Question sur le Deutéronome

« Alors il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures. » (Lc 24.45)
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Cgs
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Question sur le Deutéronome

Message non lu par Cgs »

Bonjour,

Un ami m'a posé la question suivante :
Dans la tradition judéo-chrétienne, on estime que le Deutéronome a été écrit par Moïse, y compris le passage narrant sa propre mort. Comment interpréter ce passage si c'est Moïse lui-même qui l'a écrit ? Je pense qu'il y a eu des modifications ultérieures au texte qui auraient pu expliquer que "Moïse semble écrire sur lui-même", mais j'en doute. Quelle est l'interprétation de l'Eglise de ce passage de la Bible ?
Pouvez-vous m'aider à lui répondre ? (inutile de me copier coller des passages de Wikipédia ou de sites donnés par Google, mon ami a déjà effectué ces recherches, et souhaite plutôt des références solides).

Merci beaucoup.

Bien à vous,
Cgs
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gerardh
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Re: Question sur le Deutéronome

Message non lu par gerardh »

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Bonjour,

Il me semble bien évident que la partie du Deutéronome décrivant la fin de Moïse n'est pas de lui. Mais il s'agit d'une portion très restreinte du livre.


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Pneumatis
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Re: Question sur le Deutéronome

Message non lu par Pneumatis »

Bonjour,

Je vous laisse ce lien vers un article de mon blog qui traite justement de cette question : http://pneumatis.over-blog.com/article-29655748.html

Si vous avez la moindre question n'hésitez pas à la poser ou à critiquer au besoin. ;)
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Cgs
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Re: Question sur le Deutéronome

Message non lu par Cgs »

Merci beaucoup pour la réponse très détaillée, Pneumatis ! Cela correspond parfaitement à ce que je cherchais.

Bien à vous,
Cgs
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Libremax
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Re: Question sur le Deutéronome

Message non lu par Libremax »

Le problème de l'article de Pneumatis (avec tout le respect que j'ai pour lui) me semble être le suivant:

Il a tendance à ériger comme axe central un formidable "c'est vrai parce que j'y crois".

L'auteur réfute ce qu'il appelle "l'hypothèse documentaire" (en réalité, toutes les thèses historico-critiques) sur la base de ce qu'elles se fondent non pas sur la foi ni même sur une compréhension de la foi, mais sur la seule critique. L'auteur va même plus loin: de telles hypothèses ne peuvent être qu'athées.

En effet, ces thèses ne nous permettent pas de mieux comprendre les Ecritures, d'une part, et ont tendance, d'autre part, à être contraires à la foi que nous pouvons avoir en Moïse, le plus grand des prophètes, (donc capable d'écrire la Torah lui-même).

Alors que d'une part, il est fait mention de l'oralité et des conditions humaines de transmission de la foi, le texte, la lettre elle-même, censée faire l'objet de l'apparition décisive du "signe" dans la Révélation, deviennent paradoxalement des objets sacro-saints, émanant directement de Dieu dans leur moindre formulation.

Le discours me fait étonnamment penser à celui des musulmans à propos de leur Coran : pour eux, à n'en pas douter, il est la parole de Dieu lui-même, dictée à Muhammad. Toute critique est inutile: elles ne sont pas dignes de foi. Son texte est vénéré comme une quasi-incarnation du Verbe : son style est dit inimitable, son sens nous dépasse parfois parce qu'il est divin, et toute analyse scientifique est sacrilège.


L'auteur évite de mentionner les énigmes purement historiques ou archéologiques posées par les récits concernant Moïse, et les implications religieuses posées dès lors par une origine mosaïque de texte si éloignés des faits probables.
Il évoque la seule question de la double appellation de Yahvé/Elohim qu'il balaie d'un revers de la main, mais ne dit rien des nombreuses autres questions qui se posent à la lecture des textes, même si l' "hypothèse documentaire" n'est pas la seule explication envisageable.

Voilà ma crainte en lisant cet article: N'oppose-t-on pas, à nouveau, science et foi?

