Essai de datation de la Genèse

« Alors il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures. » (Lc 24.45)
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pierresuzanne
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Re: De la Création

Message non lupar pierresuzanne » sam. 24 mai 2014, 18:39

Chers amis,

Plusieurs découvertes archéologiques éclairent cette croyance dans le " Jardin d'Eden" que l'on trouve dans la Genèse :

-En -2 600, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, un récit de la Création est mis par écrit à Sumer, état situé entre le Tigre et l'Euphrate. Dans ce récit, le dieu An sépare le ciel de la terre. La civilisation sumérienne garde ce mythe comme un secret à ne transmettre qu'entre initiés : « Secret, l’initié le montrera à l'initié » précise une tablette qui raconte la création.
-Un des dieux du panthéon sumérien, Enki, le dieu des eaux et de la sagesse, fabrique les hommes en les façonnant à partir d'argile afin de créer une race de serviteurs pour les dieux. Les sumériens ne croient donc pas que les hommes soient libres puisqu’ils sont créés pour être les esclaves des dieux. C'est dans ce mythe que se trouve le premier récit – et non le dernier - de la création de l'homme à partir de l'argile. Il s'agit naturellement d'une affirmation scientifiquement erronée.
- Un autre mythe destiné à un avenir exceptionnel est présent dans les légendes sumériennes : celui du paradis terrestre. Enki et son épouse sont installés par la grande déesse Niahursag dans un jardin où poussent huit plantes. Tentés par leur saveur, ils les gouttent, ce qui entraîne la colère de la grande déesse. Elle les maudit et les chasse du jardin. Ils perdent leur immortalité divine et rejoignent l'humanité mortelle. Trop d'éléments de ce mythe sumérien sont similaires au récit biblique de la Chute d'Adam et d’Ève pour que ce soit un simple hasard. En effet, dans la Bible, Adam et Ève ont eux-aussi été chassés du paradis terrestre après avoir mangé le fruit défendu et sont ainsi devenus mortels.

Quand la Genèse est mise par écrit au VIe siècle avant JC, ses rédacteurs se sont donc inspirés des mythes sumériens. À la suite du mythe d'Enki, les Hébreux racontent la création de l'homme à partir d'argile (Genèse 3, 17-19) et le paradis perdu avec la mortalité d'Adam et d'Eve, conséquences de leur péché. En fait, nous verrons que la Bible a recours aux mythes sumériens à chaque fois qu'elle s'interroge sur les origines du mal. Avec le mythe du paradis perdu, les hommes comprennent pourquoi ils doivent mourir. Mais, d'autres grandes questions existentielles vont être posées à partir du support mythologique sumérien. Pourquoi sommes-nous victimes de catastrophes naturelles ? Quel sens ont nos maladies ? Autant de questions éternelles auxquelles la Bible donnera une réponse en s’appropriant des mythes sumériens.

Cependant, si le récit de la Chute dans la Bible est mythologique, il rend compte de la conception de Dieu des Hébreux et non de la vision polythéiste et païenne des sumériens. En fusionnant deux mythes sumériens, celui des hommes esclaves façonnés d'argile et celui d'Enki chassé du jardin de la Grande Déesse, les Hébreux racontent un conte fidèle à leur foi en Yahvé.

En effet, dans la Genèse, Yahvé est bien un Dieu unique, bon et créateur de la liberté humaine.
L'archéologie et la science peuvent-elles nous apprendre la vérité sur nos religions ?Télécharger gratuitement en copiant collant : https://onedrive.live.com/redir?resid=83935C97F75476A6!103&authkey=!AC2tYNawNpXvvR8&ithint=folder%2cpdf
HISTOIRE ILLUSTRÉE DES MONOTHÉISMES

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Xavi
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Re: De la Création

Message non lupar Xavi » sam. 31 mai 2014, 10:57

A ma connaissance, rien ne permet d’affirmer qu’un document contenant un récit sumérien daté de 2.600 ans avant notre ère ait été retrouvé. Cette date me paraît sans fondement solide. Les documents les plus récents contenant un récit mythique me semblent actuellement datés de la fin du troisième millénaire (vers - 2.150).

Rien ne permet d’affirmer davantage que le récit biblique de la Genèse serait postérieur au mythe sumérien d’Enki, ni qu’il s’en serait inspiré.

En effet, nous n’avons retrouvé que quelques très rares textes des millénaires avant notre ère. La plupart ont disparu.

