Pie XII et la shoah

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Pati
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Re: Pie XII déguisé en franciscain pour sauver des Juifs ?

Message non lu par Pati » mar. 22 nov. 2011, 16:49

il s'agit d'une pièce qui salit le monde chrétien.. elle n'a jamais été jouée en Israel.. c'est pour moi une conclusion en soi.. Israel ne veut pas salir ce pape.. et Israel a raison......

Pati
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Re: Pie XII déguisé en franciscain pour sauver des Juifs ?

Message non lu par Pati » mar. 22 nov. 2011, 16:52

je peux rajouter plus lentement si vous voulez.. La France aime bien créer des conflits là où il n'y en a pas.. la France devient de plus en plus anti chrétienne, anti juive et anti tout...... et en plus si elle peut par les journaliste mettre un peu d'huile sur le feu affin de créer des tensions intercommunautaires, elle ne s'en prive pas..
ce n'est qu'un avis perso......

Cinci
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Re: Pie XII et le nazisme

Message non lu par Cinci » lun. 11 juin 2012, 6:38

Toujours sur cette histoire de ''silence'' durant la guerre, j'aimerais reprendre en partant de la phrase de Petit Matthieu :

La repentance, des évêques français notamment, consistait à regretter le silence de trop nombreux pasteurs de l'Eglise à l'égard de la Shoah pendant la guerre.

Il y a des remarques ou même de petits éléments qui se trouveront rapportés dans le dernier ouvrage de Jean Sévilla, et alors lesquels permettraient bien de nuancer ou replacer le problème, je pense, dans une perspective légèrement différente de celle des publicistes monomaniaques de l'anti-Église, voire celle aussi des souscripteurs de ''la nouvelle religion seculière de la Shoah'' et qui céderont trop facilement à la tentation de découvrir a posteriori tels des complices partout du projet exterminateur racialiste antisémite.

Voici ce que j'ai trouvé pour la lecture :


  • «...à l'été 1944. Jacqueline Mesnil-Amar, une jeune juive française, vit depuis quatre ans dans la peur, à Paris. Un soir la peur devient panique quand son mari, juif lui aussi, ne rentre pas. Quand elle apprend qu'il a été arrêté par les Allemands et qu'il va être déporté, cette nouvelle la rassure : au moins est-il vivant. Dans son esprit, la déportation n'équivaut pas à la mort. Les témoignage de ce type sont innombrables : si incroyable que cela paraisse rétrospectivement, les Juifs eux-mêmes ignorent ce qui se passe dans les camps. Et pas seulement en France : le 27 octobre 1943, l'adjoint au grand rabbin de Rome écrit à Pie XII en le priant de faire envoyer des vêtements chauds pour les déportés... à Auschwitz.

    Dans ses Mémoires, Raymond Aron raconte : «Le génocide, qu'en savions-nous à Londres ? [...] au niveau de la conscience claire, ma perception était à peu près la suivante : les camps de concentration étaient cruels, dirigés par des gardes-chiourmes recrutés non parmi les politiques mais parmi les criminels de droit commun; la mortalité y était forte, mais les chambre à gaz, l'assassinat industriel d'êtres humains, non, je l'avoue, je ne les ai pas imaginer, je ne les ai pas sus [...] Je ne prêtai pas, même aux hitlériens, l'idée de l'Endlössung (Solution finale) : la mise à mort, à froid, de millions d'hommes, de femmes et d'enfants, qui osait la prévoir ? »

Encore

  • «... la collaboration en France n'a jamais été soutenue par l'immense majorité de la population, insiste Pierre Laborie. Une convergence d'archive, même du côté allemand, ne laisse pas le moindre doute. L'historien rappelle que, dès l'entrevue de Montoire entre Pétain et Hitler, la politique de collaboration de Vichy a été condamné par l'opinion, et que les collaborationnistes ultras n'ont jamais représenté qu'une infime minorité. Même quand ils gardaient confiance envers Pétain, symbole national révéré depuis la Grande Guerre, le plus grand nombre des Français étaient antiallemands. Ce sentiment ne s'est pas traduit forcément par un engagement militant dans la Résistance, parce que l'héroïsme n'est pas une vertu commune, mais il n'est pas moins attesté.

    [...]