Nous sommes chrétiens; ni juifs ni musulmans. Nous croyons en un Dieu qui s'est manifesté dans l'Histoire en Jésus-Christ, qui a rendu témoignage aux Ecritures. A cet égard, toute la cohérence de notre foi ne peut pas faire autrement que de se soumettre à l'exigence humaine, donc scientifique entre autres, de la Vérité.
Or il n'est écrit nulle part que Moïse ait rédigé la Torah; le Pentateuque contient des incohérences et des divergences de style inexplicables pour un texte à auteur unique.

Par ailleurs, il est inexact de dire que les thèses historico-critiques n'apportent rien à la compréhension de la foi. Elles suggèrent que la Révélation s'est faite au coeur du peuple d' Israël à travers de témoins multiples et humbles. Elles suggèrent que l'Esprit est à l'oeuvre dans son peuple, et lui permet de méditer et de découvrir en son temps les mystères de la Miséricorde de Dieu.

Il ne s'agit pas de fixer telle théorie pour une certitude absolue. Il s'agit de sonder notre foi de tout notre être, sans oublier notre raison.
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Re: Question sur le Deutéronome

Message non lu par jeanbaptiste »

Pneumatis a raison lorsqu'il dit que de nombreuses personnes doute de la sacralité de la Bible en apprenant les thèses historico-critiques. Il a également raison en rappelant que dans le fond ces thèses ne nous apprennent pas grand chose de fondamental en ce qui concerne la foi (elles nous apprennent au moins que la Révélation s'inscrit dans une histoire qui contredit la "sola scriptura" du protestantisme traditionnel).

Mais ça n'est pas une raison pour considérer ces thèses comme fausses ! Pendant longtemps l'Église a interdit l'accès directe des fidèles à la Bible. Elle avait raison, le présent nous donne raison. Combien de personnes nous expliquant que tout est faux puisqu'elles croient déceler une contradiction entre tel et tel verset ?

Mais l'Église a révisé son jugement lorsque les moyens techniques de communication ont rendus obsolète un tel interdit. Elle devait alors encourager une lecture intelligente et éclairée de la Bible. Et c'est ce qu'elle a fait.

Il en va de même avec les thèses historico-critiques. L'Église a commencé par regarder d'un mauvais œil l'émergence de sciences bibliques ouvertement hostiles aux enseignements de la Tradition. Il fallait mettre une frein afin que le monde ne s'engouffre pas aveuglément dans ces sciences nouvelles et donc imparfaites. Ces méthodes nouvelles d'étude de la Bible se sont affinés, perfectionnés, devenues plus neutres idéologiquement, et se sont répandues largement. L'Église ne pouvait plus ni ignorer leurs résultats, ni ignorer leur succès.

L'Église ne juge pas la méthode historico-critique comme étant fausse. Elle considère que ses résultats doivent être jugés à l'aune de la Tradition. Les scientifiques professent leur humilité face à la vérité : un vrai scientifique sait que sa thèse peut être entièrement contredit d'ici 30 ans. Dès lors l'Église est parfaitement en droit, sans contredire la méthode scientifique, d'user de ces méthodes en suspendant son jugement dans l'attente de plus de précisions lorsque des thèses semblent contredire l'enseignement traditionnel. Il reste que ces méthodes doivent contribuer à un approfondissement de la connaissance de la Vérité en ce qu'elles sont des produit d'une raison nourrie par la foi.

Je rappelle que l'archéologie et les méthodes historico-critiques ont, entre autre, prouvés avec certitude que la transmission de la Vérité fut pendant longtemps principalement orale et donc que la "sola scriptura" protestante est une erreur née d'une époque techniquement et spirituellement "biblio-centrée" qui projeta son rapport scriptural à la Vérité sur l'histoire entière de l'humanité. Preuve parmi d'autre que ces méthodes ne sont pas, pour nous catholiques, à rejeter.
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Re: Question sur le Deutéronome

Message non lu par Pneumatis »

