Faut-il séparer l'Éducation de l'État ?

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FMD
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Faut-il séparer l'Éducation de l'État ?

Message non lu par FMD »

Bonsoir,

Les récentes polémiques autour de certaines épreuves tendancieuses du baccalauréat doivent nous pousser à reconsidérer le problème de l'Éducation dite nationale au sein de la République française. Il est en effet aujourd'hui inadmissible que l'Éducation de nos enfants soit confiée à des idéologues nauséabonds financés par l'État, tout comme il était inadmissible il y a un siècle que ce même État tente de gallicaniser notre Église - j'espère que le parallèle fera réfléchir les catholiques réticents en cette année du centenaire de la loi de 1905. En vertu de ce principe il est plus que jamais temps de réclamer une juste et saine séparation de l'Éducation et de l'État afin d'être pleinement libre de choisir ce qui est le mieux pour nos enfants, afin de les soustraire à toute tentative de formatage dogmatique. Bien sûr il ne s'agit pas là d'une solution miracle. Une telle proposition soulève certaines questions majeures, comme l'accès à l'Éducation pour les plus démunis, que nous ne pourrons balayer d'un revers de main en sombrant à notre tour dans des considérations purement idéologiques. Nous devrons également étudier les répercussions sociales de cette mesure, afin de nous assurer qu'elle ne crée pas d'avantage de ghettos éducatifs mais permette au contraire une plus grande mixité sociale et à terme une cohésion nouvelle au sein de la société française, cohésion qui transcenderait la notion passéiste de classe sociale et créerait une véritable égalité des chances. Une fois ces interrogations légitimes levées, les avantages d'une telle séparation ne paraîtront que plus éclatants encore et le modèle de l'école laïque républicaine aura fait long feu.

Je précise enfin que ce message n'a aucune prétention d'exhaustivité. De nombreux aspects théoriques comme l'implication des parents dans le processus éducatif ou techniques comme l'existence d'un programme officiel doivent encore être débattus et je compte bien sur vos participations pour m'aider à développer cette idée et corriger les points négatifs qu'elle est susceptible de comporter.

PaX
Franck
Dernière modification par FMD le lun. 02 avr. 2007, 10:24, modifié 2 fois.
Exupère
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Message non lu par Exupère »

Bonjour,

De toutes façons, avec l'effritement patent de l'Etat français et l'éclatement identitaire et moral du pays, il sera de plus en plus nécessaire aux Chrétiens de s'organiser politiquement; c'est malheureux mais c'est ainsi. L'Education est bien entendu la priorité des priorités.

Pas de rupture avec l'Etat français, mais prenons les choses en main pour que tous ceux qui ne veulent pas envoyer leurs enfants dans des établissements bien souvent moralement défaillant puissent leur donner l'Education qu'ils méritent.

Y'a-t-il des parlementaires qui défendent notre cause éducative? Comment recruter plus de professeurs, dans un pays où 3M d'actifs sont au chômage?

Cordialement
Ex
- Quiconque donc écoute les paroles que je viens de prononcer et les met en pratique ressemblera à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc -
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éducation

Message non lu par fitzcarralda »

Je ne m'exprime pas très bien en Français, je suis en France depuis trois ans et demi, j'ai mis mes trois enfants dans une école catholique les premières 3 année mes cet année j'ai pas pu continuer alors je les ai mis dans le publique, une fille au collège et garçons jumeaux dans l'école primaire du village. Je savais que les élèves sont mieux suivi dans le privé mais quand-même je croyoais que les écoles publiques utilisent les même manuels et programmes... C'est pas vrai, les manuels de collèges de ma fille sont d'une simplicité étonnante, avec beaucoup de photos. Dans l'école primaire l'intervenant de musique leur fait écouter du rap. On veut les transformer en moutons le plutôt possible...

Fitzcarralda
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Christophe
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Re: Séparer l'Éducation de l'État ?

Message non lu par Christophe »

Bonsoir Franck

L'idée peut sembler judicieuse quand l'on pense que l'inventeur de l'école publique "gratuite, laïque et obligatoire" est le même qui, interrogé par Jaurès sur l'intention profonde de sa politique, répondait : "Mon but ? organiser l'humanité sans Dieu".

Mais, à tout dire, le problème me semble moins l'école publique que l'école de la République. Celle-ci a été instrumentalisée, comme le laisse deviner la citation précédente de Jules Ferry, pour servir les intérêt de la République impie et - en faisant du passé table rase - former une humanité nouvelle, fille de la Révolution de 1789. Et effectivement, l'école républicaine a été le lieu de la formation de la nation républicaine dont l'identité n'a - c'est regrettable mais c'est ainsi - plus grand chose a voir avec l'identité de la nation française.

