Conditions de licéité du tyrannicide

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Christophe
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Conditions de licéité du tyrannicide

Message non lu par Christophe » jeu. 16 août 2007, 13:47

Bonjour

Suite à un débat sur la légitimité de la seconde guerre du Golf, s'est posé la question des conditions de licéité du tyrannicide à la lumière de la tradition chrétienne.

J'ouvre donc ce fil pour en débattre.

Cordialement
Christophe
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Re: Conditions de licité du tyrannicide

Message non lu par Boris » jeu. 16 août 2007, 22:00

Quelle est la véritable question ?
- Est-ce qu'un système avec un homme "seul" au pouvoir façon monarchie est compatible avec la DSE ?
- ou est-ce qu'il faut partir du principe qu'un homme seul au pouvoir est forcément un mal ?

Je ne suis pas sur le mot tyran soit le bon pour lancer la discussion.
Pendant des années les Rois ont gouverné la France et ce de manière juste et équitable (Cf. St Louis et tous les rois qui ont eu comme surnom "le Juste", cf. les cahiers de doléances de 1789 où les paysans demandaient au Roi de leur faire justice contre les bourgeois).

Il ne faut pas perdre de vue que ce qui est compatible avec l'enseignement du Christ et de donc de l'Eglise, c'est un système politique quel qu'il soit qui vise le Bien commun selon la définition que Dieu donne du Bien.
Si un "tyran" permet comme au Népal de réaliser cela (le Roi a prit les plein pouvoir lorsque les communistes menaçaient de renverser le gouvernement), pourquoi voulez-vous que l'Eglise le condamne ?
Seul les pays occidentaux condamnent ce type de gouvernement car il empêche le relativisme de se développer et ainsi s'oppose à l'Illuminisme (qui est cause de tant de maux).
UdP,
Boris

Serge BS
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Le tyrannicide (1)

Message non lu par Serge BS » ven. 17 août 2007, 12:33

Christophe et Boris,

En ce qui concerne le pouvoir, le Christianisme allait introduire une conception nouvelle, partiellement héritée du judaïsme, celle que l’origine et le fondement de l’autorité dépend de Dieu, est à Dieu ; c’est la formule Omnis potestas a Deo ! Il y a donc une légitimité transcendante du pouvoir et du droit, cette légitimité étant à l’origine de la doctrine ministérielle de l’État, mais aussi des droits de tyrannicide et de résistance à l’oppression !

Il y a en apparence une certaine contradiction entre l’individualisme radical du chrétien, son devoir de solidarité et la conception ministérielle – c’est-à-dire institutionnelle en fonction d’un ordre éthico-moral fixé par Dieu au travers du Décalogue – de l’État. Néanmoins, cette contradiction peut être dépassée à la condition d’établir une distinction formelle entre le religieux et le politique, ainsi que par la formation d’une communauté bien organisée, rassemblant tous les disciples du Christ en une Église, nouvelle cité, pleine d’un amour fraternel (caritas) ; c’est cette idée d’une communauté de Christ avec l’Église au sein de l’empire qui allait faire des Chrétiens des ennemis à détruire de l’empire, justifier les persécutions, mais aussi, à terme, bouleverser les conceptions jusqu’alors totalisantes de l’État.

Faisons ici quelques rappels sur la vision thomiste de la loi et du pouvoir, car elle induit le concept de tyrannicide évoqué peu ou prou actuellement, tout comme elle a eu des influences sur son approche de la guerre. Assurant un lien entre la Foi et la raison, saint Thomas d’Aquin distingue ainsi trois sortes de lois ou de droits, qui tous dépendent de la loi éternelle, de " la raison suprême existant en Dieu " :

- la loi divine, qui est révélée aux hommes par la Bible, c’est-à-dire par la succession de l’Ancien et du Nouveau Testaments ;

- la loi naturelle, qui est la loi inscrite en chaque être, et de ce fait indépassable par la loi humaine ;

- la loi humaine, qui, fruit de la pensée de l’homme et de sa pensée, est variable dans le temps et dans l’espace, loi se décomposant entre droit des gens et droit positif.

La loi naturelle se décompose elle-même en trois éléments :

- l’instinct de conservation, qui est propre à tous les êtres animés ;

- l’instinct de reproduction, qui est propre à l’homme et aux animaux ;

- la subordination des passions à la raison, qui est spécifique à la nature humaine.

Cette subordination se traduit dans l’ordre politique par celle des intérêts particuliers au bien commun . Ce bien commun, qui est un bien moral, consiste en ce à quoi doit tendre chaque groupe social humain à chaque instant de son histoire, et ce afin d’atteindre la fin rationnelle que lui assigne sa nature ; en ce sens, le bien commun procède directement de la loi naturelle dont il est l’une des composantes.

De tout cela, saint Thomas d’Aquin aboutit à une perception du pouvoir induisant que chaque gouvernement doit correspondre à la morale par la subordination des intérêts particuliers au profit du bien commun. Par là même, seule la poursuite du bien commun donne naissance à une souveraineté légitime, cette souveraineté n’étant de plus pas absolue mais toujours limitée. Il y a donc là une certaine contradiction apparente avec le " Tout pouvoir vient de Dieu " de saint Paul, mais saint Thomas d’Aquin va chercher à justifier de manière rationnelle cette formule qui pourrait contredire le principe de poursuite du bien commun. Mais cette contradiction n’est qu’apparente, le raisonnement de saint Thomas d’Aquin s’effectuant en deux étapes logiques :

- la société est une exigence de la nature de l’homme. Or, pour vivre en société, il faut nécessairement qu’il y ait une autorité supérieure poursuivant le bien commun. De ce fait, l’autorité serait une exigence de la nature ;

- pour le chrétien, toutes les exigences de la nature viennent de Dieu. Or, l’autorité est une exigence de la nature politique de l’homme. De ce fait, toute autorité procède de Dieu, ce que saint Thomas d’Aquin synthétise par la formule :

" Tout pouvoir vient de Dieu par le peuple. "