Ce n’est pas parce qu’on a retrouvé un document plus ancien qu’un autre qu’il faut en déduire que le récit du document moins ancien a été inspiré du récit contenu dans le document écrit plus ancien.

L’ancienneté des rares traces archéologiques retrouvées ne permet en rien d’en déduire nécessairement une différence d’ancienneté des récits qu’ils contiennent. Un fragment archéologique plus récent peut évidemment contenir un récit plus ancien qu’un récit similaire retrouvé dans un fragment plus ancien.

Il me semble qu’il faut donc admettre que le mythe sumérien d’Enki (dont nous avons des traces vieilles de plus de 4.000 ans) a pu s’inspirer sous une forme déformée et modifiée du récit des faits que nous pouvons lire dans la Genèse (même si nous n’en avons que des traces archéologiques vieilles d’environ seulement 2.500 ans).

La date assez récente de la composition du texte final actuel de la Genèse et les récits du contexte culturel de l’époque, y compris les mythes mésopotamiens, que ce texte final a pu intégrer de diverses manières pour apporter la lumière de la foi aux populations de l’époque, n’affectent pas l’authenticité de l’Ecriture Sainte.

Ce que les mythes sumériens peuvent nous dire du jardin d’Eden est bien éloigné de la révélation de la Genèse qui nous parle de manière imagée d’un fait extraordinaire lors duquel des humains terrestres ont été mis dans l’Eden, la réalité spirituelle de Dieu. Un fait tellement exceptionnel pour la conscience humaine qu’il est raisonnable de penser que ceux qui l’ont vécu et leurs descendants aient veillé à en garder la mémoire sous des formes diverses jusqu’à la rédaction du texte actuel de la Genèse.

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Zarus
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Re: De la Création

Message non lupar Zarus » ven. 06 juin 2014, 13:32

Je suis d'accord avec cette nuance historique, mais je ne vois pas non plus d'où vous sortez la preuve que le mythe sumérien soit postérieur au mythe biblique.

De façon générale, je trouve que la question de ce qui semble être des influences polythéistes ou la véritable formation de la religion des Hébreux est souvent éludée ou évité de façon peu convaincante. (L'histoire d'inspiration progressive du polythéisme vers le monothéisme ne me semble pas plus prouvé que la thèse du simple syncrétisme; et cela n'explique pas le fait que le Christ semble affirmer dans le Nouveau Testament l'historicité de personnages ou de choses contradictoires avec l'archéologie)
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Re: De la Création

Message non lupar Xavi » ven. 06 juin 2014, 14:23

Je suis d'accord avec cette nuance historique, mais je ne vois pas non plus d'où vous sortez la preuve que le mythe sumérien soit postérieur au mythe biblique.
En, effet, il n'y a pas de preuve. Il faut seulement observer que l'influence est possible dans les deux sens au stade actuel de nos connaissances. Le récit des hébreux "a pu" influencer les sumériens, mais ce n'est en effet pas prouvé. L'inverse n'est pas davantage prouvé et ne peut davantage être exclu a priori.

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Re: De la Création

Message non lupar Zarus » ven. 06 juin 2014, 19:21

Je suis d'accord avec cette nuance historique, mais je ne vois pas non plus d'où vous sortez la preuve que le mythe sumérien soit postérieur au mythe biblique.
En, effet, il n'y a pas de preuve. Il faut seulement observer que l'influence est possible dans les deux sens au stade actuel de nos connaissances. Le récit des hébreux "a pu" influencer les sumériens, mais ce n'est en effet pas prouvé. L'inverse n'est pas davantage prouvé et ne peut davantage être exclu a priori.
L'ancienneté des Sumériens par rapport aux Hébreux ? la dominance des premiers sur les seconds ? (encore que vraiment différencier sumériens et sémites...l'Empire était bilingue et était "sémite" celui qui parlait le proto-sémite et sumérien celui qui parlait sumérien)
Il y à un certain parti pris à vouloir croire que les Hébreux auraient toujours été dans le droit chemin, que les similitudes ne marchent que dans un sens et que les autres peuples auraient altérer des mythes monothéistes à la base sans raisons. (ce qui n'est pas trés logique vu qu'ils généralement pas eu une position de dominances durant les périodes où les inspirations se seraient faites)
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Re: Essai de datation de la Genèse

