Adrien Arcand le führer canadien

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Adrien Arcand le führer canadien

Message non lu par Cinci » mer. 09 nov. 2016, 8:09

Bonjour,

Il s'agit d'un personnage fort méconnu de notre histoire au Québec, même au Canada. En Europe aussi, je présume. Il est méconnu des gens d'aujourd'hui. Ce n'était pas le cas de l'opinion publique d'il y a soixante ans. Voyant le fil sur le conspirationnisme, je me suis dit qu'il fallait remédier un peu à cet oubli. Les nombreux anecdotes à son sujet ou qui jalonnent sa carrière ne sont pas sans intérêts.

On pourrait retrouver assez facilement les éléments de sa biographie sur Internet. Mais, juste pour situer le personnage, j'aimerais quand même faire ressortir moi-même certaines choses. Pour cela, je m'appuierai essentiellement sur l'ouvrage récent de Jean-François Nadeau consacré au même sujet.

Donc :


La notoriété d'Arcand dans le monde de l'extrême-droite européenne avant la Seconde guerre mondiale était apparemment très grande, en particulier dans un nombre respectable de publications fascistes anglo-saxonnes, états-uniennes, sud-africaines, etc.

Au point que Kurt Ludecke que voici :

http://spartacus-educational.com/Kurt_Ludecke.htm

Ce militant du nazisme de la première heure fera un voyage spécial à Montréal pour rencontrer Adrien Arcand en 1932.
  • « Le führer canadien fait à l'évidence une très vive impression sur Ludecke, qui le qualifie d'homme à .intelligence vibrante. Ludecke témoignera qu'Arcand semble très proche du premier ministre Bennett et que son mouvement l'a fortement impressionné. « (Arcand, p.174)

    « Les correspondances intellectuelles qui peuvent être tracées entre le mouvement d'Arcand et le régime hitlérien sont indéniables. Arcand entretient même certains contacts directs avec des intellectuels ou des militants nazis, comme il le fait avec des militants racistes d'autres pays. Le 21 février 1933, il reçoit une lettre d'un nazi de Bavière qui le félicite de porter si haut en Amérique l'idéal d'Hitler.(cité dans le Toronto Star du 19 juin 1940, p.2) Des échanges de textes ont lieu avec certains journaux, comme Der Stürmer de l'antisémite Julius Streicher.



L'ami Céline

Écrivain maudit autant que béni, Louis-Ferdinand Destouches, alias Céline, est un personnage politique composite, un anarchiste de droite doté à certains égards d'une sensibilité de gauche, professeur de haine exterminatrice et tout à la fois défenseur des miséreux.

A la fin des années 1930, après avoir connu la gloire littéraire une première fois avec Voyage au bout de la nuit, ce médecin bavard donne à lire des pamphlets dévastateurs Bagatelles pour un massacre (1937) et L'école des cadavres (1938) déploient sur papier sa haine du matérialisme et sa conviction profonde que le monde à force d'être enjuivé comme il l'imagine, court à sa perte prochaine tandis que le communisme s'avance à pas de loup.

En avril 1938, l'homme qui vient de publier pareil pamphlet s'embarque discrètement sur un bateau. Départ de Bordeaux en fin d'après-midi, le 15 avril 1938, un vendredi saint. Destination finale : Montréal. Que vient-il faire exactement au Nouveau Monde, dans la capitale du Canada français? Ses biographes n'en disent rien ou presque, faute de le savoir ou pensant que tout cela ne se résume à rien.

Dans une étude consacrée à cette visite rapide en Amérique, Hélène Le Beau note pourtant avec raison que « ce séjour à Montréal par les raisons que le motivent, mérite une attention particulière ». (Hélène Le Beau, « D'un voyage à l'autre », Études littéraires, vol. 18, numéro 2, automne 1985, p. 425)

Le bateau avec lequel Céline quitte la France, Le Celte, est un petit cargo à vapeur de 907 tonneaux. Il est commandé par le capitaine Jean-Marie Esnault qui travaille pour le compte de la Compagnie générale de grande pêche. Ce bateau compte à son bord 22 hommes d'équipage et quatre passagers dont Céline.

A bord, l'écrivain fréquente à la table du capitaine les autres passagers, tous originaires de Saint-Pierre-et-Miquelon. Selon la jeune Jeanne Allain, une des passagères, ce médecin qu'elle appelle "Monsieur" porte un imperméable beige et un gros cache-nez enroulé à double tour, et il est chaussé de bottes en peau de phoque.

Chargé de 240 tonnes de charbon et de différents produits, Le Celte s'arrête dans les îles inhospitalières de Saint-Pierre-et-Miquelon, dernières possessions françaises d'Amérique du Nord. Après douze jours en mer, il arrive au port de Saint-Pierre le mardi 26 avril 1938, par un après-midi brumeux.

Cet archipel perdu au milieu du bleu de la mer intéresse Céline, toujours curieux de tout.

Selon ses biographes, il cherche depuis un moment un lieu suffisamment en marge du monde pour ne faire l'envie de personne et échapper ainsi aux batailles qui, sent-il, couvent déjà au-dessus de l'Europe. Pareil archipel pourrait-il lui servir de lieu de refuge? Il y songe. Quelques années plus tard, en fuite, à Sigmaringen, Céline demandera tout de même à Pierre Laval de le nommer gouverneur de Saint-Pierre-et-Miquelon, ce qui lui sera accordé, mais en vain puisque la guerre, pour pareils collaborateurs, est alors tout à fait perdue. […]

Louis-Ferdinand Destouches s'embarque, deux jours après son arrivée, le 28 avril, sur un vapeur postal, Le Belle-Isle. Ce bateau est le lien le plus direct entre le Canada et les îles.

Montréal

Montréal est à la tête des eaux, devant les rapides qui empêchèrent les premiers Européens de poursuivre leur route plus à l'Ouest. C'est une île-ville qui fend le fleuve en deux, avec ses rues et ses ruelles, ses églises innombrables […]

Que diable vient faire cet homme sulfureux à Montréal? Le Dictionnaire Céline affime au moins qu'il est alors dans l'écriture de L'école des cadavres, son troisième pamphlet :
  • Les Démocraties veulent la guerre. Les Démocraties auront la guerre finalement. Démocratie = masse aryenne domestiquée, rançonnée, vinaigrée, divisée, muflisée. Ahurie par les Juifs au saccage, hypnotisée, dépersonnalisée, dressée aux haines absurdes, fratricides. Affolée par la propagande youtre : Radio, Ciné, Presse, fripouillages électoraux, marxistes, socialistes.
Le Juif est cette fois au coeur de son propos. Le monde est enjuivé. Sa solution finale : un rapprochement avec l'Allemagne nazie. Il répète : le Juif doit disparaître. Céline est donc dans cet état d'esprit lorsqu'il se retrouve à Montréal, en ce début du mois de mai 1938.

Ville nouvelle pour lui? Non. Pas tout à fait. Au printemps de 1925, sous l'égide de la Société des Nations, il a visité la ville en compagnie d'une délégation venue étudier en Amérique les pratiques de la médecine sociale, des hôpitaux publics jusqu'au dispensaires les plus sommaires.

Il a 43 ans lorsqu'il débarque à Montréal en mai 1938. C'est un des écrivains français les plus connus. Il n'a semble-t-il annoncé sa visite à aucun média ni aucune autorité. L'annonce impromptue de sa présence dans la ville surprend tout le monde.

[...]

Dans une entrevue qu'il accorde à La Presse, Céline indique le motif de sa visite sans détour : »J'ai rencontré les chefs d'un parti fasciste à l'avenir duquel je m'intéresse. » En fait, l'unique raison du séjour de Céline à Montréal est l'activité fasciste locale. Il y consacre d'ailleurs vraisemblablement plus de temps qu'on a pu le croire.

Selon les journaux montréalais – La Presse, Le Devoir et Le Canada – le navire de Céline est en rade le 6 mai au soir. Mais Céline se trouve à Montréal au moins depuis le jeudi 5 mai puisqu'il est déjà auprès de fascistes locaux au petit matin de la nuit de jeudi à vendredi.

Dans Le Fasciste canadien, on apprend que Céline et le chef ontarien Joseph C. Farr sont, le soir du 5 mai, les invités d'honneur d'Arcand lors d'une assemblée générale. […] L'assemblée à laquelle assiste Céline se tient à la salle St-Thomas d'Aquin, dans le quartier ouvrier de Saint-Henri. C'est un quartier où les fascistes d'Arcand se sont bien implantés.

Ce soir du jeudi 5 mai 1938, plusieurs centaines de chefs de groupes se rapportèrent à cette réunion, qui se termina à une heure après minuit. On discute des modalités qui doivent conduire à la formation d'un nouveau parti politique susceptible de réaliser l'alliance de l'extrême-droite canadienne.

La photographie qui fait foi de tout

Avec son gros appareil à soufflet, le photographe F.E. Marsan illumine la salle d'un éclair de magnésium et immortalise le visage des fascistes réunis ce soir-là. Sur son cliché, presque tous les visages apparaissent très distinctement […] presque tout le monde porte l'uniforme bleu à croix gammée. Des 360 personnes que capte l'appareil du photographe 85% sont de sexe masculin. Ils occupent les premières places. Au fond de cette salle couverte d'oriflammes frappés de la croix gammée, on distribue de la propagande. On peut aussi y acheter du Coca-Cola, comme l'indique une affiche bien en vue.

