Au fond le théologien veut connaître Dieu du point de vue de l'homme, pendant que le mystique veut connaître Dieu comme Il se connait, autrement dit se laisser transformer par le divin. L'aventure n'est pas sans risque et un piètre théologien fait rarement un bon mystique.lmx a écrit :Alors là j'ai un peu de mal : si l'Essence de Dieu est son Etre, quelle différence y a t-il à participer à son Etre ou à son Essence ?
Du côté de Dieu aucune. Il n'y a qu'une distinction de notre côté nécessaire pour essayer de comprendre les choses du mieux possibles.
Ce que je voulais dire par "participer à l'Essence" c'est que les essences crées sont des similitudes crées déficientes de l'Essence divine. Participer à l'Essence c'est ressembler au Modèle, à l'Exemplaire suprême.
Participer à l'Acte d'Etre désigne plus le fait de prendre part à l'Acte, de recevoir une communication de cet acte pour être maintenu hors du néant.
Aperçu sur la mystique chrétienne
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cracboum
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
Dernière modification par cracboum le dim. 10 juil. 2011, 11:38, modifié 1 fois.
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
Les grands mystiques sont aussi des grands théologiens. St Bonaventure et St Jean de la Croix sont tout aussi compétents et tout aussi précis que St Thomas. (J'ai inclus en 1ère page le petit résumé que St Thomas fait de la doctrine des 6 degrés de contemplation qui commence par la contemplation du crée que St Bonaventure a repris.)
Ste Thérèse d'Avila sait aussi de quoi elle parle bien que son expérience ait une dimension plus subjective et plus psychologique.
La théologie de l'inhabitation des Personnes de St Thomas n'est pas une invention de vulgaire mystique panthéiste. La grâce sanctifiante, grâce crée qui prépare , en conformant l'âme à Dieu, au don de la grâce incrée c'est à dire la Personne divine elle même, est une doctrine catholique même si certains théologiens n'ont voulu voir que la grâce crée.
Finalement je viens de trouver cet article du catéchisme qui use du terme de déification .
1129 L’Église affirme que pour les croyants les sacrements de la Nouvelle Alliance sont nécessaires au salut (cf. Cc. Trente : DS 1604). La "grâce sacramentelle" est la grâce de l’Esprit Saint donnée par le Christ et propre à chaque sacrement. L’Esprit guérit et transforme ceux qui le reçoivent en les conformant au Fils de Dieu. Le fruit de la vie sacramentelle, c’est que l’Esprit d’adoption déifie(cf. 2 P 1, 4) les fidèles en les unissant vitalement au Fils unique, le Sauveur.
Ste Thérèse d'Avila sait aussi de quoi elle parle bien que son expérience ait une dimension plus subjective et plus psychologique.
La théologie de l'inhabitation des Personnes de St Thomas n'est pas une invention de vulgaire mystique panthéiste. La grâce sanctifiante, grâce crée qui prépare , en conformant l'âme à Dieu, au don de la grâce incrée c'est à dire la Personne divine elle même, est une doctrine catholique même si certains théologiens n'ont voulu voir que la grâce crée.
Finalement je viens de trouver cet article du catéchisme qui use du terme de déification .
1129 L’Église affirme que pour les croyants les sacrements de la Nouvelle Alliance sont nécessaires au salut (cf. Cc. Trente : DS 1604). La "grâce sacramentelle" est la grâce de l’Esprit Saint donnée par le Christ et propre à chaque sacrement. L’Esprit guérit et transforme ceux qui le reçoivent en les conformant au Fils de Dieu. Le fruit de la vie sacramentelle, c’est que l’Esprit d’adoption déifie(cf. 2 P 1, 4) les fidèles en les unissant vitalement au Fils unique, le Sauveur.
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
Textes de St Augustin et St Bonaventure consultables ici.
http://www.abbaye-saint-benoit.ch/bibliotheque.htm
http://www.abbaye-saint-benoit.ch/bibliotheque.htm
Dernière modification par lmx le jeu. 28 avr. 2011, 10:58, modifié 1 fois.
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
Voici le texte d'un moine de l'abbaye de Ligugé sur la prière.
http://www.abbaye-liguge.com/uploads/164.pdf
Le texte traite notamment de la signification de la charité qui est indissociable de l'amour de Dieu, de la vie active et de la vie contemplative, du corps qui devrait participer à la prière l'homme étant corps et âme.
