Joseph de Maistre était-il franc-maçon ?

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Laurent L.
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Joseph de Maistre était-il franc-maçon ?

Message non lu par Laurent L. » dim. 15 janv. 2012, 1:21

Harfang a écrit : Ah ! Joseph de Maistre, quel style, quelle culture, quel génie ! Bien qu'il ne soit pas très à la mode (c'est le moins qu'on puisse dire :-D ), sa pensée très audacieuse et son esprit sans concession m'ont beaucoup impressionné. De plus, il joint à sa doctrine le plus bel ornement : le témoignage d'une vie très digne, marquée par la plus constante piété. Tout ça pour dire : « Les Soirées de Saint-Pétersbourg » sont un chef d'œuvre.
Vraiment ? N'était-il pas franc-maçon ?
Dernière modification par Salomon Rex le lun. 16 janv. 2012, 18:48, modifié 1 fois.
Raison : fil issu de la division d'un autre sujet : http://cite-catholique.org/viewtopic.php?p=203191#p203191

Harfang
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Re: Communion

Message non lu par Harfang » dim. 15 janv. 2012, 16:16

Vraiment ? N'était-il pas franc-maçon ?
Il l'a été, mais pour lui cette expérience ne fut rien d'autre qu'une entreprise mystique, tournée vers des questions spirituelles ; et puis il s'en est détaché assez tôt. A l'époque où il écrivit les Soirées, il n'était plus franc-maçon depuis longtemps.
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Re: Communion

Message non lu par Suliko » dim. 15 janv. 2012, 17:22

Vraiment ? N'était-il pas franc-maçon ?
Si je ne me trompe pas, il le fut seulement une période, et à une époque où les gens de l'aristocratie y adhéraient assez facilement par effet mode en quelque sorte. Je crois que lorsqu'il compris l'incompatibilité entre sa religion et la franc-maçonnerie, il ne fréquenta plus ce milieu.
Assez longtemps la foule a entendu parler de ce qu'on appelle les droits de l'homme ; qu'elle entende parler quelquefois des droits de Dieu ! (Léon XIII)

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lmx
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Re: Communion

Message non lu par lmx » lun. 16 janv. 2012, 1:13

A l'époque où il écrivit les Soirées, il n'était plus franc-maçon depuis longtemps.
En réalité il semble bien que non.

Au reste, le lire réhabiliter une thèse qu'il sait avoir été condamnée est quand même plutôt amusant, lui qui réclame la soumission la plus aveugle et absolue au Pape. C'est là le syndrome de l'ésotériste qui croit pouvoir s'affranchir de certaines vérités qu'il pense être accessoires, c'est-à-dire purement exotériques, et bonnes qu'à éduquer la masse ignorante.
Il ne semble jamais non plus voir de problème avec la doctrine de L-C de Saint Martin et la doctrine catholique.

Il reste un grand écrivain mais j'ai grand mal à apprécier son cynisme presque caricatural. Quant à ériger sa vie en modèle : non. Il y en a de meilleurs.

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Re: Communion

Message non lu par Harfang » lun. 16 janv. 2012, 15:21

En réalité il semble bien que non.
Il conserve des amis francs-maçon, mais il n'a fréquenté les loges qu'au cours de sa jeunesse, marquée par le mysticisme ; le reste de sa vie est beaucoup plus "régulière". Il ne faut pas envisager les choses comme si J. de Maistre avait été un temps libre-penseurs et "philosophe" ; c'est partout la même quête spirituelle, qui est passée par des étapes différentes. Si Joseph de Maistre s'est parfois approché de l'hétérodoxie, il n'a jamais franchi la ligne rouge, du moins je n'ai rien lu qui aille dans ce sens.
Au reste, le lire réhabiliter une thèse qu'il sait avoir été condamnée est quand même plutôt amusant, lui qui réclame la soumission la plus aveugle et absolue au Pape.
Quelle doctrine, dans quelle œuvre ?

Il reste un grand écrivain mais j'ai grand mal à apprécier son cynisme presque caricatural. Quant à ériger sa vie en modèle : non. Il y en a de meilleurs.
Il n'y a pas de cynisme chez Maitre... où alors visez vous par ce terme ses redoutables "envolées" contre Locke, Voltaire ou la Révolution.

Certes il y a des vies beaucoup plus édifiantes que celle de Maistre, pourtant la grande dignité de la sienne ne peut que mieux servir ses idées et profiter à ses lecteurs.