    Faut-il incriminer l'antisémitisme des Français ? Si ce préjugé hostile était présent dans la société d'avant-guerre, il n'était pas majoritaire, et rien ne prouve qu'il le soit devenu après la défaite. Mais les Juifs sont une minorité et, en 1940-1941, dans un pays accablé d'épreuves, leur sort ne paraît pas prioritaire. Il ne l'est pas non plus aux yeux de la Résistance : jusqu'en 1942, les textes où les grands mouvements de résistance dénoncent les lois antisémites se comptent sur les doigts de la main. Au demeurant, les institutions juives françaises prônent toutes l'obéissance aux autorités civiles (nulle voix officielle n'a appelé les Israélites, comme on disait alors, à refuser de se faire recenser) et, du rabbinat au Consistoire, témoignent d'un respect envers la personne du maréchal Pétain qui peut bien nous surprendre de nos jours mais qui n'est pas moins attesté jusqu'en 1942 ou 1943.

    C'est au printemps 1942 que, de l'iniquité, on passe au drame. Robert Paxton souligne que Vichy, livré à lui-même, en serait resté aux discriminations professionnelles. «Le sens de ces lois, précisent Éric Conan et Henry Rousso, n'était pas celui de prémices à l'extermination, projet qui, à ce moment-là, n'est pas à l'ordre du jour, ni dans la politique de Vichy, ni même dans celle du Reich». [...] C'est ici que le drame se noue, car l'antisémitisme d'exclusion sociale de Vichy, sans le vouloir et sans l'avoir prévu (ce qui ne l'excuse pas), se trouve rattrapé, dépassé et objectivement associé à l'antisémitisme exterminateur des nazis.»
Et
  • «... l'explication fournie par les Allemands était que les déportés étaient employés comme travailleurs forcés, essentiellement en Pologne. Alerté par l'opinion et par les Églises, Pétain et Laval finiront par s'opposer à des nouvelles déportations, en septembre 1942 et en 1943, et pas toujours sans succès, ce qui prouve qu'ils n'avaient pas tout tenté auparavant. S'ils avaient su vers quelles atrocités allaient les déportés, n'auraient-ils pas tenté plus ? Indifférence au sort de Juifs étrangers ? A la même époque, cependant, des dizaines de milliers de Français étaient requis pour aller travailler dans le Reich et, depuis les otages fusillés jusqu'aux victimes des bombardements alliés, il n'était pas de mois qui n'apporte son lot de drames. L'accumulation d'épreuves, à un certain degré, accoutume au mal.»
Et
  • «... sur le plan historique, la focalisation exclusive sur les épreuves endurées par les Juifs ne permet pas de comprendre les origines et les enjeux de la Seconde Guerre mondiale, non plus que ceux de l'Occupation en France, «Anachronique, telle est la tentation du ''judéocentrisme'' qui cherche à relire toute l'histoire de l'Occupation à travers le prisme de l'antisémitisme, assurent Éric Conan et Henry Rousso. Si à nos yeux la politique antijuive est un fait majeur, elle n'était à l'époque qu'un aspect parmi d'autres de l'Occupation», les Juifs étant des victimes au même titre que d'autres persécutés ou réprouvés.»

Enfin, une dernière remarque très intéressante :
  • «... le génocide juif est le fruit de la Grande Guerre, qui a crée, au centre du continent, une dépression dont l'Allemagne a profité. Environ 2,5 millions des Juifs tués entre 1941 et 1945 étaient originaires des pays qui, vingt-cinq ans plus tôt, composaient la monarchie austro-hongroise : Autriche, Hongrie, Pologne, Roumanie, Tchécoslovaquie, Yougoslavie, Ukraine. Faut-il rappeler que les Habsbourgs, chassés par les Alliés en 1918, avaient toujours protégé les Juifs ? Tout se paye : la fin du monde de Joseph Roth fait partie de ces pierres qui ont pavé le chemin du génocide. [...]
  • C'est le nazisme qui a conçu et mis en oeuvre le génocide juif, crime de masse qui s'est arrêté aux frontières des États occupés par l'Allemagne. Il a pu exister des États antisémites là où n'étaient pas les Allemands, mais le génocide juif de 1941-1945 n'a eu lieu que dans les États occupés par les Allemands.»
  • Source : Jean Sévilla, Historiquement Incorrect, Paris, Fayard, 2011, pp. 172-184


Une évaluation des troupes allemandes du service d'ordre en France à partir de 1943 se chiffrerait à 200 000 hommes, à quoi faudra-t-il ajouter les troupes d'opérations régulières de la Wehrmacht en 1944 sur le sol français : 1 000 000 (1 million de fantassins au moins) On ne compte pas ici la police française aux ordres de l'État français, les miliciens de Darnand pour finir.