Reste cependant une contradiction avec la formule paulienne liée à l’acceptation supposée par cette formule de la tyrannie, qui serait dès lors justifiée de par son existence même, et surtout posée comme voulue par Dieu. Mais saint Thomas d’Aquin va apporter une solution en posant pour principe que la tyrannie n’est pas conforme au plan de Dieu en ce sens qu’en confisquant le pouvoir elle se détourne du bien commun, et ne peut donc pas être voulue par Dieu ; elle serait donc illégitime par nature même. Dès lors, le tyrannicide serait possible comme remède à ce détournement du pouvoir vers un profit indépendant aux dépens du bien commun. Mais saint Thomas limite bien plus le tyrannicide qu’on le croit souvent en posant qu’il est a priori non conforme avec la doctrine des Apôtres, et plus encore avec le message d’Amour du Christ, et ce car il ne serait qu’une initiative privée ; la solution est donc que le tyrannicide se doit d’être une initiative publique s’attaquant à la cruauté du tyran en ce que ce dernier contredit la loi divine et la loi naturelle. La solution est donc qu’il doit y avoir d’un côté le peuple qui a le droit de faire rupture de son lien d’allégeance au souverain, mais d’un autre côté l’Église qui doit, en tant qu’autorité supérieure au pouvoir temporel, intervenir pour autoriser ce tyrannicide. La vision thomiste est ici, plus que théocratique, théocentrée, ou plutôt ecclésiocentrée…

Maintenant, comme il y a trop souvent confusion entre les termes de tyran, d’autocrate, de despote, de dictateur, de roi (!!!, alors même que tous les rois n’ont pas été des tyrans ou des autocrates, loin de là), etc…, quelques rappels sur le concept de monocratie et ses déclinaisons…

Le concept et ses composantes - Le terme de monocratie est d’usage assez récent en France, alors qu’il est plus ancien au Royaume-Uni puisque l’on y parle dès le XVIIIème siècle de monocraty dans le sens de gouvernement par une seule personne. Par ailleurs, Jefferson devait traiter en 1790 les membres du Parti fédéraliste des Etats-Unis de monocrates. Le terme de monocratie est donc d’usage assez ancien chez les anglo-saxons.

Monocratie est en fait un mot d’origine grecque assez tardive, utilisé notamment par Platon et par Aristote. Il avait alors un sens pouvant se confondre avec celui de monarchie, tel le concept romain de monocrator. Cependant, au cours des siècles, la monarchie est devenue le régime politique dans lequel le chef de l’État est héréditaire.

Pour les politologues modernes, la monocratie est une forme de gouvernement. Elle est le gouvernement d’un groupe social souverain par un seul homme quel que soit le nom donné à celui qui exerce le pouvoir : chef, roi, empereur, monarque, président… Le Dictionnaire de la Fondation des Sciences Politiques en donne ainsi la définition suivante : La monocratie est le régime politique dans lequel le gouvernement est exercé par un seul homme quel que soit le titre porté par cet homme.

La monocratie dans l’histoire - Jusqu’au XIXème siècle, la monocratie était le régime le plus répandu, étant de règle à cette époque. Le système monocratique ne semble par ailleurs pas lié à un stade déterminé de l’évolution des groupes socio-politiques, bien que pour Burdeau ce soit la forme pré-étatique du pouvoir. En fait, des sociétés archaïques aux sociétés développées, il n’y a pas de critère d’évolution apparent. De même, la monocratie n’est pas liée à une dimension donnée d’un groupe social ; ce peut être le gouvernement d’un clan comme celui d’un grand empire. Enfin, la monocratie peut considérée comme étant la forme la plus ancienne de régime politique ou comme une forme de transition entre deux autres formes de régime politique.

C’est au VIIème siècle avant notre ère que la tyrannie devait apparaître dans la Grèce antique. Il s’y est agit d’un système transitoire et aconstitutionnel qui devait engendrer le régime des Cités, ces Cités devant elles mêmes engendrer des régimes monocratiques. Ainsi, pour Athènes, il y a eu successivement la démocratie, le régime des rois de Macédoine et les monarchies hellénistiques (Antigonides, Séleucides, Ptoléméïdes ou Lagides).

À Rome, ou plus largement en Italie, le régime monocratique est apparu avec les rois étrusques, alors que la Cité moderne devait voir le jour en – 509 avec le renversement des Tarquin. Il y eut alors établissement d’une république aristocratique. Néanmoins, Jules César devait fonder une nouvelle monocratie, alors qu’Octave s’empara du pouvoir pour instituer le Principat qui tint jusqu’en 284 de notre ère. Enfin, il y eut établissement de la tétrarchie - scission en deux Empires avec deux augustes et deux césars -, puis l’Empire absolu.

En Europe, au Moyen-âge classique, le pouvoir en Europe était presque toujours monocratique ; ainsi, au haut Moyen-âge, les dynasties franques devaient fonder un régime arbitraire. On eut ensuite une lutte entre l’Empire romain germanique et les Papes, les deux réclamant l’Imperium mundi.

En France, la monarchie capétienne fut féodale à ses débuts. Elle était donc limitée par la féodalité, par les principes chrétiens et par le rôle de la bourgeoisie naissante. Néanmoins, une monocratie devait s’instaurer à partir de 1314 lorsque le Parlement de Paris déclara : " Le roi est souverain et non plus suzerain. "

Avant l’époque moderne, il semble donc que le régime traditionnel de gouvernement fut la monocratie, exception faite de quelques républiques, notamment en Italie, comme la République de Venise.

À l’époque moderne, le pouvoir est tout autant monocratique, sinon plus encore avec l’émergence des concepts d’État et de nation. Ainsi, les monocraties se débarrassèrent-elles des pouvoirs para-royaux, notamment par la perte de leur indépendance par les villes ou encore l’assimilation de la féodalité à une forme particulière de propriété. Il y eut donc destruction de tous les droits faisant obstacle au pouvoir du monocrate, pouvoir par nature centralisé, et le pouvoir des monocrates devait aller en se renforçant. Néanmoins, les monocrates ne restèrent pas à l’abri d’attaques, comme par exemple celles des monarcomaques en France. De même, au Royaume-Uni, les révolutions anglaises de 1640, 1648 et 1688 devaient démontrer que les assemblées d’États, c’est-à-dire les Parlements, pouvaient remporter la victoire dans la lutte contre la monarchie absolue de type monocratique ; à partir de 1688, le régime monocratique y été abattu, même si l’on n’étant pas encore en démocratie mais seulement en pluricratie. Au XVIIIème, les révolutions américaine puis française éclatèrent au nom d’une idéologie de séparation des pouvoirs, et ce n’est qu’à partir de ce moment de l’histoire qu’il y a émergence d’une nouvelle forme de régime : la démocratie.