Il traite aussi de la différence entre la méditation et la prière, la méditation ayant pour but de préparer à la prière en aiguisant "la fine pointe de l'esprit".
Et finalement de la contemplation naturelle qui use du monde naturel comme d'un miroir :
"Connaître et contempler en chaque créature ce qui constitue sa relation à Dieu, les perfections invisibles de Dieu qui se déploient en elle."
puis de la contemplation de Dieu au delà de toute forme et toute image :
"La contemplation n’est pas seulement dépouillement et négation ; c’est une union et une divinisation qui survient après le dépouillement. C’est la révélation de Dieu dans l’esprit prêt à l’accueillir."
http://www.abbaye-liguge.com/uploads/164.pdf
Le texte traite notamment de la signification de la charité qui est indissociable de l'amour de Dieu, de la vie active et de la vie contemplative, du corps qui devrait participer à la prière l'homme étant corps et âme.
Il traite aussi de la différence entre la méditation et la prière, la méditation ayant pour but de préparer à la prière en aiguisant "la fine pointe de l'esprit".
Et finalement de la contemplation naturelle qui use du monde naturel comme d'un miroir :
"Connaître et contempler en chaque créature ce qui constitue sa relation à Dieu, les perfections invisibles de Dieu qui se déploient en elle."
puis de la contemplation de Dieu au delà de toute forme et toute image :
"La contemplation n’est pas seulement dépouillement et négation ; c’est une union et une divinisation qui survient après le dépouillement. C’est la révélation de Dieu dans l’esprit prêt à l’accueillir."
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
http://christophe.levalois.free.fr/fich ... lacide.pdf
Voici un entretien entre prêtres orthodoxes portant sur la distinction entre la personne et l'individu (le moi) et qui est très éclairante sur le sens de la vie chrétienne et sur l'importance de l'ascèse personnelle.
Cette distinction est issue du courant personnaliste née au 20è siècle et qui a eu notamment pour représentants chez les catholiques le philosophe Jacques Maritain et chez les orthodoxes Vladimir Lossky qui, vivant à Paris, était en contact avec les intellectuels catholiques.
L'individu dans ce courant fait référence chez l'être humain à ce qu'il a de propre, à ce qui l'enferme en lui et les sépare des autres et de Dieu. C'est, dans une perspective chrétienne, une limitation, une entrave. C'est le "propre" qui rend l'homme "dissemblant" de Dieu et qui obscurcit l'image de Dieu en lui. "Qu'est ce que le proprium ? La dissemblance ce par quoi l'homme se veut différent de Dieu" écrit Etienne Gilson. Par conséquent, abolir le moi n'est pas une déchéance car "Eliminer de soi même tout ce qui l'empêche d'être vraiment soi, ce n'est pas pour l'homme se perdre mais se retrouver."
L'individualité est donc aussi formée par l'identité propre fruit des déterminismes sociaux économiques et biologiques. Or, dans le christianisme il n'y a plus ni juifs, ni grecs, ni barbares, l'"identité" du chrétien étant le Christ qu'il revêt.
Comme l'écrit V. Lossky : L’homme agit le plus souvent sous des impulsions naturelles : il est conditionné par son tempérament, son caractère, son hérédité, l’ambiance cosmique ou psycho-sociale, voire sa propre historicité. Mais la vérité de l’homme est au-delà de tout conditionnement, et sa dignité, de pouvoir se libérer de sa nature, non pour la consumer ou l’abandonner à elle-même comme le sage antique ou oriental, mais pour la transfigurer en Dieu.
La personne en revanche c'est la dimension verticale de l'homme qui le distingue de l'animal, étant comme le lien qui nous rattache à Dieu et qu'on peut identifier bibliquement au souffle de vie que Dieu insuffle en Adam. La personne est "l'homme invisible qui vit dans le coeur" (1 P 3:4).
La personne humaine, en ce sens, est une relation qui s'accomplit dans le don d'elle même d'abord à Dieu et autres ; relation analogue aux Personnes divines dont la perfection réside dans le don parfait que chacune fait à l'autre.
La dignité de l'homme étant donc rigoureusement indissociable de sa relation avec la transcendance, ce courant personnaliste a peu de chose à voir avec l'humanisme bas de gamme qu'on a pu voir en lui.
En résumé, la distinction personne / individu correspond tout simplement à la distinction de St Paul entre l'homme charnel (psychique) et l'homme spirituel qui doit supplanter le premier.