___


Paul Thibaud remarque que «la religion de la Shoah» ne désigne pas le souci de faire mémoire de l'extermination des Juifs d'Europe, mais une manière de déhistoriciser l'objet, de la rapporter, plutôt qu'à son origine, le nazisme, aux nombreuses complicités qui ont favorisé l'accomplissement du forfait. À partir des années 1970, cette logique se traduit, sur le plan historiographique, par un flot ininterrompu de livres relatant le crime nazi, mais traquant aussi ses éventuels auxiliaires. Au risque de renverser l'échelle des responsabilités. (Jean Sévilla, p. 170)

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Re: Pie XII et le nazisme

Message non lu par Cinci » mar. 12 juin 2012, 5:49

Je voudrais bien vous lire une page ou deux, gérardh, repensant à votre question.
  • Voyez plutôt :

  • «... dans l'entre-deux guerres, le racisme devient la doctrine d'un parti qui accède au pouvoir en Allemagne. Si le nazisme est fondamentalement antisémite, il est aussi foncièrement antichrétien. C'est conjonction n'est pas neutre. Elle va accélérer, au sein de l'Église, une évolution repérable par l'histoire des mentalités : le regard chrétien sur les juifs commence à changer. Pas partout, pas toujours au même rythme, et sans que cela se traduise immédiatement dans les faits. Mais sur le plan des idées, le mécanisme est enclenché. Il est à remarquer toutefois, que cette évolution prend son essor avant l'avénement de Hitler, bien avant la guerre.

    Fondé à Rome en 1926 par le père Van Asseldonk, un religieux hollandais, l'Association des Amis d'Israël (en latin Opus Sacerdotale Amici Israel) vise à combattre les préjugés antisémites chez les chrétiens, mais dans le but de faciliter la conversion des Juifs, conformément aux perspectives de l'époque. Son bulletin, Pax super Israel, recommande de s'abstenir de parler de peuple déicide, de proscrire le langage antisémite, de combattre les légendes telles que les affaires de crimes rituels, d'évoquer sans respect les cérémonies juives. Aux Juifs attirés par le christianisme, il importe, poursuit Pax super Israel, de souligner la prérogative de l'amour divin dont bénéficie Israel et de montrer que leur cheminement constitue un passage du royaume du Père vers celui du Fils.

    En 1928, l'Association reçoit le soutien de 19 Cardinaux, 278 évêques et plus de 3 000 prêtres, originaires de plusieurs pays d'Europe. Président des Amici Israel, Dom Benoit Gariador, l'abbé du Mont-Cassin en Italie, présente au Vatican une requête demandant la modification de la prière du Vendredi Saint [...] Pie XI charge la Congrégation des rites d'examiner la requête. Un consulteur de la Congrégation, le bénédictin Dom Idefonso Schuster, émet un avis favorable : dans son rapport, il traite la prière pour les Juifs d'usage superstitieux. [...] mais le consulteur du Saint Office avant de proposer la réforme au pape, tout en affirmant qu'il n'y a rien à objecter à cette réforme «sous l'angle du dogme et de la foi», considère que son utilité est discutable. Son supérieur, le préfet du Saint Office, est le cardinal Merry del Val : ancien secrétaire d'État de Pie X, démis de ses fonctions en 1914 lors de l'élection de Benoit XV [...] ce prélat s'en tient à une stricte ligne antimoderniste qui ne le prédispose à aucune nouveauté. Non seulement il oppose un refus ferme à la réforme de la liturgie proposée par la Congrégation des rites, mais il réclame la mise à l'index de Pax super Israel, la dissolution des Amici Israel (dont il est pourtant membre), la rétractation des promoteurs du projet et même celle de Dom Schuster.