La liberté d'enseignement est une liberté publique fondamentale à laquelle la communauté catholique est - très légitimement - tout particulièrement attachée. Cette liberté doit continuer à être défendu car l'État athée tend naturellement à brider l'enseignement confessionnel catholique. ( Cf. le fil sur ce sujet. )

Toujours est-il que la séparation de l'Éducation et de l'État ne résoudrait pas automatiquement tous les problèmes. Éviter les épreuves tendancieuses du baccalauréat suppose la suppression du baccalauréat public. Ce qui est possible, mais implique également la privatisation de l'université puisque le baccalauréat représente le premier examen universitaire.

La république laïque et relativiste a fait du multiculturalisme - c'est-à-dire finalement de l'hétérogénéité culturelle et du manque de cohésion sociale - la seule caractéristique objective de la population de la France. Dès lors, une pleine séparation de l'Éducation et de l'État aurait peut-être pour conséquence d'aggraver encore le communautarisme naissant. Si l'accès pour tous à l'école libre signifie la gratuité de l'inscription et le financement de l'école libre par l'État, je serai assez peiné de financer par mes impôts des écoles hostiles à ce en quoi je crois - par exemple des écoles islamiques ou, comme aujourd'hui, des écoles athées.

Se donner comme but l'égalité des chances conduit - immanquablement - à tenter d'éradiquer toute influence, négative ou positive, du milieu social sur la formation de l'enfant. Donc à nier le rôle premier de la famille dans l'éducation des enfants : dans notre système d'éducation national, la tentative d'accomplissement de cet objectif d'inspiration socialiste a pour conséquence évidente la déresponsabilisation croissante des parents. Incitant les parents à la démission, l'EN en tire ensuite prétexte pour accroître davantage encore son influence néfaste...
Je crois que l'État ne doit pas viser une égalité marxisante et contre-nature, mais doit lutter contre l'accroissement des inégalités par le soutien opportun et temporaires aux familles déficientes pour que chacun ait une chance, même si ce n'est pas la même que celle du voisin...


Bon WE ! ;-)
Christophe
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Christian
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Message non lu par Christian »

Bonjour Franck, bonjour Christophe, :) :)
Franck
il est plus que jamais temps de réclamer une juste et saine séparation de l'Éducation et de l'État afin d'être pleinement libre de choisir ce qui est le mieux pour nos enfants,
[....]
Une telle proposition soulève certaines questions majeures, comme l'accès à l'Éducation pour les plus démunis,

Christophe
La liberté d'enseignement est une liberté publique fondamentale à laquelle la communauté catholique est - très légitimement - tout particulièrement attachée. Cette liberté doit continuer à être défendu car l'Etat athée tend naturellement à brider l'enseignement confessionnel catholique
Bonne idée, Franck, de relancer ce débat fondamental sur le rôle des hommes de l’Etat dans l’éducation de nos enfants. Un début de réponse à la question que Christophe et vous posez sur la liberté de l’enseignement est apporté par le chèque-éducation (une initiative nullement libérale, comme je le montrerai plus bas, mais qui constitue quand même un pas bienvenu pour s’éloigner de l’étatisme).

L’idée du chèque-éducation est fondée sur le principe (discutable) que l’Etat doit à sa jeunesse les moyens d’une instruction aussi poussée que possible aux noms de l’égalité des chances, la justice sociale et la prospérité nationale, mais qu’il n’en découle pas que l’Etat doive fournir lui-même cette instruction. L’Etat fournirait plutôt à chaque famille un chèque annuel à dépenser par les parents dans l’établissement de leur choix.

Les partisans de cette solution y voient 3 avantages :

:arrow: D’abord, la privatisation de l’EN. Non pas qu’elle cède la place à une ‘école des riches’, puisque chaque enfant recevra les moyens de suivre l’enseignement que lui ouvrent ses capacités, mais plutôt à une école au service du public, pas de son personnel, comme c’est la pratique aujourd’hui de tout ‘service public’.