Message non lupar Xavi » mer. 27 sept. 2017, 12:58

Epsilon écrit que « Bérose : prêtre babylonien de Bel ... composa en grec une histoire de Babylonie « Babylõniaká » au temps d’Antiochos I (280-262) vers 278.
Et c’est à partir de ce texte que Genèse « s’inspirera » notamment pour le Déluge … d’où en gros la date de 270 comme terminus a quo.
»

Il me semble que penser que la Genèse s’est inspirée d’un texte de Bérose est une hypothèse que rien ne démontre. Le contraire peut tout autant être envisagé. Il ne me semble, dès lors, pas justifié d’en déduire que la Genèse aurait été rédigée entre 270 et 278 ACN, et ne serait pas plus ancienne.

Ce qui peut seulement être constaté, c’est que rien ne prouve à quel moment le texte hébreu de la Genèse traduit dans la version grecque des Septante, vers 270 ACN, a été composé dans son état définitif qui nous est parvenu, sous réserve de modifications secondaires, lors des multiples copies et traductions qui ont pu et dû se succéder d’autant plus nombreuses que le texte serait ancien.

Faut-il considérer, pour autant, que l’essentiel du texte a été rédigé ou, du moins, composé, comme l'indique la Tradition, par Moïse lui-même plus de mille ans avant notre ère ou peut-on retenir une date postérieure, notamment lors de l’exil à Babylone entre 586 et 538 ACN ?

La rédaction de la Torah est attribuée à Moïse par la Tradition, y compris dans le Nouveau Testament et dans des paroles de Jésus lui-même, mais deux questions demeurent car la « Torah » c’est d’abord la loi et ce n’est que par extension que ce mot s’applique à l’ensemble de cinq livres qui forme le Pentateuque.

La Genèse, qui est un récit et non un texte légal, est-elle comprise dans « la loi » rédigée par Moïse et qui lui est attribuée, y compris par Jésus, ou n’est-elle qu’un texte rattaché, à une époque ignorée, dans ce qui constitue actuellement le Pentateuque ?

Il ne subsiste actuellement aucun manuscrit certain de la Genèse, antérieur à la traduction des Septante vers 270 ACN, qui nous permettrait de situer dans le temps le regroupement de la Genèse et des textes légaux rédigés par Moïse, dans l’ensemble intitulé Torah ou Pentateuque.

Et, quoi qu’il en soit, s’agissait-il d’une révélation nouvelle à Moïse, comme celle de l’Apocalypse de Saint Jean, ou d’une première élaboration écrite de traditions exclusivement orales, ou d’une composition de textes écrits antérieurs, ou d’un mélange de traditions orales et d’écrits réalisés par Moïse ou un auteur ultérieur ?

Plusieurs récits sumériens de la création et du déluge indiquent que de tels récits existaient déjà à l’époque d’Abraham sans que rien ne permette d’affirmer quelles ont été les influences réciproques de ces divers récits.

Ils ont pu se nourrir des mêmes réalités historiques avec diverses déformations légendaires.

Beaucoup de rapprochement ont été faits avec des mythes mésopotamiens sans qu’il puisse cependant en être tiré de conclusions en l’absence de datation suffisamment certaine car rien n’exclut que des faits évoqués dans la Genèse aient été développés de manière légendaire et aient eux-mêmes influencé certains mythes mésopotamiens.

Ce qui doit être constaté c’est le fait que la Genèse relate les origines de Jacob, le père d’Israël et qu’elle le présente comme un Sumérien, petit-fils d’Abram (devenu Abraham) né à Ur, en Chaldée, dans le pays de Sumer en Basse-Mésopotamie, à environ 240 kms au sud est de Babylone, vers 1900 ACN.

A cette époque, le peuple juif n’existe pas encore puisqu’il s’agit des descendants d’Abraham, Isaac et Jacob, et que ce peuple ne s’est constitué comme tel que durant l’exil postérieur en Egypte.

Abraham, « l’hébreu » (Gn 14,13), n’est en réalité qu’un Sumérien que rien ne distingue des autres Sumériens, sauf cette expression qui semble signifier « qui vient d’au-delà, de l'autre côté» et que le peuple juif en Egypte va reprendre pour sa propre identité, comme étant un peuple différent de celui des égyptiens, un peuple qui vient d’ailleurs.

