérieurs à 1969.

Le problème au delà de la propagande, - que je trouve malhonnête, parce que cela induit les gens en erreur -, c'est qu'en considérant dépositaires d'un "autre rite", beaucoup de "tradis" s'inscrivent en faux contre la fameuse "réforme de la réforme". Cette dernière doit venir d'eux aussi... Peut être même surtout d'eux. Je crois l'avoir déjà écrit mais il est temps maintenant pour eux de sortir des microcosmes et de se confronter à la réalité vraie.....

Et je crois que c'est une des raisons de la volonté du S. Père de supprimer les obstacles à la "forme extraordinaire" du rite romain. Cela banalisera peut être les choses, et la nécessité pour eux de tendre la main vers le reste de l'Eglise deviendra peut être évidente...

Je note quant à moi que la question de ces "formes du rite romain", qui apparaît aujourd'hui comme un scoop médiatique et provoque des réactions plus ou moins orchestrées surtout dans les colonnes de certains journaux d'un bord ou de l'autre, et bien cette désignation des formes du rite romain était déjà présente dans un texte tout ce qu'il y a de plus officiel de 1999 et qui garde d'ailleurs toute sa pertinence.

Toujours est il que je décerne un beau carton rouge à Paix liturgique pour leur ligne éditoriale desastreuse. Une fois de plus.

Je laisse ça à votre apréciation.

In illo tempore
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Message non lu par In illo tempore » mer. 25 oct. 2006, 20:57

Boris a écrit :Néanmoins, dans le petit jeu de La Croix, le TRP Abbé de Ligugé a tout de même dit sans rire que la messe "Paul VI" se célèbre en Latin et et dos au peuple car ni le Concile ni le Missel ne l'interdise ni ne donne d'indication contraire.
Vous transformez légèrement les propos de Dom Longeat qui a dit :
la messe « dos au peuple » peut être pratiquée dans le rituel de 1969
Il n'a pas dit que c'était le cas mais que c'était possible, ce qui est différent. Je ne cherche pas à le défendre car son texte est trop subtile et il joue sur l'ambiguïté.

Ce qui m'a le plus gêné est sa référence aux journées liturgiques de Fontgombault. Cette Abbaye utilise couramment le missel de 1962 et Dom Longeat n'a pas pu ne pas y penser. Il finit son article par cette phrase :
Dom Longeat a écrit :En fils de Dom Guéranger qui défendit tellement l’unité de la liturgie romaine, il paraît aujourd’hui nécessaire d’affirmer haut et fort les magnifiques développements de la théologie et de la liturgie issues de Vatican II, pour permettre à l’Église de développer l’heureux message qu’elle reçoit de Jésus Sauveur dans un monde qu’elle aime et au service duquel elle veut donner sa vie avec amour.
Le lien entre le renvoi aux journées liturgiques de Fontgombault et la référence à Dom Guéranger peut laisser penser que c'était une attaque contre cette Abbaye qui est aussi une fille de Solesmes et Dom Forgeot, son Père Abbé un fils de Dom Guéranger.
Je trouve l'ensemble de ce texte attristant et choquant et me demande ce qu'a recherché Dom Longeat.

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Message non lu par Boris » jeu. 26 oct. 2006, 11:20

Il me semble qu'à Fontgombault comme au Barroux, ils utilisent la Liturgie de 1965 donc post-Conciliaire.
UdP,
Boris

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Message non lu par La Rochejaquelein » jeu. 26 oct. 2006, 21:03

Boris a écrit :Il me semble qu'à Fontgombault comme au Barroux, ils utilisent la Liturgie de 1965 donc post-Conciliaire.
Non au barroux, c'est tridentin.

In illo tempore
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Message non lu par In illo tempore » jeu. 26 oct. 2006, 21:43

A Fontgombault, le missel utilisé est celui de 1962 ou 1969 pour les messes basses.
Pour la messe conventuelle, la question est plus délicate (entre 1962 et 1965).

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Message non lu par Boris » ven. 27 oct. 2006, 10:45

Il faut bien comprendre que la Liturgie de 1965 n'a pas générée d'adition du Missel Romain. Il s'agit uniquement de normes.