Merci Libremax pour votre critique constructive. Je me souviens que nous avions déjà eu une discussion sur le sujet...
Libremax a écrit :L'auteur réfute ce qu'il appelle "l'hypothèse documentaire" (en réalité, toutes les thèses historico-critiques) sur la base de ce qu'elles se fondent non pas sur la foi ni même sur une compréhension de la foi, mais sur la seule critique.
Non ! Juste les hypothèses documentaires appliquées à la Torah. Il y a d'autres historiens pour penser que Moïse est l'auteur de la Torah. Voilà pourquoi je crois que vous déformez un peu mes propos et je me défends de faire du fondamentalisme basique, ou encore à opposer science et foi. Je ne réfute pas les théories a priori, mais une théorie n'est pas LA science ! Une théorie peut être fausse. Ce qui n'est pas le cas de la Révélation. Si donc une théorie scientifique oppose la forme et le fond dans la révélation, je pencherai a priori pour une erreur de la théorie scientifique, sans toutefois me dispenser de creuser la question.

Je n'ai rien contre la méthode historico-critique en général si elle se contente de faire ce travail historico-critique. Idem pour les sciences en général. Je mène juste une petite étude épistémologique, en dénonçant ce qui me semble être des travers idéologiques. Je signale, reprenant là juste les conseils du Saint Père et à travers lui du synode des évêques sur la Parole de Dieu, que la méthode historico-critique doit être au service de l'herméneutique et non pas s'y substituer. Par ailleurs,je ne crois pas que les méthodes scientifiques se fondent sur la seule analyse scientifique, et c'est justement parce que ces démarches ont généralement, sinon des motivations, au moins des conséquences idéologiques, qu'il faut aussi les critiquer et ne pas gober sans réfléchir toutes les conclusions qu'elles nous délivrent.

Il semble un peu que vous fassiez de la science ce sacre que vous me reprochez à la lettre de la Torah.
Libremax a écrit :L'auteur va même plus loin: de telles hypothèses ne peuvent être qu'athées.
Si vous relisez mon article, vous verrez que je ne l'évoque que pour l'hypothèse a priori selon laquelle Moïse n'aurait pas pu décrire sa propre mort. Penser que cela est impossible à Dieu, ça me semble être assez... dénué de foi, pour le moins, non ? Car cette hypothèse, qui n'a rien d'historico-critique, mais purement théologique, ne trouve aucun écho dans la théologie : Dieu peut-il ou non révéler à quelqu'un sa propre mort ? Je montre dans mon article qu'il en est justement question dans le Deutéronome.
Libremax a écrit :Alors que d'une part, il est fait mention de l'oralité et des conditions humaines de transmission de la foi, le texte, la lettre elle-même, censée faire l'objet de l'apparition décisive du "signe" dans la Révélation, deviennent paradoxalement des objets sacro-saints, émanant directement de Dieu dans leur moindre formulation.
En fait je suis surtout à l'écoute d'une tradition vieille d'aussi loin que remonte les traces du judaïsme enseignant et qui considère que Moïse est l'auteur de la Torah. Et si la lettre n'avait pas d'importance, alors la tradition juive n'aurait pas conservé, avant le Christ et encore jusqu'à aujourd'hui, l'étude de la lettre, la conservation méthodique du signe quand bien même on doive remplacer, à l'oral, un mot par un autre pour en garder le sens. Là ça demande de connaitre un minimum les mécanismes de l'hébreu, mais la règle du qéré/qétiv dans la lecture de la Bible a sa raison d'être. Ne pas toucher à la lettre sacrée, ce n'est pas une invention de moi ou de quelques fondamentalistes : c'est toute la tradition juive qui le porte. Et cette tradition enseigne précisément dans la chaire de Moïse, selon Jésus. Voyez combien il est important de rédiger avec la plus grande minutie les versets de la Torah, tel qu'on l'apprend dans les écoles rabbiniques. Voyez comme la valeur numérique des lettres et des mots a de l'importance, comme le nombre d'occurences de telle lettre ou tel mot a de l'importance. Voyez enfin que si la Torah écrite était un simple aide-mémoire, alors son support n'aurait rien de sacré, on l'aurait rédigé dans une langue propice à la transmission orale, et pas d'un seul tenant, lettre à lettre, d'une manière totalement impossible à mémoriser ou même à lire pour le profane qui, rappelons-le une fois de plus, dans une culture orale, n'était pas habitué à l'écrit. Enfin, vous qui avez étudié la culture orale et les travaux de Pierre Perrier devriez certainement mesurer la distance qu'il y a entre la tradition orale des hébreux du temps de Moïse et ce fait tout à fait original, unique : le Livre !