    Le pape à qui appartient la décision finale, est inquiet devant la perspective d'une modification de la liturgie. Aussi se range-t-il à l'avis du Saint Office : l'Association des Amici Israel est dissoute. Toutefois, Pie XI exige que le décret soit assorti d'une mention spécifiant que la mesure de discipline n'est pas liée à un préjugé contre les Juifs. C'est ainsi que le décret de 1928, récuse fermement l'antisémitisme. Ce passage doit être cité dans son intégralité :


    «L'Église catholique a toujours eu pour coutume de prier pour le peuple juif, qui fut le dépositaire des promesses divines jusqu'à Jésus Christ, malgré l'aveuglement continuel de ce peuple, bien plus à cause même de cet aveuglement. Avec quelle charité le Siège apostolique n'a-t-il pas protégé le même peuple contre les vexations injustes ! Parce qu'il réprouve toutes les haines et les animosités entre les peuples, il condamne au plus haut point la haine contre le peuple qui était autrefois choisi par Dieu, cette haine qu'on a coutume de désigner communément par le mot antisémitisme.» [Pie XI, 1928]


    On le voit le texte contient à la fois une condamnation sans ambiguité de la haine antisémite et une appréciation de la religion juive dont l'expression reste très traditionnelle. [...] Il semble que certaine imprudence du père Van Asseldonk, que l'historien Philippe Cheneaux qualifie de ''personnalité quelque peu exaltée'' ait jeté la suspicion sur l'Association, dont certains membres, dans leur volonté de rapprochement avec les Juifs, tenaient un discours quelque peu syncrétiste qui avait de quoi alarmer le Vatican. Mais dès l'année suivante, Dom Schuster, contraint de se rétracter, n'en sera pas moins nommé archevêque de Milan et crée cardinal par Pie XI. Quant à la prière pour les Juifs, elle sera réformée vingt ans plus tard, selon la formule proposée par Dom Schuster en 1928. Ajoutons que Dom Schuster, mort en 1954, sera béatifié par Jean Paul II en 1996.


    En 1938, Mussolini introduit en Italie une législation antisémite à laquelle l'Église tente en vain de s'opposer. Le 6 septembre, lors d'une audience accordée à des pélerins belges, Pie XI feuillete un missel que ceux-ci lui ont offert et tombe sur un passage du Canon où il est question du sacrifice d'Abraham. Le pape, qui, selon les témoins, avait les larmes aux yeux, déclare à voix haute : «Par le Christ et dans le Christ nous sommes de la descendance spirituelle d'Abraham. Non, il n'est pas possible aux chrétiens de participer à l'antisémitisme. Nous reconnaissons à quiconque le droit de se défendre, de prendre les moyens de se protéger contre tout ce qui menace ses intérêts légitimes. Mais l'antisémitisme est inadmissible. Nous sommes spirituellement des sémites.» [...] A quoi faisait allusion Pie XI en évoquant le droit de se défendre ? Il était commun à l'époque, d'entendre des propos dans l'Église mettant en garde contre «le péril juif». Non pas dans les textes du magistère, sans doute, mais néanmoins dans la bouche ou sous la plume d'ecclésiastiques, sans parler des fidèles. Philippe Cheneaux souligne que la présence de nombreux juifs dans le mouvement communiste de l'entre-deux guerres nourrissait une confusion entre le judaïsme et le bolchévisme.

    Dans les années 1920-1930, un discours à deux niveaux se fait donc entendre et qui n'est pas perçu comme contradictoire, entre l'enseignement de l'impossibilité théologique de l'antisémitisme et l'aspiration à des mesures visant à limiter l'influence des Juifs dans la société. Cette distinction entre deux formes d'antisémitisme, écrit Cheneaux, l'un racial et antichrétien, l'autre de nature politique et juridique, permise sinon encouragée, est fondamental pour comprendre l'attitude des milieux d'Église à l'égard des Juifs dans l'entre-deux guerres.

    Un exemple typique est fourni par le document préparatoire à une encyclique contre le racisme, commandé par Pie XI en 1938 [...] tout en condamnant fermement les persécutions, le racisme et l'antisémitisme, le texte contient un commentaire sur «... les dangers spirituels auxquels le contact avec les Juifs peut exposer les âmes». Il s'insère dans un sous-chapitre mettant en garde contre le danger révolutionnaire et désignant manifestement le communisme, mais ses termes ne sont guère en phase avec le langage utilisé aujourd'hui.»