C'est pour cela qu'on l'impression qu'ils utilisent le Missel de 1962 (ce qui est vrai) mais en fait ils adaptent les normes du Missel selon les indications Romaines de 1965.
UdP,
Boris

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Bravo Monseigneur Vingt Trois !

Message non lu par jean_droit » ven. 27 oct. 2006, 12:29

Intervention de Mgr Vingt-Trois au colloque à l'Institut Supérieur de Liturgie à l'Institut Catholique de Paris.
le 26 octobre 2006





Éminence, Excellences, Monsieur le Recteur, mes Pères, Mesdames et Messieurs,

C’est un honneur et une joie pour l’archevêque de Paris, Chancelier de l’Institut Catholique, d’ouvrir ce colloque universitaire à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’Institut Supérieur de Liturgie. Cette joie et cet honneur sont encore amplifiés, Éminence, par le privilège que vous nous accordez de votre présence. Votre participation active manifeste l’intérêt de la Congrégation pour le Culte Divin et la discipline des Sacrements dont vous êtes le Préfet non seulement pour les travaux de ce colloque mais surtout pour l’œuvre accomplie au cours des cinquante dernières années par l’Institut de Liturgie.

1. Au tournant du siècle.

La fondation de cet Institut doit être replacée dans le cadre plus large du vaste ensemble de travaux et de recherches sur la liturgie qui a marqué le vingtième siècle et que l’on a parfois justement désigné sous le titre générique de « Mouvement liturgique ».

Parallèlement aux études profanes sur les rites et les mythes, la fin du XIX° siècle et la première moitié du vingtième ont été marquées par un important investissement de travaux historiques et théologiques sur l’intelligence de la liturgie latine. D’autres, plus compétents que moi évoqueront sans doute les grandes figures de ce mouvement particulièrement fécond en Allemagne et en France.

Largement soutenus et encouragés par Pie XI et Pie XII, ces travaux ont amené, bien avant le Concile Vatican II, un certain nombre de réformes visant à mieux manifester le sens de l’acte liturgique et à en faciliter l’accès aux fidèles. Qu’il me soit simplement permis d’évoquer la réforme de la Semaine Sainte1 , la proclamation des lectures liturgiques en langues vernaculaires2 et la faculté de célébrer l’Eucharistie le soir3 , pour ne parler que des changements les plus perceptibles à l’ensemble des fidèles. Il faut aussi citer la décision du Pape saint Pie X d’appeler les fidèles à la communion fréquente4 et de fixer l’âge de la première communion à l’âge de raison5 comme un des facteurs décisifs de la transformation du rapport à la liturgie.

Les études menées ont aussi permis de mieux connaître, du moins pour ceux qui veulent s’y référer, les mutations successives des rituels liturgiques et leurs conditionnements historiques. Du point de vue théologique, elles ont conduit à affiner le sens de la fidélité à une tradition vivante dans une lente évolution, qui n’est pas simple répétition mécanique d’un rituel choisi à une période particulière. Ainsi, la profonde réforme liturgique de saint Pie V, en application du Concile de Trente, a pu être comprise comme une des étapes de cette longue évolution, ni la première, ni la dernière. La fidélité à l’institution originelle a pu s’approfondir en intégrant la perception vivante de la tradition ecclésiale. L’Église, en son magistère, a la charge de garantir cette fidélité.

Après les premières réformes décrétées par le Pape Pie XII, il devint clair que l’approfondissement des connaissances historiques et de la réflexion théologique sur la liturgie constituait un domaine fondamental de la recherche universitaire. Ce fut le mérite des pionniers de répondre à cette opportunité en se lançant dans la belle aventure de l’Institut Supérieur de Liturgie. Il faudrait tous les citer. Qu’il soit au moins permis d’en nommer quelques-uns parmi les premiers: Dom Botte o.s.b., le P. Bouyer de l’Oratoire, le P. Gy o.p. et le P. Jounel, parmi bien d’autres.

2. La réforme liturgique.

Dans le contexte pastoral et universitaire du mouvement liturgique du XX° siècle, le jeune institut allait trouver un champ de travail particulier avec la réforme liturgique voulue par le concile Vatican II et mise en œuvre avec fidélité et persévérance par Paul VI et Jean-Paul II. Dans les temps que nous vivons, il n’est peut-être pas superflu de rappeler quelques éléments fondamentaux de cette réforme. Je ne doute pas que ce sera fait au long de ce colloque. Pour ma part, ayant vécu la réforme comme séminariste et comme prêtre, je voudrais simplement relever deux aspects qui me semblent aujourd’hui trop largement méconnus.