Au XIXème siècle, la monocratie tendait à se raréfier, ne disparaissant cependant pas. Ainsi, le bonapartisme fut un régime monocratique, ce gouvernement d’un seul s’appuyant cependant sur le suffrage universel et sur le plébiscite. Au XXème siècle, le fait des dictatures devait rétablir partiellement et localement le régime des monocraties : Hitler, Staline, Mussolini… Aujourd’hui, la monocratie apparaît comme un aspect du totalitarisme : Saddam Hussein, " Petit " Kim, …

Définition et éléments de la monocratie - Si Marcel Prélot oppose la monocratie - gouvernement d’un seul - à la démocratie - gouvernement du peuple -, il est cependant préférable d’opposer monocratie et pluricratie - gouvernement de plusieurs : démocratie, oligarchie, etc… -, et ce dès lors que le pouvoir n’est plus entre les mains d’un seul homme. La notion de monocratie peut ainsi être recentrée autour de trois éléments :

- le fait que le pouvoir appartient à un organe unique sans division du dit pouvoir. Donc, dès que dans un régime le pouvoir de décision politique est partagé de manière réelle entre plusieurs organes, on peut dire que ce régime n’est pas une monocratie mais un régime de séparation des pouvoirs ;

- l’organe unique de pouvoir est constitué par une seule personne ; il est monocéphale. Donc, quel que soit le titre ou le monde d’arrivée au pouvoir, il y a un chef et un seul. Sont donc à écarter du concept de monocratie les sociétés archaïques acéphaliques, les oligarchies, les démocraties, les tétrarchies, … bref tous les régimes à pouvoir divisé. Il est à noter que Burdeau n’a pas retenu cette condition ;

- il y a un gouvernant unique prenant seul les décisions politiques. Les pouvoirs du chef sont donc très étendus dans une monocratie, puisqu’il est le seul détenteur du pouvoir de commandement et de décision, avec de plus disposition du pouvoir de contrainte.

Ces diverses propositions n’impliquent cependant pas que le monocrate ait un pouvoir illimité et totalitaire. En effet, le chef peut ne pas disposer d’un pouvoir illimité - existence de limites religieuses, contrôle des décisions, … - tout en étant un monocrate. Et c’est à ce niveau qu’il faut introduire la distinction que fait Aristote entre la monarchie et la tyrannie.

Ainsi, selon Aristote, la monarchie est le gouvernement où un seul homme est maître est souverain de toutes choses ; mais elle se divise entre royauté et tyrannie. La royauté ou basileia est soumise à un certain ordre, la nomos, et fonctionne dans l’intérêt général, alors que la tyrannie n’a pas d’autre limite que l’intérêt personnel du tyran, d’où d’ailleurs le sens péjoratif recouvert par le mot tyran. Le tyran est donc celui qui conquiert le pouvoir par la force, celui qui oppresse et qui est cruel, celui qui ne voit que son intérêt propre, alors que le roi est le " bon " monarque qui respecte les lois divines et humaines. On peut conserver certains des éléments de cette distinction pour définir la monocratie, en ce sens qu’elle est ainsi la forme de régime dans laquelle le pouvoir n’est pas limité.
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Serge BS
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Le tyrannicide (2)

Message non lu par Serge BS » ven. 17 août 2007, 12:35

L’hétérogénéité terminologique - Il existe en fait une très grande diversité des termes utilisés pour désigner l’homme ayant seul le pouvoir en monocratie.

Le terme le plus général est celui de chef. Il se retrouve d’ailleurs encore dans le vocabulaire contemporain : chef de l’État, chef de gouvernement, … Il est cependant d’un emploi très rare dans l’histoire des monocraties, car on y parle plus souvent de roi ou d’empereur.

D’origine grecque, le terme de monarque a vu son sens très souvent réservé jusqu’à nos jours aux monocraties. Néanmoins, depuis le XXème siècle, la monarchie est définie comme étant le régime politique dans lequel le chef de l’État est un roi héréditaire, et ce par opposition à la république. Si Aristote avait distingué la royauté de la tyrannie et de la monarchie, il y avait par contre dans la France de l’ancien régime une confusion entre la royauté et la monarchie. Ainsi, pour Montesquieu, il existait trois formes de gouvernement :

- la république ;

- le despotisme, où un seul gouverne selon sa volonté et son caprice ;

- la monarchie, où un seul gouverne par des lois fixes et établies.

On retrouve donc chez Montesquieu la distinction faite par Aristote, mais avec cependant une confusion entre royauté et monarchie. Dès lors, la monarchie a pris le sens de monocratie légitime puisque même si elle est absolue elle n’est jamais illimitée du fait de l’existence de règles religieuses, morales et politiques s’opposant à la dictature, à la tyrannie et au despotisme. Les monarques sont ainsi sensés tenir leur pouvoir d’une source légitime : l’élection ou l’hérédité. Ainsi, depuis le Moyen-âge français, monarchie, royauté, empire et principauté sont devenus des institutions héréditaires par essence, et à compter du XVIIIème siècle cette notion va s’opposer à celle de république, c’est-à-dire de régime de l’État où le chef élu n’est pas héréditaire. Au XVIème siècle, Jean Bodin définissait dans Les six livres de la République la république comme étant le gouvernement de plusieurs ménages et de ce qui leur est commun avec la puissance souveraine, d’où l’idée de l’État de droit incarné par un prince. Néanmoins, le sens premier de république est le sens latin de res publica : la collectivité du peuple romain dans son ensemble, détentrice de la souveraineté. Aux XIXème et XXème siècles, la distinction entre la république et la monarchie devait surtout résider dans le caractère élu ou héréditaire du chef de l’État. Monarchie est dès lors devenu l’équivalent de monarchie héréditaire, et revêt donc un sens particulier. Ces monarchies héréditaires sont aujourd’hui moins nombreuses, et elles ont de plus évolué, étant de moins en moins monocratiques et le pouvoir étant désormais partagé entre le roi - chargé de l’exécutif par le biais d’un ministère car le roi ne peut se tromper en lui-même et par lui-même - et des assemblées consultatives, puis décisionnaires - monarchie constitutionnelle anglaise, monarchie de juillet en France, …-. Aujourd’hui, monocratie est donc préférable à monarchie en ce sens que monarchie est devenu synonyme de monarchie héréditaire, le pouvoir n’y résidant plus toujours entre les mains d‘un seul homme.

Le roi est à la fois le basileus d’Aristote etle chef légitime de l’État souverain du Moyen-âge. Ce terme est donc équivoque et il convient de fait de le rejeter dès lors que l’on parle des monocraties, et ce même si un roi peut être monocrate, la proposition inverse étant fausse.