Lorsque Abraham est qualifié de « hébreu », qui vient d’ailleurs, il est dans le pays de Canaan, loin de sa ville d’origine de Ur, et loin aussi de la ville de Charan où il s’était d’abord installé.

Ur, c’est une des plus importantes cités antiques de l’époque, située dans le sud est de la Mésopotamie (la Basse Mésopotamie) qui est le pays de Sumer où l’écriture est apparue vers 3300 ACN.

Les faits de l’histoire antérieure à Abraham, que nous relatent la Genèse, ont-ils fait l’objet d’écrits antérieurs à Abraham qui auraient pu être retrouvés lors de l’exil des Juifs à Babylone entre 586 et 538 ACN, voire emportés par Abraham puis par ses descendants exilés en Egypte jusqu’à parvenir à Moïse ?

Que sait-on de la pratique de l’écriture au temps d’Abraham ?

L’écriture des Sumériens se faisait sur des tablettes d’argile et cette pratique s’est rapidement étendue, comme le montre, notamment, l’extraordinaire découverte, en 1975, de plus de 14 000 tablettes et fragments de tablettes d’argile dans une salle d’archives de l’ancienne cité de Ebla (à environ 55 kms au sud ouest d’Alep en Syrie), datées d’environ 2400 à 2250 ACN, soit quatre siècles avant qu’Abraham ne vienne s’installer à Charan (Harran), à mille km au Nord Ouest de sa ville natale d’Ur dans le pays de Sumer, à environ 250 kms de Ebla.

Ce que révèlent ces archives, c’est que, plusieurs siècles avant Abraham, on écrivait déjà beaucoup et on conservait ces écrits.

Dans la salle d’archives précitée, il a pu être constaté que les tablettes étaient disposées par groupe de quinze sur trois rangées d'étagères de bois (80 cm de profondeur et 50 cm de hauteur environ) alignées le long des murs nord et est. Les plus grandes étant posées sur le sol. Elles étaient classées de façon thématique, et sont restées disposées ainsi malgré l’incendie qui a ravagé les lieux lors de sa destruction et la disparition des étagères. Sur le mur est se trouvaient les tablettes enregistrant les livraisons de tissus. Dans l'angle, les tablettes relatives à des livraisons de métaux précieux et de cuivre. Le long du mur nord, l'étagère supérieure portait les listes lexicales sumériennes et des textes de chancellerie (décrets royaux, donations, traités). Les autres étagères portaient des comptes rendus relatifs à l'agriculture et à l'élevage, ainsi que des listes bilingues en langue éblaïte et en langue sumérienne.

La plupart des tablettes sont rédigées en sumérien, qui était alors la langue la plus prestigieuse culturellement à l’époque, mais plusieurs tablettes sont rédigées dans une langue locale inconnue auparavant, qui a finalement été qualifiée d’« éblaïte ».

L’hébreu biblique ultérieur comme l’arabe paraissent provenir de cette langue.

Par exemple, il a été constaté, dans les tablettes d’Ebla, qu’en langue éblaïte, un humain se dit « adamu » ce qui montre l’ancienneté du terme de la Genèse.

Une de ces tablettes mentionne, exactement dans le même ordre, les cinq mêmes villes qui, selon la Genèse, auraient été impliquées dans une guerre du temps d’Abram : Sodome, Gomorrhe, Adma, Tseboïm et Tsoar (Gn 14, 2).

Plusieurs tablettes évoquent la création que l’une d’elles mentionne comme suit dans une prière où l’on retrouve des expressions proches de celles du début de la Genèse :
Seigneur du ciel et de la terre:
La terre n’était pas, vous l’avez créée,
La lumière du jour n’était pas, vous l’avez créée,
La lumière du matin vous n’aviez pas encore fait exister.


On est près de mille ans avant Moïse !

Il s’agit d’une preuve solide de l’existence de textes écrits de la création dès avant l’exil d’Abraham, bien avant la composition de la Genèse. L’usage d’écrits pour relater les faits importants, qu’ils soient administratifs, légaux, commerciaux, religieux ou familiaux, peut être considérée comme bien établie du temps d’Abraham.

Compte tenu des développements de l’écriture en Egypte, il est probable que des écrits ont aussi consigné, dans le peuple hébreu exilé en Egypte durant le deuxième millénaire avant notre ère, les faits dont ils voulaient garder mémoire et qui pouvaient consolider leur identité spécifique en terre étrangère.