Le premier aspect est celui de la richesse catéchétique et spirituelle dont bénéficient les fidèles et, à travers eux, toute l’Église. L’élaboration des nouveaux lectionnaires liturgiques, avec la lecture continue des évangiles et des épîtres et l’accès développé aux textes fondamentaux du premier Testament, ouvre à tous la possibilité d’une fréquentation plus large des Écritures, au cœur même de la célébration liturgique. De plus, le Concile n’a pas seulement élargi le champ scripturaire des lectures. Il a aussi défini les modalités d’une prédication qui doit proposer un commentaire actualisé de ces lectures bibliques : « Dans la célébration de la liturgie, la Sainte Ecriture a une importance extrême. C'est d'elle que sont tirés les textes qu'on lit et que l'homélie explique, ainsi que les psaumes que l'on chante ; c'est sous son inspiration et dans son élan que les prières, les oraisons et les hymnes liturgiques ont jailli, et c'est d'elle que les actions et les symboles reçoivent leur signification. Aussi, pour procurer la restauration, le progrès et l'adaptation de la liturgie, il faut promouvoir ce goût savoureux et vivant de la Sainte Ecriture dont témoigne la vénérable tradition des rites aussi bien orientaux qu'occidentaux »(SC 24).

Par delà telles ou telles dispositions discutables et amendables de la réforme, qui ne voit le bénéfice considérable qui en résulte pour le peuple chrétien ? Les exagérations ou les maladresses qui ont accompagné sa mise en œuvre ne doivent pas dissimuler son enjeu. La question primordiale n’est pas la question de la langue utilisée, mais la question de la légitimité de l’Église à décider des modalités de sa liturgie. Qui peut fixer les lectures autorisées ? Qui peut définir le calendrier liturgique ? Qui arrête les fêtes à célébrer, les saints à honorer, etc… ? Quelle est, à cet égard, la responsabilité des évêques dans leur charge pastorale ?

Le deuxième aspect que je voudrais relever est le suivant. La réforme a mis en lumière que la liturgie, l’action sacrée, n’est pas seulement le premier lieu catéchétique, elle est aussi l’instance d’identification de la communauté ecclésiale elle-même, l’expression de la foi commune. Dans l’Église catholique, s’il existe des rites différents également reconnus, c’est pour exprimer liturgiquement, dans la prière habituelle de la communauté, la tradition liturgique, théologique et spirituelle d’une Église particulière. D’une certaine façon, le rite est indissociable d’une Église.

Dans cette perspective, le travail des liturgistes, tel qu’il fut conduit dans cet institut, n’est pas d’abord un spécialité technique pratique qui pourrait être juxtaposée à une réflexion théologique spéculative. Il est un acte organique de la réflexion chrétienne sur les expressions de la foi commune.

Cette dimension centrale de l’acte liturgique pour l’identité de l’Église et de toute communauté en elle peut sans doute expliquer pourquoi le débat liturgique suscite de telles passions. Il touche à la conscience même de l’appartenance à l’Église. C’est pourquoi ce débat a pris chez nous une acuité particulière à laquelle les Français sont spécialement attentifs, et, - oserais-je le dire ?-, les Parisiens parmi les premiers.

Dans notre pays, la réforme liturgique a été appliquée avec une méthode systématique que l’on ne retrouve pas ailleurs. Une des raisons en était qu’elle avait été préparée de longue date par des recherches historiques et théologiques mais aussi par le vaste effort de renouveau pastoral et apostolique de l’après-guerre. Cette approche systématique, à côté des réalisations remarquables qu’elle a permises, a aussi conduit à des mises en œuvre parfois maladroites ou brutales, qui ont pu donner le sentiment d’une rupture de tradition.