Dans la République romaine, l’Imperator était le général victorieux, dôté du pouvoir de commandement ou imperium ;Auguste se posa ainsi comme Imperator. À partir de Néron, ce titre fut définitivement adopté par les empereurs. De même, à la Noël 800, Charlemagne se fit sacré empereur, mais dans un sens équivalent à basileus, et ce titre devait se maintenir jusqu’en 1806, année de la disparition du Saint Empire romain germanique. Empereur est donc un titre qui s’est maintenu en Europe de façon continue depuis Charlemagne d’autant plus que si il fut peut utilisé par Louis XIV, d’autres tels que les Napoléon, Maximilien, Victoria et Guillaume d’Allemagne s’en parèrent. Par ailleurs, tant en Allemagne que dans les pays slaves, il y avait utilisation de termes dérivés de César : tsar, Kaiser, etc… Dès l’époque romaine, l’empereur est considéré comme étant supérieur au roi puisqu’il a l’"imperium mundi ". Ainsi, comme le régime du pouvoir du roi de France était issu du droit romain, pour éviter la supériorité de l’empereur romain germanique, le Parlement de Paris déclara : " Le roi de France est empereur en son royaume. " Le Pape lui-même se réclama aussi de ce titre jusqu’au traité de Canossa, et ce afin d’établir une théocratie… On peut donc définir l’empire comme étant un vaste État soumis à une autorité unique et ayant connu une certaine durée, ce qui fait qu’Alexandre le grand ne créa pas un empire…

Le titre de prince est issu du mot latin princeps qui signifie le premier. C’était à l’époque romaine un titre honorifique porté par le sénateur que l’on voulait honorer en l’inscrivant en premier sur la liste des membres du Sénat : le Princeps senatus. Auguste se para du titre de Princeps. De ce fait, le titre de prince n’est pas adéquat lorsque l’on parle de monocratie, car il fut utilisé par la tétrarchie romaine.

[g]Les premiers tyrans apparurent au VIIème siècle avant notre ère[/g] pour désigner des chefs en lutte contre les abus de l’aristocratie. Il s’agissait de chefs issus de la classe aristocratique, s’appuyant sur la masse et effectuant des réformes dans la Cité. À l’origine le mot n’est donc pas forcément péjoratif, étant plutôt synonyme de seigneur ou de patron. C’est Aristote qui, en désignant sous le vocable de tyrannie un régime éphémère non lié à la nomos, lui donna un sens péjoratif ; mais il ne faut pas oublier non plus qu’Aristote était lié au parti aristocratique jaloux de ses pouvoirs… Néanmoins, ce sens péjoratif s’est perpétué au Moyen-âge, notamment sous l’influence de saint Thomas d’Aquin, et au XVIème siècle, Jean Bodin affirmait que le tyran était celui qui de sa propre autorité se faisait prince souverain. Pour Voltaire, les termes de despote et de tyran se confondaient, et pour lui, dans son Dictionnaire philosophique, la question qui se pose est celle de savoir sous quelle tyrannie l’homme préférerait vivre, car un despote a toujours de bons moments, une assemblée de despotes jamais. Ce terme reste utilisé par les historiens pour désigner tout régime dont le chef est injuste et oppressif et s’est imposé par la force.

Le terme de despote est généralement considéré comme étant synonyme de tyran. Il est issu du grec despotes qui signifie le maître, celui qui commande. Il désignera assez vite le monarque qui gouverne arbitrairement, et, pour Montesquieu, il désigne l’opposé de la monarchie. Ce terme a aujourd’hui quasiment disparu du vocabulaire des politologues au profit de celui de dictateur dans le sens du chef unique disposant en fait d’un pouvoir illimité. Pourtant, à l’origine, à Rome, le dictateur était le monocrate sauveur de Rome nommé par les Consuls pour une durée de six mois avec une mission déterminée : guerre, paix, sauver la Res Publica, … Il y a eu en fait déformation du sens de dictateur et glissement progressif du terme de despote à celui de dictateur.

À l’origine, l’autocrate étant celui qui gouvernait par lui-même, qui disposait de la force par lui-même. Par exemple, à Athènes, le statège autocrate disposait du pouvoir militaire absolu, y compris dans la République. Par la suite, ce terme est devenu d’un emploi fréquent dans le sens du souverain qui n’est soumis à aucun contrôle. Ce terme est apparu en France au cours du XVIIIème siècle, et il fut très vite associé principalement au Tsar de toutes les Russies. Aujourd’hui, une autocratie est un régime monocratique absolu sans contrôle. Il y a donc pouvoir illimité au sein d’un régime dans lequel n’existe aucun organe modérateur. Néanmoins, le terme d’autocrate a un sens différent chez certains politologues. C’est ainsi que pour Mosca, puis pour Duverger, l’autocrate est l’homme qui s’est désigné lui-même comme chef. De son côté, Burdeau distingue la monocratie qui est le régime où il existe un seul centre de puissance politique de l’autocratie qui est le régime où le gouvernant ne tient son pouvoir que de lui-même. Enfin, Duverger oppose l’autocratie à la démocratie, les procédés démocratique - choix des gouvernants par les gouvernés - aux procédés autocratiques - les gouvernants se recrutent eux-mêmes - ; il assimile donc à l’autocratie des procédés tels que la cooptation, l’hérédité, la conquête ou le tirage au sort. Cependant, de nombreux autres politologues ne lient pas la monocratie à l’autocratie.

Les modes d’accesion au pouvoir - Il existe a priori quatre procédés d’accession au pouvoir : la force, l’élection, l’hérédité et la cooptation. Si cette typologie est possible pour le monocrate, il faut donc faire la distinction entre la monocratie autocratique ou de force, la monocratie élective, la monocratie héréditaire et la monocratie cooptante.

Cette typologie basée sur le mode d’accession au pouvoir est peu valable car elle ne tient pas compte de l’étendue du pouvoir. En effet, il existe une hypothèse où une prise de pouvoir par la force peut aboutir à une légitimité du pouvoir, tout comme un chef élu ou héréditaire peut exercer un pouvoir illimité, par détournement ou non du dit pouvoir. De plus, cette typologie tend à tout pris à privilégier un mode de désignation, alors qu’il y a très souvent combinaison de ces modes ; on pensera par exemple aux couples force/élection ou élection/hérédité.

