par Pneumatis » ven. 20 nov. 2009, 15:22
Bonjour Sofia,
Je reconnais, grâce à vous notamment, et aux autres, que ce texte de la COMECE est très léger. J'ose espérer que le travail qui est derrière est plus sérieux et plus précis, et que c'est juste la synthèse qui est bâclée. Peut-être d'ailleurs n'a-t-elle aucune prétention à référence, et je m'excuse d'avoir amener un élément aussi peu sérieux dans le débat. Cela dit, derrière les mots mal choisis, on peut quand même voir un peu les idées qui se dessinent, si on le lit en parallèle de la DSE, du travail de la pastorale des migrants et des dernières interventions de Benoit XVI sur cette question.
Sofia a écrit :rappelant que les Européens, qu’ils soient religieux ou non, ont des valeurs et préoccupations communes telles que la justice sociale. C’est plutôt la perte des valeurs et de la spiritualité qui préoccupe les Musulmans dans nos sociétés sécularisées.
Première phrase : les Européens religieux ou non ont des valeurs communes. Phrase suivante : le problème c'est la perte des valeurs. Vraisemblablement, Sara Silvestri ne parle pas des mêmes valeurs dans les deux phrases. De quelles valeurs parle t-elle dans les deux cas ?
La manière dont je lis ça, comme je le disais dans mes précédents messages, c'est que nous vivons dans une société très sécularisée et qui continue de suivre cet élan. Cette sécularisation est une atteinte à des valeurs qui sont communes aux chrétiens et aux musulmans : ça peut-être la défense de la vie humaine depuis sa conception, cela peut-être l'expression de la spiritualité, l'amour du prochain, ...
Sofia a écrit :Il dénonce par ailleurs l’islamophobie comme étant une excuse raciste qui permet à certains de haïr les Musulmans ou de les discriminer.
Vous dites à juste titre que musulman n'est pas synonyme d'arabe. Un musulman peut être un Français converti descendant d'une très longue lignée normande (il est sympa mon exemple, non ?). Donc l'islamophobie n'est pas forcément une "excuse raciste"... ou alors on ne distingue pas "l'appartenance à l'Islam et l'appartenance ethnique".
Je ne saurais dire si ce monsieur confond la notion de religion et la notion de race ou d'ethnie, mais il peut ne pas les confondre et que sa phrase garde un sens tout de même. En effet, nous ne les confondons pas, mais bien des gens les confondent et font l'amalgame. Derrière l'islamophobie qu'affichent certains, sous de prétendus prétextes religieux, peut se cacher une forme de racisme. Je ne sais pas quelles sont les données qui lui permettent d'arriver à cette conclusion, mais n'oublions pas que le racisme est par essence un ensemble de préjugés généralisés à toute une catégorie de personnes qu'on amalgame justement sur la base de ces préjugés. Un islamophobe n'est pas nécessairement raciste, si vous voulez, mais un raciste "contre les arabes" (ou contre les gens un peu trop "typés"), vous aurez de grandes chances qu'il soit islamophobe, par ignorance bien souvent, sans se douter qu'il aura dans le même lot des athées, des juifs ou des chrétiens qui ont des origines ethniques identiques. En cela, dans le lot de ceux qui ne veulent pas de mosquées dans leur quartier, vous avez ceux qui ne veulent pas des musulmans (pour des questions disons doctrinales et/ou culturelles) et ceux qui ne veulent pas des arabes (pour des motivations racistes). Je trouve que c'est quand même important de rappeler cela pour recadrer le problème.