Céline s'est assis à l'arrière, près des femmes […] on le distingue facilement, un peu en retrait, dès lors que l'on examine la photo avec l'aide d'une loupe. Céline fixe l'objectif. Sa tête est droite et volontaire. Il porte un complet pâle, une tenue de ville élégante qui, au milieu des uniformes à croix gammée, le singularise encore davantage.

Plusieurs discours sont prononcés.

Que dit-il? Ceci, selon le journal fasciste :
  • "Quand on voit une pareille manifestation de discipline, d.esprit de corps, d'idéal hautement tendu et de patriotisme, on peut dire qu'il y a un bon espoir d'éviter au Canada ce qui s'est passé en Espagne."
Le Fasciste canadien cite encore longuement Céline :
  • "Mais ne vous faites pas d'illusion : comme la France, toute l'Amérique du Nord est gravement saturée du mauvais levain et gravement menacée; vous ne serez jamais trop bien préparés, vous n'arriverez jamais trop vite; les mêmes forces qui ont déchiré et ensanglanté l'Espagne travaillent à un rythme redoublé sur ce continent et son apparemment plu avancées qu'elles ne l'étaient en Espagne il y a deux ans, Ce que j'ai vu de votre élite est comme en France : elle dort inconsciente, aveugle devant le danger imminent qui la menace.

    Vous êtes le seul espoir, avec votre chef qui m'a tant impressionné et avec vos cadres puissants dont on ne pourrait trouver les équivalents en France en ce moment. Si vous faillisez à la tâche, votre pays est foutu. Mais, par ce que j'ai vu ce soir, il n'est pas possible que vous faillissiez. Vous avez tous les éléments voulus, vous avez l'esprit, le moral, la fibre, et surtout la clé indispensable : la compréhension claire et nette de la question juive, la question de base, la question centrale qui rayonne et influe sur toutes les autres. La réunion de ce soir est le seul souvenir valable que j'emporte d'Amérique."
Mais à l'évidence, l'auteur de Bagatelles pour un massacre ne s'est pas gêné pour exprimer, une fois de plus, son dégoût des Juifs, alors pour lui la cause principale de tous les malheurs du monde.

Dans l'évocation de ses souvenirs publiés dans Aspects de la France en 1963, Victor Barbeau dit avoir appris la présence de Céline à Montréal par un beau dimanche, soir vraisemblablement le 1er mai.
  • Je le trouvai, nous étions en mai 1938, à l'assemblée de chemises brunes, peut-être noires, taillées sur le modèle européen et dont l'existence, m'apprit-il, lui avait été signalée par un ami de New-York. Lui-même portait une chemise qui avait dû être blanche naguère. Le « cher maître » que je lui servis le fit s'esclaffer, et tout de suite nous fûmes dans les meilleurs termes.
Barbeau rejoint Céline la toute première fois, dit-il, à la sortie d'une assemblée fasciste d'Adrien Arcand, rue Notre-Dame, près du square Victoria, prévenu de sa présence par un ami membre du Parti National Socialiste Chrétien.

Dans les environs du square Victoria dont parle Barbeau, on trouve cependant les bureaux du parti d'Arcand. Céline a pu participer là à une deuxième réunion de fascistes, ce qui est très vraisemblable […] Toujours est-il que c'est en compagnie du major Scott, du dentiste Noël Décarie et d'Adrien Arcand lui-même que Barbeau retrouve son écrivain. Ce n'est qu'avec beaucoup de peine que Barbeau réussit alors à arracher l'écrivain à cette réunion fasciste pour le traîner au repas mondain d'une société de gens de lettres.
  • Il me fut toutefois impossible de vaincre sa phobie des discours en public. Non, pour quelque cachet que ce soit, il ne ferait pas de conférence, ni en smoking (il n'avait jamais eu de quoi s'en acheter un) ni en veston de ville. D'ailleurs, ce n'était pas une question de costume, c'était une incapacité totale à « faire le pitre » pour l'amusement des gens du monde. Un dîner d'écrivains? Oui, mais à condition qu'ils ne soient pas plus d'une dizaine et que tout se passe à la bonne franquette comme à un rendez-vous de cochers et de chauffeurs.
A en croire Barbeau toujours, la soirée de la Société des écrivains du Canada français avec Céline fut terrible pour tous les convives. L'écrivain ne tenait pas plus à parler de son œuvre devant une société d'écrivain que devant des journalistes.
  • Malgré la bonne chère et les bons vins, Céline ne désserra pas les dents. Assailli de questions, abasourdi par les caquets d'une femme de lettres dans le secret de toutes les fausses gloires de Paris, il toucha à peine aux plats. Je m'attendais au pire, mais l'ogre ne dévora personne. Il n'en avait pas moins déçu les invités lorsque je mis fin à son supplice et qu'à son corps défendant je l'amenai dans une maison amie boire le coup de l'étrier, le Night Cap du Ritz.

    Les dieux m'aimèrent, ce soir-là, car nous n'en étions qu'à notre première libation que soudainement du soliveau qu'il avait été jusqu'à cette heure, Céline se mua en le plus disert et le plus pittoresque des compagnons. Pour le voir au naturel, il avait suffi de le voir dans l'intimité. Un mot par-ci, un mot par-là, et Céline enfourchait l'un après l'autre tous ses dadas, multipliant les anecdotes, donnant des noms, dressant des généalogies, fulminant, prophétisant jusqu'aux petites heures de la nuit. Encore que bien en-deça de ce que devait être la réalité, il entrevoyait jusqu'au sort qui lui était réservé.
Il fut question durant cette fin de soirée plus intime de Bagatelles pour un massacre, et forcément de sa pensée politique, mais à la différence de ses écrits, Céline parla une langue soignée, presque académique, observe Barbeau.

Au moment où Barbeau prit congé de lui, le reconduisant à son hôtel, Céline parlait encore, mais il n'était plus question de Bagatelles pour un massacre. "Il y a de bien belles femmes à Montréal, me dit-il, Au fait, comment s'appelle cette magnifique rouquine qui n'a pas ouvert la bouche de la soirée?" A l'an prochain, me promit-il, tout souriant et allégé de sa faconde.

A-t-il alors vraiment le projet de revenir bien vite à Montréal? C'est fort possible. Selon François Gibault, un de ses biographes, Céline cherche vraiment par ce court voyage exploratoire à connaître le développement en Amérique française d'idées qui lui sont chères, tout en étant à la recherche d'un lieu éventuel pour s'installer loin d'une Europe qu'il croit sur le point de sombrer dans le vide. Il est obsédé par l'idée que l'Europe va basculer aux mains des Juifs et que la France va tomber. Le salut national lui apparaît impossible. Il cherche à fuir.


Au printemps 1938, Arcand écrit à son patron de L'Illustration nouvelle, Eugène Berthiaume, toujours installé à Paris, quelques mots au sujet de son ami Céline. On trouve cette lettre dans les papiers de la famille Berthiaume.
  • J'ai un ami à Paris qui est venu passer deux jours avec nous, pour voir notre mouvement à l'oeuvre. C'est le docteur Destouches, qui écrit sous le nom de Céline (Bagatelles pour un massacre, etc.) Si vous le rencontrez, vous le trouverez très intéressant. Il parle comme il écrit : à coups de dynamite, mélinite, cordite et T.N.T. Il m'a surpris en disant qu'il ne voit pas l'ombre d'un commencement d'espoir pour la France.
Comment Céline a-t-il pu connaître l'existence d' Arcand? Ce n'est vraisemblablement qu'à compter des années 1930 que les deux hommes ont pu se connaître par divers réseaux internationaux d'extrême-droite dans lesquels ils sont bien présents l'un et l'autre. Peut-être a-t-il entendu parler d'Arcand par Georges Montandon, Barbeau, lui, évoque un ami de Céline à New-York qui serait à l'origine de sa visite montréalaise du printemps 1938. Toujours est-il que l'auteur du Voyage connaît déjà le mouvement fasciste canadien.

Le Parti National Socialiste Chrétien, on l'a dit, est en relation avec plusieurs groupes fascistes à l'étranger.

On le connaît chez des nazis de Hambourg. Même Radio-Rome, à en croire Le Fasciste canadien, a consacré en mai 1936 une émission au PNSC d'Arcand. Un des pamphlets diffusés d'Arcand, La clé du mystère, a rapidement fait le tour du monde fasciste. En 1938, cette brochure violemment antisémite est très susceptible de s'être retrouvée à Paris entre les mains d'un homme tel que Céline. "Plus important travail du genre qui n,ait jamais été publié", dit Arcand, La clef du mystère est imprimé au début de l'été 1937 sous les auspices de la ligue féminine anticommuniste de Montréal. Un échange de lettres entre le médecin J.M. Lambert, secrétaire du PNSC, et H.M, Caiserman du Congrès juif le démontre.

Lambert, un antisémite furieux, veille d'ailleurs lui-même à coordonner la distribution de la brochure imprimée en format tabloïd. Il la vend par ballots de 500 unités au prix de dix cents pièce. On la publicise par des affiches à croix gammées placées à l'entrée des salles où se tiennent les réunions.

Dans un rapport, la Gendarmerie royale du Canada estime à 150 000 exemplaires le tirage de La clef du mystère. Le pamphlet circule toujours après la guerre et on l'identifie volontiers à Arcand, qui avoue finalement en avoir été l'auteur-compilateur. La clef du mystère reprend la thèse d'un complot international des Juifs telle que formulée dans les Protocoles des sages de Sion.