    pp.244-248

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Re: Pie XII et le nazisme

Message non lu par ti'hamo » mar. 12 juin 2012, 11:05

Deux autres points pour appuyer les explications précédentes :
je suis en train de lire "le système totalitaire" de Hannah Arendt - certes, il s'agit de son analyse, qu'il faudrait compléter par d'autres, mais elle constitue tout de même une référence. À cette lecture, il ressort que :

. un tel système de pensée et de politique, échappant à toute logique habituelle, y compris à celle des systèmes dictatoriaux, fascistes, despotiques, n'a forcément été compris qu'après coup. Certains haut fonctionnaires nazi eux-même n'y comprenaient plus rien et semblaient un peu perdus, sans parler des haut fonctionnaires allemands non nazi auxquels la logique du système échappait totalement.
Il semble donc que, vraiment, dans le contexte et la mentalité de l'époque, personne ne pouvait réellement prévoir, envisager, imaginer, ce que les nazi mettaient en œuvre. Ce qui de nos jours, parce que nous savons, est devenu la référence universellement connue en terme de Mal et de crime, aurait été, raconté à l'époque, de la science-fiction.

. il faut rappeler aussi que notre compréhension du monde semble toujours en retard d'une guerre : de même que, de nos jours, nous avons tendance à envisager tout conflit et toute guerre à la lumière de la dernière guerre mondiale (à chercher presque systématiquement qui est le nazi et qui est le résistant, à chercher qui extermine qui, à chercher les préjugés raciaux sous-jacents, à dénoncer les génocides avant même qu'ils soient avérés),
de même il est assez logique de penser qu'à l'époque, la plupart percevaient ce nouveau conflit à l'aune du précédent, qui marquait encore les mémoires, la première guerre mondiale :

or, la première guerre mondiale est une guerre d'impérialisme et de nationalismes. A priori, l'agressivité de l'Allemagne devait être perçue comme un nationalisme classique, qui imposait par la force sa domination aux nations conquises - y compris, donc, déplacements de populations, travaux forcés, esclavagisme.
(très révélatrice à ce sujet, la réaction, rapportée plus haut, du grand rabbin de Rome demandant au pape d'envoyer des vêtements chauds à ses coreligionnaires qui, au même instant, ne sont sans doute plus pour beaucoup que des corps décharnés déjà morts ou presque plus vivants) (d'ailleurs c'est déchirant de penser à cet homme plein de sollicitude pour son prochain, de l'imaginer s'échiner à leur faire envoyer des couvertures en pensant les réconforter un tant soi peu, alors qu'eux sont en train de se faire exterminer)

aussi bien le pape que Pétain que les Juifs que les français que les Alliés, voyaient sans doute tous les choses de cette façon ; ce qui est logique : ils comprenaient, tous, la réalité vécue, en référence à la réalité connue. Ils refaisaient la première guerre mondiale, alors qu'ils étaient plongés dans la deuxième : nous avons beau jeu, après coup, une fois les faits connus et analysés, de le leur reprocher.



. À la lecture de Hannah Arendt, apparaît bien aussi toute l'étendue des visées nazies en terme d'extermination raciale : ça ne concerne vraiment pas que les Juifs, mais à peu près tout : "slaves" - polonais entre autres, donc -, tziganes, ...
Il s'agit bien de viser à une domination raciale, aussi délirante et imaginaire soit-elle, et cela ne concerne donc pas du tout que les Juifs : en gros, tout ce qui n'est pas défini comme "aryen" était destiné à disparaître, un jour ou l'autre.

Elle montre cependant une spécificité des Juifs dans cette logique, en ce qu'ils servaient, en quelque sorte, dans la pensée nazie, de référence - paradoxalement. L'image du Juif, telle que reprise et entretenue par les nazis, comme un peuple, et même une race, accusée de viser à la domination du monde par la conspiration (cf "Protocoles des sages de Sion"), universelle, détachée de tout nationalisme et sans autre but et référence morale qu'elle-même,
représente très précisément l'image que les nazis avaient d'eux-mêmes, et le but qu'ils se donnaient.

Les Juifs, dans cette pensée nazie, ont donc cette particularité d'être, en quelque sorte, les premiers rivaux - ceux qui, du point de vue nazi, tels qu'ils les imaginaient, auraient approché le plus près du but que les nazis voulaient se réserver, mais uniquement par le secret et sans la force.