En fait, dans beaucoup de régimes monocratiques, il y a très souvent concurrence entre divers des modes ci-avant exposés de désignation d’un chef, et la prédominance de l’un ou l’autre de ces modes est en fait exceptionnelle. Par exemple, il existait à Rome divers procédés d’accession au principat : il pouvait y avoir élection par le Sénat, candidature imposée par les prétoriens ou encore hérédité, comme ce fut le cas sous le dominat. En réalité, élection et hérédité sont très souvent en concours ; il suffit pour s’en convaincre de se souvenir qu’au Moyen-âge européen l’élection précéda l’hérédité…

On considère que sont originaires les modes d’accession au pouvoir où les gouvernés interviennent dans la désignation du chef. En effet, il y a alternative voulant que soit les gouvernés - tout ou partie – qui choisissent le chef, comme sous les mérovingiens, soit ils n’interviennent pas, le chef se désignant lui-même par la force avec l’aide d’un petit groupe. Dans le premier cas, il y a monocratie élective, et dans le second monocratie autocratique. La force et l’élection sont donc les deux modes originaires d’accession au pouvoir.

Il existe des modes dérivés : la cooptation, l’hérédité, l’association, le tirage au sort, …. Néanmoins, et historiquement, il semble qu’à l’origine le chef a été désigné soit par élection, soit par la force, ce qui fait qu’à l’origine de toute monocratie héréditaire ou cooptante, il y ait eu soit monocratie élective, soit monocratie autocratique. C’est ce schéma qui fut le plus courant au regard de l’histoire, et il y eut la force à l’origine de presque tous les régimes monocratiques, ce que Voltaire résuma en écrivant que le premier roi fut un soldat heureux. Et ce pouvoir fut souvent légitimé par élection, puis il y eut tendance à l’hérédité, puis, parfois, à la cooptation.

La référence à la notion de légitimité - La légitimité permet l’adéquation du pouvoir au droit et assure le consentement des gouvernés. L’élection et l’hérédité sont donc des procédés légitimes en ce sens qu’ils sont conformes aux règles socio-politiques, morales, coutumières et/ou religieuses en vigueur, donc à la nomos. Inversement, la force est illégitime, ce procédé existant le plus souvent pour " forcer " la main aux gouvernés, alors qu’elle sera souvent suivie d’une cooptation, comme dans le cas des monarchies tyranniques ou encore dans la conception nazie du pouvoir. En fait, le choix de tel ou tel mode d’accession au pouvoir est fonction tant de faits que d’idées politiques.

Se trouvent maintenant posées trois questions, la réponse à chacune de ces questions étant variable : - comment les monocrates ont-ils justifié leur pouvoir ? - comment l’ont-ils exercé ? - comment les gouvernés ont-ils accepté l’autorité du monocrate ?

Le fondement religieux - Ce fondement est celui qui fut le plus fréquemment invoqué, tant par les chefs que par les gouvernements, car c’est celui qui est en général le mieux admis, la référence n’étant plus ici l’homme mais son Salut. La sacralité est ainsi une constante du pouvoir de Rome à 1789, alors que la laïcisation du pouvoir n’est qu’un fait récent apparu à partir du XVIIIème siècle.

Le fondement religieux peut avoir des formes très variées, même si dans le cas des monocraties le chef s’est très souvent retrouvé divinisé, devenant ainsi le représentant, le lieutenant de Dieu sur terre : roi-dieu, culte à l’empereur, roi de droit divin, …

Le fondement militaire - La référence aux faits militaires est elle aussi l’un des procédés les plus courants et les plus constants dans l’histoire de la monocratie. L’exercice du pouvoir suppose en effet le recours à la contrainte pour assurer le maintien de l’ordre et l’exécution des décisions. Et le lien avec le fondement religieux n’est pas loin : si le chef a vaincu, si il a la force, c’est que " Dieu l’a voulu. " En clin d’œil, pensons à l’image des Etats-Unis " gros bâton " qu’ont certains États centre-européens de ce pays, cette vision de force les attirant…

Néanmoins, même si le chef peut compter sur la crainte religieuse, sur le mépris social ou sur la règle de droit, il lui faudra toujours faire exécuter ses décisions à tout moment, même pour le " bien public ", d’où la nécessité pour lui de disposer de l’usage de la force et de la violence. C’est pour cela que l’armée et la police demeurent dans tous les modèles socio-politiques - oligarchie, démocratie, monocratie -, car elles représentent les ultimes moyen permettant d’assurer soit le pouvoir du monocrate, soit le maintien de l’ordre social.

Il est cependant rare que le fondement force soit le seul reconnu, voire même mis en avant, car il rappelle que l’usurpation et la violence sont à la base de la prise du pouvoir. On va donc rechercher une justification par une adhésion volontaire - ou dite comme telle, comme par exemple le plébiscite à 100 % de oui et 100 % de votants de Saddam Hussein au mois d’octobre 2002 - ou par le biais d’une intervention divine.

Si l’on se réfère à l’histoire, il n’y a pas de typologie politique des monocraties possible ne se fondant que sur le religieux ou que sur le militaire, car le fondement d’une monocratie est bien plus complexe, combinant souvent plusieurs caractères. La pluralité des fondements est de fait la règle.

Le fondement contractuel - Ce fondement ne se rencontre que dans les monocraties limitées. Mais ces dernières sont nombreuses car les gouvernés, sans exercer la moindre parcelle de pouvoir, ont gardé assez souvent un certain contrôle sur le pouvoir et sur l’activité des gouvernants, ou encore ont obtenu une Constitution. D’ailleurs, la plupart des monocrates ont toujours été très attentifs à " la rue ". On notera cependant que très souvent ces monocraties limitées ont évolué vers des pluricraties, car il y a eut de facto répartition du pouvoir entre plusieurs organes ; on peut ici penser à l’évolution de la monarchie anglaise.

Le fondement juridique - Lorsque l’empire romain succéda à la République, on chercha à légitimer le nouveau pouvoir du Princeps en reprenant au droit public républicain deux notions : l’Imperium et la Tribunatia potestas, ce qui faisait que le nouveau pouvoir était sacré, et d’une certaine manière légal. Mais ce fondement pose la question de la légitimité du pouvoir, le chef usurpant le pouvoir étant au départ et par définition illégitime. Il faut donc chercher à instaurer a posteriori cette légitimité, soit par une élection - acclamation, plébiscite, référendum -, soit en invoquant des titres donnant droit à l’hérédité, comme le fit Napoléon III qui combinat ces deux procédés.

En revanche, l’élection et l’hérédité a priori à l’accession au pouvoir sont des modes légitimes permettant cette accession, puisqu’il y a transmission du pouvoir selon des règles juridiques soit coutumières - comme les Lois fondamentales du Royaume -, soit écrites.