Dès 1937, La clef du mystère fait son apparition dans les mouvements antisémites de Paris. Elle est distribuée en France par le Centre de documenttation et de propagande d'Henri-Robert Petit et Henry Coston. Arcand connaît bien ce dernier depuis 1931. "Plus qu'un ami", dira-t-il de lui : "plutôt un frère de combat et de tribulation". Dans Le Fasciste canadien, Arcand a publié des collaborateurs de Coston dont Louis Tournayre, lequel collabore aussi en France au Réveil du peuple, l'organe du Front franc de l'architecte antisémite Jean Boissel. .

Arcand aidera même Coston dans certaines de ses recherches. Il prétendra l'avoir soutenu financièrement et éditorialement pour relancer La Libre parole, célèbre journal antisémite du XIXe siècle crée par Édouard Drumont, de nouveau publié à compter de 1935.

Dans l'immédiat avant-guerre, à Paris, le Centre de documentation et de propagande diffuse donc La clef du mystère. Ce centre est fréquenté notamment par Darquier de Pellepoix et Céline. L'éditeur de ce dernier place même ses pamphlets en dépôt dans ce Centre, comme l'indiquent ses listes de titres disponibles. Céline évoque d'ailleurs lui-même le grand intérêt du lieu pour un antisémite dans L'école des cadavres. Peut-être Céline a-t-il pu découvrir là les fulgurances antisémites du frère canadien.

Mais La clef du mystère circule également en Suisse, grâce aux soins de la princesse de Karadja, amie du nazi Julius Streicher et du major antisémite anglais Henry Hamilton Beamish, avec qui Arcand correspond et partage ses vues antisémites. On retrouve également La clef du mystère en Belgique, tout comme en Autriche, où le journal Alpenländer Rundschau, dans un article publié le 25 septembre 1937, en parle favorablement. Le pamphlet est traduit en allemand sous le titre Der Schlüssel des Geheimnisses. Il circule aussi bien sûr dans l'Allemagne nazie.

Après la guerre, Arcand tente de renouer contact avec Céline, tout comme avec d'autres collaborateurs de l'occupant nazi. Il compte beaucoup pour ce faire sur son libraire londonien habituel S.E. Fox qui tient boutique au 35 Langbourne. Ce libraire dit avoir obtenu des nouvelles de certains collaborateurs par Céline. Arcand lui-même lui demande des nouvelles de l'écrivain. C'est finalement par l'entremise d'un fasciste suédois, Borge Jensen, que le libraire espère le remettre sur la piste de Céline.

Dans l'après-guerre, Arcand achète chaque mois une quantité énorme de livres. Ses lectures inclinent toutes dans le même sens : antisémtisme, anticommunisme, penseurs de la droite extrême forment le gros de la nouvelle bibliothèque qu'il se constitue pour remplacer celle perdue durant la guerre. Il commande à son éditeur londonien les pamphlets de Céline, des ouvrages sur la Révolution française, des livres signés Disraéli, Les sélections sociales de Vacher de Lapouge ou L'idée russe de Nicholas Berdiaeff. Il commande aussi un peu partout divers livres et des brochures d'Inspiration religieuse.


Retour à la période d'avant-guerre

Le samedi 16 octobre 1937, Arcand passe toute la journée avec des fascistes américains en vue de préparer une grande assemblée qui doit avoir lieu à New-York.

Il est invité dans la métropole américaine par son bon ami Henry Hamilton Beamish, avec qui il prononce au moins deux autres discours aux États-Unis à cette occasion, dont un au chic Club Harvard. Beamish est un fasciste britannique qui voyage beaucoup. Il a déjà rendu viiste à Arcand à Montréal en novembre 1936 […] Beamish avait affirmé espérer beaucoup des Canadiens français « qui peuvent former bloc à cause de leur unité religieuse , raciale et linguistique » contre les forces du mal. Pendant ses dix jours passés au Canada français, Beamish avait participé à des assemblées à Montréal ainsi qu'à Québec, ce qui avait provoqué la protestation de groupes de gauche. Jusqu'à sa mort en 1948, Arcand et lui demeureront de très fidèles complices.

Un succès à New-York

Le grand rassemblement de New-York se tient le 30 octobre 1937. Il est organisé par le German-American Bund. Le parterre compte environ 10 000 personnes d'extraction américaine, allemande, italienne, russe, ukrainienne et espagnole. Arcand se retrouve au podium avec des ténors du fascisme en Amérique du Nord, dont les chefs hitlériens Fritz Kuhn, Rudolph Markman et James Wheeler-Hill, l'italo-fasciste John Finizio et William Dudley Pelley, un pasteur protestant devenu chef des Silver Shirts.

De part et d'autre de la tribune qui accueille à tour de rôle les orateurs, de jeunes fascistes se relaient au garde à vous, devant une forêt de drapeaux des quatre coins du monde. C'est la fanfare de la police de New-York qui produit la musique d'ambiance pour accueillir les invités. Arcand est accueilli au podium par une bruyante ovation et le salut fasciste de circonstance. Il est vêtu d'un complet sobre, à la différence de son ami Beamish qui porte, lui, pour l'occasion, le brassard à croix gammée.

Les gens réunis devant Arcand sont venus entendre des discours racistes, antisémites et ultra-patriotiques. Ils ne sont pas déçus. Arcand offre à son auditoire un concentré de ses propos anticommunistes et antisémites, dans un style parfaitement maîtrisé.

La rencontre de New-York a l'effet d'un viatique sur les activités d'Arcand. Déchaîné plus que jamais à son retour à Montréal […] En 1937, le PNSC entreprend donc son expansion en vue de devenir un véritable parti pancanadien. Arcand multiplie à vive allure les contacts avec les différents chefs de mouvements fascistes au Canada comme à l'étranger.

Le chef fait alliance avec deux groupes fascistes parmil les plus importants : la Canadian Union of Fascists de Joseph C. Farr de Toronto, et le Canadian Nationalist Party de William Whittaker, installé à Winipeg avec son journal, The Canadian Nationalist, feuille antisémite et anticommuniste, Ces deux groupes anglophones distribuent dès lors la version anglaise d'un programme commun négocié autour de l'acceptation d'Arcand comme chef national.

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Re: Adrien Arcand le führer canadien

Message non lu par Cinci » lun. 14 nov. 2016, 4:30

(suite)

Maintenant, avant de poursuivre avec Jean-François Nadeau, avec son ouvrage, je voudrais quand même rappeler des détails plus personnels du Arcand de l'avant-guerre.

L'homme possédait bien certains dons. Il n'était pas dépourvu de talents. Très cultivé. Il commence sa carrière comme journaliste du quotidien La Presse ("Le plus grand quotidien français d'Amérique") et où il fut affecté à la couverture des pages culturelles. Il suivait les événements artistiques, les grands concerts, le théâtre. Toute sa vie, il sera un amateur de musique classique, d'opéra. A l'emploi du journal La Presse jusqu'en 1929, il aura l'occasion de côtoyer les plus grands artistes, chanteurs, littérateurs. Il possédait une belle plume. Il va même écrire une pièce de théâtre, Popeline, durant les années 1920. Une pièce de théatre qui anticipait sur un genre que Michel Tremblay va populariser dans les années 1960-1970 avec sa description du Plateau à Montréal, les quartiers populaires.

Le père d'Adrien Arcand était un militant socialiste au tournant du XXe siècle, un pionnier oeuvrant dans les milieux ouvriéristes, très progressiste, en faveur d'un salaire minimum, la journée de huit heures, les aides en faveur des chômeurs, etc. Le fait est à noter. C'est Adrien Arcand qui a le mieux décrit la misère affectant les petites gens durant la "Grande dépression", dira-t-on. Lui-même perdra son emploi au journal La Presse pour cause d'activisme syndicale. On dit que ce fut le point tournant de sa carrière. Il va découvrir les idées nouvelles du fascisme dans ce contexte-là.

Dès le début des années 1930, il produira des petits journaux comme Le Goglu qui vont connaître un certain succès, des feuilles satiriques de critique sociale, des charges contre les exploiteurs, des dénonciations des conditions de vie faites au peuple, et puis des diatribes antisémites bien entendu. Il est récupéré par Eugène Berthiaume, fils du premier propriétaire du journal La Presse mais dans un nouveau journal intitulé L'illustration nouvelle (qui deviendra Le Montréal Matin en 1944). Berthiaume, un des premiers millionnaires canadiens-français, dirige son journal depuis Paris où il possédait des appartements luxueux. Il est tous les jours en communication avec Arcand. Berthiaume partageait assez largement les idées antisémites d'Arcand mais sans lui laisser la liberté de les exprimer dans son journal cependant. Le patron craignait de faire fuir les annonceurs. En attendant, avec son Parti National Socialiste Chrétien, Arcand et ses hommes se souciaient sincèrement des ouvriers, offrant des cours, des formations de développement personnel, maintien, présentation, comment parler en public, recherche d'emploi, etc. Arcand travaille pour le compte du Parti conservateur sur la scène fédérale, il va contribuer à faire élire Richard Bedford Bennett comme Premier ministre du Canada.

http://www.thecanadianencyclopedia.ca/e ... t-bennett/

En 1936, Adrien Arcand veille en parallèle à l'édition de son propre journal Le Fasciste canadien. Tirage : 4000 copies en octobre 1936. L'influence du journal dépassait le cadre des 4000 abonnés en réalité, parce que les gens se repassaient les journaux à l'époque.