Après des années de bourrage de crâne rousseauiste, j'ai pris une bouffée d'air frais en découvrant les œuvres du célèbre Savoisien ; je vous avoue avoir pris beaucoup de plaisir à le voir démonter avec une plume splendide tous les grands dogmes de notre modernité. De là je pense que son œuvre peut être profitable à notre siècle en tant qu'antidote à la pensée des Lumières.
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Re: Joseph de Maistre était-il franc-maçon ?

Message non lu par lmx » lun. 16 janv. 2012, 22:03

Il conserve des amis francs-maçon, mais il n'a fréquenté les loges qu'au cours de sa jeunesse, marquée par le mysticisme

Il me semble que c'est qu'affirme Pierre Glaudes dans sa présentations des oeuvres du philosophes édités chez Robert Laffont, mais d'après des recherches plus récentes il semble qu'il reprendra contact avec la FM jusque dans sa période d'exil à St Petersbourg. A cette époque la FM devient très présente en Russie.


Ceci dit, le rite écossais rectifié auquel il a appartenu reste un rite maçonnique qui se veut chrétien dans la mesure où pour y appartenir il faut avoir été baptisé et croire en la chute et le salut dans le Christ. Jusqu'ici tout va bien sauf que la doctrine du RER en ce qui concerne la chute est un mélange, au moins dans ses formules apparentes d'origénisme, de platonisme voire de kabbale mais auquel il est sous doute possible de donner des formulations plus orthodoxes. L'autre problème problème c'est qu'il y a des rites théurgiques parallèles qui concurrencent les sacrements.
Il ne me semble pas qu'il ait jamais franchit la ligne rouge mais avec la doctrine de la réintégration universelle on peut vite passer à l'apocatastase que tout bon ésotériste professe. Si Maistre professe un pessimisme historique quant à l'homme, son optimisme métaphysique radical à mon sens le conduit malgré lui à dégrader la valeur du catholicisme, car il donne l'impression que quoiqu'il arrive l'homme est fondamentalement assuré de son salut, ce pourquoi la question de la Vérité et de l'adhésion à celle-ci peut être mise de côté au profit du maintient de l'ordre social. (On le lire ainsi préférer l'islam au protestantisme)
Aussi, si on adopte une lecture politique, Maistre en liant religion et ordre social menace celui-ci par sa vision utopique de l'homme quant à son destin. S'il n'y plus d'enfer et assurance d'une réconciliation universelle, alors l'homme n'a plus véritablement à se soucier de la religion sociale (ce à quoi Maistre à tendance à réduire le catholicisme), et dès lors c'est l'ordre social qui est menacé. Malgré tout, il ne me semble pas qu'il nie formellement l'existence de l'enfer. Mais sur ce dernier point je suis près à réviser mon interprétation car cela fait quelques années que je l'ai lu.
Bref, c'est là la difficulté à mélangé spiritualité et politique, on ne sait pas trop comment lire la chose, si un domaine est là pour servir l'autre etc. On ne sait pas trop non plus si on prête des intentions que l'auteur n'a pas eu.


Il n'y a pas de cynisme chez Maitre... où alors visez vous par ce terme ses redoutables "envolées" contre Locke, Voltaire ou la Révolution.
C'était justement sa froideur, son acuité, qui ferait passer Machiavel pour un rêveur qui a une époque m'a plus. Sa capacité à mettre en lumière les fondements de l'autorité, à reconnaitre que tout pouvoir à la violence comme fondement, ce qui du même coup lui donne l'occasion de justifier d'une façon toute sécularisée m'avait beaucoup impressionné. Les athées ne se donnent-ils pas le monopole du réalisme ?
Mais seulement voilà, cette façon de justifier d'une façon toute sécularisée les fondements de l'Etat ainsi que le recours à la violence est gênante. Cela rappelle Carl Schmitt qui a beaucoup médité Maistre et qui a montré que la violence en politique était le pendant du miracle en théologie, l'un comme l'autre produisant une rupture dans un ordre qu'il soit naturel ou légal afin de le sauvegarder voire d'amener celui-ci à son accomplissement.