:arrow: Car, et c’est le second avantage, le chèque-éducation responsabilise tous les acteurs, parents, enfants, enseignants. Avec 14,940,000 élèves et étudiants, le coût global de notre ‘chère’ Education Nationale s’élève à 103,6 milliards d’euros, soit 6.930 euros par élève et étudiant. Les parents de 2 enfants qui auront entre les mains un chèque de près de 14.000 euros penseront à tous ces petits bonheurs qu’ils pourraient s’offrir, les dettes remboursées, les fins de mois assurées, et la plupart se montreront beaucoup plus exigeants à l’égard des bénéficiaires de cette manne, à la fois les enseignants et leurs enfants. Absentéisme des profs, grèves, école buissonnière, devoirs bâclés, rencontreront beaucoup moins d’indulgence.

:arrow: Enfin, chaque enfant se verra offrir un enseignement adapté à ses besoins. Pour capter les chèques-éducation, les enseignants organisés en entreprises privées, coopératives, associations, avec ou sans but lucratif, devront se spécialiser. Les uns proposeront une pédagogie très libérale, convenant à des tempéraments créatifs, facilement motivés, les autres une discipline stricte ; certains établissements développeront des méthodes pour écoliers en retard, d’autres pour des brillants sujets, d’autres encore offriront un enseignement bilingue ou trilingue, etc.
Nous devrons également étudier les répercussions sociales de cette mesure, afin de nous assurer qu'elle ne crée pas d'avantage de ghettos éducatifs mais permette au contraire une plus grande mixité sociale et à terme une cohésion nouvelle au sein de la société française,

La république laïque et relativiste a fait du multiculturalisme - c'est-à-dire finalement de l'hétérogénéité culturelle et du manque de cohésion sociale - la seule caractèristique objective de la population de la France. Dès lors, une pleine séparation de l'Education et de l'Etat aurait peut-être pour conséquence d'aggraver encore le communautarisme naissant.
Voilà une bonne formulation de l’objection principale à la privatisation de l’enseignement. Mais ce que nous réclamons pour nous-mêmes, des écoles chrétiennes porteuses de valeurs fortes, nous ne pouvons légitimement le refuser à d’autres. Je préfère encore des établissements affichant clairement la couleur, musulman, humaniste, scientologue, protestant, catholique…, à une propagande invisible et insidieuse. De toutes façons, nous attachons beaucoup trop d’importance à l’enseignement, ou, ce qui revient au même, nous ne créditons pas les jeunes de suffisamment d’esprit critique. Confrontés à la réalité, ils démasquent très vite le boniment. Lorsque j’habitais Moscou dans les années 1990, tous les Russes n’avaient connu que la vulgate marxiste à l’école, à l’uni, dans tous les livres, tous les medias, chez les Pionniers, etc., et on n’en trouvait pas un qui crût au marxisme.
Si l'accès pour tous à l'école libre signifie la gratuité de l'inscription et le financement de l'école libre par l'Etat, je serai assez peiné de financer par mes impôts des écoles hostiles à ce en quoi je crois - par exemple des écoles islamiques ou, comme aujourd'hui, des écoles athéistes
Tout à fait d’accord, et c’est mon objection libérale au chèque-éducation. En bonne justice, chaque famille doit payer pour l’éducation de ses enfants. Mais, cher Christophe, cette objection à payer pour des services que notre conscience réprouve, vaut pour toute la fiscalité. Car l’impôt n’est rien d’autre que le moyen utilisé par les plus puissants ou les plus nombreux (en démocratie) pour faire payer par d’autres les avantages dont ils veulent jouir : courrier, électricité, transports, santé, routes, activités culturelles, prix agricoles, police, garantie de l’emploi, la liste est ridiculement longue. Voilà une autre question que les contemporains du Christ lui ont posée : « Est-il moralement obligatoire de payer l’impôt ? », et dont les chrétiens ont oublié la réponse : Non.

Fraternellement

Christian
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Christophe
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Chèque scolaire

Message non lu par Christophe »

Bonsoir ! :)

La solution du chèque-éducation est en effet préconisée par certains chrétiens, dont mgls qui nous fait parfois la joie d'intervenir sur ce forum. Le chèque scolaire semble répondre assez bien aux principes énoncés par certains chrétiens en matière d'éducation. Pour illustration, voici reproduite ci-dessous une déclaration de la centrale CFTC du Bas Rhin.

PaX vobiscum
Christophe
La CFTC a écrit :L'éducation

La politique de l'éducation doit être le fruit d'une concertation large entre les parents d'élèves, les personnels, les responsables, et les organisations professionnelles d'employeurs et de travailleurs.

