L'Ecclésiaste ou Qohélet

« Alors il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures. » (Lc 24.45)
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LumendeLumine
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L'Ecclésiaste ou Qohélet

Message non lu par LumendeLumine » mar. 31 mai 2005, 17:18

Je propose une réflexion approfondie du livre de l'Ecclésiaste.

C'est en lisant ce livre, ainsi que l'Imitation de Jésus-Christ, que j'ai commencé à prendre la foi réellement au sérieux, et à me demander quel était le sens de ma vie et le rôle de Jésus-Christ dans ma vie. Ce livre surprend. Il est en apparence très négatif: sa thèse principale se résume en ces termes: "Vanitas Vanitatum", Vanité des vanités, tout est vain, rien n'a de sens. Il dit même explicitement: "Moi, je déteste la vie", et "C'est une mauvaise besogne que Dieu a donné aux Fils d'Adam pour qu'ils s'y emploient."

Comment comprendre un tel livre? Le chrétien ne doit-il pas être joyeux parmi les hommes, tout plein de la grâce et d'un bonheur sans limite? L'activité du chrétien n'est-elle pas la meilleure sur la terre, n'est-elle pas, justement, pleine de sens, puisqu'elle a en Dieu sa source et sa fin?

Une piste de recherche importante nous est donnée par la Bible de Jérusalem, qui renvoie à ce texte de la Genèse:
17 Il dit à l'homme : " Parce que tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé de l'arbre au sujet duquel je t'avais donné cet ordre : Tu n'en mangeras pas, le sol est maudit à cause de toi. C'est par un travail pénible que tu en tireras , ta nourriture, tous les jours de ta vie;

18 il te produira des épines et des chardons, et tu mangeras l'herbe des champs.

19 C'est à la sueur de ton visage que tu mange­ras du pain, jusqu'à ce que tu retournes à la terre, parce que c'est d'elle que tu as été pris; car tu es poussière et tu retour­neras en poussière."
C'est bien de l'homme séparé de Dieu dont il est question: en elle-même, sa besogne est vaine, son travail le mène au néant; la vie dont parle Qohélet lorsqu'il dit "Moi, je déteste la vie", c'est la vie telle que la conçoit le monde incroyant: notre existence matérielle, temporaire, finie. Dans le cadre limité de cette vie, même la meilleure activité est vaine: en effet, notre auteur a été Roi a Jérusalem, nous dit-il. Il s'est fait planter des vignes, il a eu l'honneur, les richesses, la sagesse: et pourtant, conclut-il, tout cela est vanité, car tout cela doit finir.

Parfois même Qohélet semble se contredire lui-même. On le voit par exemple faire l'éloge de la sagesse, et puis ensuite admettre qu'elle est vanité comme tout le reste:
13.Et j'ai vu que la sagesse a autant d'avantage sur la folie, que la lumière sur les ténèbres.
(...) 8.Quel avantage a le sage sur l'insensé?
Quelques passages sont également difficiles à interpréter, et cadrent peu avec la morale chrétienne:
24.Il n'y a rien de meilleur pour l'homme que de manger et de boire, et de faire jouir son âme du bien-être, au milieu de son travail; mais j'ai vu que cela aussi vient de la main de Dieu.
25.Qui en effet peut, sans lui, manger et jouir du bien-être?
On pourrait même en déduire un certain hédonisme:
Que l'homme profite des joies de la vie, permises et données par Dieu.


7.La lumière est douce, et c'est un plaisir pour l'œil de voir le soleil.
8.Même si l'homme vit de nombreuses années, qu'il se réjouisse pendant toutes ces
années. Et qu'il pense aux jours de ténèbres, car ils seront nombreux: Tout ce qui
arrive est vanité.

Khalil_Gibran
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Message non lu par Khalil_Gibran » mar. 31 mai 2005, 17:58

J'aime beaucoup L'Ecclésiaste, c'est un des livres les plus édifiants avec Ezechiel. On y apprend toutes les notions utiles pour mener une vie droite. :)

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Message non lu par LumendeLumine » mar. 31 mai 2005, 19:11

Certes, l'Ecclésiaste enseigne à mener une vie droite:

12.Moi, l'Écclésiaste, j'ai été roi d'Israël à Jérusalem, et j'ai appliqué mon cœur à rechercher et à sonder par
la sagesse tout ce qui se fait sous les cieux.
16.Je me suis dit en moi-même: voici que j'ai accumulé et amassé de la sagesse, plus que tous ceux qui ont
été avant moi à Jérusalem, et mon cœur a possédé amplement sagesse et science.