C'est justement au coeur de la question de l'immigration, par laquelle on importe potentiellement deux choses : une culture ethnique différente et une culture religieuse différente. Les distinguer permet d'affiner ce qui pose des problèmes aux gens. Dans les échanges précédents, vous avez par exemple MB qui fait très bien cette distinction (pardonnez-moi si je déforme vos propos) en montrant que selon lui c'est surtout l'Islam (donc le caractère religieux) qui pose problème. Pour d'autres comme Franck (pareil, si j'ai mal compris, dites-le moi) il semble que les deux soient source de problème sans pour autant qu'il les confonde. Ainsi le facteur "Islam" sera une circonstance aggravante du problème d'intégration. Ce qui signifie en gros (tapez-moi Franck si je vous fais dire des énormités), l'immigration d'un chrétien chaldéen d'Irak est déjà en soi un problème potentiel du fait de la confrontation ethnique, mais si en plus, c'est un musulman d'Irak ça aggrave encore plus les choses.
Je crois qu'en faisant ces distinction précises on peut peut-être mieux analyser la question de l'immigration.
Sur la confrontation culturelle, l'Eglise nous enseigne, et c'est aussi mon opinion, qu'elle est une richesse pour tous. Pour celui qui accueille et pour celui qui est reçu. C'est en apprenant à connaitre l'autre qu'on apprend à se connaitre soi-même. C'est ce que dit par exemple le pape dans son discours pour le 6ème congrès de la pastorale des migrants.
Le processus même de mondialisation, selon ce qu'a souligné de façon opportune le Serviteur de Dieu Jean-Paul II, peut même constituer une occasion propice pour promouvoir le développement intégral, mais uniquement si "les différences culturelles sont perçues comme une occasion de rencontre et de dialogue et si la répartition inégale des ressources mondiales provoque une nouvelle conscience de la solidarité nécessaire qui doit unir les familles humaines" (Message pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié 1999; cf. orlf n. 50 du 14 décembre 2009; Insegnamenti, XXII, 2, [1999], 988). Il en découle qu'il faut apporter des réponses adéquates aux grands changements sociaux en cours, en ayant clairement à l'esprit qu'il ne peut y avoir de développement efficace si l'on ne favorise pas la rencontre entre les peuples, le dialogue entre les cultures et le respect des différences légitimes.
Vous reconnaitrez, Sofia, peut-être un peu de cette phrase de la députée européenne Margrete Auken (Verts-Danemark) qui vous a posé problème. L'écoute et le dialogue est source de connaissance de l'autre et de soi-même. Il est là l'apprentissage et la transmission. Ca peut même être très terre-à-terre. Il n'y a encore pas si longtemps que ça, les migrants exportaient avec eux des progrès techniques, des valeurs spirituelles, une découverte de la culture, etc... Certaines barrières à l'immigration (pas chez nous, du coup, mais dans "le pays d'en face") ont par exemple considérablement retardé les découvertes de l'araméen et des formidables progrès en matière d'exégèse et d'histoire des premiers temps du christianisme. Dimanche qui vient, à Nantes, un groupe de réfugiés d'Irak, chrétiens chaldéens (dont des prêtres et anciens séminaristes), pourront célébrer une authentique messe chaldéenne, tout en araméen. René Guitton sera d'ailleurs présent. Je trouve ça fantastique comme richesse pour nous tous !
Honnêtement, pour cette confrontation ethnique, si on fait bien la distinction et qu'on ne prend que ce facteur ethnique, les rares choses qui peuvent poser problème vont être du côté du migrant l'apprentissage de la langues et des valeurs civiques du pays dans lequel ils se retrouvent ; de l'autre le racisme ou la xénophobie.
Ensuite, il y a le deuxième aspect de l'immigration qui tient à la religion, et donc à la confrontation doctrinale et/ou de culture religieuse. Sur ce registre, on fait surtout cas de l'Islam, il faut le reconnaitre. C'est là que rentrent en ligne de compte tout ce qui est présence du culte musulman en France, notamment les mosquées. Egalement les histoires autour de la burka, etc... Et c'est là qu'il commence à y avoir beaucoup de confusion. Je ne mets pas en cause ceux qui "accueillent". La confusion vient souvent parfois des migrants eux-même, qui se pensent liés à certaines valeurs religieuses qui n'ont rien de religieuse dans leur fondement, mais sont des traditions et des éléments de culture qu'ils ont relié à leur religion. Cela dit, j'ai tendance à penser que cette confusion est d'autant mieux entretenu que la religion le permet ou le favorise. Ainsi l'Islam, on le voit bien, permet bien des excès. Mais pendant des siècles, des gens se revendiquant catholiques ont pourtant eu aussi des vues très curieuses sur la dignité humaine, si vous voyez ce que je veux dire. L'avantage dans le catholicisme, c'est qu'on a l'Eglise et qu'on peut dire grâce à elle, et avec un peu de recul minimum, ce qui est authentiquement catholique et ce qui ne l'est pas. Dans l'Islam, tout le monde peut se revendiquer authentiquement musulman, et donc nous faire connaitre l'Islam sous des jours totalement différents. Voilà aussi de quoi il est question, je pense, dans le dialogue.