Il y a plus grave, en effet, que les tristesses et les blessures que ces comportements ont provoquées. Chez nous, la liturgie a été instrumentalisée dans un débat d’un autre ordre. Sous certaines fantaisies ou certaines dérives liturgiques, on a pu identifier une auto-célébration de l’assemblée elle-même substituée à la célébration de l’œuvre de Dieu, voire l’annonce d’un nouveau modèle d’Église. D’autre part, sous couvert de la mobilisation pour la défense d’une forme liturgique, c’est bien à une critique radicale du concile Vatican II que l’on a assisté, voire au rejet pur et simple de certaines des ses déclarations. Le refus des livres liturgiques régulièrement promulgués fut suivi de l’injure publique envers les papes et couronné par des faits de violence comme la prise de force d’une église paroissiale à Paris et une seconde tentative avortée de la part des mêmes auteurs.

Il ne serait pas utile de faire mémoire de ces tristes événements s’ils n’étaient de nature à éclairer le contexte actuel. Aucun des protagonistes de ces combats n’a cru ni dit que le problème était prioritairement et, moins encore, exclusivement liturgique. Il était et il demeure un problème ecclésiologique. Il pose clairement la question du sens de l’unité ecclésiale dans la communion avec le siège de Pierre. Il pose clairement la question de l’autorité d’un concile œcuménique et de ses déclarations votées par l’ensemble du collège épiscopal et promulguées par le premier des évêques, tête du collège.

Si je me permets d’évoquer ces soubassements du débat liturgique, c’est parce qu’ils me semblent constituer un lieu théologique et spirituel de notre expérience d’Église. Si la controverse liturgique a joué aussi fortement ce rôle de paravent pour un autre débat, c’est bien parce que la liturgie est aussi un révélateur de l’expérience de la communion ecclésiale. Elle n’est pas un spectacle dont on pourrait critiquer à loisir le programme et la distribution et corriger les partitions. Elle est l’expression de la foi et de la communion de l’Église. Elle est, en régime chrétien, l’action constitutive de l’Église : « Toute célébration liturgique, en tant qu’œuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l’Église, est l’action sacrée par excellence, dont nulle autre action de l’Église n’égale l’efficacité au même titre et au même degré » (SC 7).

3. L’avenir.

Je me suis un peu étendu sur les convulsions de ces quarante dernières années, d’abord pour saluer la fidélité de l’Institut Supérieur de Liturgie aux orientations doctrinales et pastorales du Magistère. Cette fidélité, -faut-il le rappeler ici ?-, ne saurait jamais en appeler d’un concile à un autre, d’un Pape à un autre ou d’un évêque à un autre.

Permettez-moi donc d’abord, en mon nom propre, -et je crois pouvoir dire au nom des évêques de France-, d’exprimer ma reconnaissance à tous les collaborateurs de l’Institut Supérieur de Liturgie passés et présents pour les services éminents qu’ils ont rendus à l’Église. Par leurs travaux, la culture liturgique s’est développée, non seulement parmi les spécialistes et les clercs, mais encore, et grâce à eux, dans l’ensemble du peuple chrétien et la qualité liturgique des célébrations a progressé. Permettez-moi aussi de formuler un vœu pour l’avenir : que cet institut poursuive et développe ses travaux.

En conclusion, je voudrais vous partager une espérance : que les efforts permanents de notre Église pour réunir ses enfants en un seul peuple et une seule louange soient couronnés de succès. Depuis la triste année 1988, les Papes successifs n’ont pas cessé de tendre la main à ceux de leurs enfants qui voulaient se faire leurs juges. Sans doute aujourd’hui le fossé s’est-il élargi et les passerelles sont-elles plus difficiles à mettre en place. C’est une raison supplémentaire pour ne pas tarder à le faire de tout notre cœur. Vos évêques continueront à travailler paisiblement et sereinement à la réconciliation nécessaire dans la fidélité au Pape et dans la communion avec lui.

Pour ma part, j’ai hérité du Cardinal Lustiger une pratique généreuse et ecclésiale du Motu Proprio Ecclesia Dei Adflicta. Je suis heureux que cette pratique ait permis à des chrétiens sincères de rester dans la communion ecclésiale et d’y avoir leur place comme ils sont à leur place dans la pastorale du diocèse. Je pense que la communion progressera plus largement encore si l’on veut bien renoncer aux anathèmes et aux surenchères. Un signe de ce progrès serait sans doute que tous puissent célébrer l’Eucharistie en suivant le même calendrier liturgique et le même lectionnaire. Comme l’unité progresserait si nous entendions tous chaque dimanche la même Parole de Dieu, si nous célébrions ensemble les mêmes fêtes du Seigneur et si nous fêtions ensemble les mêmes saints !

