Règne social du Christ

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Cinci
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Re: Règne social du Christ

Message non lu par Cinci » ven. 04 oct. 2019, 0:34

Lecture :

"... dire que l'unité catholique n'est pas de ce monde, cela signifie qu'elle relève de la grâce, non de l'ordre de la nature; dire qu'elle est dans ce monde, cela signifie qu'elle existe au sein même de notre temps historique.

L'unité catholique n'est pas de ce monde

"Je leur ai donné ta parole et le monde les a haïs, parce qu'ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde" (Jean XVII, 14 et 16). "Et il leur disait : Vous, vous êtes d'en bas; moi, je suis d'en haut; vous, vous êtes de ce monde; moi, je ne suis pas de ce monde" (Jean VIII, 23). La loi suprême des adversaires de Jésus est la nature alourdie par le péché; la loi suprême de Jésus et de ses disciples est la grâce qui remonte les pentes de la nature. Jésus répondit : "Mon royaume n'est pas de ce monde; si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais maintenant mon royaume n'est pas d'ici" (Jean XVIII, 36) Au contraire, le pouvoir de Pilate sur Jésus, bien qu'il soit donné d'en haut (Jean XIX, 11), est un pouvoir de ce monde.

Les royaumes de ce monde relèvent de la nature et de la culture, bref de ce qui, après la chute, a subsisté de l'ordre de la création. Le royaume qui n'est pas de ce monde relève de la grâce de Jésus et de l'ordre de la rédemption.

Les royaumes de ce monde se constituent par les initiatives de l'homme fonctionnant sur leur propre plan comme des causes secondes en vue de fins immédiatement temporelles et infravalentes. Le royaume qui n'est pas de ce monde se constitue par les initiatives de la grâce, qui s'empare d'une partie des ressources de la nature et de la culture, pour les utiliser instrumentalement en vue de fins immédiatement spirituelles et transculturelles, les transférant ainsi du plan de la création sur le plan de la rédemption; un peu comme un musicien s'empare des sons d'un instrument inanimé pour leur faire exprimer toutes les passions d'un coeur humain.

C'est d'une partie seulement des ressources de la nature et de la culture, que s'empare la grâce pour les attirer à elle et les incorporer au royaume qui n'est pas de ce monde. Cette partie est toujours qualitativement la plus intime, la plus profonde; mais elle est toujours quantitativement la plus petite : avec saint François ou saint Benoit Labre, elle se réduit à un minimum. La plus grande part des activités de l'univers de la nature : sidéral. atomique, biologique, et de l'univers de la culture, continue sa course horizontale vers la fin de notre aventure historique et ne débouchera dans l'au-delà qu'à l'heure de la Parousie. Ainsi, la pauvreté évangélique des moyens restera toujours ici-bas la marque authentique du royaume qui n'est pas de ce monde.

Le royaume qui n'est pas de ce monde ne se construit pas en évacuant les royaumes de ce monde. Sa catholicité est le contraire d"un totalitarisme; elle n'est rivalité sans merci qu'à l'égard du péché et du royaume du Prince de ce monde. S'il emprunte ses matériaux au monde de la nature et de la culture, c'est pour se constituer sur un plan que ne peuvent occuper ni la nature ni la culture. Il est par essence transethnique, transpolitique, transculturel. Il laisse en place les lois du cosmos. Il laisse en place les formations humaines légitimes : les arts, les métiers et les techniques, les familles, les groupes ethniques et les cités. Il laisse même en place les misères physiques de la nature déchue : la faim et la soif, les processus de vieillissement et de naissance, la souffrance et la mort; - les miracles de la multiplication des pains et de la résurrection des morts, dans la vie de Jésus comme dans de son Église, ne sont que des épisodes : c'est une autre faim qu'il s'agit de rassasier, une autre vie qu'il s'agit de susciter. Le royaume qui n'est pas de ce monde est catholique de par sa nature évangélique, en raison même de sa transcendance : aucune formation humaine ne peut espérer l'emprisonner, ni prétendre jamais s'identifier à lui, ou l'Identifier à soi. Il passe librement à travers elles comme Jésus à travers les portes du Cénacle. Il découvre dans chacun des enfants des hommes des blessures pour lesquelles aucune des formations humaines ne saurait avoir de remèdes, qui ne peuvent être guéries que par le sang de la rédemption du Christ, et c'est à chacun de ces enfants des hommes qu'il est envoyé, par destination. Telle est la catholicité essentielle et constitutive de l'Église.