La légitimité est donc un fondement de la monocratie quand les chefs respectent les limites imposées à leur pouvoir - religion, droit -, ou bien ont un accès légitime à ce même pouvoir. Il y a donc acceptation du pouvoir dans ce cas. Néanmoins, la légitimité n’est le plus souvent qu’un élément secondaire du pouvoir car elle est insuffisante. Elle se rajoute en fait, dans le cas des monocraties, aux trois fondements précédents dans la plupart des cas.

L’étendue et les limites du pouvoir du chef - L’analyse typologique est beaucoup plus aisée dans ce cas, car on retrouve souvent associé à la monocratie les concepts de monocratie limitée (tempérée, parlementaire, constitutionnelle, …) ou de monocratie illimitée. La distinction essentielle réside donc en le caractère limité ou non de l’étendue du pouvoir du monocrate.

Par définition, est une monocratie illimitée celle dans laquelle le pouvoir du chef ne connaît aucune limite, aucun frein. C’est donc une monocratie absolue, d’absolutus ", de délié. La monarchie absolue des temps modernes - sauf en France et au Royaume-Uni – relève de cette typologie, même si elle peut aussi être qualifiée d’autocratie ou de tyrannie. Ce modèle de monocratie a existé, même si Paul Ourliac a écrit que tout le Moyen-âge a tenté de définir la tyrannie sans jamais pouvoir en donner un seul exemple précis. Il est vrai que si l’on considère que la monocratie est illimitée quand le chef exerce sans frein un pouvoir arbitraire seul, alors effectivement la monocratie illimitée n’a jamais existé, car le monocrate a toujours eu besoin d’" hommes de main " pour garantir sa pérennité. En fait, l’interprétation doit être restrictive. Toute la Révolution française, et l’enseignement public qui l’a suivie, a prétendu que la monarchie française était une tyrannie, mais ceci est sans fondement, même si les fondements religieux, force, ainsi que l’absolutisme furent réels ; mais il existait des contre-pouvoirs : bourgeoisie, noblesse, clergé, Parlements, …

Les autres formes de monocratie sont limitées. Ainsi, le pouvoir est maintenu dans certaines limites par le respect de règles religieuses, morales et/ou juridiques ; le pouvoir se trouve freiné par des forces sociales ou par des groupes de pression. Enfin, le pouvoir peut être restreint par l’interdiction d’agir en certains domaines sans le consentement des gouvernés ou des organes représentatifs. La difficulté réside dans la mesure de l’importance de ces freins. En effet, quand il y a annihilation du pouvoir du chef, il n’y a plus de monocratie. De même, si on aboutit à un partage du pouvoir avec des organes, que ces organes soient des individus ou des groupes, il n’y a plus monocratie, et on se situe alors dans le cadre d’un régime pluricratique, qu’il s’agisse d’une oligarchie, d’une monarchie ou d’une démocratie.

Prenons l’exemple des monarchies parlementaires du XIXème siècle. Par leur évolution, ce ne sont plus des régimes monocratiques, car on tend vers des démocraties monarchiques, le pouvoir étant partagé entre un roi, un Parlement et un cabinet. Dans le cas de la monarchie féodale, le pouvoir du souverain, c‘est-à-dire du suzerain fieffeux, est nominal à la tête de ses vassaux, et si le roi coiffe le Regnum Francorum, son pouvoir est vidé de toute souveraineté.

La prudence est donc nécessaire lorsqu’il s’agit de distinguer une monocratie limitée d’une monocratie illimitée, ou encore une monocratie limitée d’une pluricratie. Il faudra toujours étudier et analyser l’étendue du pouvoir du chef en l’éclairant de son contexte historique et social.

Exemples de typologies - Depuis toujours, les penseurs politiques ont été tentés de classer les régimes monocratiques. Et même aujourd’hui, il apparaît entre les politologues de nombreuses divergences tant sur le vocabulaire que sur le sens de la monocratie.

Aristote avait établi une distinction entre les bonnes et les mauvaises monarchies.

À l’époque contemporaine, Nicholson a tenté de classer l’évolution de la monarchie. Il distingue ainsi le roi-dieu, le roi chef de guerre, le tyran, le roi-philosophe, le roi féodal, le roi élu, le roi de droit divin et le roi parlementaire. Cependant, il ne classe ni Louis XIV, ni Napoléon Bonaparte, ce qui démontre les limites de son analyse.

C’est en 1954 que, son ouvrage Why dictators ? [Hallgarten (G. W. F.), Why dictators ? The causes and forms of tyrannical rule since 600 B.C. , New York, MacMillan, 1954], Georg W. F. Hallgarten allait distinguer dans l’histoire de l’humanité quatre types de tyrannies :

- la tyrannie classique (Rome, Cromwell, Napoléon Ier) ;

- la tyrannie ultra-révolutionnaire (Savonarole, Robespierre, Lénine) ;

- la tyrannie contre-révolutionnaire (Franco, Horthy) ;

- la tyrannie pseudo-révolutionnaire (Mussolini, Hitler, Peron).

Maurice Duverger a choisi de classer les monocraties en fonction du type d’organe gouvernemental, c’est-à-dire du modèle essentiel de l’exécutif, et ce sans tenir compte des assemblées existantes. Il distingue ainsi successivement :

- la monocratie royale ou héréditaire qui comprend en particulier les monarchies parlementaires dualistes ;

- la monocratie dictatoriale dont le fondement est le gouvernement issu de la conquête ;

- la monocratie présidentielle qui trouve son modèle de référence dans les Etats-Unis d’Amérique.

Ainsi, selon Duverger, peuvent être considérés comme des monocraties des régimes aussi différents que les régimes collégiaux, les régimes dualistes ou les régimes dictatoriaux, ce qui est surprenant mais somme toute normal si l’on rappelle qu’il ne tient pas compte des assemblées, alors même que les assemblées peuvent détenir les clés du gouvernement dans certains des régimes précités ou que l’organe gouvernemental peut ne pas prendre seul les décisions. Il y a donc au moins erreur de méthode, si ce n’est parti pris, car peut on raisonnablement mettre dans le même sac le souverain britannique, le Président des Etats-Unis et Adolf Hitler ?