+André Vingt-Trois
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Intervention du Cardinal Arinze

Message non lu par jean_droit » ven. 27 oct. 2006, 12:44

Tout l'enjeu est de "rejeter la banalisation, la désacralisation et la sécuralisation de la liturgie" ...
Comme on dit : "A bon entendeur, salut! "

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Message non lu par Boris » ven. 27 oct. 2006, 13:01

Bravo ?!?

Il faut au contraire rappeler cet Archevêque à l'ordre. Son discour a surement offert à Mgr Card. Arinze un bon divertissement. Il a du rire sous cape !

C'est une honte de proférer de telles horreurs (erreurs ?). Heureusement pour lui que le ridicule ne tue plus, il serait mort sur place.

Reprenons :

La première partie n'est qu'un rappel historique, ponctuée de faits. Rien à redire.

Seconde partie :

premier paragraphe
un champ de travail particulier avec la réforme liturgique voulue par le concile Vatican II
Je mets au défie quiconque de trouver le terme"réforme" dans les textes du Concile Vatican II : il s'agit d'une restauration.
La nuance est importante : une restauration remet à neuf l'ancien alors qu'une réforme re-forme, c'est à dire change de forme et produit quelque chose de nouveau.
Le Concile n'a jamais voulu faire quelque chose de nouveau.
mise en œuvre avec fidélité et persévérance par Paul VI et Jean-Paul II.
Fidélité des Papes cerrtes mais pas du clergé Français !
Pour ma part, ayant vécu la réforme comme séminariste et comme prêtre
Traduisons : interdiction du Latin en opposition complète avec l'instruction "Doctrina et Exemplo" de Paul VI et interdiction de suivre les livres Liturgiques (nombreux témoignages de séminaristes de l'époque à disposition de l'Association Pro Liturgia)
Quelle est, à cet égard, la responsabilité des évêques dans leur charge pastorale ?
Bonne question Mgr ! Pourquoi ne pas y répondre ?
Parce que vous portez la charge sur vos épaules du n'importe quoi Liturgique et par là de la désaffection de la religion auprès du peuple et donc par conséquence du manque de vocation !
Redonnez une Liturgie digne (quelque soit la langue comme vous dites) selon les normes et vous verrez revenir tout le monde. Revenez en plus au Latin sans faire disparaître le français et tout le monde viendra !
[La liturgie] est aussi l’instance d’identification de la communauté ecclésiale elle-même, l’expression de la foi commune.
Dans le non respect des normes apparaît donc une transgression de la Foi !
Comme le dit Popeye (sous forme d'hypothèse) : la prostituion des normes entraine la prostitution de la doctrine !
Autrement dit : on nous change la Religion.
Alors Mgr , que faites-vous contre cela ?
Dans notre pays, la réforme liturgique a été appliquée avec une méthode systématique que l’on ne retrouve pas ailleurs. Une des raisons en était qu’elle avait été préparée de longue date
Affirmation gratuite !
Méthode systématique : de quoi parlez-vous ? de la destruction des tables de communion ? de la destruction des maîtres Autels ? de l'interdiction du Latin jusque dans les séminaires ? de l'interdiction de toute forme de respect et de hiératisme ?
Et votre préparation : c'est le Missel Dialogué en Français des années 50 avec imprimatur d'un Evêque Français ? (alors que cela était formellement interdit)
Mgr : écoutez-vous ! Vous touchez le fond dans ce passage de votre discour !
Cette approche systématique, à côté des réalisations remarquables
Parlez-vous de la Communauté St Martin obligé de s'établir en Italie pour former des prêtres français ? ou de la congrégation de Solesmes considérée encore de nos jours comme intégriste par l'Institut Catholique de Paris ( qui héberge l'ISL, malheureusement pour ces derniers) ?