Ensuite la confusion on le voit bien : l'Islam n'est souvent plus pour beaucoup de migrants qu'un prétexte communautaire, et du coup, la confrontation devient une question d'identité nationale. Combien de musulmans ai-je connu étant enfant (j'ai grandi dans le 93) qui faisaient le ramadan et ne mangeaient pas de porc, mais ne croyaient pas vraiment en Dieu et trouvaient normal de détrousser les plus faibles qu'eux. Le coeur de l'homme est bizarre.
Là-dessus, je rejoins ce que cite Polomnic et le débat actuel. Je crois que le fond du problème est un problème d'identité. La confrontation est actuellement un combat entre "nation" et "communautés". Ces communautés sont liées par un mélange culture/religion/rébellion à l'ordre établi. Ce contre quoi il faut lutter, c'est le communautarisme.
J'en viens maintenant à répondre plus à Polomnic, et aussi un peu à tout le monde : il est important de bien analyser le problème pour ne pas faire des raccourcis, comme je vous le disais. Dans ce que vous montrez je ne vois pas un problème migratoire, d'autant que bien des gens à problèmes dans ces casseurs sont certainement bien français depuis au moins deux générations. Quand je vous dis que c'est un problème d'intégration, ce n'est pas pour tatillonner. Je vois dans cette vidéo, et pour aller dans le sens de Philippe Meunier que vous citez, un problème de communautarisme. Et ce communautarisme n'est pas un phénomène qui découle fatalement de l'immigration. C'est un phénomène qui découle d'un GROS problème dans la gestion des migrants, dans leur intégration, accentué (je le précise, pour qu'on ne m'accuse pas de caricaturer) fortement par la masse du flux migratoire. Et cette intégration est une responsabilité nettement partagée entre le migrant et la société qui l'accueille. C'est aussi un problème d'identité qui vient des français eux-même : pour un grand nombre ils n'aiment pas leur nation, comment la ferait-ils aimer à leurs invités.
Je voudrais finir sur une chose, pour être certain de me faire bien comprendre : je ne dis pas qu'il faut favoriser une immigration en masse. Dans les autres raccourcis qu'on fait trop souvent il y a celui-ci aussi ! On croit que si on voit l'immigration comme une source de richesses, on veut automatiquement favoriser des flux massifs d'immigration. Je ne crois pas que les peuples doivent migrer massivement. Je crois qu'il y a des flux, qui réagissent à des éléments de conjoncture, quelles que soient les politiques qu'on applique aux frontières. Je crois qu'il faut diminuer les flux migratoires. On le comprend, et c'est logique, si c'est le flux qu'on veut diminuer, il faut s'en prendre à la cause du flux, pas à sa conséquence. S'en prendre à sa cause, c'est oeuvrer massivement dans la solidarité internationale, et penser la famille humaine universelle. Réduire les inégalités entre les pays. Là oui, on au une chance de diminuer les flux migratoires, et en allant dans ce sens, cela ne pourra être que positif. Mais les flux qui sont là, en puissance et de fait en acte, il faut les gérer non par la peur, mais comme une réalité providentielle qui est l'occasion d'une richesse humaine. Il faut donc parallèlement à la solidarité internationale, mettre en oeuvre une politique d'accueil et d'intégration qui met au premier plan la valeur de la dignité humaine de notre frère migrant. On croit qu'en devant une terre d'asile intégrant parfaitement ses migrants (sans les assimiler) on va favoriser l'immigration, que tout le monde va vouloir venir. Mais non ! Au contraire.