Et tout d'un coup, il y a 3 siècles (rien à voir avec l'invention de nouvelles technologiques révolutionnaires) voilà qu'on remet tout ça en cause. Je me suis permis d'énumérer les raisons de cette remise en cause, qui me paraissent pour le moins suspectes. D'autant que, pour prolonger ce que dit Jean-Baptiste, aujourd'hui les hautes sphères de l'exégèse, aidées d'ordinateur et de nouvelles techniques performantes, ne croient plus du tout à l'hypothèse documentaire. Je n'ai malheureusement aucune preuve à vous donner, juste le témoignage personnel d'un prêtre nettement plus qualifié que moi en matière d'exégèse biblique et participant aux travaux de corrections des traductions de la Bible liturgique. Autant vous dire que si j'avais su cela avant d'écrire mon article, je ne l'aurai peut-être même pas écrit - frustration du gars qui pond un truc déjà réchauffé.
Libremax a écrit :Le discours me fait étonnamment penser à celui des musulmans à propos de leur Coran : pour eux, à n'en pas douter, il est la parole de Dieu lui-même, dictée à Muhammad. Toute critique est inutile: elles ne sont pas dignes de foi. Son texte est vénéré comme une quasi-incarnation du Verbe : son style est dit inimitable, son sens nous dépasse parfois parce qu'il est divin, et toute analyse scientifique est sacrilège.
Je ne vois pas dans la Torah ce que les musulmans voient dans le Coran et ce n'est pas ce que j'en décris. Je suis conscient qu'une tradition a vu germer ces enseignements. Mais je n'oublie pas l'importance du signe. Je ne dis pas que c'est Dieu qui a écrit la Torah, je dis que c'est Moïse, sous l'inspiration de Dieu. Moïse a vécu, et lorsque son inspiration fut parvenue à maturité il écrivit providentiellement sous l'injonction ET l'inspiration de l'Esprit, la Torah qui fonda le peuple d'Israel. La révélation a ensuite encore murie dans son interprétation et toute la tradition orale qui l'a porté, mais pas dans sa forme écrite qui est fondateur de la tradition. Affirmer que Moïse a écrit la Torah ce n'est pas plus "fondamentaliste" que d'affirmer que Jean est l'auteur de l'évangile de Jean ou que Luc est l'auteur de l'évangile de Luc ! Si ce n'est que Luc a transmis un enseignement né de l'oralité sur Jésus, tandis que Moïse a fourni un enseignement né de l'oralité sur la Torah écrite par sa main, première figure de l'incarnation du Verbe. La fonction de son enseignement était principalement de faire connaitre le Livre, tout comme l'enseignement des apôtres a eu pour fonction de faire connaitre Jésus. Il ne faut pas confondre la méthode d'enseignement et son objet.
Libremax a écrit :L'auteur évite de mentionner les énigmes purement historiques ou archéologiques posées par les récits concernant Moïse, et les implications religieuses posées dès lors par une origine mosaïque de texte si éloignés des faits probables.
Il évoque la seule question de la double appellation de Yahvé/Elohim qu'il balaie d'un revers de la main, mais ne dit rien des nombreuses autres questions qui se posent à la lecture des textes, même si l' "hypothèse documentaire" n'est pas la seule explication envisageable.
