Bonjour à tous,
Ce référendum me conduit à plusieurs réflexions personnelles un peu éparses...
1/ Se féliciter de ce qu'un référendum populaire fasse la leçon au gouvernement me semble un peu... délicat. Je n'ose imaginer ce qui se serait passé en France si on avait eu les mêmes possibilités et que la semaine dernière les députés socialistes qui ont soumis un nouveau projet de loi sur l'euthanasie étaient passé par référendum populaire.

Avec la bonne petite campagne de (dés-)information qui aurait eu lieu, et la complexité du problème à laquelle l'écrasante majorité des français ne sont pas initiés, on peut s'assurer que cela n'aurait pas été dans le bon sens.
2/ L'Eglise, par la commission pontificale pour la pastorale du migrant et du réfugié ne cesse d'appeler les catholiques à l'ouverture, à la confiance, et plus particulièrement, dans un cas comme celui du pluralisme culturel et religieux, à l'espérance. C'est difficile parfois, et ça nous secoue là où on a pas envie, ça bouscule nos théories et nos probabilités sur l'avenir, mais c'est justement ça aussi l'espérance. Vertu cardinale, équivalente comme vertu à la foi, si il fallait le rappeler. On sait les remous de l'ouverture oecuménique de Vatican II, de la liberté religieuse, etc... Certains ont déjà rejeté en bloc sur la base des textes. Si nous, nous avons accepté la "théorie", peut-être maintenant est-il bon de se soumettre à la pratique. D'autant que les questions d'immigrations ont d'inévitables enjeux de solidarité et de charité, trop importants pour qu'on les laisse gérer par les passions populaires et où gouvernementales (dans un sens comme dans l'autre, que ce soit le refus ou l'acceptation sans réfléchir), et qu'on se permette d'ignorer ce que l'Eglise a à nous dire sur ces questions. Quant aux questions sur le dialogue inter-religieux, et ou son contexte qu'est le pluralisme religieux, c'est pareil : comment pouvons-nous nous permettre d'ignorer le chemin que prend l'Eglise et qu'elle nous invite à suivre, comme si chacun de nous, dans son micro-univers, était mieux à même d'avoir une vision globale, et comme si l'Eglise se permettait de traiter ces questions avec légèreté. Si vous avez eu l'occasion de lire les articles et textes de la commission pontificale pour la pastorale du migrant et du réfugié que j'ai indiqué dans mon précédent message, je vous en prie lisez ceci :
Dialogue islamo-chrétien : les perspectives du cardinal Jean-Louis Tauran. Voyez encore la politique que prône l'Eglise en faveur sur l'immigration dans cet article qui parle du discours de Mgr Silvano Maria Tomasi, observateur permanent du Saint-Siège à l'ONU à Genève, qui est intervenu jeudi dernier à la 98e session du Conseil de l'Organisation internationale des Migrations :
Le Saint-Siège plaide pour les immigrés en situation irrégulière. Peut-on se permettre d'ignorer tous ces enseignements, desquels découle en conscience la position des évêques suisses CONTRE ce référendum, et a fortiori, CONTRE l'interdiction de construire des minarets ? Quel message donnons-nous en faveur de la doctrine sociale de l'Eglise et du message qu'elle a à porter à tous les hommes de bonne volonté, si même nous nous faisons le tri qui nous arrange ? Comment faire croire et espérer le monde en une option préférentielle pour les pauvres, par exemple, alors que notre monde occidental va complètement dans le sens contraire - et par conviction en plus, si nous catholiques ne sommes pas capable de cette espérance sur d'autres enseignements de l'Eglise ? Je crois, personnellement, que la radicalité ici, c'est de suivre l'Eglise en tous points, sans exception, de lui faire confiance, même si ce qu'elle enseigne sur ces questions sociales n'oblige pas en matière de foi ou d'obéissance. Obligeons-nous, nous-même, et sans doute nous serons positivement surpris du résultat. Car le monde a un besoin urgent de recevoir l'enseignement social et pastoral de l'Eglise, et quand les chrétiens commencent par faire des coupes franches dedans, c'est déjà mal parti.