Arcand était un ancien militaire. Et c'est lui qui aura dessiné l'Insigne réglementaire du régiment de Chateauguay. Son fidèle bras droit du Parti National Socialiste Chrétien, le major Scott, vétéran de la guerre de 1914-18 , avait aussi participé aux jeux Olympiques en 1908. Arcand offrait une bonne présentation : grand, mince, figure d'ascète. Il possédait un charisme de leader. A partir de la fin des années 1930 jusqu'à sa mort en 1967, il ne cessera jamais d'être en contact avec des membres, des députés et même le grand argentier de L'Union nationale, Gérald Martineau; L'Union nationale, le Parti de Maurice Duplessis (années au pouvoir du chef : 1936-1939; 1944-1960)

Une des principales "éminences grises" de Maurice Duplessis, rappelons-le, était l'historien Robert Rumilly. De nationalité française et naturalisé canadien par la suite : Rumilly était un catholique de droite, conservateur, ancien Camelot du Roy et garde du corps de Charles Maurras. On reste ici dans la grande famille de la droite conservatrice, catholique, monarchiste. Adrien Arcand était un fervent monarchiste également.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Adrien_Arcand

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Re: Adrien Arcand le führer canadien

Message non lu par Cinci » lun. 14 nov. 2016, 14:56

(suite)

La prison le 30 mai 1940

Le 30 mai 1940, Adrien Arcand et le dentiste Noël Décarie, trésorier du Parti de l'Unité Nationale du Canada, sont arrêtés près d'un lac des Laurentides […] Depuis quelques jours, Arcand y pêche tranquille, béret bien calé sur la tête, cigarette au bec. Les deux hommes sont conduit en prison, menottes aux mains,et placés sous bonne garde.

[...]

La loi des mesures de guerre, mesure d'exception, ne laisse aux accusés aucune chance de se défendre […] De quoi les accuse-t-on? On leur reproche d'avoir répandu, du 3 septembre 1939 au 29 mai 1940, des rapports ou fait des déclarations avec l'intention de causer la désaffection ou de causer préjudice aux chances de succès des troupes de sa Majesté. Selon ce qu'en rapporte La Presse, on reproche aussi au parti d'Arcand de nuire au recrutement par divers moyens et de répandre des idées préjudiciables à la poursuite efficace d'une victoire militaire.

A Montréal au matin du 19 juin 1940, dans la salle d'audience de la deuxième chambre correctionnelle, Adrien Arcand et dix coaccusés sont entendus devant le juge Rodolphe DeSerres, ancien commandant du 22e bataillon canadien-français levé en 1914 pour aller combattre outre-mer.

La couronne dépose une ou deux caisses de lettres devant le juge, les lit, les fait valoir comme des preuves éclatantes de la collusion de ces militants avec l'univers de pensée nazi. Ce sont pour la plupart des lettres venues d'Allemagne, d'Italie, d'Angleterre qui sont retenues à charge contre les membres du PUNC. Elles sont échelonnées sur une période qui va de 1934 à 1939. Que disent-elles? Elles professent un antisémitisme militant. […]

La Couronne montre aussi qu'Arcand entretient une correspondance soutenue avec le chef fasciste anglais Oswald Mosley. […] L'Anglais Henry Hamilton Beamish, chef fasciste installé en Rhodésie, est cité devant le juge DeSerres. Beamish aurait écrit ceci : »Après Adolphe Hitler, je considère Adrien Arcand au-dessus de tous les autres leaders nazis que j'ai eu l'occasion de rencontrer. « 

Les 11 hommes pointés du doigt par Me Gérald Fauteux, avocat de la Couronne, sont accusés de représenter un risque pour le pays face à l'ennemi. Le dossier à charge comporte aussi le fait qu'Arcand s'est rendu au consulat allemand et qu'il a échangé des lettres avec le consul afin d'obtenir le droit d'utiliser le service de nouvelles transocéanique de Berlin.

Les autres chefs fascistes de l'Empire britannique connaissent des sorts semblables. H.H. Beamish est incarcéré à la prison de Salisbury, en Rhodésie, à compter du 10 juin 1940 […] Des partisans de Franco qui résident à Gibraltar sont eux aussi arrêtés en juillet 1940 puis incarcérés en Angleterre. Mais c'est Arcand qui détiendra le record du temps d'internement en temps de guerre parmi la fratrie de fascistes du monde anglo-saxon.

Des civils d'origine allemande, japonaise, italienne sont aussi emprisonnés au Canada pour des raisons de sécurité, sans connaître de procès. Le soupçon suffit.

Les autorités arrêtent même des Juifs allemands, mis dans des camps comme les autres, comme s'ils pouvaient représenter un appui au régime hitlérien! Pendant trois ans, quelque 300 Juifs sont internés au fort de l'île-aux-Noix, au milieu de la rivière Richelieu. Dans les Cantons de l'Est, on emprisonne nombre de Juifs avec des prisonniers de guerre. Plusieurs détenus doivent dormir à même le plancher. Les conditions de vie dans les baraques sont insalubres.

Les militants fascistes demeurent très unis.

Arcand dira à son ami Beamish que ses hommes sont toujours les plus joyeux du camp et, de ce fait, les plus populaires. Ils conservent un moral très élevé, ce qui n'est pas le cas de tout le monde. Arcand dira ne jamais avoir perdu sa « joie de vivre » au cours de son internement. Selon le témoignage d'un prisonnier, Bruce Magnuson, les fidèles d'Arcand lui ont construit une sorte de trône où il s'installe lors de l'exercice de ses hommes, flanqué de gardes à ses côtés.

Des détenus conservent des bons souvenirs d'Arcand. C'est le cas d'Alex Navarro, fortement impressionné par la personnalité d'Arcand, bien qu'il affirme ne croire qu'en Dieu et n'avoir jamais eu le moindre intérêt pour les partis politiques. A son arrivée au camp de Fredericton, Arcand lui aurait prêté sans hésiter 10$ et le docteur Décarie se serait occupé de ses mauvaises dents.
  • Dans cette même institution où vous êtes maintenant, lui écrit-il le 12 mars 1945 depuis le Château Frontenac, je n'ai rencontré qu'un seul gentleman, et c'est vous, sans égard à vos idées. Je n'oublierai jamais ni la bonté ni la courtoisie que vous avez montré à mon égard tandis que j'étais là, particulièrement tandis que j'étais à l'hôpital […] Ces cigarettes mises sous mon oreiller … pour moi, c'est inoubliable.
A l'été 1945, Adrien Arcand se trouve toujours en prison avec 72 autre hommes qu'il estime être des partisans de ses idées : 26 Canadiens français, deux citoyens des îles britanniques, 33 Canadiens de l'Ouest d'origine allemande, un dizaine d'origine italienne et quelques autres. L'organisateur du Parti de l'Unité Nationale et lui seront les derniers libérés.

Pour tous ces hommes qui ont subi comme lui l'épreuve des camps, il aura toujours des attentions spéciales et une écoute particulière. A ses anciens compagnons de réclusion, il réserve même un tirage hors commerce d'un livre en 1966.

[...]

Le 3 juillet 1945, alors que sa femme a convenu de lui rendre visite le jour même, Arcand est libéré. […] Arcand se retrouve devant les portes du camp. Il goûte à nouveau la simple joie de vivre libre, Cinq années et cinq semaines passées derrière les barbelés sont désormais derrière lui.

Un député d'Ottawa, Fred Rose, le seul qui soit d'allégeance communiste en Chambre, réclame du gouvernement l'éradication définitive du fascisme dans la société. Dans sa volonté de mettre définitivement les fascistes au pied du mur, il pointe Arcand du doigt. Il souhaite qu'il soit jugé et, bien sûr, condamné. Conformément à la ligne politique des communistes, Rose veut en finir avec le spectre du fascisme. Mais sa volonté d'avaler Arcand pour se bon se heurte à des obstacles juridiques.

C'est d'ailleurs Rose qui goûtera finalement à cette justice expéditive qu'il souhaite voir administrer à Arcand. En 1946, le député communiste est accusé d'espionnage pour le compte de l'Union soviétique, emprisonné, puis déporté en Pologne.

Léa Roback, organisatrice de Fred Rose, estime que plusieurs Juifs étaient partis en Ontario avant la guerre parce qu'ils avaient peur d'Arcand. Aux yeux de cette militante communiste, Arcand est obsédé parle pouvoir et n'a que faire du catholicisme.

Aux yeux d'Arcand, toujours enclin à tout expliquer par un complot, qu'il soit juif ou communiste, Fred Rose devient d'un coup le seul vrai responsable de sa détention. Furieux contre Rose, Arcand le rend responsable de tous les maux dont il souffert derrière les barbelés.

[…]

Le gouvernement canadien, de son côté, n'entend pas pousser plus loin son action contre Arcand. Le ministre de la justice Louis Stephen St-Laurent, estime sur la foi d'un document rédigé par un haut fonctionnaire qu'Arcand a déjà purgé la peine maximale envisageable au vu des chefs d'accusation qui pesaient contre lui.

Arcand, lui, n'est pas du tout satisfait. De quoi l'accusait-on exactement? Il veut forcer la tenue d'un nouveau procès. Il songe sérieusement à intenter des poursuites. Il menace. Il peste, Il vocifère. Mais ils ne sont pas nombreux ceux qui se préoccupent de son sort. Ses menaces semblent n'inquiéter personne au gouvernement.

Parmi les rares appuis que reçoit Arcand, il faut noter celui, étonnant, d'un jeune étudiant en droit à Londres. Ce jeune homme a pour nom Pierre Elliott Trudeau, un futur premier ministre du Canada. Au bénéfice de Notre Temps, journal proche de l'Union nationale et dirigé par Léopold Richer, Trudeau prend la défense d'Arcand de façon tout à fait inattendue.