Voici un entretien entre prêtres orthodoxes portant sur la distinction entre la personne et l'individu (le moi) et qui est très éclairante sur le sens de la vie chrétienne et sur l'importance de l'ascèse personnelle.
Cette distinction est issue du courant personnaliste née au 20è siècle et qui a eu notamment pour représentants chez les catholiques le philosophe Jacques Maritain et chez les orthodoxes Vladimir Lossky qui, vivant à Paris, était en contact avec les intellectuels catholiques.
L'individu dans ce courant fait référence chez l'être humain à ce qu'il a de propre, à ce qui l'enferme en lui et les sépare des autres et de Dieu. C'est, dans une perspective chrétienne, une limitation, une entrave. C'est le "propre" qui rend l'homme "dissemblant" de Dieu et qui obscurcit l'image de Dieu en lui. "Qu'est ce que le proprium ? La dissemblance ce par quoi l'homme se veut différent de Dieu" écrit Etienne Gilson. Par conséquent, abolir le moi n'est pas une déchéance car "Eliminer de soi même tout ce qui l'empêche d'être vraiment soi, ce n'est pas pour l'homme se perdre mais se retrouver."
L'individualité est donc aussi formée par l'identité propre fruit des déterminismes sociaux économiques et biologiques. Or, dans le christianisme il n'y a plus ni juifs, ni grecs, ni barbares, l'"identité" du chrétien étant le Christ qu'il revêt.
Comme l'écrit V. Lossky : L’homme agit le plus souvent sous des impulsions naturelles : il est conditionné par son tempérament, son caractère, son hérédité, l’ambiance cosmique ou psycho-sociale, voire sa propre historicité. Mais la vérité de l’homme est au-delà de tout conditionnement, et sa dignité, de pouvoir se libérer de sa nature, non pour la consumer ou l’abandonner à elle-même comme le sage antique ou oriental, mais pour la transfigurer en Dieu.
La personne en revanche c'est la dimension verticale de l'homme qui le distingue de l'animal, étant comme le lien qui nous rattache à Dieu et qu'on peut identifier bibliquement au souffle de vie que Dieu insuffle en Adam. La personne est "l'homme invisible qui vit dans le coeur" (1 P 3:4).
La personne humaine, en ce sens, est une relation qui s'accomplit dans le don d'elle même d'abord à Dieu et autres ; relation analogue aux Personnes divines dont la perfection réside dans le don parfait que chacune fait à l'autre.
La dignité de l'homme étant donc rigoureusement indissociable de sa relation avec la transcendance, ce courant personnaliste a peu de chose à voir avec l'humanisme bas de gamme qu'on a pu voir en lui.
En résumé, la distinction personne / individu correspond tout simplement à la distinction de St Paul entre l'homme charnel (psychique) et l'homme spirituel qui doit supplanter le premier.
Dernière modification par lmx le jeu. 11 août 2011, 0:43, modifié 1 fois.
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
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bonjour,
J'aime pas le mysticisme !
Le stroumph grognon !
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
C'est dommage pour vous. Ce n'est pourtant rien que de la théologie chrétienne.
Luther aimait la vraie mystique chrétienne et considérait le livre de la theologia deutsch comme étant une des plus pure expression de la théologie chrétienne. Il plaçait d'ailleurs ce livre aux côtés de la Bible et des écrits de St Augustin.
Luther aimait la vraie mystique chrétienne et considérait le livre de la theologia deutsch comme étant une des plus pure expression de la théologie chrétienne. Il plaçait d'ailleurs ce livre aux côtés de la Bible et des écrits de St Augustin.
Dernière modification par lmx le jeu. 10 mars 2011, 12:15, modifié 1 fois.
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
gerardh a écrit :_________
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Avec un peu de chance, ça vous passera !
"À tout moment, nous subissons l’épreuve, mais nous ne sommes pas écrasés;
nous sommes désorientés, mais non pas désemparés;
nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés;
terrassés, mais non pas anéantis…".
2 Co 4, 8-10
nous sommes désorientés, mais non pas désemparés;
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
Adage :gerardh a écrit :_________
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"Ce qui est reçu prend la forme de ce qui reçoit."
Jésus, j'ai confiance en Toi,
Jésus, je m'abandonne à Toi.
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O Jésus, pour Te suivre.
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
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Bonjour,
Je reçois des quolibets (c'est un euphémisme).