Le chaldéen d'Irak que j'entendais ce matin à la radio est revenu de loin, je vais vous dire : chez lui on disait que la France était ultra-catholique, fille ainée de l'Eglise, terre de la Vierge Marie, ... Bon ce n'est pas pour ça qu'il est venu : chez lui on assassine les catholiques. Mais il se disait qu'il avait de la chance que ce soit en France qu'il se réfugie. Quand il est arrivé et qu'il s'est présenté avec un grand sourire en disant "Je suis catholique" (l'air de dire, embrasse-moi mon frère), je ne vous raconte pas comment il a déchanté. Enfin vous imaginez bien le décalage, vous qui vivez en France. Ce que je veux dire c'est que nous ne savons pas bien comment les autres pays nous perçoivent. La moitié des immigrés au moins pensent qu'ils vienne vivre en Eldorado quand ils se retrouvent finalement à 500 dans un squat. Ca n'empêche pas les flux de continuer et d'augmenter. On voit alors bien que ce n'est pas ce que nous mettons en oeuvre comme politique d'intégration qui conditionne l'intensité des flux migratoires. Les flux sont là, et les politiques d'intégration, de frontières, ne s'appliquent qu'aux conséquences de l'immigration. Ce qu'on fait aujourd'hui, c'est mettre la poussière sous le tapis, ça fait plus de dégats qu'autre chose.
Par contre si dans notre politique internationale on mettait un peu moins de brillant sur la grande puissance française, et qu'avec un peu d'humilité on aidait surtout les pays pauvres à se développer au service de leurs habitants, qu'on mettait aussi en valeur leurs richesses culturelles au lieu de vouloir leur imposer la culture occidentale, on donnerait non seulement un peu moins envie aux gens de venir chez nous, mais en plus on leur donnerait plus l'envie de rester chez eux.
Voilà, bon j'ai été bien long encore, désolé, mais c'est une question complexe. Merci si vous avez eu le courage de lire jusqu'au bout.
Bonjour Sofia,
Je reconnais, grâce à vous notamment, et aux autres, que ce texte de la COMECE est très léger. J'ose espérer que le travail qui est derrière est plus sérieux et plus précis, et que c'est juste la synthèse qui est bâclée. Peut-être d'ailleurs n'a-t-elle aucune prétention à référence, et je m'excuse d'avoir amener un élément aussi peu sérieux dans le débat. Cela dit, derrière les mots mal choisis, on peut quand même voir un peu les idées qui se dessinent, si on le lit en parallèle de la DSE, du travail de la pastorale des migrants et des dernières interventions de Benoit XVI sur cette question.
[quote="Sofia"][i]rappelant que les Européens, qu’ils soient religieux ou non, ont des valeurs et préoccupations communes telles que la justice sociale. C’est plutôt la perte des valeurs et de la spiritualité qui préoccupe les Musulmans dans nos sociétés sécularisées.[/i]
Première phrase : les Européens religieux ou non ont des valeurs communes. Phrase suivante : le problème c'est la perte des valeurs. Vraisemblablement, Sara Silvestri ne parle pas des mêmes valeurs dans les deux phrases. De quelles valeurs parle t-elle dans les deux cas ?[/quote]
La manière dont je lis ça, comme je le disais dans mes précédents messages, c'est que nous vivons dans une société très sécularisée et qui continue de suivre cet élan. Cette sécularisation est une atteinte à des valeurs qui sont communes aux chrétiens et aux musulmans : ça peut-être la défense de la vie humaine depuis sa conception, cela peut-être l'expression de la spiritualité, l'amour du prochain, ...