Il écrit depuis la capitale britannique, le 4 février 1948, un article riche et dense […] ce jeune collaborateur s'élève contre l'emploi de la loi des mesures de guerre. Bien sûr, il ignore qu'il y aura lui-même recours en octobre 1970.

Pour Trudeau, le gouvernement a donc procédé à l'égard d'Arcand "en marge du droit commun et à l'encontre de toute justice, sans procès régulier, ni défense adéquate, ni pénalité prévue, ni jugement indépendant de l'exécutif. Au nom des principes qu'il disait défendre, le gouvernement a donc agi à l'encontre de ses principes".

Arcand tentera à plusieurs reprises d'être entendu par le gouvernement, mais en vain. L'affaire traîne. Le gouvernement repousse ses demandes. En septembre 1958, il présente un mémoire […] Edmund Davie Fulton, à titre de ministre de la justice et procureur général du Canada lui répondra personnellement, le 26 octobre 1958, lui signifiant que l'internement a été fait en vertu de l'article 21 des règles de défense du Canada et qu'il ne voit pas en quoi la Cour pourrait s'opposer au ministre de la justice de l'époque.

[...]

Dans les années suivant son retour du camp, Arcand prendra l'habitude de se rendre à Montréal une fois par semaine pour rencontrer ses amis et essayer, tout doucement, de mettre un peu d'ordre dans les affaires du Parti.

Il se montre tout à fait conscient d'avoir été pris pour un illuminé, un fanatique ou un sonneur de fausses alarmes au cour des années d'avant-guerre.

Bien sûr, il n'a pas changé d'idées. Il demeure tout à fait convaincu d'avoir identifié la source de tous les malheurs du monde une fois pour toutes en la personne du Juif. Il regrette que la plupart des amis de ses idées en France, collaborateurs, pétainistes, miliciens ou tortionnaires, aient « presque tous été assassinés ou condamnés à mort » tandis que d'autres crèvent dans les bagnes français.

Il conserve pour toujours l'idée que Pétain a libéré la France de ses vrais ennemis : les Juifs, les francs-maçons, les agostiques, les banquiers, les journalistes, les cinéastes, etc. En somme, explique-t-il, le Führer a facilité la tâche au vieux Maréchal, ce qui lui permet de dire qu'Hitler fut temporairement le libérateur de la France, comme de tant d'autres pays européens. (Lettre d'Adrien Arcand au chanoine Georges Panneton, Lanoraie, 20 août 1966)

En 1950, il accueille même chez lui au moins quelques jours, le théoricien fasciste américain Francis Parker Yockey qui, en compagnie d'un ami italien, souhaitait aider à la relance d'un mouvement solide et actif au Canada. Pendant quelques jours "ce gothique intégral" selon les mots d'Arcand, se rend avec lui à l'église du village et joue volontiers les fugues de Bach sur le vieux piano droit de la maison.

Francis Paker Yockey est l'auteur d'Imperium, un ouvrage antirationaliste aux forts accents antisémites, très marqué par l'influence de Nietzsche, Spengler et Karl Haushofer. Arcand, tout comme Maurice Bardèche, Juius Evola et d'autres fascistes d'après-guerre, tient en haute estime ce livre à l'écriture sèche. Il en recommande souvent la lecture à ses proches, comme s'il s'agissait d'un véritable bréviaire politique.

Sur la base de son appui aux idées de Yockey, Arcand entretiendra des échanges avec l'European Liberation Front, un petit groupe néofasciste […] le groupe envisage une unification des pays européens au nom d'une civilisation commune

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Re: Adrien Arcand le führer canadien

Message non lu par Cinci » mar. 15 nov. 2016, 6:12

Le point important à comprendre c'est que dans un pays comme le Canada il n'y a pas eu quelque chose telle une dénazification dans la période de l'immédiat après-guerre. Aucun des individus comme Arcand, des individus fichés et connus par les autorités pour avoir été des militants fascistes, des activistes antisémites, aucun d'entre eux sera inquiété pour le contenu de ses idées. Lors de sa libération, la police peut remettre à Arcand une bonne partie du matériel saisi et ayant pu servir à le faire interner en 1940.


Nadeau écrit :

  • Ses objectifs révolutionnaires demeurent les mêmes que dans l'avant-guerre. Seuls changent les moyens envisagés pour les atteindre. Ainsi, Arcand ne compte plus sur des troupes paramilitaires soigneusement entraînées à marcher au pas cadencé pour s'emparer un jour du pouvoir. Il abandonne tout à fait la promesse d'une révolution immédiate, porteuse de promesses mirobolantes d'un changement social radical au profit d'un étapisme au profil parfois obscur.

    Lorqu'en 1947 Kenneth Wright du quotidien The Gazette rencontre Arcand, il est convaincu qu'Il se trouve devant un homme plus résolu que jamais à lutter pour ses idées. Arcand préserve l'intégrité doctrinaire de son parti, tout en misant sur des progrès déjà réalisés. « Mes convictions sont plus fortes que jamais, déclare-t-il, et je suis heureux d'avoir pu souffrir pour elles. »

    Il n'y a pas chez l'Arcand de l'après-guerre le moindre repentir pour avoir voulu développer en Amérique un fascisme ardent. Prison ou pas, faillite de l'autoritarisme en Europe ou pas, Arcand continue de foncer en ligne droite, tête baissée. « Il n'y a pas de résurgence du fascisme comme on peut le lire ici et là, clame-t-il. En vérité, la vraie chose n'est jamais morte! »

    Pour souligner l'anniversaire de leur chef, les militants organisent ainsi une première rencontre fasciste d'après-guerre le dimanche 9 novembre 1947. Cette fête permet de mesurer le pouvoir d'attraction dont jouit toujours Arcand après des années de silence forcé. Entre 500 à 700 personnes assistent à l'événement. A Toronto, la nouvelle annoncée à la radio permet à Wilfrid Pouliot, un ancien fidèle de Joseph C. Farr de reprendre contact avec Arcand et de l'assurer, plus que jamais, de sa fidélité absolue. Ce Pouliot n'est qu'un cas parmi d'autres de fascistes qui font d'Arcand un pivot des communications entre extrémistes de droite, aussi bien au Canada qu'à l'étranger. A travers un tissu complexe de relations dont Arcand constitue le centre, de nombreux partisans d'extrême droite se manifestent peu à peu. L'araignée fasciste n'est pas morte!

    Arcand reçoit des lettres enthousiastes de partout, souvent de citoyens qui n'avaient pas eu l'occasion de le connaître dans son fanatisme d'avant-guerre. On le félicite tantôt pour son « franc parler » au sujet des Juifs, tantôt pour son courage. On lui écrit encore pour obtenir une photo autographiée ou pour obtenir des précisions sur ses idées.

    A compter de 1947, les médias se remettent à parler d'Arcand à qui mieux mieux, ce qui lui assure une jolie publicité à peu de frais. Il est heureux d'accueillir des journalistes, de parler de ses idées, toujours les mêmes. Les activités du PUNC sont en dormance, répète-t-il, tout en ajoutant que ses hommes, très impatients, attendent de reprendre l'action au grand jour. Son parti ne se remettra pas en mouvement « tant que le temps ne sera pas mûr ».

    Il peut au moins compter sur le soutien du régime de Duplessis. L'Union nationale lui vient en aide jusqu'au début des années 1960. Les sommes qui lui sont versées par le parti de Maurice Duplessis constituent en quelque sorte des redevances politiques pour ses efforts : on le verra plus loin, Duplessis lui-même ne semble pas détester Arcand, du moins lorsqu'il en est question en privé. Une lettre le confirme le 25 septembre 1956. La veille, Duplessis s'est entretenu avec Laforce et son bon ami Noël Dorion. Il est alors question des violentes sorties des abbés O'Neill et Dion contre l'Union nationale. Duplessis affirme avoir lu les derniers numéros de L'Unité nationale (feuilles produites par Arcand) à ce sujet. Laforce cite dans sa lettre les paroles du premier ministre : »Je les ai lu et je constate que c'est ce qui s'est écrit de mieux sur le sujet ». Dorion aurait pour sa part affirmé « qu'Arcand est sûrement l'un des plus grands journalistes au Canada sinon le meilleur ».

    [...]

    Catholique et fier de l'être, Arcand fréquente assidûment l'église Saint-Joseph de Lanoraie. Sous la voûte couleur d'azur du temple, la famille possède son vieux banc en chêne, le numéro 5. « Je suis catholique convaincu et pratiquant ». Fervant croyant, ses écrits des années 1950 montrent, à la différence de ceux des années 1930, une préoccupation de plus en plus importante concernant la religion. Plusieurs de ses correspondants sont des religieux.

    Jules Mondor, ancien cultivateur, aujourd'hui âgé de 95 ans, se souvient qu'Arcand lui avait offert une de ses toiles parce qu'il aidait le curé de l'époque. La toile d'Arcand est alors installée en bonne place dans le presbytère de Lanoraie, où le curé a l'habitude, entre autres choses, de prendre connaissance des lettres qu'Arcand lui adresse au sujet de l'un ou l'autre précepte de la foi. Au village, tout le monde considère Arcand comme un monsieur fort poli, qui ne cause aucun problème.