3/ Je ne cesse de m'interroger, et je pose la question aux intervenants ici : de quelle culture parlez-vous quand vous parler de préserver notre culture ? Je vous promets, parce que j'ai une immense confiance dans grand nombre des intervenants de ce forum, dont je reconnais et la foi et la force de raison, que je me pose la question en toute bonne foi. Du milieu de ma petite vie à moi, je vois la culture française comme une longue construction de culture d'abord celtique, puis gréco-romaine, mêlée en filigrane de ce que la mère du Seigneur et les disciples ont pu amener de culture sémitique. Je vois les racines chrétiennes qui ont commencé de s'insinuer dans ce terreau là. Puis cette longue tradition qui a ainsi évolué pour être révolutionné et déjà bien meurtrie par la "culture maçonnique" depuis maintenent 200 ans. Aujourd'hui la "culture républicaine et laïciste" qui a tout fait pour tenter d'effacer nos racines et repartir à zéro, jusqu'à vouloir changer notre calendrier, nos fêtes, et instaurer de nouveaux cultes païens, tente avec des efforts encore et toujours renouvelés de faire mourir cette culture française, juste parce que l'Eglise l'a fécondé un jour. Nous voyons naitre en occident une nouvelle culture, qui remplace Jésus par le père noël, la toussaint par halloween, qui ne veut plus voir de croix nulle part, qui veut effacer toute notion de nature humaine, de genre, qui bafoue le droit à la vie dans chacune de ses revendications... Oui notre culture est en danger, mais tous les dangers que j'y vois, pas un seul instant, en toute honnêteté, je n'arrive à y voir une menace solide et concrète qui viendrait de l'Islam et/ou du monde arabe. Quand bien même on reproche que les musulmans ont plus de droits ou d'autorité en matière religieuse chez nous, ce n'est pas le fait des musulmans, mais bien d'un monde occidental qui rejette tellement ses racines chrétiennes qu'il utilise éventuellement l'Islam pour les remplacer, jusqu'au jour où il fera pareil avec l'Islam. C'est de la sécularisation et de l'athéisme grandissant que notre culture a à craindre principalement, je crois. Pas de l'Islam. Je crois même, et ce n'est pas forcément un compliment à faire à ceux qui veulent voir régner l'Islam sur le monde, que nous n'avons rien à craindre de l'Islam. Un jour prochain, ceux-là qui sont de bonne foi et de bonne volonté, viendront vers l'Eglise et tous y apporteront leur richesse spirituelle et culturelle pour embrasser avec nous la foi en Jésus Christ. Voilà ce que je crois. Et quand je vois tous ces responsables musulmans qui veulent entrer en dialogue avec l'Eglise, je me réjouis de ce que cette espérance est en marche.
Voilà, après je sais que ces questions sont très complexes, et je sais bien que ce n'est pas une histoire de fascisme ou de xénophobie. Mais pour reprendre les comparaisons de Franck, l'Islam d'aujourd'hui n'est plus l'Islam de Saladdin. Toujours, toujours on peut déplorer que dans de nombreux pays musulmans, le principe de réciprocité en matière de liberté religieuse ne soit pas respecté. Mais comme le disait Tariq Ramadan en commentant ce vote, cela ne fait des musulmans de ces pays que de "mauvais musulmans", et si on veut avancer il faut partir de l'exemple des pays musulmans où le pluralisme religieux fonctionne. Quant à nous, retrouver encore sur ce genre de débats, des associations entre l'Islam et le terrorisme, c'est comme de condamner les chrétiens pour le Ku Klux Klan. Je trouve qu'on est très loin du débat et cela montre combien nous sommes inaptes à prendre les choses d'un point de vue global, sans passions mais avec amour.
Bon voilà.