Bonsoir,
Question courte : quelles sont les raisons (religieuses, politiques, autres ?...) qui ont amené les catholiques et les orthodoxes à se séparer ?
Cordialement,
Schisme de 1054
Re: Schisme de 1054
Bonsoir
Plusieurs facteurs concomitants :
- des divergences théologiques réelles, doublées de problèmes de rite (le Filioque, l'usage des pains azymes, etc.)
- un point de fond sur la question de la primauté de l'évêque de Rome
- un problème de compétence : à ce moment-là, les Normands sont en train de conquérir le Sud de l'Italie aux Byzantins (Bari est leur point de repli, qui tombe en 1071) ; qui sera donc habilité à faire suivre le "bon" rite aux populations nouvellement dominées ? premier enjeu des discussions
- des problèmes de personnalité : tant les légats du pape que le patriarche de Constantinople sont des fortes personnalités, et portées à la dispute ;
- un problème politique : l'empereur Constantin Monomaque a intérêt à être allié de Rome (en raison de l'affaire normande, entre autres), mais le patriarche est de tempérament très indépendant et cherche à se démarquer de lui.
En gros, c'est un ensemble d'entrevues entre ces légats et le patriarche qui a tourné à l'aigre (querelles théologiques, puis disputes, enfin insultes), au bout de quoi les deux parties se sont excommuniées mutuellement - 16 et 24 juillet de cette année).
Cela dit, l'événement n'a pas été si important que cela, sur le moment. Du reste, l'anathème des Byzantins ne visait pas le pape. Ce sont les deux parties qui se sont de plus en plus séparées à partir de ce moment-là, et l'histoire politique a fait le reste (exploitation de Constantinople par les Vénitiens au 12ème s. ; sac de la ville par les Croisés - eux-mêmes cordialement méprisés comme Occidentaux barbares - en 1204 ; raids des Normands, compagnies aragonaises ; etc. bref la haine entre les deux camps s'est creusée, au point que peu de temps avant la chute finale de l'Empire, alors que la frontière avec les Ottomans était juste à quelques dizaines de kilomètres de la ville, la foule byzantine elle-même rejetait l'ultime tentative de réconciliation qui venait d'être faite ("mieux vaut le turban du Turc que la tiare du Pape").
Voilà !
MB
Plusieurs facteurs concomitants :
- des divergences théologiques réelles, doublées de problèmes de rite (le Filioque, l'usage des pains azymes, etc.)
- un point de fond sur la question de la primauté de l'évêque de Rome
- un problème de compétence : à ce moment-là, les Normands sont en train de conquérir le Sud de l'Italie aux Byzantins (Bari est leur point de repli, qui tombe en 1071) ; qui sera donc habilité à faire suivre le "bon" rite aux populations nouvellement dominées ? premier enjeu des discussions
- des problèmes de personnalité : tant les légats du pape que le patriarche de Constantinople sont des fortes personnalités, et portées à la dispute ;
- un problème politique : l'empereur Constantin Monomaque a intérêt à être allié de Rome (en raison de l'affaire normande, entre autres), mais le patriarche est de tempérament très indépendant et cherche à se démarquer de lui.
En gros, c'est un ensemble d'entrevues entre ces légats et le patriarche qui a tourné à l'aigre (querelles théologiques, puis disputes, enfin insultes), au bout de quoi les deux parties se sont excommuniées mutuellement - 16 et 24 juillet de cette année).
Cela dit, l'événement n'a pas été si important que cela, sur le moment. Du reste, l'anathème des Byzantins ne visait pas le pape. Ce sont les deux parties qui se sont de plus en plus séparées à partir de ce moment-là, et l'histoire politique a fait le reste (exploitation de Constantinople par les Vénitiens au 12ème s. ; sac de la ville par les Croisés - eux-mêmes cordialement méprisés comme Occidentaux barbares - en 1204 ; raids des Normands, compagnies aragonaises ; etc. bref la haine entre les deux camps s'est creusée, au point que peu de temps avant la chute finale de l'Empire, alors que la frontière avec les Ottomans était juste à quelques dizaines de kilomètres de la ville, la foule byzantine elle-même rejetait l'ultime tentative de réconciliation qui venait d'être faite ("mieux vaut le turban du Turc que la tiare du Pape").