Cependant il semble que même la sagesse, que même le fait de réussir sa vie, bien qu'il soit en apparence un bien, bien qu'il doive être recherché, n'est en bout de ligne que vanité:

11.Puis j'ai considéré toutes mes œuvres que mes mains avaient faites, et le labeur que leur exécution
m'avait coûté; et voici, tout est vanité et poursuite du vent, et il n'y a aucun profit sous le soleil.
16.Car la mémoire du sage n'est pas plus éternelle que celle de l'insensé; dès les jours qui suivent, tous deux
sont également oubliés. Eh quoi! Le sage meurt aussi bien que l'insensé!
17.Et j'ai haï la vie, car ce qui se fait sous le soleil est mauvais à mes yeux, car tout est vanité et poursuite
du vent.


:wacko:

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sola
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Message non lu par sola » mar. 07 juin 2005, 17:25

oui, l'ancien testament recèle des perles de sagesse qui perso, m'apportent beaucoup plus que tous les récits à personnages.
j'aime bcp aussi l'autre: l'ecclésiastique. :heart:
et les épîtres. pour moi cela forme un tout réuni, qui me fait une colonne vertébrale.

si on joue à "vous avez aimé... vous aimerez", alors je conseille "l'imitation de jésus-christ". une fois je (re)lisais ce chef-d'oeuvre dans le métro, et deux ignares devant moi se sont mises à ricaner en voyant le titre. "elles ne savent pas ce qu'elles font", oui et surtout ce qu'elles perdent, enfin maintenant elles savent que ça existent... :roll:
*sola*
"le grain pourrit quand on l'entasse et fructifie quand on le sème." st dominique

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poursuite du vent

Message non lu par bajulans » dim. 30 oct. 2005, 20:53

St Thomas More dit que le plus grand poète prophane est Virgile, lequel est en effet un puissant poète.

Mais que vaut-il notre cher Virgile en comparaison de Salomon : "poursuite du vent", quelle image ! Pour donner une idée de la vanité, je ne trouve rien de plus puissant.

Chesterton, encore un Anglais, fait remarquer combien l'Evangile est aussi poétique, à propos de ce passage.
26 Regardez les oiseaux du ciel, qui ne sèment ni ne moissonnent et n'amassent rien dans des
greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux?
27 Qui de vous, à force de soucis, pourrait ajouter une seule coudée à la longueur de sa vie?
28 Et pourquoi vous inquiétez-vous pour le vêtement? Observez les lis des champs, comment
ils croissent : il ne peinent ni ne filent.
29 Or je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n'était pas vêtu comme l'un d'eux.
Mt VI, 26 et ss.

On passe ainsi des champs à une gloire nationale (le roi Salomon), tout est beau et léger et majestueux à la fois. Quel poète en effet, aucun autre poète n'arrive à l'égaler.

Notons aussi que loin de l'optimisme béat, le poète sacré, ne cache pas que la vie est difficile et pénible et qu'il est souvent difficile, voire impossible d'en voir le sens. C'est l'humilité de Dieu, Créateur de toute choses.
Loué soit Jésus-Christ

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Ecclésiaste, un livre peu connu

Message non lu par joaoXXIV » mar. 27 oct. 2015, 1:14

Ecclésiaste est le 2eme livre de l'Ancien Testament qui j'ai lu après la Génèse. Il m'a été conseillé par un ami et ce livre a tout simplement changer ma vie. Je n'aime pas lire, mais dès le debut j'ai été conquis par ce style littéraire qui est extraordinaire; les métaphores sont justes magnifiques. Chaque jour je le lis et le relis et je m'en lasse pas . Je ne comprends pas pourquoi il n'est pas plus connu, car il cache bien des trésors et merveilles.
SANTIAGO ila da minha infincia eu tenho muito saudade de minha cidade TARRAFAL eu vo voltar se DEUS qui quiser e la qui minha rais.Sempre fe na Santo Amaro

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Re: ecclésiaste pourquoi ce livre est peu connue ?

Message non lu par gerardh » mar. 27 oct. 2015, 10:37

_________

Bonjour,

C'est un livre très captivant mais difficile à comprendre.