Effectivement, je l'ai dit, je ne suis pas historien et ce n'était pas l'objet de cet article. Je n'omets pas : je référence même les auteurs des travaux scientifiques qui font référence en la matière. Simplement, comme je le signale en introduction, je ne tentais pas d'écrire un livre de réfutation historique, mais un article de réflexion sur une problématique purement épistémologique. Je me suis contenté d'un exemple, assez parlant et central pour la foi, des dérives auxquelles conduisent les hypothèses documentaires. Mon revers de la main était toutefois un peu argumenté il me semble (je lui consacre toute la dernière partie de mon article, soit un bon cinquième), au regard de votre défense a priori de la double origine Yahviste/Elohiste.
Libremax a écrit :Voilà ma crainte en lisant cet article: N'oppose-t-on pas, à nouveau, science et foi?
Non, juste UNE théorie opposée à la foi chrétienne.
Libremax a écrit :Nous sommes chrétiens; ni juifs ni musulmans. Nous croyons en un Dieu qui s'est manifesté dans l'Histoire en Jésus-Christ, qui a rendu témoignage aux Ecritures. A cet égard, toute la cohérence de notre foi ne peut pas faire autrement que de se soumettre à l'exigence humaine, donc scientifique entre autres, de la Vérité.
Or il n'est écrit nulle part que Moïse ait rédigé la Torah;
Il semble pourtant que Jésus lui-même (voir les versets cités dans mon article) le laisse entendre clairement. Je suis bien conscient qu'on peut parler de Moïse par métonymie avec toute la tradition qui découle de lui et c'est une hypothèse que j'ai faite évidemment. Mais cela n'est pas corroboré ni par ce que la révélation nous enseigne, ni par ce que la tradition nous a transmis à travers les siècles.
Libremax a écrit :le Pentateuque contient des incohérences et des divergences de style inexplicables pour un texte à auteur unique.
Inexplicable n'est pas un absolu définitif. Inexplicable pour l'instant, inexplicable selon la méthode employée et les connaissances actuelles. Pas inexplicable dans l'absolu. En outre, le minimum, au regard du contenu même de la révélation et de la traditions qui tendent à désigner Moïse comme l'auteur de la Torah, je trouve que d'ignorer ce fond parce qu'on rencontre des incohérences sur la forme, c'est un peu léger. Enfin, il semble que ce ne soit pas inexplicable pour tout le monde puisque la théorie documentaire ne fait pas l'unanimité y compris dans les milieux scientifiques.
Libremax a écrit :Par ailleurs, il est inexact de dire que les thèses historico-critiques n'apportent rien à la compréhension de la foi.
C'est vrai et ce n'est pas ce que j'ai dis. J'ai dit que les hypothèses documentaires sur la formation de la Torah n'apportaient rien à l'intelligence des Ecritures.
Libremax a écrit :Elles suggèrent que la Révélation s'est faite au coeur du peuple d' Israël à travers de témoins multiples et humbles. Elles suggèrent que l'Esprit est à l'oeuvre dans son peuple, et lui permet de méditer et de découvrir en son temps les mystères de la Miséricorde de Dieu.
Ce que nous apprennent avant tout les Nevi'im et les Ketouvim. La révélation au sein du peuple hébreu ne se résume pas à la Torah.
Libremax a écrit :Il ne s'agit pas de fixer telle théorie pour une certitude absolue. Il s'agit de sonder notre foi de tout notre être, sans oublier notre raison.
Là nous sommes d'accord !
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Re: Question sur le Deutéronome