Voilà !
MB
-
Sofia
- Barbarus

Re: Schisme de 1054
Merci MB.
Pourrait-on m'expliquer un peu cette histoire de Filioque ? J'ai consulté l'article de wikipedia (http://fr.wikipedia.org/wiki/Querelle_du_Filioque) :
La querelle porte précisément sur la « procession » du Saint-Esprit, c'est-à-dire le rapport entre le Saint-Esprit d'une part, le Père (Dieu) et le Fils (Jésus-Christ) d'autre part. Le symbole du Ier concile œcuménique de Constantinople (381) affirme :
« Nous croyons dans l'Esprit Saint, qui est seigneur et qui donne la vie. Il procède du Père. »
Il ne mentionne donc pas que l'Esprit relèverait du Fils d'une quelconque façon. À partir du VIIIe siècle, la liturgie latine a augmenté la formule initiale, qui devient : « Il procède du Père et du Fils », en latin Filioque (ex Patre Filioque procedit). L'introduction du Filioque dans le credo occidental fut proposée par Charlemagne lors du concile d’Aix-la-Chapelle de 809, reprenant une proposition plus ancienne qui avait déjà eu cours dans l'Espagne wisigothique par les détracteurs de l'arianisme. Cet ajout fut retenu malgré l'opposition du pape Léon III à cette démarche césaropapiste du nouvel empereur d'Occident qui, avec ses théologiens, souhaitait « rivaliser d'orthodoxie avec l'Orient »[1]. Cet ajout fut inséré définitivement dans le Credo romain au XIe siècle.
Cet écart par rapport à la formule œcuménique se fit unilatéralement, sans l'avis des autres Églises, qui le considérèrent comme le signe d'une volonté de rupture dans les rapports difficiles avec l'Église latine. Ultérieurement, on trouva une justification théologique à la nouvelle formulation, la donnant comme héritière d'une tradition alexandrine et latine, professée par exemple par le pape Léon en 447, soit avant la réception par l'Église romaine du symbole de Constantinople au concile œcuménique de Chalcédoine (451). Les Orientaux, eux, ont toujours refusé l'adjonction du Filioque au Credo, s'en tenant à sa formulation originale.
La querelle autour de cette nouvelle formulation reflète deux conceptions différentes du dogme de la Trinité :
* pour les orthodoxes, l'Esprit est issu du Père par le Fils, c'est le Père qui est premier par rapport au Saint-Esprit : monopatrisme.
* pour les catholiques, le Filioque exprime en outre la communion consubstantielle entre le Père et le Fils : filioquisme.
Je ne saisis pas la différences entre vos positions.
Et au final, qui a raison entre vous ? Pourquoi avoir rajouté "et du Fils" ? Il y a d'autres différences théologiques entre catholiques et orthodoxes ?
>> Les orthodoxes voulaient bien reconnaitre l'évêque de Rome (le pape ?), mais sans lui accorder le rôle de "chef" ? Aujourd'hui, quel statut donnent-ils à Benoit XVI ?
>> Comment s'organise l'Église orthodoxe ? Les patriarches sont-ils des "évêques orientaux" ?
Cordialement,
Pourrait-on m'expliquer un peu cette histoire de Filioque ? J'ai consulté l'article de wikipedia (http://fr.wikipedia.org/wiki/Querelle_du_Filioque) :
La querelle porte précisément sur la « procession » du Saint-Esprit, c'est-à-dire le rapport entre le Saint-Esprit d'une part, le Père (Dieu) et le Fils (Jésus-Christ) d'autre part. Le symbole du Ier concile œcuménique de Constantinople (381) affirme :
« Nous croyons dans l'Esprit Saint, qui est seigneur et qui donne la vie. Il procède du Père. »
Il ne mentionne donc pas que l'Esprit relèverait du Fils d'une quelconque façon. À partir du VIIIe siècle, la liturgie latine a augmenté la formule initiale, qui devient : « Il procède du Père et du Fils », en latin Filioque (ex Patre Filioque procedit). L'introduction du Filioque dans le credo occidental fut proposée par Charlemagne lors du concile d’Aix-la-Chapelle de 809, reprenant une proposition plus ancienne qui avait déjà eu cours dans l'Espagne wisigothique par les détracteurs de l'arianisme. Cet ajout fut retenu malgré l'opposition du pape Léon III à cette démarche césaropapiste du nouvel empereur d'Occident qui, avec ses théologiens, souhaitait « rivaliser d'orthodoxie avec l'Orient »[1]. Cet ajout fut inséré définitivement dans le Credo romain au XIe siècle.