[quote="Sofia"][i]Il dénonce par ailleurs l’islamophobie comme étant une excuse raciste qui permet à certains de haïr les Musulmans ou de les discriminer.[/i]
Vous dites à juste titre que musulman n'est pas synonyme d'arabe. Un musulman peut être un Français converti descendant d'une très longue lignée normande (il est sympa mon exemple, non ?). Donc l'islamophobie n'est pas forcément une "excuse raciste"... ou alors on ne distingue pas "l'appartenance à l'Islam et l'appartenance ethnique".[/quote]
Je ne saurais dire si ce monsieur confond la notion de religion et la notion de race ou d'ethnie, mais il peut ne pas les confondre et que sa phrase garde un sens tout de même. En effet, nous ne les confondons pas, mais bien des gens les confondent et font l'amalgame. Derrière l'islamophobie qu'affichent certains, sous de prétendus prétextes religieux, peut se cacher une forme de racisme. Je ne sais pas quelles sont les données qui lui permettent d'arriver à cette conclusion, mais n'oublions pas que le racisme est par essence un ensemble de préjugés généralisés à toute une catégorie de personnes qu'on amalgame justement sur la base de ces préjugés. Un islamophobe n'est pas nécessairement raciste, si vous voulez, mais un raciste "contre les arabes" (ou contre les gens un peu trop "typés"), vous aurez de grandes chances qu'il soit islamophobe, par ignorance bien souvent, sans se douter qu'il aura dans le même lot des athées, des juifs ou des chrétiens qui ont des origines ethniques identiques. En cela, dans le lot de ceux qui ne veulent pas de mosquées dans leur quartier, vous avez ceux qui ne veulent pas des musulmans (pour des questions disons doctrinales et/ou culturelles) et ceux qui ne veulent pas des arabes (pour des motivations racistes). Je trouve que c'est quand même important de rappeler cela pour recadrer le problème.
C'est justement au coeur de la question de l'immigration, par laquelle on importe potentiellement deux choses : une culture ethnique différente et une culture religieuse différente. Les distinguer permet d'affiner ce qui pose des problèmes aux gens. Dans les échanges précédents, vous avez par exemple MB qui fait très bien cette distinction (pardonnez-moi si je déforme vos propos) en montrant que selon lui c'est surtout l'Islam (donc le caractère religieux) qui pose problème. Pour d'autres comme Franck (pareil, si j'ai mal compris, dites-le moi) il semble que les deux soient source de problème sans pour autant qu'il les confonde. Ainsi le facteur "Islam" sera une circonstance aggravante du problème d'intégration. Ce qui signifie en gros (tapez-moi Franck si je vous fais dire des énormités), l'immigration d'un chrétien chaldéen d'Irak est déjà en soi un problème potentiel du fait de la confrontation ethnique, mais si en plus, c'est un musulman d'Irak ça aggrave encore plus les choses.
Je crois qu'en faisant ces distinction précises on peut peut-être mieux analyser la question de l'immigration.
Sur la confrontation culturelle, l'Eglise nous enseigne, et c'est aussi mon opinion, qu'elle est une richesse pour tous. Pour celui qui accueille et pour celui qui est reçu. C'est en apprenant à connaitre l'autre qu'on apprend à se connaitre soi-même. C'est ce que dit par exemple le pape dans son discours pour le 6ème congrès de la pastorale des migrants.