Le Maistre qui peut condamner les dans un écrit de circonstance sur l'inquisition espagnol puis ensuite en faire l'apologie dans les Soirées est glaçant. Maistre philosémite comme le disait Pierre Boutang ? Idée qui a donné des aigreurs aux sectateurs du savoisien ... Il semble que dans ses écrits politiques Maistre fût capable de justifier tout et n'importe quoi au nom de la raison d'Etat comme le fera plus tard Schmitt.
D'ailleurs, Maistre ne dit-il pas de Machiavel qu'il avait toujours raison ? Pour un catholique la fin ne justifie jamais les moyens, et ni l'Etat ni l'ordre social ne prendront jamais la place du Christ et jamais le destin du catholicisme ne sera lié à un ordre social donné. S'il faut enfin que ces institutions périssent pour la gloire du Christ alors qu'il en soit ainsi.
C'est donc sa tendance à séculariser la religion, a en faire un instrument politique qui est troublant car elle ne peut, en lui donnant comme critère une valeur purement contingente provisoire, que s'en trouver ontologiquement abaissée.
Du reste, le providentialisme de son maitre L-C De StMartin qui voyant derrière la révolution l'action divine ce qui l'empêche de combattre pour l'ancien régime me paraît plus logique et cohérent que celui de Maistre qui tout en voyant dans ces évènement une expiation, un châtiment divin, persiste à s'attacher à un ordre qui a fait son temps.
Enfin Donoso Cortes n'a-t-il pas dit qu'il fallait boire le calice jusqu'à la lie, que tout devait finir par se corrompre ? Je crois qu'il est bon de garder ceci en tête afin de ne pas céder à la tentation de combattre pour le retour d'un ordre politique passé.

Quelle doctrine, dans quelle œuvre ?
Dans son essai sur les sacrifices il passe outre la condamnation de la doctrine des deux âmes. Admirons la pirouette :

"Je n'ignore pas que la doctrine des deux âmes fut condamnée dans les temps anciens ; mais je ne sais si elle le fut pas un tribunal compétent ..." (J de Maistre, Oeuvres, p812)

Comme l'explique P. Glaudes en introduction, Maistre encore inspiré par Origène postule une puissance mauvaise en l'homme, non pas la chair au sens propre, mais "l'âme de la chair".
Ainsi se dessine une conception physique du mal en accord avec la doctrine du RER où la chute est conçue comme une chute dans la matière.
Maintenant, je ne pense pas que Maistre professe véritablement dualisme gnostique (pas plus que la doctrine du RER bien qu'elle use de formulations douteuses), la doctrine de l'analogie universelle qu'il expose dans les Soirées le préservant de cela.


Cela fait quelques années que je l'avait lu, et j'avoue avoir été partagé entre admiration et circonspection. Ce qui m'a posé problème c'est sa façon de traiter des questions politiques. je ne vois pas bien la différence avec Machiavel, Maurras, ou Carl Schmitt, tous des penseurs qui déploient des philosophies politiques fondamentalement laïque où le politique apparaît comme un domaine autonome doté de sa propre fin et dont l'éventuelle soumission à l'autorité spirituelle apparaît uniquement justifiée pour des question d'opportunité et d'utilité.

En tout cas, il m'a semblé qu'il y avait beaucoup trop d'ambigüités dans ses écrits, et qu'il y avait parfois chez lui peu trop d'empressement à mettre la charité de côté, pour le canoniser. Malgré tout, j'aime beaucoup le Maistre "mystique" et son opuscule sur les sacrifices reste un petit chef d'oeuvre : c'est de l'ésotérisme dans le bon sens du terme. C'est un ouvrage qui a surement dû inspiré les anthropologues qui travaillent sur la signification des sacrifices.
Au final, je pense qu'il reste un auteur très intéressant mais je me garde de faire d'un philosophe (sauf si c'est le Christ la Sagesse incarnée), d'une philosophie, un critère de pensée.

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Re: Joseph de Maistre était-il franc-maçon ?