Une fois constitué dans le monde, le royaume qui n'est pas de ce monde est comme un soleil qui demande à illuminer d'en haut, sans aucunement le désessencier ni se l'incorporer, tout l'ordre des royaumes de ce monde et de la culture : soit intrinsèquement, s'il s'agit d'activités qui, si grande que puisse être la part de techniques drainée par elles, sont essentiellement d'ordre philosophique et éthique, comme les activités morales, sociales, politiques ; soit du moins extrinsèquement, s'il s'agit de techniques indépendantes en elles-mêmes de la foi chrétienne. Telle est la catholicité rayonnante de l'Église."

(à suivre)
Dernière modification par Cinci le ven. 04 oct. 2019, 1:03, modifié 1 fois.

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Re: Règne social du Christ

Message non lu par Cinci » ven. 04 oct. 2019, 1:03

(suite)

" Le christianisme influence l'histoire en vue d'une double tâche relevant de sa catholicité.

En usant d'abord des réalités historiques comme d'instruments en vue de ses propres fins divines, il s'empare de ce qui lui est nécessaire pour constituer son corps, sa visibilité. Ce n'est pas sur toute l'histoire qu'il désire agir ainsi, c'est sur une partie seulement de l'histoire. L'Église, qui réclame toujours toutes les âmes pour les sauver, ne réclame alors de l'histoire que le minimum de substance visible dont elle a besoin pour continuer au milieu d'elle sa propre vie divine de corps mystique du Christ, de cité pérégrinale, ou, selon le mot de Bossuet, de "ville des pauvres" . (S'il y a des trésors dans les cathédrales, et elles-mêmes ne sont-elles pas d'admirables trésors, cela n'est supportable que pour autant que ce sont des trésors pauvres, je veux dire des trésors d'art, non de trésors d'or). Alors l'Église n'a le droit de prendre du monde, par un processus d'assimilation, que ce qui lui est nécessaire pour constituer, entretenir, déployer sa catholicité surnaturelle. Quand on lui dispute ou qu'on lui ravit ce minimum qu'elle juge elle-même nécessaire, elle est attaquée et meurtrie dans son essence même.

Quant aux réalités historiques qu'il traite comme des causes secondes, le christianisme essaie de les influencer non plus en vue d'en faire son propre corps, mais en vue des les aménager et de les orienter suivant les exigences les plus intimes et les plus hautes déposées au fond d'elles-mêmes par le Créateur. Il sait que, dans la mesure ou elles obéiront à leur vraie loi, elles cesseront pour autant de lui être hostiles, et commenceront de devenir pour lui, au lieu d'une chambre de torture, une demeure, une demeure d'exil sans doute. De ce point de vue, ce n'est pas une partie seulement de l'histoire, c'est toute l'histoire universelle vers quoi l'Église, en raison d'une mission divine absolument inéluctable, est tournée : non point certes en vue de l'assimiler ni de l'incorporer à soi, mais en vue de la purifier, de l'illuminer, de la spiritualiser. Voilà le rayonnement de la catholicité surnaturelle de l'Église par rapport au temporel chrétien, le rayonnement divin que le royaume qui n'est pas de ce monde demande à exercer sur tous les royaumes qui sont de ce monde. Quand on conteste à l'Église ce maximum qu'elle réclame, quand on l'entrave dans sa mission divine touchant le temporel, elle est attaquée non plus dans la catholicité de sa constitution, mais dans la catholicité de son rayonnement.

- Card. Charles Journet, L'Église du Verbe incarné, tome III, p. 1942
Le café est un breuvage qui fait dormir quand on en prend pas.
- Alphonse Allais

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