Mais, Abraham, Isaac et Jacob ont-ils disposé d’écrits transportés lors de leur exil en Canaan puis en Egypte ?

En quittant Ur, sa patrie sumérienne, Abraham a-t-il emmené des tablettes relatant par écrit et en sumérien l’histoire de ses origines, soit une version ancienne (qui a pu être corrigée et modifiée par la suite, au fil des copies et des traductions) des onze premiers chapitres du livre actuel de la Genèse ?

Dans ce cas, il s’agirait de textes écrits en sumérien qui auraient été traduits ultérieurement en hébreu.

Une telle version ancienne a pu être retrouvée dans les archives de Babylone (au nord ouest de Ur) lors de l’exil des Juifs entre 586 et 538 ACN, ce qui a pu, le cas échéant, permettre aux scribes juifs de revoir et de recomposer les onze premiers chapitres de la Genèse.

Par rapport à l'hypothèse que Moïse se serait fondé sur des récits plus récents élaborés seulement en Egypte, un critère distinctif peut être considéré à cet égard, c’est le fait que les écrits sumériens étaient consignés dans des tablettes d’argile ne permettant que des textes relativement courts « d’une page » alors que les Egyptiens utilisaient, pour leurs écrits, des rouleaux de papyrus.

Le professeur Donald Wiseman (1918-2010), archéologue qui a enseigné l’assyriologie à l’université de Londres, a repris une hypothèse de son père Percy Wiseman qui suggère que de nombreux passages utilisés par Moïse ou d’autres auteurs pour composer le livre de la Genèse sont issus de récits et de généalogies enregistrées dans un script cunéiforme mésopotamien sur des tablettes d'argile cuite, transmises par Abraham.

Percy Wiseman a constaté que les tablettes narratives anciennes se terminaient habituellement par une note finale, des « colophons », qui, placée à la fin du texte sur une tablette, un rouleau ou un manuscrit, pouvait contenir une indication sur son auteur, sur le copiste ou sur sa date, et que ces colophons avaient souvent un format très spécifique composé de trois parties :
1) "ceci a été l'histoire / le livre / la généalogie / le compte-rendu / de ...",
2) le nom de la personne qui a écrit ou possédé la tablette, et
3) une date (par exemple "dans l'année du grand tremblement de terre" ou "la 3ème année du roi", etc.

Ces colophons permettaient aussi de relier des tablettes, dont le support limitait le contenu, à d’autres tablettes par une répétition du colophon d’une tablette au début de la tablette suivante.

Wiseman a découvert que des milliers de tablettes babyloniennes d'argile que l'on a découvertes finissaient, chacune, avec l'expression « tolédoth » ou « towledah » (un mot subsistant en hébreu) et un sceau de signature.

Or, dans la Genèse, Wiseman a observé que l’on peut retrouver de tels colophons présentant les caractéristiques des colophons des tablettes sumériennes.

Une composition du début de la Genèse par la réunion de textes qui ont le format et les caractéristiques de tablettes sumériennes et non de papyrus égyptiens peut fournir un indice sérieux d’une rédaction antérieure à l'exil en Egypte.

Sur la base de ses observations, Wiseman a envisagé l’hypothèse que le début du texte écrit de la Genèse a pu faire l’objet, avant l’exil en Egypte, d’un ensemble de tablettes sumériennes distinctes mais reliées entre elles par des colophons qui reprennent chacun le mot hébreu « towledah ».

Ce mot est souvent traduit en français par « postérité » et oriente le lecteur vers la généalogie descendante qui le suit, mais Wiseman a observé que le mot hébreu peut aussi indiquer les « origines », l’histoire passée, la généalogie ascendante.

C’est même le sens certain de son premier usage dans la Genèse lorsqu’il est relaté : « Telle fut l’histoire (« towledah ») du ciel et de la terre lorsqu’ils furent créés » (Gn 2, 4).

Le double sens du mot « towledah » permet ainsi de l'utiliser tant pour clôturer une histoire passée (les origines, ce qui précède) que pour ouvrir une histoire qui va suivre (la postérité, ce qui suit).

Lors de la réunion ultérieure de diverses tablettes en un seul livre, la répétition, devenue sans objet, des colophons a pu être effacée.