Message non lu par Harfang » jeu. 19 janv. 2012, 19:52

Si Maistre professe un pessimisme historique quant à l'homme, son optimisme métaphysique radical à mon sens le conduit malgré lui à dégrader la valeur du catholicisme, car il donne l'impression que quoiqu'il arrive l'homme est fondamentalement assuré de son salut, ce pourquoi la question de la Vérité et de l'adhésion à celle-ci peut être mise de côté au profit du maintient de l'ordre social. (On le lire ainsi préférer l'islam au protestantisme)
S'il n'y plus d'enfer et assurance d'une réconciliation universelle, alors l'homme n'a plus véritablement à se soucier de la religion sociale (ce à quoi Maistre à tendance à réduire le catholicisme), et dès lors c'est l'ordre social qui est menacé. Malgré tout, il ne me semble pas qu'il nie formellement l'existence de l'enfer.
Maistre ne nie pas l'enfer et le purgatoire, au contraire : il se moque de ceux qui attaquent ces dogmes, pour lui relevant du « bon sens universel ». Ce qu'il avance, c'est que Dieu met tout en œuvre pour sauver la race humaine, y compris des moyens redoutables et terrifiant pour nous. Le mal dans le monde, d'un point de vue individuel et collectif, est vu dans cette optique ; il est au fond une marque de bonté de Dieu qui n'épargne rien pour sauver sa créature bien-aimées.

Maistre soutient d'autre part que la religion a une utilité sociale, mais qu'il y a-t-il dans cette idée de scandaleux ? On la retrouve chez divers penseurs, dont Fénélon. L'Islam, parce qu'il est une sorte de religion, avec ses dogmes, est plus efficace dans cet office social que le protestantisme, qui n'est à ses yeux qu'une philosophie vague et sans consistance.
Bref, c'est là la difficulté à mélangé spiritualité et politique, on ne sait pas trop comment lire la chose, si un domaine est là pour servir l'autre etc. On ne sait pas trop non plus si on prête des intentions que l'auteur n'a pas eu.
Toute la "politique" de Joseph de Maistre découlait directement de ses instincts religieux : pour lui il n'y a aucun doute, c'est le temporel qui doit être soumis au spirituel, et non l'inverse. Voilà la grande différence avec un Maurras.
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Re: Joseph de Maistre était-il franc-maçon ?

Message non lu par archi » jeu. 19 janv. 2012, 20:19

lmx a écrit :Il ne me semble pas qu'il ait jamais franchit la ligne rouge mais avec la doctrine de la réintégration universelle on peut vite passer à l'apocatastase que tout bon ésotériste professe.
Juste une remarque, pourquoi dites-vous que "tout bon ésotériste" professe la doctrine de l'apocatastase? Je vois très mal un Guénon, par exemple (qui était maçon et se réferait volontiers à Joseph de Maistre, même si on ne saurait mettre les 2 hommes dans le même panier), professer une telle doctrine (il me semble que la sienne est sans ambiguïté: il y a une "réalisation spirituelle descendante" ou "à l'envers", pour reprendre son vocabulaire, qui est dramatique pour l'être humain et tout ce qu'il y a de plus définitive).

De façon générale, ce qu'on appelle l'ésotérisme étant caractérisé par un mélange de doctrines défiant l'imagination, il me semble difficile de dire que "tout ésotériste" professe une doctrine donnée: certains la tiennent, d'autres y seront tout à fait opposés.

En ce qui concerne de Maistre, y a-t-il des éléments qui penchent pour qu'il ait un tant soit peu adhéré une doctrine de la "réintégration universelle" de type maçonnique ou origéniste?

(Je connais en fait mal de Maistre, même si ses Soirées m'avaient beaucoup intéressées quand je les avait lues, nettement moins sur le long terme... Je n'ai pas lu d'autre ouvrage de lui).

In Xto,
archi.
Nous qui dans ce mystère, représentons les chérubins,
Et chantons l'hymne trois fois sainte à la vivifiante Trinité.
Déposons maintenant tous les soucis de ce monde.

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Alléluia, alléluia, alléluia.

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Re: Joseph de Maistre était-il franc-maçon ?

Message non lu par lmx » jeu. 19 janv. 2012, 22:13

Je vois très mal un Guénon, par exemple (qui était maçon et se réferait volontiers à Joseph de Maistre, même si on ne saurait mettre les 2 hommes dans le même panier), professer une telle doctrine (il me semble que la sienne est sans ambiguïté: il y a une "réalisation spirituelle descendante" ou "à l'envers", pour reprendre son vocabulaire, qui est dramatique pour l'être humain et tout ce qu'il y a de plus définitive).
de fait si, c'est de plus la conséquence de son adhésion à la métaphysique vedantique.
Même si on risque d'accéder à des états infernaux, même si on risque de passer par des états "périphériques" (non humains), ce ne sont jamais que des états temporaires. Toutefois cela ne justifie pas "l'inaction".
Nombreux sont aussi ses sectateurs qui insistent sur le caractère temporaire de l'enfer comme étant une évidence métaphysique.