La famille, cellule de base de la société, est pour la CFTC, le lieu privilégié de l'éducation des enfants. La présence et la disponibilité des parents représentent un élément essentiel de cette éducation. II n'appartient pas à la CFTC, en tant qu'organisation syndicale, de s'exprimer sur le rôle respectif des époux dans le couple. En revanche, l'action de la CFTC doit permettre de conforter les familles dans leur rôle éducatif en prenant mieux en compte la dimension familiale dans les politiques publiques.

La CFTC milite pour que I"État remplisse pleinement son rôle d"éducateur complémentaire auprès des enfants sans qu'il prenne la place première de la famille. Auxiliaire de la famille, l'Ecole ale devoir de servir la réussite de chaque jeune en le préparant à maîtriser sa vie d'adulte.

La transmission des valeurs sociales est une des finalités incombant à l'Etat. II doit transmettre un certain nombre de connaissances, en complémentarité de celles que les enfants reçoivent dans le cadre familial.

L'école doit contribuer à créer une société dans laquelle chaque enfant, quelles que soient son histoire ou sa situation familiale, puisse avoir toutes les chances de réussir, de s'épanouir, de s'intégrer.

II est du devoir primordial des parents et de l'environnement familial d'être actifs dans les associations de parents d'élèves afin de s'intéresser et d'orienter l'avenir des enfants. Les parents ont une légitimité qu'ils doivent exercer dans ces instances. C'est pourquoi, la CFTC s'intéresse de près à l'Ecole, corps social vivant, vivier de notre avenir. La liberté de choix en matière d'enseignement (public ou privé) constitue l'une des options fondamentales de la CFTC .

La CFTC revendique pour les familles, le droit prioritaire de choisir librement la forme d'enseignement qu'ils entendent donner à leurs enfants, dans le respect de leur propre développement.

Ce droit doit avoir les moyens de s'exercer. Le libre choix d'un établissement scolaire lié à l'État par contrat ne doit entraîner aucune pénalisation, ni pour les familles, ni pour les jeunes, ni pour les personnels. II nécessite l'absence de discrimination dans la répartition des budgets de l'éducation.
:arrow: http://www.cftc-67.fr/divers/dossiers/famille.htm
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Comment concillier la séparation et l'obligation ?

Message non lu par Christophe »

Salut Franck, Bonsoir Christian

Voilà une autre problématique que je soulève : Comment concilier une dénationalisation de l'Éducation avec l'obligation de scolarisation - aujourd'hui fixée à 16 ans ?

En effet, les enfants les plus difficiles ou les moins doués - c'est-à-dire ceux demandant le plus d'encadrement et d'attention - risquent de ne pas trouver d'écoles acceptant de les scolariser ? Ces enfants difficiles représentant un "marché" (sic.) avec une "rentabilité" (resic.) très insuffisante sinon négative.


Voilà, je vous laisse plancher. :lol:
Christophe
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Message non lu par Christian »

Salut Franck, Bonsoir Christian

Voilà une autre problèmatique que je soulève : Comment concillier une dénationalisation de l'Education avec l'obligation de scolarisation - aujourd'hui fixée à 16 ans ?

En effet, les enfants les plus difficiles ou les moins doués - c'est-à-dire ceux demandant le plus d'encadrement et d'attention - risquent de ne pas trouver d'écoles acceptant de les scolariser ? Ces enfants difficiles représentant un "marché" (sic.) avec une "rentabilité" (resic.) très insuffisante sinon négative.


Voilà, je vous laisse plancher.
Christophe
Bonjour Christophe,

Comme toujours, vous mettez le doigt sur les vraies questions. ;-) Je planche donc, comme vous m’y invitez (sans savoir si je possède la bonne réponse, elle ne peut venir, et encore ne sera-t-elle que provisoire, que du phénomène de création collective qu’on appelle ‘le marché’).

Considérons d’abord la situation d’où nous partons. Les enfants ‘difficiles’ et ‘moins doués’ sont peut-être pris en charge par l’EN, mais dans quelles conditions ?

Lorsqu’une grande entreprise capitaliste possède une filiale quelque part qui péclote, le patron envoie deux ou trois de ses meilleurs cadres, ses stars, avec mission de la redresser. S’ils réussissent, à eux les primes dodues, les bonus, les promos accélérées. Car le succès de l’entreprise se mesure à sa production.