Il décrit les pensées d'un croyant aussi loin qu'elles peuvent aller, mais abstraction faite de la révélation divine.



_______

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Re: Ecclésiaste, un livre peu connu

Message non lu par Cinci » mer. 28 oct. 2015, 1:50

Bonjour,

Qohélet fait partie des écrits (ketoubim) de la Bible. Il a sa place dans le canon.


Juste pour votre agrément, voici quelques commentaires tirés d'un numéro du Cahier Évangile :

«Qohélet ne paraît pas être le fruit d'un génie inattendu. Dans son office d'objecteur, il exprime la résistance d'Isrsaël à toute construction d'un refuge dans un monde parallèle. Il récuse même l'espoir que les acquis de l'homme se développent dans un groupe après sa mort. Ce n'est pas seulement l'individu mais l'histoire qui est enfermée dans un cercle et qui se défait. Ce message agit comme une médecine, en allégeant le sage d'une certaine pompe, en le dégageant des responsabilités d'un agent de l'histoire universelle. Mais aussi quel regard nouveau devant Dieu dont tout continue à dépendre absolument dans un espace aussi réduit ! Il faut s'attendre à trouver souvent Qohélet souvent sur son chemin.»

- P. Beauchamp, L'un et l'autre Testament, Seuil, 1976, p.130


Le Dieu de Qohélet

La vie a conduit Qohélet a envisager le problème global de cette existence, non comme une réalité close, mais débouchant en définitive sur Dieu. «Sache que sur tout cela, Dieu t'amènera en jugement (11,9) Le problème de Dieu n'a pas intéressé ce sage que pour lui-même. Sa théologie est celle des juifs ses contemporains. [...] Mais il a voulu autre chose : affirmer que, selon son expérience très ouverte, très décevante aussi, nul n'avait encore donné d'explication satisfaisante à la vie de l'homme. Il ne demande d'ailleurs pas à Dieu de la lui donner. Il ne frappe jamais à sa porte. Il n'y a chez lui ni prière ni poing tendu. Toutefois, sa plainte, ses doutes, ses amertumes n'ont de sens que perçus comme des appels imprégnés d'une douleur et d'une timidité qui n'osent pas interroger, exiger l'ouverture des dossiers divins. Que Dieu ne dit-il pas à l'homme où il le mène ?

- A, Barucq, dans La notion biblique de Dieu, 1976, p.18


Le bien et le mieux

Ce qui est bon pour l'homme est répertorié par Qohélet dans une série de sentences "mieux vaut que" (tôb min). Nous nous contenterons d'en citer quelques unes.

Et moi de féliciter les morts qui sont déjà morts, plutôt que les vivants qui sont encore en vie, et plus heureux que les deux celui qui n'a pas encore été, puisqu'il n'a pas vu l'oeuvre mauvaise qui se pratique sous le soleil (4,2; cf Jr 20,14; Job 3,1)

Mieux vaut le creux de la main plein de repos, que deux poignées de travail, de poursuite de vent (4,6)

Mieux vaut un gamin indigent mais sage, qu'un roi vieux mais insensé, qui ne sait plus se laisser conseiller (4,13)

Qohélet est à la recherche non pas du mieux, mais du bien, du bonheur possible et concrètement réalisable, au milieu de son existence énigmatique. Car il y a un bonheur possible pour l'homme sous le soleil, un bonheur limité, certes, mais porteur de joie.


Rien de nouveau sous le soleil !

L'emploi que nous faisons de la citation implique l'image d'un monde en évolution dans lequel le futur doit dépasser le passé. «Nouveau» indique une valeur positive, et quelle valeur!

Il en va autrement pour Qohélet. Quelque chose de nouveau et donc quelque chose d'autre ne pourrait être qu'une dégénérescence. A valeur ce qui porte en soi l'éclat de l'ancien et de l'origine. La question de l'homme est de savoir si l'origine peut garder son éclat tout en gagnant en durée.

La jeune génération écologique peut sans doute donner sens à cette vision des choses : avec quel plaisir ne renoncerait-elle pas aux produits plastiques, si on pouvait lui assurer que les bonnes vieilles forêts ne seront plus détruites par la pollution.

Dans le contexte antique, la phrase sonne comme un coup de clairon :  «Il n'y a rien de nouveau sous le soleil !» Il s'agit bien d'une victoire philosophique.