Je m'attendais à autre chose : quelques petits "pourquoi ?".
Dommage.
__________
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Je reçois des quolibets (c'est un euphémisme).
Je m'attendais à autre chose : quelques petits "pourquoi ?".
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
_________
Merci pour la question :
Si l'on entend par mysticisme une grande piété, accompagnée d'une marche pratique à la gloire de Dieu, et d'un intérêt pour les choses d'en haut, alors je n'ai rien contre, bien au contraire.
Mais si l'on entend par mysticisme une exaltation excessive des sens et des sentiments, je trouve que cela n'est autre qu'une manifestation charnelle, qui donne une trop grande place à l'homme, alors que celui-ci est tout compte fait, encore faible et pécheur. Dans la synagogue, Jésus préférait le pécheur qui restait humblement à la dernière place, et avait conscience de son état de pécheur : position que Dieu approuve.
Dans un autre sens, mais proche du précédent, le mysticisme est un ensemble de croyances et de pratiques qui tendent vers l'union de l'homme et de la divinité. Même si les chrétiens sont un avec Jésus, ce n'est pas une raison pour en tirer vanité et gloire, ni non plus verser dans le sens du panthéisme.
Je ne suis pas non plus favorable à l'ascétisme : ensemble de pratiques qui prétendent libérer l'esprit par le mépris du corps (par des pénitences, des privations et des mortifications).
Il va néanmoins sans dire que je ne veux jeter la pierre à personne.
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Merci pour la question :
Si l'on entend par mysticisme une grande piété, accompagnée d'une marche pratique à la gloire de Dieu, et d'un intérêt pour les choses d'en haut, alors je n'ai rien contre, bien au contraire.
Mais si l'on entend par mysticisme une exaltation excessive des sens et des sentiments, je trouve que cela n'est autre qu'une manifestation charnelle, qui donne une trop grande place à l'homme, alors que celui-ci est tout compte fait, encore faible et pécheur. Dans la synagogue, Jésus préférait le pécheur qui restait humblement à la dernière place, et avait conscience de son état de pécheur : position que Dieu approuve.
Dans un autre sens, mais proche du précédent, le mysticisme est un ensemble de croyances et de pratiques qui tendent vers l'union de l'homme et de la divinité. Même si les chrétiens sont un avec Jésus, ce n'est pas une raison pour en tirer vanité et gloire, ni non plus verser dans le sens du panthéisme.
Je ne suis pas non plus favorable à l'ascétisme : ensemble de pratiques qui prétendent libérer l'esprit par le mépris du corps (par des pénitences, des privations et des mortifications).
Il va néanmoins sans dire que je ne veux jeter la pierre à personne.
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
gerhard pourriez vous lire ce que j'ai écrit depuis la première page. Cela répondrais à toutes vos interrogations, car précisément, si vous m'aviez lu, il n'y pas de place pour les sentiments et l'imagination.
En ce qui concerne l'ascétisme qui correspond à la phase purgative généralement accompagnée d'exercices de médiations (St Ignace), il doit se comprendre par le dépouillement de l'individualité et de la volonté propre, pas par le mépris du corps. De plus, le corps n'est pas laissé de côté car il participe aussi la déification :
Et de ce bien de l'âme parfois rejaillit sur le corps l'onction de l'Esprit Saint et réjouit toute la substance sensitive, tous les membres et les os et les moelles, non point faiblement comme il a coutume d'arriver d'ordinaire, mais avec un sentiment de grande délectation et de grande gloire, qui se sent jusqu'aux dernières jointures des pieds et des mains ; et le corps sent une si grande gloire en celle de l'âme, qu'à sa façon il exalte Dieu, le sentant dans ses os, conformément à ce que dit David : Tous mes os diront: Dieu, qui est semblable à toi ? (Ps 34,10). Et parce que tout ce qui peut s'en dire est trop peu, pour cela il suffit de dire tant du corporel que du spirituel, qu'il sent la vie éternelle. St Jean de la Croix VF s2
Il s'agit seulement durant cette première phase de se mettre dans des bonnes dispositions pour laisser Dieu agir en soi. Chez St Jean de la Croix cette première phase est divisée en deux étapes (nuit active/nuit passive), une première étape où l'homme se détache volontaire progressivement du monde. C'est qu'il faut d'abord dire oui à Dieu qui ne force personne. Puis, dans la deuxième étape de la phase purgative, c'est l'Esprit Saint qui purifie l'âme et qui conduit l'homme plus à fond dans le dépouillement.