Ou est-ce la disparition du répertoire grégorien au profit de chants niaiseux, voir hérétiques ?
Le refus des livres liturgiques
Vous parlez de qui ? des "tradis" qui acceptent sans problème les livres Liturgiques de 1962 ou de l'immense nombre de prêtre, laïcs et religieux qui refusent tout autant les livres Liturgiques de 1962 que ceux qui ont suivi ?
Il était et il demeure un problème ecclésiologique.
En effet, je suis d'accord avec vous : l'impossibilité qui est faite au fidèle d'obtenir la célébration digne et hiératique en total respect des normes actuelles de la Messe est en fait un refus des prêtres et des Evêques d'obéir à l'Eglise et à Rome.
Ce problème Liturgique révèle un problème écclésiale de fond.

Quand imposerez-vous comme certains de vos confrères américains le respect strict des normes demandé par les Papes ?

Voilà ce que vaut ce discours et la réponse qu'il faut lui faire !
Quelle honte, et surtou, quelle pitié devons-nous avoir pour cet Archevêque.
Seigneur, je vous prie d'envoyer votre Esprit sur lui pour lui rappeler les exemples de St François et de St Maur dans l'obéissance filiale et écclésiale.
UdP,
Boris

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Un peu plus sur l'intervention du cardinal Arinze

Message non lu par jean_droit » ven. 27 oct. 2006, 13:16

Venu spécialement de Rome, le cardinal Francis Arinze, d'origine
africaine, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la
discipline des sacrements, tout en adressant « ses plus chaleureuses
félicitations » à l'Institut, a placé sa vocation dans la lutte
contre « l'ignorance », source à ses yeux des « abus liturgiques ».

« Je ne parle de la France, que je ne connais pas
suffisamment », a-t-il précisé, mais ces abus ont conduit à « cette
froideur, cet horizontalisme qui met l'homme au centre de l'action
liturgique, et aussi parfois à ce maniérisme ouvertement
égocentrique que nos assemblées du dimanche sont parfois obligées de
subir ».

Rappelant l'importance de l'art de célébrer, il a fustigé des
homélies qui seraient marquées par « des considérations d'ordre
sociologique, psychologique, ou dans un style encore pire,
politique ». Il a surtout insisté sur le rôle central du
prêtre : «Si on affaiblit le rôle du prêtre ou si on ne l'apprécie
pas suffisamment, une communauté locale catholique peut
dangereusement sombrer dans l'idée qu'il est possible d'envisager
une communauté sans prêtre. Or une telle pensée n'est pas conforme
avec la conception authentique de l'Église instituée par le Christ.»
Tout l'enjeu pour lui est de « rejeter la banalisation, la
désacralisation et la sécularisation dans la liturgie ».

jean_droit
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Article du Pélerin

Message non lu par jean_droit » ven. 27 oct. 2006, 13:36

Les raisons du choix de Benoît XVI
Messe en latin

La messe en latin selon le rite de saint Pie V, dit rite tridentin, pourrait être prochainement réhabilitée… Qu'est-ce qui a conduit le pape à faire ce choix ?

Favorable à plus de "générosité" envers les traditionnalistes

La réahabilitation du rite tridentin par Benoît XVI ne constitue pas vraiment une surprise. Depuis plus d’un an, il était de notoriété publique que le pape réfléchissait à une réforme de la liturgie.

Le cardinal Ratzinger était connu pour porter un regard très critique sur la manière dont avait été menée la réforme liturgique depuis Vatican II. Il s’était aussi déclaré « personnellement » favorable à plus de « générosité » envers les traditionalistes, n’y voyant aucun danger ni aucune source de scandale.

Quelques mois après son élection, le pape avait d’ailleurs confié aux cardinaux son intention de se rapprocher des traditionalistes et de mettre fin au schisme provoqué par l’entêtement de Mgr Marcel Lefebvre.

La création d'un Institut à Bordeaux

Cette volonté de Benoît XVI a trouvé une première concrétisation avec la récente création de l’Institut du Bon Pasteur, une institution taillée sur mesure pour accueillir d’anciens membres de la Fraternité Saint-Pie X, en délicatesse avec cette dernière. Cette décision n’est pas sans susciter un trouble important, notamment parmi les fidèles du diocèse de Bordeaux.