    En 1947, Arcand s'affiche contre la création de l'État d'Israël. Il reprend même, sans gêne aucune, une idée qu'il avait déjà avancée avant la guerre quant à l'a propos de déporter massivement les Juifs sur l'île de Madagascar. Pour tranformer les Juifs en insulaires, il faut préalablement, estime Arcand, vider l'île de ses habitants actuels. Que faire avec cette population noire?

    • Il y a là environ 4 millions de nègres qui pourraient être envoyés en Afrique, au Libéria par exemple. Ensuite, les Juifs d'Amérique, d'Angleterre, de tous les pays du monde, pourraient être isolés là-bas, sans contact avec la race blanche, et passer le reste de leurs jours à élaborer leurs complots entre eux. (Kenneth Wright, « Send all Jews to Madagascar », says fascist Adrien Arcand)


    La peine de mort serait requise contre les Juifs qui voudraient quitter l'île. La solution finale des nazis ne préconisait pas autre chose que ce qu'avançait Beamish, estime Arcand, soit d'offrir aux Juifs le plus grand ghetto du monde. Là, seule la mort constituerait une voie de sortie possible à l'univers concentrationaire planifié pour eux. (Lettre d'Adrien Arcand à J.A. Mathez, octobre 1966)

    La haine raciale que continue de prôner Arcand sur touts les toits ne concerne pas que les Juifs. Les Noirs représentent aussi pour lui un « problème à résoudre ». Dans l'après-guerre, il s'inquiète vivement de la natalité des Noirs aux États-unis. Qu'arrivera-t-il de l'homme blanc perdu dans un éventuel océan noir? Il faut au moins arriver à contenir l'expansion des Noirs américains par de vigoureuses mesures raciales, soutient Arcand à Ross Barnett, le gouverneur farouchement ségrégationniste de l'État du Mississippi, à qui il adresse ses meilleurs souhaits et affirme appuyer tout à fait sa politique raciale. (Lettre d'Adrien Arcand au gouverneur Ross Barnett, 2 octobre 1962, Bibliothèque et Archive nationale du Canada, Fonds Adrien Arcand, MG 30, D91, volume 2)

    En 1965, Arcand dira une foi de plus être favorable à une forme de syndicalisme "amélioré" grâce à une intégration corporatiste des syndicats. Il répète ce qu'il affirmait déjà en 1936 :

    • Personnellement, dans ma profession, j'ai été le premier et le plus durement frappé pour cause de syndicalisme, je suis même plus que cela, je suis corporatiste (qui signifie le syndicalisme obligatoire, comme pour les médecins, avocats, notaires, dentistes, ingénieurs, etc.)


    [...]

    Reconnaît-il l'existence d'un problème canadien-français au Canada?

    • « Oui. S'il n'y en a pas au Québec, il en existe un au Canada. Les Canadiens d'expression française forment une « race nationale » seulement au Québec, où ils ont des droits définis par la Couronne et le Traité de Paris. Hors du Québec, ils ne sont pas « chez eux ». Cette situation explique ce qu'Arcand considère être une dévotion provinciale des Canadiens français à l'égard du Québec, ce qui est une bonne chose à son sens tant que cela ne nuit pas au principe d'unité général."


    En janvier 1956, tout juste un an avant la fondation officielle de son mouvement séparatiste de droite, Raymond Barbeau goûte avec un plaisir renouvelé les propos d'Arcand et se réjouit que le chef fasciste canadien ait bien voulu lui dire « quelques mots » après son extraordinaire conférence. Dans une lettre écrite par la suite, il lui avoue bien franchement toute son admiration et son enthousiasme pour son pamphlet antisémite le plus violent, La clef du mystère. « Il y a plusieurs années que je communie à vos idées, ayant été en 1950, l'heureux acquéreur d'une cinquantaine de La clef du mystèreet depuis ce temps, discrètement, je me suis efforcé de faire lire ce document à certaines personnes intéressées ».

    Selon Arcand, Raymond Barbeau lui rendra visite chez lui à Lanoraie, afin de discuter de la parution prochaine de son livre consacré au pamphlétaire Léon Bloy.

    Lorsque Barbeau se lancera en politique comme indépendantiste, Arcand qualifiera simplement d' »égaré » cet homme bien de droite.

    La progression rapide des mouvements imdépendantistes québécois à compter de la toute fin des années 1950 offra au moins aux fascistes du Québec, affirme Arcand, l'occasion de favoriser la sympathie du Canada anglais à leur égard. Arcand pose alors plus que jamais en défenseur de l'unité nationale canadienne telle qu'elle découle du document constitutionnel de 1867.



    Sur le séparatisme

    Née en 1963, bientôt traversé par plusieurs tendances, le Front de libération du Québec, la frange révolutionnaire du mouvement indépendantiste québécois, n'est pour Arcand qu'une marionnette aux mains de pouvoirs étrangers. Il ne croit pas que des fils du pays puissent se lancer volontairement dans une action encouragée par l'oeuvre d'auteurs comme Franz Fanon, Jacques Berque, Albert Memmi et Jean-Paul Sartre, pas plus au sein du FLQ que d'un mouvement démocratique comme le Rassemblement pour l'indépendance nationale, le RIN. « Je plains ces petits », écrira-t-il. Il affirme du même souffle que ces jeunes-là ne sont pas au fond responsables de leurs actes puisqu'ils ont été éduqés par des immigrants athées et francs-maçons venus de Belgique et de France. Ce sont des étrangers, des hommes idéologiquement peu recommandables qui les auraient poussé à la haine.

    Cette thèse de la non-responsabilité sera fréquemment évoquée par Arcand au sujet des indépendantistes en général. Il refuse à ces jeunes séparatistes la responsabilité de leurs actes. Le felquiste Georges Schoeters, d'origine belge, « et une couple d'autres » qu'il ne nomme pas, Arcand les réduit ainsi à de simples agents du régime de Fidel Castro.

    Un jour de janvier 1963, un des plus fidèles lieutenants d'Arcand, Gérard Lanctôt, débarque au parloir du Collège Saint-Ignace. Son fils, Jacques, étudiant au collège, lui semble être une des victimes d'un enseignement athée que condamne le PUNC. Gérard Lanctôt se présente donc devant le professeur qui ose faire lire à son fils un écrivain "impie" tel qu'Albert Camus. Le professeur André Bourrassa a en effet prêté à son étudiant qui s'ennuie dans ses cours de latin, L'état de siège de Camus. Dans une sainte colère, Gérard Lanctôt déchire ce livre devant le professeur, totalement médusé par tant d'excès pour si peu.

    Dans une entrevue donnée à la radio de Radio-Canada en 2004, Jacques Lanctôt affirme qu'il a été élevé à la dure par ce père fasciste qui fait profession de quincailler, dans une crainte perpétuelle de Satan – symbolisé sur terre par les Juifs, qui avaient bien sûr tué le Christ - et du communisme. Il dit également avoir grandi dans la haine des États-unis, pays maudit par son père qui considère le géant américain comme un simple ghetto juif. Durant sa petite enfance, soumis à l,exemple d'un père autoritaire et d'une mère qui rêve de le voir accéder à la prêtrise, Jacques Lanctôt affirme avoir eu sans cesse peur des Juifs, des communistes et de tout ce qui n'était pas catholique.

    La famille Lanctôt rend des visites à Arcand à Lanoraie ainsi qu'à l'abbé Pierre Gravel, proche sympatisant de Partie de l'Unité National. Dans la maison des Lanctôt, se tiennent parfois des réunions fascistes. Sous ce toit, tout est objet de péché, ce qui conduit l'enfant à croire à l'enfer sur terre.

    Trois des dix enfants de Gérard Lanctôt vont se retrouver engagés radicalement à gauche, au sein du FLQ. Jacques Lanctôt appartient d'abord à un groupe de jeunes révolutionnaires animé par Guy de Grasse. Il sera plus tard responsable de l'enlèvement de l'attaché commercial britannique James Richard Cross, élément déclencheur de la crise d'octobre 1970. Selon une étude de Marc Laurendeau, il a d'abord songé enlever une diplomate juif, un geste sans rapport avec la cause à défendre estime ses camarades de lutte. En entrevue, Jacques Lanctôt explique avoir reproduit, même dans son engagement de gauche, certains gestes extrémistes de son père.

    Ces jeunes gens qui carburent tout au long des années 1960 à une littérature qui se félicite des succès de Castro, de Guevarra ou de Ho Chi Minh, Arcand ne saurait le supporter. Sait-il que quelques uns d'entre eux , comme Jacques Lanctôt, ont été en quelque sorte formés en réaction à ses propres politiques?


    La philosophie d'Arcand

    Chez Arcand, tout est conçu non seulement pour s'opposer au communisme mais aussi pour prendre le contrepied de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Le libéralisme autant que le communisme lui apparaissent fondamentalement opposés à une vérité transcendate, la seule acceptable dans un idéal de droite baigné de catholicisme.

    Dans une entrevue accordée en 1962, Arcand se montre farouchement opposé au rationalisme des Lumières. Il déteste en particulier Jean-Jacques Rousseau et en général les hommes qui, tels Jacques Hébert, croient à la bonté naturelle du genre humain. Au XVIIIe siècle des Encyclopédistes, le chef fasciste préfère le Moyen Age, « période qui nous a donné les sommets de la philosophie et de la théologie », la fugue qui est le sommet de la musique et le plus grand style le gothique. Il affirme que le Moyen Age fut une période sombre que pour les Juifs des ghettos, ce qui ne peut que le réjouir.