Mais pas l’EN. Elle possède nombre de lycées en zones défavorisées avec des résultats scolaires déplorables. :dunce: Qui est nommé dans ces lycées ? les meilleurs profs avec mission d’améliorer la ‘production’ de bons élèves ? Que nenni. On envoie les jeunes capésiens sans expérience. Personne d’autre ne veut y aller car il n’y a aucun avantage à y gagner. Les grille des rémunérations et des avancements est identique à Sartrouville et à Paris NAP. Si ces profs débutants sont bons, ils ne resteront pas, ils réussiront à se faire muter dans un établissement classieux. Les ZEP restent avec les ‘Petit Chose’. L’EN n’est pas gérée en fonction des besoins des élèves, mais des besoins de son personnel. C’est la différence entre une entreprise privée et un service public.

Car une entreprise privée ne peut survivre en ponctionnant les contribuables. Elle doit fournir un service que les clients apprécient assez pour le payer. Comme il existe des élèves difficiles, asociaux, dyslexiques, handicapés moteur ou mental, il s’établira sur un marché libre des entreprises ravies de proposer des pédagogies adaptées. Celles qui réussiront à faire progresser ces élèves recruteront, se développeront pour le plus grand bien de tous, les autres pour survivre devront trouver d’encore meilleures méthodes. Et justement parce cette éducation est très spécialisée (petits effectifs, formation spéciale des profs), elle sera facturée cher et sera rentable.

Les pauvres pourront-ils offrir cette éducation à leurs enfants ? Non. Mais une société qui ne pratique pas le vol fiscal ne suscite ni l’expatriation des riches, ni la dissimulation de leurs revenus. Ils savent que si eux ne secourent pas les pauvres, nul ne le fera. Or quel meilleur moyen de faire excuser sa Ferrari, source de l’ire plébéienne, et de se donner bonne conscience que de financer avec ostentation une institution philanthropique qui portera son nom. :innocent: Sans compter, bien sûr, les églises, syndicats, assoc culturelles, ethniques, de quartier, qui verront dans le retrait de l’Etat l’occasion d’offrir de nouveaux services et de recréer du lien entre les gens. On sort de la logique actuelle du « Chacun pour soi, l’Etat pour tous ».

Et si l’on reste (provisoirement) en économie étatique, le chèque-éducation est un bon moyen de laisser les parents choisir parmi l’offre la plus vaste la pédagogie adaptée aux besoins des petites têtes blondes les plus réfractaires à l’instruction.

Cordialement

Christian

PS. Cela dit, je ne suis pas d’accord avec l’obligation de scolariser les enfants jusqu’à 16 ans. D’abord, je suis contre le principe même d’une telle obligation, et si on croyait cependant nécessaire de la maintenir, l’âge maximum pour moi serait 13 ans. Sans même avoir lu Ivan Illich, il faut n’avoir jamais vécu en dehors du cadre des administrations d’Etat pour constater les infinies possibilités économiques offertes à des gens ne possédant que le minimum d’instruction (lire, écrire, compter, et une bonne maîtrise de l’anglais). Le plaisir de la lecture, théâtre, musique, vient ensuite. Mais ceci est pour un autre fil.
:online:
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Comment revaloriser l'enseignement professionnel ?

Message non lu par Christophe »

Salut Christian

Christian a écrit :Je planche donc, comme vous m’y invitez (sans savoir si je possède la bonne réponse, elle ne peut venir, et encore ne sera-t-elle que provisoire, que du phénomène de création collective qu’on appelle ‘le marché’).
Comment ça provisoire ? Le "marché" n'est-il pas la fin de l'Histoire, le sommet indépassable, l'accomplissement ultime de toute progrès économique, sociale et politique ? Il pourrait donc exister quelque chose d'encore plus parfait ? Sans doute ai-je mal compris...
:unsure:
Christian a écrit :Considérons d’abord la situation d’où nous partons. Les enfants ‘difficiles’ et ‘moins doués’ sont peut-être pris en charge par l’EN, mais dans quelles conditions ?
Je suis bien d'accord... les conditions sont effectivement lamentables. Vous considérez que c'est en raison de l'affectation des professeurs inexpérimentés. C'est partiellement vrai, mais ce n'est pas la seule raison. Ce que vous dîtes est pertinent pour les filières "généralistes", là où les professeurs peuvent espérer - à l'occasion d'une mutation - s'éloigner de ces écoles, collèges et lycées "défavorisés".
Ayant un membre de ma famille qui enseigne dans l'enseignement professionnel - et qui est très loin de manquer d'expérience - , la situation y est un sensiblement différente puisque ZEP ou pas ZEP, le niveau est sensiblement aussi médiocre. Voici mon analyse : la filière professionnelle est la filière poubelle de l'EN. On y place tous les élèves que l'on considère comme irrécupérables : les élèves en situation de retard scolaire, les délinquants juvéniles et autres "cas sociaux"... Dans ces classes, enseigner et étudier est impossible : car une minorité d'élèves provoque un chahut dont pâtissent tous les autres. Cette minorité chahutante est inexpulsable, au titre de l'obligation de scolarisation. S'il y a une exclusion d'un établissement, suite à un conseil de discipline, c'est le lycée voisin qui récupère le paquet !