Mais, bon, ça, il fallait être nazi et penser en nazi pour le pressentir et prédire ce à quoi cela aboutirait logiquement.
“Il serait présomptueux de penser que ce que l'on sait soi-même n'est pas accessible à la majorité des autres hommes.”
[Konrad Lorenz]

Celui qui connaît vraiment les animaux est par là même capable de comprendre pleinement le caractère unique de l'homme.
[Konrad Lorenz]
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Re: Pie XII et le nazisme

Message non lu par Cinci » mar. 12 juin 2012, 16:42

Parmi les bonnes nouvelles en passant :

  • «... chaque année apporte néanmoins son lot de petites révélations, de témoignages inédits : on peut tous les verser au dossier de la défense de l'Église. Ils ont conduit John Cornwell, auteur, on l'a dit, de Hitler's Pope, à revenir sur ses accusations. [...] En 2008, une nouvelle édition de Hitler's Pope est précédé d'une préface où l'auteur admet que Pie XII n'était pas un sympatisant nazi, qu'il n'aimait pas Hitler et qu'il n'était pas antisémite.»

    p. 264

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Re: Pie XII et le nazisme

Message non lu par Fée Violine » mer. 13 juin 2012, 9:00

Bien, mais dans ce cas il aurait dû changer le titre de son livre!

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Re: Pie XII et le nazisme

Message non lu par etienne lorant » mer. 13 juin 2012, 10:05

Fée Violine a écrit :Bien, mais dans ce cas il aurait dû changer le titre de son livre!
Il est possible, j'imagine, de traduire le titre "Hitler's Pope" en "Le Pape de l'époque d'Hitler" car, dans le cas contraire, on pourrait aller jusqu'à traduire "Le Pape qui servit Hitler". Quel est mon Pape aujourd'hui ? Benoit XVI.

Fraternellement.

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«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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Re: Pie XII et le nazisme

Message non lu par Cinci » mer. 13 juin 2012, 16:27

J'avoue que je ne sais pas s'il aurait pu changer son titre facilement.

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Re: Pie XII et le nazisme

Message non lu par Fée Violine » mer. 13 juin 2012, 18:59

Cinci a écrit :J'avoue que je ne sais pas s'il aurait pu changer son titre facilement.
Un titre, ça se change sans problème, surtout quand on s'aperçoit qu'il est faux!
Mais évidemment, "le pape de Hitler" c'est vendeur!

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Re: Pie XII et le nazisme

Message non lu par Nanimo » mer. 13 juin 2012, 22:32

Bien sûr qu'un titre peut se changer sans problème! Ce qui est surprenant c'est ce salissage ciblé, quand on sait que les Juifs qui fuyaient les pogroms et autres ont été refoulés aussi bien en Amérique du Nord (États-Unis, Canada), qu'en Amérique du Sud et... même à Cuba! Ces pays n'étaient pas envahis que je sache. C'est tout de même mal venu de déblatérer contre Pie XII dans ces circonstances!
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Re: Pie XII et le nazisme

Message non lu par Fée Violine » mer. 13 juin 2012, 23:10

En effet, il semble que beaucoup de pays (les Anglais, notamment) connaissaient la situation des juifs pendant la guerre, mais ne sont pas intervenus car ils n'en avaient aucune envie. Ces juifs dérangeaient.
Et maintenant ils se permettent de critiquer Pie XII, qui a fait beaucoup mais qui aurait dû faire encore plus!

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Pie XII et la Shoah

Message non lu par etienne lorant » sam. 26 janv. 2013, 20:14




.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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Re: Pie XII et la Shoah

Message non lu par Epsilon » sam. 26 janv. 2013, 20:41

Cher Etienne

Je n'ai pas tout lu dans votre lien, étant parfaitement convaincu de l'affaire. La seule chose qui m'a choqué a priori, c'est de se servir du général de Gaulle dans cette histoire.
Que l’Église et en l’occurrence le pape se débrouille avec les juifs et consort mais, SVP, laissons reposer de Gaulle en paix, et ne pas le mêler même indirectement dans ce merdier.

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Re: Pie XII et la Shoah

Message non lu par Isabelle47 » dim. 27 janv. 2013, 18:44

Je n'ai pas pu lire le message.
A-t-il été supprimé?
"Aussi, croyez-moi, vous pratiquerez beaucoup mieux la vertu en considérant les perfections divines, qu'en tenant le regard fixé sur votre propre limon"
(Thérèse d'Avila)

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