Cet écart par rapport à la formule œcuménique se fit unilatéralement, sans l'avis des autres Églises, qui le considérèrent comme le signe d'une volonté de rupture dans les rapports difficiles avec l'Église latine. Ultérieurement, on trouva une justification théologique à la nouvelle formulation, la donnant comme héritière d'une tradition alexandrine et latine, professée par exemple par le pape Léon en 447, soit avant la réception par l'Église romaine du symbole de Constantinople au concile œcuménique de Chalcédoine (451). Les Orientaux, eux, ont toujours refusé l'adjonction du Filioque au Credo, s'en tenant à sa formulation originale.
La querelle autour de cette nouvelle formulation reflète deux conceptions différentes du dogme de la Trinité :
* pour les orthodoxes, l'Esprit est issu du Père par le Fils, c'est le Père qui est premier par rapport au Saint-Esprit : monopatrisme.
* pour les catholiques, le Filioque exprime en outre la communion consubstantielle entre le Père et le Fils : filioquisme.
Je ne saisis pas la différences entre vos positions.
Et au final, qui a raison entre vous ? Pourquoi avoir rajouté "et du Fils" ? Il y a d'autres différences théologiques entre catholiques et orthodoxes ?
>> Les orthodoxes voulaient bien reconnaitre l'évêque de Rome (le pape ?), mais sans lui accorder le rôle de "chef" ? Aujourd'hui, quel statut donnent-ils à Benoit XVI ?
>> Comment s'organise l'Église orthodoxe ? Les patriarches sont-ils des "évêques orientaux" ?
Cordialement,
Re: Schisme de 1054
Bonjour Sofia,
Il me semble que ce discours de Mgr. Alfeyev répond à un certain nombre de vos questions concernant les positions orthodoxes : http://en.hilarion.orthodoxia.org/6_15. Il n'aborde en revanche pas la problématique du Filioque.
En Christ,
Franck
Il me semble que ce discours de Mgr. Alfeyev répond à un certain nombre de vos questions concernant les positions orthodoxes : http://en.hilarion.orthodoxia.org/6_15. Il n'aborde en revanche pas la problématique du Filioque.
En Christ,
Franck
-
jeanbaptiste
- Pater civitatis

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- Inscription : mer. 30 avr. 2008, 2:40
Re: Schisme de 1054
L'article de Wikipédia résume de manière bien partisane les faits et laisse entendre que le Filioque est un ajout tardif justifié a posteriori.
L'affaire est beaucoup plus complexe. Et on trouve très tôt une "défense" du Fiolioque dans le traité de La Trinité de Saint Augustin, excusez du peu...
Oui l'Église romaine se refusera un temps à accueillir le Filioque. C'est oublier qu'elle était alors aussi précautionneuse en matière de foi qu'elle l'est aujourd'hui. Dans les faits, sans être officiellement introduit dans la confession de foi, des papes comme Léon le Grand, Hormisdas, et Grégoire le Grand le défendait dans leurs écrits !
C'est oublier que l'affaire ne vient pas originellement de Charlemagne, mais d'un Synode romain, un synode dans la ville même qui refusera pendant un temps son adjonction dans la profession de foi !
C'est oublier que la rupture entre Byzance et Rome n'interviendra que longtemps après (1054), à la suite d'imbroglios politico-théologiques, d'une longue réflexion commune sur le Filioque (avec ses défenseurs, et ses adversaires des deux côtés), à cause d'une bulle d'excommunication posée sur l'autel de la basilique Sainte Sophie par un prélat du pape Léon IX alors que ce dernier venait juste de décéder, alors qu'il venait peu de temps avant d'envoyer un cardinal pour conclure un accord de "paix" (dirions-nous aujourd'hui) avec Cérulaire, patriarche de Constantinople alors désireux de remettre à l'honneur de le nom du pape dans les dyptiques à condition qu'il soit fait de même à Rome.