Pour Marcel Prélot, la monocratie incarne le pouvoir d’un seul homme. Cette conception ramène donc l’autorité à un régime personnel avec absorption de la notion d’État dans celle de pouvoir personnel. Il distingue donc la monocratie - unicité du pouvoir - et la démocratie - pluraliste par nature -. Par la suite, les monocraties classiques peuvent revêtir trois formes : la monarchie absolue, la tyrannie et la dictature, les monocraties populaires modernes étant soit des dictatures contre la démocratie, soit des régimes s’appuyant sur une idéologie propre et sur les masses, comme dans les cas de Mussolini, de Hitler et de Lénine.

Dans le tome V de son Traité de science politique intitulé Les régimes politiques, Georges Burdeau ne retient pas la monocéphalie dans l’organe unique du pouvoir comme critère de la monocratie. La monocratie est ainsi selon lui le régime dans lequel il n’existe qu’un centre unique de pouvoir dans lequel l’autorité gouvernementale a été désignée ou recrutée. Il y a donc une unicité de l’autorité gouvernementale et il importe peu qu’un seul individu ou qu’un organe concentre à lui seul l’exercice de la puissance publique.

Burdeau considère ainsi comme des monocraties les dictatures modernes, et, par opposition, il pose le principe de démocratie comme se caractérisant par la concentration du pouvoir dans l’organe de la représentation populaire. Une critique s’élève face à cette conception ; c’est le cas où l’organe unique est composé de plusieurs personnes et détient le pouvoir. Ainsi, selon cet auteur, Robespierre n’a jamais été un monocrate parce qu’il n’a jamais pu prendre de décisions seul.

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Re: Conditions de licité du tyrannicide

Message non lu par Popeye » ven. 17 août 2007, 14:16

MAJEURE : le tyrannicide est de droit naturel (voyez S.Thomas).
MINEURE : les démocraties occidentales, génocidaires à souhait (avortement), et imposant le diktat de lois liberticides (fruits de la laïcité, religion d'Etat), sont des tyrannies.
CONCLUSION : supprimons le peuple.

:siffle:

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Re: Conditions de licité du tyrannicide

Message non lu par Christophe » jeu. 08 nov. 2007, 23:57

Saint Thomas d'Aquin - De Regno

Chapitre VI

Que faire face au tyran ?
Puisqu'il faut préférer le gouvernement d'un seul, qui est le meilleur, et puisqu'il lui arrive de tourner à la tyrannie, qui est le pire gouvernement, comme il ressort de ce que nous avons dit plus haut, il faut travailler avec un zèle diligent à pourvoir la multitude d'un roi de telle sorte qu'elle ne tombe pas sous la domination d'un tyran.

D'abord, il est nécessaire que ceux à qui revient ce devoir élèvent à la fonction de roi un homme de condition telle qu'il ne soit pas probable qu'il tombe dans la tyrannie. C'est pourquoi Samuel, se confiant à la providence de Dieu pour l'établissement d'un roi, dit : "Le Seigneur s'est cherché un homme selon son coeur, et le Seigneur lui a commandé d'être le chef de son peuple" (1 R 13,14). Ensuite le gouvernement du royaume doit être organisé de telle sorte qu'une fois le roi établi, l'occasion d'une tyrannie soit supprimée. Comment cela doit se faire, nous le considèrerons par la suite. Enfin, il faut se soucier, au cas où le roi tomberait dans la tyrannie, de la manière de s'y opposer.

Si la tyrannie n'est pas excessive, il est plus utile de tolérer pour un temps une tyrannie modérée, que d'être impliqué, en agissant contre le tyran, dans des dangers multiples qui sont plus graves que la tyrannie elle-même. Il peut en effet arriver que ceux qui luttent contre le tyran ne puissent l'emporter contre lui, et qu'ainsi provoqué, le tyran sévisse avec plus de violence. Si au contraire quelqu'un peut avoir le dessus contre le tyran, il s'ensuit souvent de très graves dissensions dans le peuple, soit pendant l'insurrection contre le tyran, soit qu'après son renversement, la multitude se divise en partis à propos de l'organisation du gouvernement. Il arrive aussi que parfois, tandis que la multitude chasse le tyran avec l'appui d'un homme, celui-ci, ayant reçu le pouvoir, s'empare de la tyrannie, et craignant de subir d'un autre ce que lui-même a fait a autrui, il opprime ses sujets sous une servitude encore plus lourde. Il arrive en effet habituellement dans la tyrannie que le nouveau tyran est plus insupportable que le précédent, puisqu'il ne supprime pas les anciennes charges, et que, dans la malice de son coeur, il en invente de nouvelles. C'est pourquoi, comme jadis les Syracusains désiraient tous la mort de Denys, une vieille femme priait continuellement pour qu'il reste sain et sauf et qu'il survive. Quand le tyran connut ceci, il lui demanda pourquoi elle agissait ainsi. "Quand j'étais jeune fille, répondit celle-ci, comme nous avions à supporter un dur tyran, j'en désirais qu'un autre vienne ; puis, celui-ci tué, un autre lui succéda un peu plus dur ; j'estimais aussi que la fin de sa domination serait d'un grand prix ; nous t'eûmes comme troisième maître, beaucoup plus importun. Ainsi, si tu étais supprimé, un tyran pire que toi te succéderait."

Mais si cet excès de tyrannie est intolérable, il a paru à certains qu'il appartient à la vertu d'hommes courageux de tuer le tyran et de s'exposer à des périls mortels pour la libération de la multitude. Il y a même un exemple de ceci dans l'Ancien Testament (Jg 3,15 et suiv.). En effet un certain Aioth tua, en lui enfonçant son poignard dans la cuisse, Eglon, roi de Moab, qui opprimait le peuple de Dieu d'une lourde servitude, et il devint juge du peuple. Mais cela n'est pas conforme à la doctrine des Apôtres. Saint Pierre nous enseigne en effet "d'être respectueusement soumis non seulement aux maîtres bons et modérés, mais aussi à ceux qui sont difficiles. Car c'est une grâce de supporter pour rendre témoignage à Dieu des peines que l'on souffre injustement" (1 P 2, 18-19). Aussi, alors que beaucoup d'empereurs romains persécutaient tyranniquement la foi chrétienne et qu'une grande multitude tant de nobles que de d'hommes du peuples se convertissaient à la foi, ceux qui sont loués ne le sont pas pour avoir résisté mais supporté avec patience et courage la mort pour le Christ, comme il apparaît manifestement dans l'exemple de la sainte légion des Thébains. Et l'on doit penser qu'Aioth a tué un ennemi, plutôt qu'un tyran, chef de son peuple. C'est aussi pourquoi on lit dans l'Ancien Testament (2 R 14, 5-6) que ceux qui tuèrent Joas, roi de Juda, furent tués, quoique Joas se fût détourné du culte de Dieu, et que leurs fils furent épargnés selon le précepte de la loi.