Gabriel Bunge que j'ai cité montre qu'il y avait dans l'antiquité chrétienne traditionnellement trois positions tirées de la Bible : debout en levant les bras (position signifiant la libération du pêché grâce au Christ), à genoux (contrition), et les prosternations (adoration/soumission), tout ceci devant ce faire face à l'orient qui était symboliquement le lieu de naissance du Christ.
Fond et forme devaient se soutenir mutuellement, même si le fond précède la forme. Le corps telle une icône devait refléter l'attitude intérieure.
Le paradoxe d'aujourd'hui est que beaucoup ne veulent même plus s'agenouiller alors qu'ils fustigent le fait que le corps soit laissé de côté. L'homme moderne est un homme assis qui veut tout faire dans cette position confortable.
Pour le panthéisme, j'ai aussi répondu. Mais le christianisme est la religion de l'union à Dieu, union qui est bien réelle et qui ne se réduit pas à une communion de volonté.
Le christianisme invite à dépasser le dualisme standard qui croit sauvegarder la transcendance de Dieu, en le renvoyant dans un autre monde qui n'a rien à avoir avec celui ci. En abordant le monde comme un bloc séparé, cela conduit à cesser de se soucier de Dieu et donc à autonomiser le monde et l'homme qui n'a alors plus besoin de Dieu.
D'autre part, si Dieu est transcendant il est donc aussi immanent. L'infini ne peut être limité par rien.
L'esprit de la modernité dont la caractéristique est l'autonomisation des champs et des savoirs (ainsi de la politique qui se sépare de la morale avec Machiavel, la philo de la théologie), et qu'on trouve à mon avis déjà chez Aristote qui conçoit le monde de façon relativement autonome, va malheureusement pénétrer le monde occidental chrétien et la théologie occidentale. Quant au protestantisme il n'aura strictement rien avec le christianisme dans premiers temps mais il sera férocement nominaliste.
Dans le christianisme des débuts jusqu'à la fin du moyen age en occident, il n'y a pas cette séparation radicale qui conduit à opposer vie active et vie contemplative, mystique et théologie "académique", philosophie et théologie, raison et foi, monde visible et monde invisible.
En ce qui concerne l'ascétisme qui correspond à la phase purgative généralement accompagnée d'exercices de médiations (St Ignace), il doit se comprendre par le dépouillement de l'individualité et de la volonté propre, pas par le mépris du corps. De plus, le corps n'est pas laissé de côté car il participe aussi la déification :
Et de ce bien de l'âme parfois rejaillit sur le corps l'onction de l'Esprit Saint et réjouit toute la substance sensitive, tous les membres et les os et les moelles, non point faiblement comme il a coutume d'arriver d'ordinaire, mais avec un sentiment de grande délectation et de grande gloire, qui se sent jusqu'aux dernières jointures des pieds et des mains ; et le corps sent une si grande gloire en celle de l'âme, qu'à sa façon il exalte Dieu, le sentant dans ses os, conformément à ce que dit David : Tous mes os diront: Dieu, qui est semblable à toi ? (Ps 34,10). Et parce que tout ce qui peut s'en dire est trop peu, pour cela il suffit de dire tant du corporel que du spirituel, qu'il sent la vie éternelle. St Jean de la Croix VF s2
Il s'agit seulement durant cette première phase de se mettre dans des bonnes dispositions pour laisser Dieu agir en soi. Chez St Jean de la Croix cette première phase est divisée en deux étapes (nuit active/nuit passive), une première étape où l'homme se détache volontaire progressivement du monde. C'est qu'il faut d'abord dire oui à Dieu qui ne force personne. Puis, dans la deuxième étape de la phase purgative, c'est l'Esprit Saint qui purifie l'âme et qui conduit l'homme plus à fond dans le dépouillement.
Gabriel Bunge que j'ai cité montre qu'il y avait dans l'antiquité chrétienne traditionnellement trois positions tirées de la Bible : debout en levant les bras (position signifiant la libération du pêché grâce au Christ), à genoux (contrition), et les prosternations (adoration/soumission), tout ceci devant ce faire face à l'orient qui était symboliquement le lieu de naissance du Christ.
Fond et forme devaient se soutenir mutuellement, même si le fond précède la forme. Le corps telle une icône devait refléter l'attitude intérieure.