Selon l’hypothèse Wiseman, la Genèse pourrait être une réunion de plusieurs documents matériellement distincts, antérieurs à sa subdivision en chapitres et versets, avec d’abord, pour l’histoire antérieure à Abraham, des tablettes en argile d’origine sumérienne avec chacune un contenu limité aux capacités variables d’une tablette, puis, ensuite, pour les récits à partir d’Abraham, des papyrus, avec un contenu pouvant être plus long, qui ont pu être utilisés après le premier séjour d’Abraham en Egypte et a fortiori lorsque ses descendants y ont émigré.

Dans ces conditions, la Genèse a pu être composée par la réunion, par Moïse ou des rédacteurs postérieurs, de plusieurs documents plus anciens, de tailles variables, qui pourraient être :

Une première tablette en argile non attribuée, peut-être car il s’agit de l’oeuvre de Dieu lui-même (Gn 1,1 à Gn 2,4a), qui s’achève par le colophon : « Tel fut le « towledah » du ciel et de la terre, quand ils furent créés » (Gn 2, 4a), qui raconte l’œuvre accomplie de la création de Dieu soit, actuellement, 35 versets.

Une deuxième tablette en argile attribuée à Adam (Gn 2,4 à Gn 5,1a) qui commence par une répétition du colophon de la première tablette : « Tel fut le « towledah » du ciel et de la terre, quand ils furent créés » (Gn 2, 4a) pour présenter un autre récit de la création qui est tourné vers sa suite humaine (la postérité de la création), et qui s’achève par le colophon : « Voici le « towledah » d’Adam » (Gn 5,1a), par lequel cette tablette est présentée comme le récit par Adam (ou en son nom) de son histoire, soit, actuellement 73 versets.

Une troisième tablette en argile attribuée à Noé (Gn 5,1 à Gn 6,9a) qui commence par une répétition du colophon de la deuxième tablette : « Voici le « towledah » d’Adam » (Gn 5,1a), où le mot « towledah » est tourné vers le futur (la postérité d’Adam), et qui s’achève par le colophon : « Voici le « towledah » de Noé » (Gn 6,9a), par lequel cette tablette est présentée comme le récit par Noé (ou en son nom) de son histoire, soit, actuellement, 41 versets.

Une quatrième tablette en argile attribuée aux fils de Noé (Gn 6,9 à Gn 10,1) qui commence par une répétition du colophon de la troisième tablette : « Voici le « towledah » de Noé » (Gn 6,9a), où le mot « towledah » est tourné vers le futur (la postérité d’Adam), et qui s’achève par le colophon : « Voici le « towledah » des fils de Noé, Sem, Cham et Japhet auxquels des fils naquirent après le déluge » (Gn 10,1), par lequel cette tablette est présentée comme le récit par les fils de Noé (ou en leur nom) de leur histoire, soit, actuellement, 89 versets.

Une cinquième tablette en argile attribuée aux familles des fils de Noé (Gn 10,1 à Gn 10,32a) qui commence par une répétition du colophon de la quatrième tablette : « Voici le « towledah » des fils de Noé, Sem, Cham et Japhet auxquels des fils naquirent après le déluge » (Gn 10,1), où le mot « towledah » est tourné vers le futur (la postérité des fils de Noé), et qui s’achève par le colophon : « Voici le « towledah » des familles des fils de Noé, selon leurs nations » (Gn 10,32a), par lequel cette tablette est présentée comme le récit par la famille des fils de Noé de leur histoire, selon leurs nations, soit, actuellement, 32 versets.

Une sixième tablette en argile attribuée à Sem (Gn 10,32 à Gn 11,10a) qui commence par une répétition du colophon de la cinquième tablette : « Voici le « towledah » des familles des fils de Noé » (Gn 10,1), où le mot « towledah » est tourné vers l’explication de leur dispersion parmi les nations dans le futur (la postérité des fils de Noé), et qui s’achève par le colophon : « Voici le « towledah » de Sem » (Gn 11,27a), par lequel cette tablette est présentée comme le récit par Sem (ou en son nom) de son histoire, soit, actuellement, 12 versets.

Une septième tablette en argile attribuée à Terach, père d’Abraham (Gn 11,10 à Gn 11,27a) qui commence par une répétition du colophon de la quatrième tablette : « Voici le « towledah » de Sem » (Gn 11,10a), où le mot « towledah » est tourné vers le futur (la postérité de Sem), et qui s’achève par le colophon : « Voici le « towledah » de Terach » (Gn 11,27a), par lequel cette tablette est présentée comme le récit par Térach (ou en son nom) de son histoire, soit, actuellement, 18 versets.