Cette phrase montre, par exemple, l'erreur de l'enseignement sur les quatre âges du monde (parmi ceux-ci, seul le premier devrait être d'or) Elle est jubilation devant la constatation : dans la création de Dieu - contre toutes les apparences - la qualité de commencement perdure, et le temps, cet incessant rongeur, n'use ni ne consomme la force de l'être. Rien de mélancolique dans cette phrase. C'est un cri de joie : derrière l'instant qui s'évanouit brille l'éternelle durée.

- N. Lohfink, "Le temps dans le livre de Qohélet", Christus, 125, 1985, p.74

Source : Daniel Doré, Cahiers Évangile. Qohélet et le Siracide, Éditions du Cerf, 1995, numéro 91

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des jardins
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Re: Ecclésiaste, un livre peu connu

Message non lu par des jardins » mer. 11 nov. 2015, 16:46

Le verset que je préfère dans Ecclésiaste est :

« Le sage a le cœur à sa droite, mais le fou a le cœur à sa gauche. »
Ecclésiaste, 10, 2

En fait, le "coeur à sa droite", c'est le Coeur spirituel. Il me semble qu'un "C" majuscule devrait toujours être utilisé lorsqu'on discute du Coeur spirituel. :flash:

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Re: L'Ecclésiaste ou Qohélet

Message non lu par Cinci » dim. 13 déc. 2015, 2:37

Toujours pour aider à «positionner» le livre de l'Ecclésiaste ... en passant par la prophétie de Daniel (!)

  • Je contemplais, dans les visions de la nuit :
    Voici, venant sur les nuées du ciel,
    comme un fils d'homme.
    Il s'avança jusqu'a l'Ancien
    et fut conduit en sa présence.
    Il lui fut conféré empire,
    honneur et royaume,
    et tous les peuples, nations et langues le servirent.
    Son empire est un empire éternel
    qui ne passera point,
    et son royaume ne sera point détruit.

    - Daniel 7,13-14
«Le livre de Daniel appartient aux écrits de sagesse, il a la forme d'une grande parabole qui s'apparente au genre du roman et il marque le passage de la sagesse à l'Apocalypse. Tous ces mots réclameraient une explication pour le profane, que je ne donnerai pas ici, sauf à remarquer que cette distinction des genres et des styles dans la Bible permet d'entrevoir une maturation, une avancée dans la conscience religieuse et mystique du peuple d'Israël, dont l'Évangile nous permet de comprendre pleinement le dynamisme. Les livres sapientaux, qui ont hérité de tout ce que la sagesse humaine peut déployer au regard de la Parole divine, pointent vers un dépassement des limites. L'Ecclésiaste exprime la vanité de tout, excepté la foi inébranlable en Dieu, au-delà de toute sagesse. Le mal n'est pas rationnellement soluble. C'est bien pourquoi l'apocalypse se substituera à la sagesse, comme une révélation divine, seule solution possible de l'énigme de l'homme et du monde. Ce n'est plus une simple parole d'enseignement, c'est une parole d'intervention. [...]

C'est le règne de Dieu lui-même qui s'avance, par-delà toutes les tentatives vaines des hommes. L'Apocalypse marque un changement de temps, le passage à une autre période de l'histoire, où s'annoncent ta eschata, «les dernières choses».
En un mot, le livre de l'Ecclésiaste marquerait comme une sorte de limite atteinte, dans la Bible, en matière de sagesse humaine. Et c'est un cul-de-sac! Il n'y a rien de vraiment solide en-dehors du fait de devoir mettre sa foi en Dieu et encore qu'il n'y a pas moyen non plus de saisir le plan divin. C'est le black out ! Il prendra une intervention ultérieure de Dieu lui-même (la venue de Jésus) pour déverrouiller la compréhension des choses.

... le «fils d'homme» apparu sur les nuées du ciel qui va à la rencontre de l'«Ancien des jours» pour remettre en ses mains le Royaume universel est celui qui vient briser la statue représentant toutes les puissances idolâtrées sur la terre. Sur la ruine de ces puissances, le chapitre 2 de Daniel annonce que le Dieu du ciel dressera un royaume qui jamais ne sera détruit. Mais ce royaume appartiendra aussi aux «saints du Très-Haut», à tous ceux qui auront été persécutés et livrés à la mort à cause de leur foi au seul vrai Dieu (7,22). (G, Leclerc, p.134)

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