Le paradoxe d'aujourd'hui est que beaucoup ne veulent même plus s'agenouiller alors qu'ils fustigent le fait que le corps soit laissé de côté. L'homme moderne est un homme assis qui veut tout faire dans cette position confortable.
Pour le panthéisme, j'ai aussi répondu. Mais le christianisme est la religion de l'union à Dieu, union qui est bien réelle et qui ne se réduit pas à une communion de volonté.
Le christianisme invite à dépasser le dualisme standard qui croit sauvegarder la transcendance de Dieu, en le renvoyant dans un autre monde qui n'a rien à avoir avec celui ci. En abordant le monde comme un bloc séparé, cela conduit à cesser de se soucier de Dieu et donc à autonomiser le monde et l'homme qui n'a alors plus besoin de Dieu.
D'autre part, si Dieu est transcendant il est donc aussi immanent. L'infini ne peut être limité par rien.
L'esprit de la modernité dont la caractéristique est l'autonomisation des champs et des savoirs (ainsi de la politique qui se sépare de la morale avec Machiavel, la philo de la théologie), et qu'on trouve à mon avis déjà chez Aristote qui conçoit le monde de façon relativement autonome, va malheureusement pénétrer le monde occidental chrétien et la théologie occidentale. Quant au protestantisme il n'aura strictement rien avec le christianisme dans premiers temps mais il sera férocement nominaliste.
Dans le christianisme des débuts jusqu'à la fin du moyen age en occident, il n'y a pas cette séparation radicale qui conduit à opposer vie active et vie contemplative, mystique et théologie "académique", philosophie et théologie, raison et foi, monde visible et monde invisible.
Dernière modification par lmx le jeu. 10 mars 2011, 19:32, modifié 1 fois.
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Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
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Bonjour lmx,
Je n'avais pas lu votre long exposé liminaire. J'ai essayé de m'y coller, mais avec difficulté j'avoue. Tout cela est bien compliqué, bien savant, pour moi qui n'ai que la foi d'un petit enfant, la foi du charbonnier.
L'homme naturel a en effet la connaissance de Dieu par les choses crées, par la création, de telle manière que ceux qui nient cela sont inexcusables (Romains 1, 20). Mais l'amour de Dieu, et le sentiment de notre état de péché viennent par la révélation de Dieu, que ce soit pas sa Parole, par son Esprit ou par les dons de l'Esprit.
Vouloir s'élever de soi-même dans la sphère spirituelle est un exercice vain et prétentieux : au total charnel. Voici ce qu'ont découvert Job et l'Ecclésiaste. Ainsi en est-il de ce que j'appelle un mystique. Mais sans doute suis-je trop simpliste.
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Bonjour lmx,
Je n'avais pas lu votre long exposé liminaire. J'ai essayé de m'y coller, mais avec difficulté j'avoue. Tout cela est bien compliqué, bien savant, pour moi qui n'ai que la foi d'un petit enfant, la foi du charbonnier.
L'homme naturel a en effet la connaissance de Dieu par les choses crées, par la création, de telle manière que ceux qui nient cela sont inexcusables (Romains 1, 20). Mais l'amour de Dieu, et le sentiment de notre état de péché viennent par la révélation de Dieu, que ce soit pas sa Parole, par son Esprit ou par les dons de l'Esprit.
Vouloir s'élever de soi-même dans la sphère spirituelle est un exercice vain et prétentieux : au total charnel. Voici ce qu'ont découvert Job et l'Ecclésiaste. Ainsi en est-il de ce que j'appelle un mystique. Mais sans doute suis-je trop simpliste.
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- Barbarus

Re: Aperçu sur la mystique chrétienne
Vouloir s'élever de soi-même dans la sphère spirituelle est un exercice vain et prétentieux : au total charnel. Voici ce qu'ont découvert Job et l'Ecclésiaste.
Je suis parfaitement d'accord. C'est pourquoi j'ai essayé de montrer que dans la tradition de la théologie mystique, il faut passer par la première phase, qui est celle du dépouillement et de renoncement à sa volonté propre. S'il faut donc s'élever c'est en s'abaissant écrit St Augustin dans les Confessions.
Ce que vous critiquez est peut-être de l'occultisme ou du bouddhisme mais pas de la mystique chrétienne.
En tout cas, je trouve encore une fois dommage de tirer un trait sur quelque chose sans réellement le connaitre.
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