Si la notion d'ésotérisme est une notion qui désigne tout et n'importe quoi, il n'empêche que la question de l'enfer leur donne souvent un élément commun.

Harfang j'essaie de regarder derrière ce que l'auteur dit en voyant notamment la manière dont est pensée l'Etat. Je ne suis pas le premier à y voir un auteur qui pense souvent l'état et la religion d'une façon toute pragmatique, utilitaire, laïque.
Ensuite je n'ignore pas que la religion ait une utilité sociale mais ce n'est en rien une valeur étalon. On dirait que pour Maistre le shintoïsme ou le bouddhisme tibétain seraient meilleur que le protestantisme.
Il y a là aussi une intention polémique. On sait qu'il avait des amis protestants et qu'il cherchait à les ramener au catholicisme.

En ce qui concerne de Maistre, y a-t-il des éléments qui penchent pour qu'il ait un tant soit peu adhéré une doctrine de la "réintégration universelle" de type maçonnique ou origéniste?
Maistre parle souvent de réintégration, ce qui est au fond un autre terme pour dire la "déification". Le problème c'est quand l'obsession de l'unité en vient à postuler une résorption inéluctable dans "l'Un" , et nier toute dualité, toute possibilité de séparation, l'enfer. Mais ce ne semble pas être le cas de Maistre.
Pour ce qui est d'Origène, c'est son théologien favori et s'il met en doute la condamnation de la doctrine des deux âmes, c'est au nom de son origénisme.

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Re: Communion

Message non lu par ledisciple » dim. 22 janv. 2012, 14:11

Harfang a écrit :Il l'a été, mais pour lui cette expérience ne fut rien d'autre qu'une entreprise mystique, tournée vers des questions spirituelles ; et puis il s'en est détaché assez tôt.
Rien du tout! C'est exactement le révisionnisme historique du début du XX siècle s'appuyant sur Joseph de Maistre, faisant de son passage dans la franc-maçonnerie une erreur de jeunesse, alors qu'il fut le seul théoricien avant la Révolution française d'un projet politique franc-maçon, ce qui est impardonnable devant l'Histoire!
Mais écoutez plutôt:
http://www.youtube.com/watch?v=5yBd_lbV0CI

Non seulement donc il son entreprise franc-maçonne fut la plus politique de son temps, non seulement il reste le premier théoricien franc-maçon d'avant la Révolution française, mais sa foi qui perdure après reste dans cet illuminisme maçonnique. Il faut simplement dire qu'il demeure un grand écrivain français, pas très catholique...

Il est bon de planter le décor historique de ce que la littérature républicaine de l'époque de la république laïque présente comme l'épopée révolutionnaire, mais, comme dans les messes noires, le texte est lu à l'envers : les véritables héros, en fait, sont les victimes, et à laquelle de nombreux auteurs, comme l'Abbé Barruel, plus haut cité, le comte Maistre et le vicomte Bonald, l'infortuné et célèbre écrivain spiritualiste dijonnais, clairvoyant aussi remarquable, Jacques Cazotte qui correspondit avec Louis XVI - et décapité à 73 ans place du Carrousel -, donneront une signification luciférienne et satanique, donc apparenté à un renversement non seulement de la souveraineté terrestre, mais aussi céleste ; comme s'il s'agissait d'un avertissement divin à devoir retourner à une observation plus rigoureuse de la religion révélée ; « elle punit pour régénérer », écrit Maistre dans un emphase toujours marquée par la forme maçonnique de son initiation.

Joseph de Maistre est imprégné de l'illuminisme maçonnique du XVIII siècle, comme source de foi catholique, on repassera...

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Re: Joseph de Maistre était-il franc-maçon ?

Message non lu par Harfang » dim. 22 janv. 2012, 17:09

Joseph de Maistre franc-maçon ? Joseph de Maistre mystique illuminé ? Certainement, mais je n'ai jamais prétendu en faire une source de foi catholique ! En réalité vous enfoncez des portes ouvertes. Toutefois, de là à en faire un auteur foncièrement hérétique, il y a une marge que je ne franchis pas. Si certaines théories de Joseph de Maistre sont contestables et dignes de réprobation, sa pensée, prise dans sa généralité, n'est pas hétérodoxe, du moins de ce que j'en ai lu dans le recueil de Pierre Glaudes.
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Re: Joseph de Maistre était-il franc-maçon ?