Chez Benoît XVI, il y a plus que le souci de faire revenir dans la pleine communion de l’Eglise les membres des mouvements traditionalistes ou intégristes. Ce qui est en cause, c’est la conception même que le pape actuel se fait de la liturgie.

Vatican II, appliqué "au-delà la lettre"

Dans son livre d’entretiens avec le journaliste Patrick Seewald, Le sel de la terre (1), celui qui n’était encore que le cardinal Ratzinger faisait valoir que la réforme liturgique avait été appliquée au-delà de la lettre, donnant lieu à des excès.

Il ne disait pas autre chose dans la conférence qu’il avait prononcée en 1998 – il était alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi – devant des pèlerins venus à Rome pour les dix ans du motu proprio Ecclesia Dei Adflicta. Le Concile, rappelait-il, « a ordonné une réforme des livres liturgiques mais il n’a pas interdit les livres antérieurs ».
"Le latin devrait être conservé"

De même, « le latin devait être conservé, tout en donnant une place plus large à la langue maternelle ». Malheureusement, les innovations postconciliaires auraient parfois largement dépassé les directives du Concile : « La position du prêtre est réduite par quelques-uns à un pur aspect fonctionnel (…) Il existe aussi une tendance dangereuse à minimiser le caractère sacrificiel de la messe et à faire disparaître le mystère et le sacré, sous le prétexte, soi-disant impératif, de se faire comprendre plus facilement. Enfin, on constate la tendance à fragmenter la liturgie et à souligner unilatéralement son caractère communautaire, en donnant à l’assemblée le pouvoir de décider sur la célébration. »
Plusieurs formes du rite latin ont toujours existé

Pour autant, l’ancienne liturgie ne trouvait pas forcément grâce aux yeux du futur pape. « Elle s’était trop égarée dans le domaine de l’individualisme et du privé et (…) la communion entre prêtre et fidèle était insuffisante », écrivait-il. Il avait repris ces idées, en 2001, dans un livre personnel sur L’esprit de la liturgie (2).

C’est donc un rééquilibrage que cherche Benoît XVI. Mais qui suscite de vives résistances... Dans sa conférence de 1998 évoquée plus haut, le pape répondait par avance à ses contradicteurs d’aujourd’hui, faisant valoir que plusieurs formes du rite latin ont toujours existé, et mettait en avant, entre autres, l’existence d’un rite propre aux dominicains (aujourd’hui aboli). A propos de la messe en latin, il assurait : « Des accents spirituels et théologiques différents ne seront pas comme deux manières opposées d’être chrétien mais plutôt comme des richesses qui appartiennent à une même et unique foi catholique. »

Paula Boyer

jean_droit
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Message non lu par jean_droit » ven. 27 oct. 2006, 14:06

Bonjour Boris,
Excuse moi de ne pas être d’accord avec ta critique sur le discours de monseigneur Vingt Trois.
D’abord parce qu’il essaye de « calmer » le jeu et de répondre aux ‘progressistes « jusqu'au boutistes »’.
Il rappelle que bien des réformes ont été entreprises avant le Concile Vatican II, façon de leur dire que l’Eglise n’a pas commencé avec ce concile.
Il montre la double volonté de l’Eglise de tendre la main aux « traditionnalistes » et d’améliorer la messe.
Nous sommes très nombreux à penser que le Concile Vatican II a été « dénaturé » sur bien des points. Nous sommes très nombreux à penser que des « nouveautés » ont été introduites dans la liturgie de la messe qui la dénature.
On ne peut, par contre, passer sous silence les efforts constants déployés par de nombreux prêtres et par les archevêques de Paris pour « remonter » le courant.
Il n’est pas de mois où je ne trouve quel qu’indication qui va dans le bon sens.
La messe du dimanche dernier à 18h30 à Notre Dame en était la parfaite démonstration :
L’utilisation du latin pour les principales prières « canoniques », le fait de se tourner vers l’autel à tel ou tel moment de la célébration.
Il faut, aussi, pour notre archevêque perpétuellement trouver la juste mesure entre les différents courants de l’Eglise. C’est un vrai exercice d’équilibre tout à fait légitime.
Enfin le discours de monseigneur Vingt Trois réaffirme sa solidarité avec notre Pape et le collège des évêques.

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