    Arcand rejette en outre la théorie de l'évolution avancée par Charles Darwin. Le chevaliers de la raison, du scientisme, les fils de l'université sont pour lui parfaitement méprisables.

    Que des scientifiques osent récuser l'authenticité du Suaire de Turin suffit à le faire crier au complot juif contre la religion.

    La foi seule suffit pour éclairer le monde. Cette foi n'a pas à connaître la moindre révolution et se trouve fixée à jamais dans les dogmes, ce qui lui donne de pester sans fin contre les réformes mises en application à la suite de Vatican II.

    [...]

    A sa table de travail, devant sa grosse machine à écrire noire, Arcand écrit à beaucoup de sympatisants ainsi qu'à des figures de proue du fascisme mondial. En entrevue en 1961, il affirme entretenir des relations en France, Belgique, Italie, Argentine, Inde, Égypte, aux États-unis, aux Pays-Bas, au Royaume-uni, au Brésil, au Vénézuela. A en juger par les papiers qui lui ont survécu, il n'exagère sans doute pas beaucoup. Chose certaine, il est très au fait de la littérature antijuive et anticommuniste énorme pubiée aux États-unis. De cette littérature, il a presque tout lu, jusqu’à devenir lui-même une sorte de livre vivant de la haine. Cette littérature circule chez les militants fascistes.

    L'écrivain Jacques Ferron, homme de gauche s'il en est un, hérita un jour des paperasses d'un des disciples d'Arcand, "un pauvre photographe de la rue Cuvillier à Hochelaga", Ferron fut surpris du nombre de publications américaines qu'il recevait. Il faut ajouter des petits trucs venus d'Irlande catholique et un Nordic Anglo-Saxon, des antipodes, soit d'Afrique du Sud. A l'image de leur chef, les fascistes canadiens apparaissent nourris par tout une littérature d'extrême-droite, en particulier du monde anglo-saxon.

    Arcand est un fidèle lecteur du journal de l'extrême-droite française Rivarol. La lecture de certains auteurs catholiques le ravit, en particulier le penseur ultramontain français Marcel Clément, largement publié au Québec après la guerre.

    Arcand échange aussi beaucoup avec Sir Barry Edward Domville, un distingué haut gradé de la Royal Navy qui, avant la guerre, devint l'un des fascistes et antisémites anglais les plus influents, ce qui lui valut la chaleureuse amitié de Joachim Ribbentrop, le ministre des affaires étrangères du Reich. Sa passion politique pour l'extrême-droite lui valut aussi d'être emprisonné durant la guerre.

    Chez Sir Barry Edward Domville comme chez Arcand, la réclusion ne fit en définitive qu'accuser davantage leur propension à tout expliquer par des échafaudages fragiles de thèses de complots multiples se superposant les uns sur les autres, jusqu'à perdre tout à fait contact avec la réalité. Les deux hommes échangèrent beaucoup, régulièrement et jusqu'à la mort du chef fasciste canadien.

    A la même époque, Arcand entretient également des rapports épistolaires avec des groupes arabes. « Je dois admettre que comme chrétien, j'ai certaines sympathies pour les mahométans ». Issa Nakleh, directeur de la Palestinian Arab Delegation, lui écrit le 30 décembre 1961 : « Les sionistes ont lavé le cerveau, contrôlé et corrompu l'esprit et la conscience de l'Occident. Ils sont aussi coupables de ce crime du siècle. »

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Re: Adrien Arcand le führer canadien

Message non lu par Cinci » mar. 15 nov. 2016, 19:41

(suite)

Parmi les auditeurs intéressés de l'après-guerre


C'est en 1953 que le parti relance un journal L'Unité nationale […] La première page de L'Unité nationale est coiffée de la devise du régime de Vichy, le tryptique Travail, Famille, Patrie auquel Arcand ajoute Dieu. Que trouve-t-on de nouveau dans ce mensuel par rapport à ses feuiiles d'avant-guerre? L'antisémitisme y a toujours bonne place. L'idée qu'un complot explique la marche du monde vers le caniveau revient sans cesse.

Or qui s'intéresse à l'extrême-droite dans l'après-guerre?

[...]

Dans l'après-guerre, on trouve beaucoup de membres du petit clergé fascinés par les discours d'Arcand.
  • Une littérature de bas-étage a pénétré les presbytères et les couvents. Un curé a changé de convictions après lecture de L'Unité nationale, de monsieur Adrien Arcand! Des religieuses ont lu ou entendu raconter d'étranges histoires sur des gens que jusque là on croyait catholiques. On a parlé de la foi mis en danger, des ennemis qui rôdaient, de l'exemple des pays où une poignée de communistes ont réussi à prendre le pouvoir, etc. (Gérard Dion et Louis O'Neill, L'immoralité de la récente campagne électorale, 1956)
En 1962, un chef religieux achète à Valleyfield l'enregistrement d'une conférence d'Arcand pour la faire entendre aux membres de sa communauté. Il n'est pas le seul à montrer un intérêt pour les propos d'Arcand. Plusieurs religieux étaient présents dans les assemblées du chef fasciste au début des années 1960, se souvient Jean-Claude Leclerc, journaliste du Devoir. L'historien Jacques Lacoursière relate pour sa part qu'un frère d'une communauté de Trois-Rivières enregistrait nombre de discours d'Arcand. Il s'agissait vraisemblablement du frère Léo, professeur à l'école secondaire Immaculée-Conception à Shawinigan, qui dira lui-même avoir enregistré et diffusé très volontiers la parole d'Arcand. Par ces enregistrements, le frère Léo souhaite, disait-il, transmettre la parole du chef du PUNC à des « personnes sensibles à la vérité ».

Au nombre des amis en robe d'Adrien Arcand, on compte le Père Fabien, un capucin qui donne un avis favorable au sujet du programme du PUNC à ses ouailles qui lui demandaient quoi en penser. « Tel quel, c'est le plus chrétien de tous les programmes politiques au Canada, et donc le plus humain », explique le Père Fabien. Arcand, croit encore le Père Fabien, a "risqué sa vie pour le Canada" et "son combat contre les Juifs n'est que celui des papes de tous les temps, l'attitude même de Notre Seigneur dans le Saint Évangile".

Dans sa correspondance avec Arcand, le Père Fabien affirme que plusieurs curés lisent avec plaisir L'Unité nationale.



Un bémol

Arcand a beau compter plusieurs amis ou partisans dans le petit clergé, il n'entretient pas de contacts cordiaux avec les ténors de l'Église. Ses lettres au cardinal Maurice Roy, même répétées, restent sans réponse, tout comme celles adressées au cardinal Paul-Émile Léger. La ligne officielle des hautes autorités de l'Église à l'égard de son mouvement n'a pas changée depuis la fin des années 1930. Arcand est un proscrit de l'Église officielle. Pour le haut clergé, Arcand demeure un infréquentable.

[...]

Le jeudi 20 mai 1954, les portes de la salle paroissiale Saint-Stanislas, située au 1371 de la rue Laurier Est, restent closes. Ce soir-là, la salle paroissiale devait accueillir une conférence du "journaliste" Adrien Arcand. La conférence avait été rédigée et il se préparait à gagner Montréal pour en livrer le contenu lorsqu'on le prévint par téléphone que le contrat de location de la salle avait été résilié.

La salle du Canadian Slovak Building, où les membres ont été conviés, demeurent elle aussi fermée. Pétitions et protestations ont raison du propriétaire de l'immeuble, qui finit par interdire lui aussi l'accès des lieux à Arcand. En 1966, les pères de Sainte-Croix, peut-être eux aussi sous l'influence de l'archevêché, refusent finalement de louer un gymnase retenu pour la tenue d'un banquet du PUNC le 27 novembre.

Arcand se met à dos différents religieux comme le Père Lamarche, directeur des Carnets viatoriens, pourtant homme de droite lui-même, admirateur de la pensée de Maurras, grand ami de l'historien antisémite et raciste Robert Rumilly. Aux yeux d'Arcand, le Père Lamarche est suspect comme d'autres religieux d'être lié à des Juifs!

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Re: Adrien Arcand le führer canadien

Message non lu par Cinci » mar. 15 nov. 2016, 20:51

Le Négationnisme

En 1958, un jeune paysan souabe du nom d'Ernst Zundel débarque au Canada. Il rencontre Adrien Arcand quelque temps plus tard et reconnaît en lui un maître à penser politique. Dans ses mémoires, Zundel rend hommage à ce titre à Arcand. En 1985, devant un avocat de la Couronne qui l'interroge à Toronto, Zundel décrit Arcand comme « un grand Canadien » qui l'a aidé à chasser sa croyance dans l'Holocauste. Comme son maître Arcand, Zundel niera l'existence des chambres à gaz. Le 8 novembre 2005 s'ouvre à Mannheim, un procès qui le condamnera à une lourde peine de prison pour ses activités de négationniste.

[...]

Arcand niera toujours avec véhémence, comme s'il s'agissait d'une falsification, les crimes du régime hitlérien.

Il dément quiconque ose affirmer que Hitler martyrisait, asphyxiait, brûlait ses victimes. En disant cela, « on répète simplement les bobards de la propagande juive, communiste, franc-maçonnique et, en conséquence, on fait son jeu ». Tout n'est qu'invention, complot et calomnie, répète-t-il. La Seconde Guerre mondiale doit être envisagée à l'inverse de la façon dont elle est présentée.

On s'est aperçu aussi en haut lieu, continue-t-il, qu'il n'y avait jamais eu de camps de la mort en Allemagne. Alors, on en a inventé en Pologne, prétend-il.