Vient ensuite un premier document, beaucoup plus long que le contenu de l’unique page d’une tablette normale, qui a pu être rédigé sur papyrus, attribué à Isaac, fils d’Abraham (Gn 11,27 à Gn 25,19a) qui commence par une répétition du colophon de la sixième tablette : « Voici le « towledah » de Terach » (Gn 11,27a), où le mot « towledah » est tourné vers le futur (la postérité de Terach), et qui s’achève par le colophon : « Voici le « towledah » d’Isaac, fils d’Abraham » (Gn 25,19a), par lequel cette tablette est présentée comme le récit par Isaac (ou en son nom) de son histoire, soit, actuellement, 384 versets.

Puis, un deuxième papyrus attribué à Jacob (Gn 25,19 à Gn 37,2a) qui commence par le colophon du document précédent : « Voici le « towledah » d’Isaac, fils d’Abraham » (Gn 25,19a), où le mot « towledah » est tourné vers le futur (la postérité d’Isaac), et qui s’achève par le colophon : « Voici le « towledah » de Jacob » (Gn 37,2a), par lequel cette tablette est présentée comme le récit par Jacob de son histoire, soit, actuellement, 408 versets.

Et, enfin, un troisième papyrus non attribué (Gn 37,2 à Gn 50,26) qui commence par une répétition du colophon du document précédent : « Voici le « towledah » de Jacob » (Gn 37,2a), où le mot « towledah » est tourné vers le futur (la postérité de Jacob), mais qui ne contient pas de colophon final.

Cette hypothèse envisage ainsi que, compte tenu de l’écriture inventée à Sumer dès environ 3300 ACN et de son développement attesté par les découvertes archéologiques, Adam lui-même (ou quelqu’un en son nom) aurait laissé un témoignage de son histoire extraordinaire dans le jardin d’Eden qui aurait été rapidement reproduit dans un écrit.

Dès que les ancêtres d’Abraham se sont installés dans le pays de Sumer, après le déluge, d’autres tablettes ont pu recueillir l’histoire de ses ancêtres.

A réfléchir !

Ce qui paraît assez manifeste aujourd’hui, c’est que la version hébraïque traduite par les Septante vers 270 ACN est elle-même une traduction de versions écrites antérieures dont les plus anciennes ont probablement été rédigées en sumérien.

A cet égard, la datation de la Genèse ne peut se limiter à une recherche dans le style et les caractéristiques du texte hébreu des derniers siècles qui manifeste la date d’une traduction mais laisse inconnue la date de l’original antérieur, voire des originaux antérieurs. Qui sait si l’original n’a pas été successivement traduit du sumérien en éblaïte, puis de l’éblaïte en égyptien, puis de l’égyptien en hébreu, puis que sa traduction en hébreu a été revue au fil de l’évolution de cette langue, voire lors de la redécouverte de versions anciennes, notamment lors de l’exil à Babylone ?

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Re: Essai de datation de la Genèse

Message non lupar Xavi » jeu. 04 janv. 2018, 12:45

Zarus écrit :L'ancienneté des Sumériens par rapport aux Hébreux ? la dominance des premiers sur les seconds ? …
Il y à un certain parti pris à vouloir croire que les Hébreux auraient toujours été dans le droit chemin, que les similitudes ne marchent que dans un sens et que les autres peuples auraient altéré des mythes monothéistes à la base sans raisons…
Les sumériens sont évidemment plus anciens que les Hébreux qui ont formé un peuple issu d’Abraham, Isaac et Jacob bien après la disparition des sumériens située vers 2004 avant Jésus-Christ.

Cela ne signifie pas que le récit de la Genèse concernant la période avant Abraham, tel qu’il a été retenu par les Hébreux, soit postérieur aux textes sumériens.

Abraham, qui provient de la capitale du pays de Sumer (Ur, en Chaldée), était un Sumérien et, sauf à imaginer une pure invention ultérieure, il paraît raisonnable de considérer que, dans le milieu littéraire très développé du pays de Sumer à l’époque, Abraham a dû apprendre une histoire des débuts de l’humanité telle qu’elle lui a été relatée et que c’est ce récit qui été repris dans le texte hébreu ultérieur.

Rien ne permet de dater ce récit sumérien de l’époque d’Abraham par rapport aux autres récits qui pouvaient circuler à l’époque.


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