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Pour moi la preuve suffisante que Moïse a écrit le Pentateuque, c'est que le Christ lui-même l'a dit, comme cela esr rapporté dans les évangiles.

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Re: Question sur le Deutéronome

Message non lu par Pneumatis »

Merci Jean Baptiste pour ces précisions importantes.
jeanbaptiste a écrit :Pneumatis a raison lorsqu'il dit que de nombreuses personnes doute de la sacralité de la Bible en apprenant les thèses historico-critiques. Il a également raison en rappelant que dans le fond ces thèses ne nous apprennent pas grand chose de fondamental en ce qui concerne la foi (elles nous apprennent au moins que la Révélation s'inscrit dans une histoire qui contredit la "sola scriptura" du protestantisme traditionnel).
Et pourtant, c'est dans le protestantisme qu'on trouve le plus d'adeptes ou de fondateurs de ces hypothèses documentaire... comme quoi, ça ne doit pas les gêner tant que ça.
jeanbaptiste a écrit :Mais ça n'est pas une raison pour considérer ces thèses comme fausses ! Pendant longtemps l'Église a interdit l'accès directe des fidèles à la Bible. Elle avait raison, le présent nous donne raison. Combien de personnes nous expliquant que tout est faux puisqu'elles croient déceler une contradiction entre tel et tel verset ?
Je ne sais pas si l'Eglise a eu raison d'interdire, sans juger a priori, j'aurai eu tendance à penser que non, justement en faisant confiance à la vérité. Mais il est vrai que dans des milieux fermés, facilement coupés de l'Eglise mère, cela pouvait être dangereux, et les dérives sectaires pouvaient être nombreuses.
jeanbaptiste a écrit :L'Église ne juge pas la méthode historico-critique comme étant fausse. Elle considère que ses résultats doivent être jugés à l'aune de la Tradition. Les scientifiques professent leur humilité face à la vérité : un vrai scientifique sait que sa thèse peut être entièrement contredit d'ici 30 ans. Dès lors l'Église est parfaitement en droit, sans contredire la méthode scientifique, d'user de ces méthodes en suspendant son jugement dans l'attente de plus de précisions lorsque des thèses semblent contredire l'enseignement traditionnel. Il reste que ces méthodes doivent contribuer à un approfondissement de la connaissance de la Vérité en ce qu'elles sont des produit d'une raison nourrie par la foi.
On juge l'arbre à ses fruits, comme on dit. L'objet de on article c'est de remarquer, entre autre, que les fruits ont l'air un peu véreux. En outre le progrès technique a tendance aujourd'hui à nous faire sortir de cette hypothèse documentaire.
jeanbaptiste a écrit :Je rappelle que l'archéologie et les méthodes historico-critiques ont, entre autre, prouvés avec certitude que la transmission de la Vérité fut pendant longtemps principalement orale et donc que la "sola scriptura" protestante est une erreur née d'une époque techniquement et spirituellement "biblio-centrée" qui projeta son rapport scriptural à la Vérité sur l'histoire entière de l'humanité. Preuve parmi d'autre que ces méthodes ne sont pas, pour nous catholiques, à rejeter.
On est bien d'accord, et Dieu sait que l'ère de l'informatique, entre autres choses, apporte une contribution majeure à la compréhension des Ecritures !
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Re: Question sur le Deutéronome

Message non lu par Pneumatis »

gerardh a écrit :___________

Pour moi la preuve suffisante que Moïse a écrit le Pentateuque, c'est que le Christ lui-même l'a dit, comme cela esr rapporté dans les évangiles.

______________
Ce n'est malheureusement pas une preuve suffisante : l'usage de la métonymie était courant, et on pouvait tout à fait désigner par Moïse tout le peuple d'Israël, dans la formulation écrite ou orale. Cependant, ce n'est qu'une formulation, et de là à faire ensuite la confusion dans toute la tradition séculaire, il y a loin.
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Re: Question sur le Deutéronome

Message non lu par Invité »

La T.O.B. dans l'introduction au Deutéronome dit:
"Ainsi le Deutéronome est-il le vaste recueil où s'est progressivement fixée par écrit la prédication lévitique qui avait sa source en Moïse et qui accompagna Israël de ses exhortations, de ses avertissements et de ses promesses depuis le seuil de la terre Promise jusqu'à l'heure de l'exil à Babylone"

Cela pour le Deutéronome, mais pour tous les livres tels que nous les connaissons, ils n'ont pas d'auteur propre, ils sont une compilation de traditions suivant différents courants de pensés et les différents lieux et les influences historiques.
La Bible est une théologie de l'histoire qui est à la fois une réflexion de ce qui se passe entre Israël et Dieu dans les différents évènements et une prise de position qui fait l'histoire car cette théologie demande un engagement du peuple vis à vis de son Dieu.
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Re: Question sur le Deutéronome

Message non lu par Pneumatis »

Bon, désolé je flood un peu mais c'était juste pour remettre ici le lien vers la discussion que nous avions déjà entamé à ce sujet, si il y en a qui ont le temps et que ça amuse : http://www.cite-catholique.org/viewtopi ... =91&t=8209
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Re: Question sur le Deutéronome

Message non lu par Etrigan »

Pneumatis a écrit :
gerardh a écrit :___________

Pour moi la preuve suffisante que Moïse a écrit le Pentateuque, c'est que le Christ lui-même l'a dit, comme cela esr rapporté dans les évangiles.