J'entame sur des sujets connexes ( j'espère que la modération sera clémente :oops: ) mais je suis persuadé que la revalorisation de l'enseignement professionnel que beaucoup de monde appelle de ses voeux ne peut faire l'économie d'un certain élitisme, ou en tout cas d'un certain écrémage. Cela implique la réouverture d'une filière dans laquelle placer les élèves qui ne veulent absolument pas travailler et dispersent les cours : il faut des écoles disciplinaires encadrées par des militaires, bref des maisons de redressement. Ce sera un bienfait tant pour eux, que pour les autres élèves et la société toute entière. L'autre grande piste pour la revalorisation professionnelle est de renforcer encore la professionnalisation du cursus, notamment par l'apprentissage.

La revalorisation de la filière professionnelle est en plus une nécessité économique pour un pays qui compte 3.000.000 de chômeurs indemnisés mais recourt pourtant au travail d'étrangers plus ou moins réguliers pour des travaux peu ou non-qualifiés.
Christian a écrit :Et justement parce cette éducation est très spécialisée (petits effectifs, formation spéciale des profs), elle sera facturée cher et sera rentable.

Les pauvres pourront-ils offrir cette éducation à leurs enfants ? Non. [...] Et si l’on reste (provisoirement) en économie étatique, le chèque-éducation est un bon moyen de laisser les parents choisir parmi l’offre la plus vaste la pédagogie adaptée aux besoins des petites têtes blondes les plus réfractaires à l’instruction.
C'est justement dans le cadre de la mise en place de la mesure du "chèque-éducation" que je posais la question. Vous reconnaissez qu'une éducation adaptée aux petites têtes (pas toujours très) blondes "les plus réfractaires à l’instruction" est coûteuse. Si le montant du chèque scolaire est uniforme (au moins par tranche d'âge, et en mettant à part les situations de handicap reconnu), un élève (par exemple) indiscipliné sera incapable de trouver une école privée acceptant de le scolariser pour une petit chèque de 6.930€ en moyenne. Dès lors, si l'EN est complètement dénationalisée, il sera dans l'impossibilité de remplir à son obligation scolaire.

La solution me semble être le maintien d'une éducation nationale non-monopolistique (la réforme du chèque-scolaire n'ayant pas d'autre effet que de faciliter l'accès à l'enseignement privée), ayant - tout comme aujourd'hui - l'obligation (jusqu'à un certain âge) de scolariser les enfants qui en font la demande. Rouvrir des maisons de redressement et y placer les élèves les plus indisciplinés est impératif.
PS. Cela dit, je ne suis pas d’accord avec l’obligation de scolariser les enfants jusqu’à 16 ans. D’abord, je suis contre le principe même d’une telle obligation, et si on croyait cependant nécessaire de la maintenir, l’âge maximum pour moi serait 13 ans. Sans même avoir lu Ivan Illich, il faut n’avoir jamais vécu en dehors du cadre des administrations d’Etat pour constater les infinies possibilités économiques offertes à des gens ne possédant que le minimum d’instruction (lire, écrire, compter, et une bonne maîtrise de l’anglais). Le plaisir de la lecture, théâtre, musique, vient ensuite. Mais ceci est pour un autre fil.
Alors nous en rediscuterons dans cet autre fil... Quel est, en France, l'âge minimal pour pouvoir travailler en entreprise ?


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La Rochejaquelein
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Le problème du chèque scolaire, c'est que tous le monde irait vers les meilleurs écoles actuelles.
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Message non lu par Boris »

Je pense que le fond du problème est que l'Education Nationale est une tromperie, un totalitarisme.

Il faut revenir à l'Instruction Nationale !

Les éducateurs, ce sont les parents. Personne d'autre et encore moins le corps enseignant qui ... enseigne. Il n'éduque pas.
Déjà qu'il n'apprend pas à enseigner, alors quelles valeurs va-t-il éduquer (la grève ?) ?

Mais cela nécessite une remise en cause globale de la société et du rôle de la Mère de Famille !
UdP,
Boris
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