Message non lu par ledisciple » dim. 22 janv. 2012, 20:33

Harfang a écrit :Joseph de Maistre franc-maçon ? Joseph de Maistre mystique illuminé ? Certainement, mais je n'ai jamais prétendu en faire une source de foi catholique !
C'est une contradiction de plus dans vos propos. Je vous propose de vous relire avant de poster sous le coup de l'impulsion.
Harfang a écrit :Toutefois, de là à en faire un auteur foncièrement hérétique, il y a une marge que je ne franchis pas.
Ah, tout de même, vous reconnaissez qu'il était catholique. Bien. De nombreux curés ont beaucoup écrit au XIX siècle, souvent à compte d'auteur, et Joseph de Maistre était souvent cité (peut-être pas en modèle, mais pour ses textes).

Joseph de Maistre est imprégné de l'illuminisme maçonnique du XVIII siècle, il s'étudie en faculté en littérature, c'est ainsi. Comme source de foi catholique au XXI siècle, 2 siècles plus tard donc, on repassera...
Un bon livre sur la situation au XVIII siècle et la situation de Joseph de Maistre:
http://www.gadlu.info/wp-content/upload ... nnique.pdf

On notera que Joseph de Maistre se contredit, puisqu’il déplorait à la même époque le véritable syndrome du cryptocatholicisme qui interdisait tout dialogue interconfessionnel serein en Allemagne. Et lorsqu’il propose d’organiser le corps maçonnique européen en s’inspirant du fonctionnement de l’Église catholique, la maladresse de Joseph de Maistre confine à la provocation. Joseph de Maistre propose de travailler discrètement, sereinement, à la réunion des Églises chrétiennes dans le retrait des temples maçonniques.
Il a transformé sa foi maçonnique en une foi catholique œcuménique pour son époque. Comme grand écrivain français (l'avez-vous lu?) il demeure, c'est certain. Comme figure du catholicisme, même l'Action française s'en est mordu les doigts et il a été mis dans un coin de placard.

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Re: Joseph de Maistre était-il franc-maçon ?

Message non lu par Harfang » dim. 22 janv. 2012, 21:30

C'est une contradiction de plus dans vos propos. Je vous propose de vous relire avant de poster sous le coup de l'impulsion.
Quelle contradiction ? Joseph de Maistre a appartenu à la franc-maçonnerie pendant un temps et a par la suite toujours gardé des liens avec certaines loges... Je ne le conteste pas ! A vrai dire, tout ce qui touche à cette infâme secte me fait horreur, même en ce qui concerne Joseph de Maistre... mais encore faut-il introduire des nuances, et cela ne m'empêche nullement d'admirer le génie qui transparaît dans ses œuvres, que je ne lis pas comme un catéchisme, quoique vous en pensiez !

Quant à la foi chrétienne, je soutiens en revanche que Joseph de Maistre fut toujours un catholique régulier, fréquentant les sacrements tout au long de sa vie, y compris pendant qu'il était franc-maçon : pour lui il n'y a jamais eu antagonisme entre les deux. C'est en tout cas ce que j'ai lu chez Pierre Glaudes et Jacques Alibert !
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Re: Joseph de Maistre était-il franc-maçon ?

Message non lu par ledisciple » dim. 22 janv. 2012, 23:23

Harfang a écrit :Quant à la foi chrétienne, je soutiens en revanche que Joseph de Maistre fut toujours un catholique régulier, fréquentant les sacrements tout au long de sa vie, y compris pendant qu'il était franc-maçon : pour lui il n'y a jamais eu antagonisme entre les deux. C'est en tout cas ce que j'ai lu chez Pierre Glaudes et Jacques Alibert !
Et si vous lisiez par vous-même Joseph de Maistre? Car vous ne m'avez toujours pas dit si vous l'aviez lu? Pour le reste, nous connaissons sa vie, ses erreurs, ses contradictions. Chacun est libre bien entendu.
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Re: Joseph de Maistre était-il franc-maçon ?

Message non lu par lmx » lun. 23 janv. 2012, 0:30

Je l'ai lu et comme je l'ai écrit pour moi ses écrits restent orthodoxes.

ledisciple j'ai du mal à comprendre exactement ce que vous lu reprochez exactement pour le condamner sans nuance ainsi. Ce que vous dites est extrêmement vague.
Il y Maistre d'avant la révolution française et un Maistre d'après, comme il y un Chateaubriand athée et anti clérical et un Chateaubriand catholique.

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