Le cardinal écrivit à Cérulaire le message du pape en prenant un ton le rendant inacceptable ; et peu après la mort du pape, ce fut au tour de la bulle d'excommunication du prélat d'achever une rupture qui abîmée l'Église pendant des siècles.
Pour résumer :
Le filioque est manifestement en discussion dans l'Église bien avant l'affaire Charlemagne, dès les premiers Pères, et, évidemment, bien après. Ce qui décridibilise immédiatement l'idée selon laquelle il s'agirait là d'une invention tardive en rupture avec les Saint Pères de l'Église (argument défendu par Byzance).
Le filioque ne sera que le symbole d'une rupture dans une lutte aussi bien politique que théologique, qui ne s'achèvera par la rupture que nous connaissons qu'à cause d'une série d'actes malencontreux qui allèrent à l'opposé des désirs du patriarche et du pape de l'époque.
Bien évidemment, il est impossible de savoir si la rupture se serait ou non faite si le cardinal et le prélat n'avaient pas agis comme ils ont agis. Il serait absurde de rejeter toute la faute sur ces deux lascars dans un contexte tendu par un conflit qui s'est déroulé sur plusieurs siècles.
L'affaire est beaucoup plus complexe. Et on trouve très tôt une "défense" du Fiolioque dans le traité de La Trinité de Saint Augustin, excusez du peu...
Oui l'Église romaine se refusera un temps à accueillir le Filioque. C'est oublier qu'elle était alors aussi précautionneuse en matière de foi qu'elle l'est aujourd'hui. Dans les faits, sans être officiellement introduit dans la confession de foi, des papes comme Léon le Grand, Hormisdas, et Grégoire le Grand le défendait dans leurs écrits !
C'est oublier que l'affaire ne vient pas originellement de Charlemagne, mais d'un Synode romain, un synode dans la ville même qui refusera pendant un temps son adjonction dans la profession de foi !
C'est oublier que la rupture entre Byzance et Rome n'interviendra que longtemps après (1054), à la suite d'imbroglios politico-théologiques, d'une longue réflexion commune sur le Filioque (avec ses défenseurs, et ses adversaires des deux côtés), à cause d'une bulle d'excommunication posée sur l'autel de la basilique Sainte Sophie par un prélat du pape Léon IX alors que ce dernier venait juste de décéder, alors qu'il venait peu de temps avant d'envoyer un cardinal pour conclure un accord de "paix" (dirions-nous aujourd'hui) avec Cérulaire, patriarche de Constantinople alors désireux de remettre à l'honneur de le nom du pape dans les dyptiques à condition qu'il soit fait de même à Rome.
Le cardinal écrivit à Cérulaire le message du pape en prenant un ton le rendant inacceptable ; et peu après la mort du pape, ce fut au tour de la bulle d'excommunication du prélat d'achever une rupture qui abîmée l'Église pendant des siècles.
Pour résumer :
Le filioque est manifestement en discussion dans l'Église bien avant l'affaire Charlemagne, dès les premiers Pères, et, évidemment, bien après. Ce qui décridibilise immédiatement l'idée selon laquelle il s'agirait là d'une invention tardive en rupture avec les Saint Pères de l'Église (argument défendu par Byzance).
Le filioque ne sera que le symbole d'une rupture dans une lutte aussi bien politique que théologique, qui ne s'achèvera par la rupture que nous connaissons qu'à cause d'une série d'actes malencontreux qui allèrent à l'opposé des désirs du patriarche et du pape de l'époque.
Bien évidemment, il est impossible de savoir si la rupture se serait ou non faite si le cardinal et le prélat n'avaient pas agis comme ils ont agis. Il serait absurde de rejeter toute la faute sur ces deux lascars dans un contexte tendu par un conflit qui s'est déroulé sur plusieurs siècles.
Re: Schisme de 1054
On m'a dit aussi que le Filioque avait pris de plus en plus de popularité afin de combattre l'arianisme, qui mettait le fils inférieur au Père, si je ne me trompe. Le filioque était aussi en quelque sorte une réponse à ce problème qui prenait de plus en plus d'ampleur surtout en Occident.
Comme un petit enfant, moi aussi, je veux me laisser prendre dans les bras de Dieu, mon Père en Jésus-Christ, me laisser asseoir sur ses épaules, et voir enfin, devant moi, au loin, s'élargir mes horizons.
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