Il serait en effet périlleux pour la multitude et ses chefs si certains, de leur propre initiative, se mettaient à tuer les gouvernants, même tyrans. Car le plus souvent ce sont les méchants plutôt que les bons qui s'exposent à de tels risques. Or le commandement des rois n'est habituellement pas moins pesant aux méchants que celui des tyrans, parce que selon la sentence de Salomon, "Le roi sage met en fuite les impies" (Pr 20,26). Une telle initiative menacerait donc plus la multitude du risque de perdre un roi qu'elle ne lui apporterait le remède d'être soustraite au tyran.

Il semble plutôt que contre la cruauté des tyrans il vaut mieux agir par l'autorité publique que par l'initiative privée de quelques uns. Tout d'abord, dans le cas où la multitude a le droit de se pourvoir d'un roi, elle peut sans injustice destituer le roi qu'elle a institué ou réfréner son pouvoir s'il abuse tyranniquement du pouvoir royal. Et il ne faut pas penser qu'une telle multitude agisse avec infidélité en destituant le tyran, même si elle s'était auparavant soumise à lui pour toujours, parce que lui-même, en ne se comportant pas fidèlement dans le gouvernement de la multitude, comme l'exige le devoir d'un roi, a mérité que ses sujets ne conservassent pas leurs engagements envers lui. Ainsi les Romains chassèrent de la royauté Tarquin le Superbe, qu'ils avaient pris pour roi, à cause de la tyrannie que lui et se ses fils faisaient peser, et lui substituèrent un pouvoir moindre, le pouvoir consulaire. Ainsi encore comme Domitien, qui avait succédé à des empereurs très modérés (son père Vespasien et son frère Titus), exerçait la tyrannie, il fut mis à mort sur ordre du sénat romain, et toutes les lois que dans sa perversion il avait décrétées pour les Romains furent justement et salutairement annulées par un sénatus-consulte. Ceci eut pour conséquence que le bienheureux Jean l'Evangéliste, le disciple bien-aimé de Dieu, qui avait été relégué en exil dans l'île de Patmos par Domitien lui-même, fut renvoyé à Ephèse par un sénatus-consulte.

Mais dans le cas où le droit de pourvoir d'un roi la multitude revient à quelque supérieur, c'est de lui qu'il faut attendre un remède contre la perversion du tyran. Ainsi Archélaüs, qui avait commencé à régner en Judée à la place d'Hérode son père, imitait sa méchanceté. Comme les Juifs avaient porté plainte contre lui auprès de César-Auguste, on diminua d'abord son pouvoir en le privant du titre de roi, et en divisant une moitié de son royaume entre ses deux frères ; ensuite, comme même ainsi, il ne contenait pas sa tyrannie, il fut relégué en exil par Tibère Auguste à Lyon, cité de Gaule.

Que si l'on ne peut trouver aucun secours humain contre le tyran, il faut recourir au roi de tous, à Dieu, qui "dans la tribulation secourt aux moments opportuns" (Ps 9.10). Car il est en sa puissance de convertir à la mansuétude le cœur cruel du tyran, selon la sentence de Salomon : " Le coeur du roi est dans la main de Dieu qui l'inclinera dans le sens qu'il voudra " (Pr 21.1). C'est lui qui changea en mansuétude la cruauté du roi Assuérus qui se préparait à faire mourir les Juifs. C'est lui qui a converti le cruel Nabuchodonosor au point d'en faire un héraut de la puissance divine. " Maintenant donc, dit-il, moi Nabuchodonosor, je loue, je magnifie et je glorifie le roi du ciel, parce que ses oeuvres sont vraies et parce que ses voies sont justes et qu'il peut humilier ceux qui marchent dans l'orgueil " (Dn 4.34).

Quant aux tyrans qu'il juge indignes de conversion, il peut les retirer du milieu ou les réduire à un état misérable, selon cette parole du Sage : " Dieu a détruit le trône des chefs orgueilleux et il a installé des hommes doux à leur place " (Si 10.17). C'est lui en effet qui, voyant l'affliction de son peuple en Égypte et entendant sa clameur, jeta à la mer le tyran Pharaon avec son armée. C'est lui qui non seulement chassa du trône royal Nabuchodonosor, auparavant plein de superbe, mais encore, le retirant de la société des hommes, il le rendit semblable à une bête. Car son bras ne s'est pas raccourci au point qu'il ne puisse libérer son peuple des tyrans. Il promet en effet à son peuple, par la voix d'Isaïe, qu'il lui donnera le repos, " en le retirant de la peine, de la confusion et de la dure servitude " (Is 14.3) à laquelle il était auparavant soumis. Et il dit, dans la bouche d'Ezéchiel : "Je délivrerai mon troupeau de leur gueule" (34.10), c'est-à-dire de la gueule des pasteurs qui se paissent eux-mêmes. Mais pour que le peuple mérite d'obtenir ce bienfait de Dieu, il doit s'affranchir du péché, parce que c'est pour la punition des péchés que les impies, par une permission divine, reçoivent le pouvoir, comme le dit Seigneur par Osées : " Je te donnerai un roi dans ma fureur " (13.11) ; et il est dit au livre de Job que Dieu " fait régner l'homme hypocrite à cause des péchés du peuple " (34.30). Il faut donc ôter la faute pour que cesse la plaie de la tyrannie.

Traduction : Denis Sureau
« Tout ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites. » (Matthieu 25, 40)

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Re: Conditions de licité du tyrannicide

Message non lu par Christophe » ven. 09 nov. 2007, 0:04

Le régime tyrannique n'est pas juste ; car il n'est pas ordonné au bien commun mais au bien privé de celui qui est au pouvoir, comme le montre le Philosophe. C'est pourquoi la perturbation provoquée dans ce régime n'est pas une sédition, sauf peut-être si le régime du tyran était perturbé de manière si désordonnée que la multitude qui lui est soumise souffrirait un dommage plus grand que la perturbation résultant du régime du tyran. C'est bien plutôt le tyran qui est séditieux, lui qui nourrit discordes et séditions dans le peuple qui lui est soumis, afin de le dominer plus sûrement. Ce qui est tyrannique, puisque ordonné au bien propre du détenteur du pouvoir au préjudice de la multitude.
Somme théologique (II II 42 2)
« Tout ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites. » (Matthieu 25, 40)

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