______________
Ce n'est malheureusement pas une preuve suffisante : l'usage de la métonymie était courant, et on pouvait tout à fait désigner par Moïse tout le peuple d'Israël, dans la formulation écrite ou orale. Cependant, ce n'est qu'une formulation, et de là à faire ensuite la confusion dans toute la tradition séculaire, il y a loin.
Je serais curieux d'avoir une citation car, à ma connaissance, le Christ n'a jamais dit une telle chose.
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Re: Question sur le Deutéronome

Message non lu par jeanbaptiste »

Par ailleurs,je ne crois pas que les méthodes scientifiques se fondent sur la seule analyse scientifique, et c'est justement parce que ces démarches ont généralement, sinon des motivations, au moins des conséquences idéologiques, qu'il faut aussi les critiquer et ne pas gober sans réfléchir toutes les conclusions qu'elles nous délivrent.
C'est tout à fait vrai, et facilement vérifiable historiquement ;)
aujourd'hui les hautes sphères de l'exégèse, aidées d'ordinateur et de nouvelles techniques performantes, ne croient plus du tout à l'hypothèse documentaire. Je n'ai malheureusement aucune preuve à vous donner, juste le témoignage personnel d'un prêtre nettement plus qualifié que moi en matière d'exégèse biblique et participant aux travaux de corrections des traductions de la Bible liturgique.
La dernière édition de la TOB (2008) explique en effet que la thèse des 4 sources documentaires n'est plus du tout tenable.
Je ne sais pas si l'Eglise a eu raison d'interdire, sans juger a priori, j'aurai eu tendance à penser que non, justement en faisant confiance à la vérité. Mais il est vrai que dans des milieux fermés, facilement coupés de l'Eglise mère, cela pouvait être dangereux, et les dérives sectaires pouvaient être nombreuses.
Il ne s'agit pas véritablement d'une interdiction, mais bien d'une obligation de médiation. Les laïcs n'étaient pas coupés de la Parole de Dieu, la liturgie de la parole n'est pas une nouveauté contemporaine ;) C'était l'accès non communautaire et non médiatisée par l'autorité ecclésiale qui était prohibée. Rappelons qu'à une époque où les Évangiles ne devaient pas être lues pas les femmes (ce qui est stupide, il faut l'avouer), même religieuses, sainte Thérèse d'Avila écrivit le Château Intérieur et tout le reste de sa sublime œuvre ! Ne croyons donc pas que les laïcs étaient parfaitement incultes et coupés de la Parole de Dieu. Cette parole passait également par les œuvres d'art. Nous ne pouvons pas dire que notre monde contemporain déborde de la Parole de Dieu en tout ses lieux !

Le rapport à la Parole de Dieu, la place du clergé, les moyens techniques faisaient que cette interdiction n'était pas abérrante comme elle peut le paraître aujourd'hui.
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Re: Question sur le Deutéronome

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Touriste a écrit :La Bible est une théologie de l'histoire qui est à la fois une réflexion de ce qui se passe entre Israël et Dieu dans les différents évènements et une prise de position qui fait l'histoire car cette théologie demande un engagement du peuple vis à vis de son Dieu.
Oui, je suis d'accord... mais pas seulement. Le problème, selon moi, serait de limiter la révélation à une charte historico-politico-sociale, quand bien même on y verrait l'inspiration divine. Il faut se demander, quand on ouvre la Torah ce que Dieu veut nous enseigner de si fondamental qu'il s'abaisse jusqu'à l'homme et commence à se révéler dans l'histoire... est-ce l'histoire du peuple hébreu qu'il veut nous enseigner ? <: Premier pas de la révélation, la Torah, l'enseignement par excellence, répond à une étape fondamentale de l'oeuvre rédemptrice de Dieu pour l'homme. En raison de quoi j'ai tendance à considérer qu'il y a quelque chose de vraiment fondamental sur le plan anthropologique dans cette révélation à Moïse.