En somme, l'Holocauste serait le mensonge du siècle pour faire oublier la responsabilité criminelle de ceux qui ont imposé une guerre alors qu'il n'y avait pas casus belli. Dans cette inversion entre vainqueurs et vaincus, les Juif auraient donc provoqué le conflit et bataillé jusqu'à inventer un génocide afin de créer les conditions propres à l'Établissement d'Israël.

Baigné tout entier dans les eaux troubles du mensonge et du déni, Arcand soutient par ailleurs que les Juifs qui se dissocièrent publiquement de leur communauté, en affirmant qu'ils se considéraient Allemands avant tout et solidaires de la culture occidentale, ne furent pas incommodés par le régime nazi.

Dans un système qui qui organisait la traque des individus selon leurs ascendants généalogiques, rien de moins vrai pourtant. Le Führer canadien s'emploie néanmoins de son mieux à dédouaner complètement l'Allemagne nazie, incapable de souffrir ceux qui l'ont vaincue.

[...]

Pas une ligne chez Arcand n'admet la réalité des massacres commis par les nazis contre les Tziganes, les Juifs, les homosexuels, les Noirs, des opposants politiques. On reste plutôt à la surface, étant entendu que tout cela n'est qu'une mise en scène fabriquée par des Juifs. D'emblée la cause est entendue et toute discussion est exclue. Les mémoires d'Anne Frank? La même chose : un faux. « L'imposture des mémoires d'Anne Frank n'a d'égale que l'imposture des six millions de Juifs trucidés ».

En 1961, lorsque Adolphe Eichmann est jugé pour son action de haut fonctionnaire du régime nazi dans l'élaboration et la réalisation de la solution finale, Arcand qualifie l'affaire de « diabolique conspiration mondiale ». Eichmann, dit-il, est accusé de « cette foutaise de propagande polémique qu'on appelle crime contre l'humanité qu'aucun code national ou international n'a encore été capable de définir ».

Au même moment, le mentor de l'extrême droite canadienne accuse les Juifs, dans les pages de Nouvelles illustrées, d'organiser eux-mêmes des profanations de cimetières juifs – renversement de pierres tombales, dommages à des synagogues – pour s'attirer un capital de sympathie et organiser un « racket de la persécution » pour subventionner des organisations antifascistes.

Adrien Arcand écrit même à Radio-Canada pour se plaindre de l'attention que porte le télédiffuseur d'État à ce procès contre l'ancien haut gradé nazi qu'est Eichmann. Marcel Ouimet, ancien correspondant de guerre devenu directeur général du secteur français de cette institution, et qui a pris connaissance de sa lettre, n'en revient pas. Outré, il prend lui-même la plume pour répondre au Führer canadien :

  • Que vous puissiez, après tant d'années et malgré l'accumulation des preuves et des témoignages de ceux qui en furent les victimes – et ils sont légions – nier ou tenter de diminuer l'horreur des assassinats massifs, dépasse mon entendement. D'autant plus qu'en ma qualité d'ancien correspondant de guerre j'ai eu l'occasion de me rendre à Belsen et Buchenwald, entre autres usines d'extermination. J'y ai constaté personnellement comment on s'y prenait pour éliminer des êtres humains auxquels le plus souvent on ne reprochait que leur religion, sans compter les prisonniers politiques, chrétiens ou autres, qui avaient eu le courage de s'opposer à un régime que certains ont préconisé pour le Canada avant la guerre et, semble-t-il, qu'ils ne sont prêts à cesser de défendre.

Arcand lui répond à son tour par une lettre fleuve dont il a le secret. Il fait valoir que des témoins directs des camps de Belsen et Buchenwald affirment qu'il n'y a jamais eu là de chambres à gaz ni de fours crématoires.

[...]

Aucune preuve semble ébranler les certitudes loufoques d'Arcand. Les camps eux-mêmes, leurs briques, leurs barbelés, les fours crématoires disparaissent dans le nuage déployé par ce négationniste qui n'a rien à envier en terne de démesure aux propos de Maurice Bardèche, sacré sans doute trop vite père du négationnisme dans l'après-guerre.


Nadeau nous apprend donc que c'est Adrien Arcand svp. qui a convaincu Ernst Zundel de l'irréalité de l'entreprise criminelle des hitlériens. Arcand serait le premier négationniste, le premier à avoir mis en doute intégralement toute l'entreprise de destruction des Juifs d'Europe.



Paul Rassinier connaît Arcand et s'adresse à lui lorsqu'il cherche un ouvrage particulier pour écrire sa conception de l'État juif.

Jusqu'à la fin de sa vie, Arcand demeure obnubilé par un antisémitisme maladif comme facteur d'explication unique de tous les grands événements. Il continue jusqu'à la fin de sa vie à entretenir une correspondance nourrie avec Ulrich Fleischauer également, un nazi responsable avant la guerre du Service de propagande (le Welt Dienst), d'où Céline tira des sources pour son pamphlet Bagatelles pour un massacre. « Un homme admirable », résume Arcand.

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Re: Adrien Arcand le führer canadien

Message non lu par Cinci » mar. 15 nov. 2016, 21:17

En complément, un petit témoignage d'Yves Michaud, ancien délégué général du Québec à Paris. Le propos est intéressant par rapport aux allégations des négationnistes.
  • … ma femme et moi avons vu, de nos yeux vus en 1959, dans son état originel, le camp de concentration de Dachau dans la banlieue de Munich, transformé depuis en mémorial aseptique, difficilement évocateur de la réalité de ce lieu infernal. Les dizaines de personnes à qui nous avons demandé la direction du camp ne savaient pas, comme par hasard, où il était situé! C'est grâce à un soldat américain au volant d'une jeep, interpellé sur la route, que nous fûmes conduits sur les lieux par une journée de ciel chagrin, plus réaliste encore que le film d'Alain Resnais, Nuit et brouillard.

    Nous avons vu de nos yeux vus, les chambres à gaz dont les murs et les plafonds à hauteur d'homme étaient striés par les ongles des condamnés, les fours crématoires dans lesquels reposaient les restes de cendres des suppliciés, les civières de fortune servant à sortir les cadavres, les fils barbelés et les miradors installés par les nazis. Encore aujourd'hui, comme si c'était hier, plus de quarante ans après cette visite macabre, il me revient l'odeur étrange, âcre, indéfinissable, qui enveloppait cet indesciptible lieu de massacre conçu par des êtres humains pour programmer l'extermination de millions d'autres êtres humains. Après avoir vu cela et en garder le souvenir impérissable, personne, et celui qui vous parle plus que quiconque, ne peut être antisémite ou prononcer des propos antisémites.

    Source : Devant la Cour du Québec, les 9 et 10 janvier 2002. Procès en diffamation intenté par Yves Michaud à Marc Angenot

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Re: Adrien Arcand le führer canadien

Message non lu par Cinci » ven. 29 sept. 2017, 15:50

A propos d'Adrien Arcand ...

Je suis tombé sur cette anecdote dans un ouvrage portant sur la carrière du Père Georges-Henri Lévesque (père dominicain, fameux directeur du département des sciences sociales de l'université Laval).

Voici :
"... nous avons causé des craintes et des agacements provoqués par l'apparition sur la scène politique du communisme, du socialisme, de la CCF, du Crédit social. En outre, plusieurs dirigeants s'Inquiétaient beaucoup des idées fascistes du Parti national social chrétien d'Adrien Arcand, auquel certains prêtres même ne savaient pas résister. Désireux de connaître de plus près ce führer en puissance et de découvrir sa vraie pensée, j'ai cherché à le rencontrer. Un ami du politicien, le père Émile Journault, rédemptoriste et curé de la paroisse Saint-Alphonse-d'Youville, organisa pour quelques personnes intéressées une rencontre à son presbytère. Je me retrouvais devant un homme fort intelligent, capable de manier à merveille la parole et l'écrit. Souvenez-vous de son journal pamphlétaire et caustique, Le Goglu. Quel fanatique et quel dangereux visionnaire! Se déclarant carrément naziste (sic.) et antisémite, il attaquait férocement tous ceux qui n'étaient ni nationalistes ni chrétiens. Je suis sorti de cette rencontre abasourdi, ahuri et effrayé. Aussi bien, en dehors de sa faction, peu de gens furent surpris de le voir mis à l'ombre dès le début de la dernière guerre.

On se questionnait donc beaucoup, moi comme les autres, pourquoi pas? et plusieurs d'entre nous cherchaient des solutions plus équilibrées. "

Tiré de :
Georges-Henri Lévesque, Souvenances, 1983, p. 256
Note : CCF ou Cooperative Commonwealth Federation, le parti politique fondé en 1932 par J.S. Woodsworth et ancêtre de l'actuel Nouveau parti démocratique, un parti socialiste et bien à gauche du spectre politique canadien. Dans l'extrait, le père Lévesque relate des discussions qu'il aura eu en 1935 avec André Laurendeau, un intellectuel et journaliste du journal Le Devoir. Or "nous avons causé" (Laurendeau et moi).

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Re: Adrien Arcand le führer canadien

Message non lu par Valérie » dim. 11 févr. 2018, 0:27

Bonjour Cinci,

J'aime toujours lire vos points d'histoire. Adrien Arcan est en effet meconnu, comme beaucoup de personages importants de l'epoque. J'ai eu la chance de voir certaines caricature d'Arcan dans Le Goglu. Ce que j'ai vu etait surtout antisemite.

Merci pour ces informations.
Valerie

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