Pour appuyer le propos, je vous mets ci-dessous la 26ème proposition du synode des évêques de l'année dernière :
[+] Texte masqué
Elargir les perspectives de l'étude exégétique actuelle

Rien ne vaut les fruits apportés par l'utilisation de la recherche historico-critique moderne ; en même temps, on ne peut pas considérer les études exégétiques actuelles sans un regard attentif aux difficultés également. L'actuelle exégèse académique, également catholique, travaille à un très haut niveau pour ce qui concerne la méthodologie historico-critique, y compris avec ses heureuses intégrations plus récentes (cf. Commission pontificale biblique, L'interprétation de la Bible dans l'Eglise), mais on ne peut pas en dire autant de l'étude de la dimension théologique des textes bibliques. Le niveau théologique indiqué par les trois éléments de Dei Verbum 12, est malheureusement très souvent presque absent.

La première conséquence de cette absence est que la Bible devient pour les lecteurs d'aujourd'hui un livre du passé uniquement, désormais incapable de parler à notre monde actuel. Dans ces conditions, l'exégèse biblique risque de devenir de l'historiographie pure et une histoire de la littérature.

La deuxième conséquence, peut-être encore plus grave, est la disparition de l'herméneutique de la foi indiquée par Dei Verbum. Une herméneutique positiviste et séculariste qui nie la possibilité de la présence du divin et de l'accès au divin dans l'histoire de l'homme, tend alors, de fait, à prendre la place de l'herméneutique croyante.

Les Pères synodaux remercient sincèrement les nombreux exégètes et théologiens qui ont apporté et continuent d'apporter une aide essentielle dans la découverte du sens profond des Ecritures mais ils demandent à tous de s'engager davantage pour que l'on parvienne avec plus de force et de clarté au niveau théologique de l'interprétation biblique.

Pour réussir vraiment à faire grandir cet amour pour les Ecritures, comme le souhaite le Concile, il faudra appliquer avec davantage de soin les principes indiqués de manière exhaustive et claire dans Dei Verbum.
Etrigan a écrit :Je serais curieux d'avoir une citation car, à ma connaissance, le Christ n'a jamais dit une telle chose.
En fait dans les évangiles, Jésus cite régulièrement la Loi de Moïse et les Prophètes, connus comme étant respectivement les corpus Torah (de Moïse) et Nevi'im (Les prophètes) des Ecritures juives. Il suffit d'une petite recherche du mot "Moïse" dans le nouveau testament pour s'en rendre compte.

Mais effectivement, Jésus ne dit pas que "de telle lettre à telle lettre, c'est Moïse qui a écrit". Il s'inscrit juste dans la tradition de son époque, sans jamais la remettre en cause sur ce point, et en l'utilisant telle quelle dans son enseignement, puisqu'au final "Commençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait. (Luc 27, 27)".
jeanbaptiste a écrit :La dernière édition de la TOB (2008) explique en effet que la thèse des 4 sources documentaires n'est plus du tout tenable.
En évoquent-t-il d'autres (je n'ai qu'une vieille édition de la TOB) ?
jeanbaptiste a écrit :Il ne s'agit pas véritablement d'une interdiction, mais bien d'une obligation de médiation. Les laïcs n'étaient pas coupés de la Parole de Dieu, la liturgie de la parole n'est pas une nouveauté contemporaine ;) C'était l'accès non communautaire et non médiatisée par l'autorité ecclésiale qui était prohibée. Rappelons qu'à une époque où les Évangiles ne devaient pas être lues pas les femmes (ce qui est stupide, il faut l'avouer), même religieuses, sainte Thérèse d'Avila écrivit le Château Intérieur et tout le reste de sa sublime œuvre ! Ne croyons donc pas que les laïcs étaient parfaitement incultes et coupés de la Parole de Dieu. Cette parole passait également par les œuvres d'art. Nous ne pouvons pas dire que notre monde contemporain déborde de la Parole de Dieu en tout ses lieux !

Le rapport à la Parole de Dieu, la place du clergé, les moyens techniques faisaient que cette interdiction n'était pas abérrante comme elle peut le paraître aujourd'hui.
Oui, d'accord, l'interdiction n'était finalement pas de lire, mais d'interpréter soi-même en dehors de la tradition de l'Eglise... Je ne voudrais pas dire de bétise, mais c'est encore d'actualité aujourd'hui il me semble (cf. La commission biblique pontificale).
Site : http://www.pneumatis.net/
Auteur : Notre Père, cet inconnu, éd. Grégoriennes, 2013
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