[quote]Le processus même de mondialisation, selon ce qu'a souligné de façon opportune le Serviteur de Dieu Jean-Paul II, peut même constituer une occasion propice pour promouvoir le développement intégral, mais uniquement si "[i]les différences culturelles sont perçues comme une occasion de rencontre et de dialogue et si la répartition inégale des ressources mondiales provoque une nouvelle conscience de la solidarité nécessaire qui doit unir les familles humaines[/i]" ([size=85]Message pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié 1999; cf. orlf n. 50 du 14 décembre 2009; Insegnamenti, XXII, 2, [1999], 988[/size]). Il en découle qu'il faut apporter des réponses adéquates aux grands changements sociaux en cours, en ayant clairement à l'esprit qu'il ne peut y avoir de développement efficace si l'on ne favorise pas la rencontre entre les peuples, le dialogue entre les cultures et le respect des différences légitimes.[/quote]
Vous reconnaitrez, Sofia, peut-être un peu de cette phrase de la députée européenne Margrete Auken (Verts-Danemark) qui vous a posé problème. L'écoute et le dialogue est source de connaissance de l'autre et de soi-même. Il est là l'apprentissage et la transmission. Ca peut même être très terre-à-terre. Il n'y a encore pas si longtemps que ça, les migrants exportaient avec eux des progrès techniques, des valeurs spirituelles, une découverte de la culture, etc... Certaines barrières à l'immigration (pas chez nous, du coup, mais dans "le pays d'en face") ont par exemple considérablement retardé les découvertes de l'araméen et des formidables progrès en matière d'exégèse et d'histoire des premiers temps du christianisme. Dimanche qui vient, à Nantes, un groupe de réfugiés d'Irak, chrétiens chaldéens (dont des prêtres et anciens séminaristes), pourront célébrer une authentique messe chaldéenne, tout en araméen. René Guitton sera d'ailleurs présent. Je trouve ça fantastique comme richesse pour nous tous !
Honnêtement, pour cette confrontation ethnique, si on fait bien la distinction et qu'on ne prend que ce facteur ethnique, les rares choses qui peuvent poser problème vont être du côté du migrant l'apprentissage de la langues et des valeurs civiques du pays dans lequel ils se retrouvent ; de l'autre le racisme ou la xénophobie.
Ensuite, il y a le deuxième aspect de l'immigration qui tient à la religion, et donc à la confrontation doctrinale et/ou de culture religieuse. Sur ce registre, on fait surtout cas de l'Islam, il faut le reconnaitre. C'est là que rentrent en ligne de compte tout ce qui est présence du culte musulman en France, notamment les mosquées. Egalement les histoires autour de la burka, etc... Et c'est là qu'il commence à y avoir beaucoup de confusion. Je ne mets pas en cause ceux qui "accueillent". La confusion vient souvent parfois des migrants eux-même, qui se pensent liés à certaines valeurs religieuses qui n'ont rien de religieuse dans leur fondement, mais sont des traditions et des éléments de culture qu'ils ont relié à leur religion. Cela dit, j'ai tendance à penser que cette confusion est d'autant mieux entretenu que la religion le permet ou le favorise. Ainsi l'Islam, on le voit bien, permet bien des excès. Mais pendant des siècles, des gens se revendiquant catholiques ont pourtant eu aussi des vues très curieuses sur la dignité humaine, si vous voyez ce que je veux dire. L'avantage dans le catholicisme, c'est qu'on a l'Eglise et qu'on peut dire grâce à elle, et avec un peu de recul minimum, ce qui est authentiquement catholique et ce qui ne l'est pas. Dans l'Islam, tout le monde peut se revendiquer authentiquement musulman, et donc nous faire connaitre l'Islam sous des jours totalement différents. Voilà aussi de quoi il est question, je pense, dans le dialogue.
Ensuite la confusion on le voit bien : l'Islam n'est souvent plus pour beaucoup de migrants qu'un prétexte communautaire, et du coup, la confrontation devient une question d'identité nationale. Combien de musulmans ai-je connu étant enfant (j'ai grandi dans le 93) qui faisaient le ramadan et ne mangeaient pas de porc, mais ne croyaient pas vraiment en Dieu et trouvaient normal de détrousser les plus faibles qu'eux. Le coeur de l'homme est bizarre.
Là-dessus, je rejoins ce que cite Polomnic et le débat actuel. Je crois que le fond du problème est un problème d'identité. La confrontation est actuellement un combat entre "nation" et "communautés". Ces communautés sont liées par un mélange culture/religion/rébellion à l'ordre établi. Ce contre quoi il faut lutter, c'est le communautarisme.
J'en viens maintenant à répondre plus à Polomnic, et aussi un peu à tout le monde : il est important de bien analyser le problème pour ne pas faire des raccourcis, comme je vous le disais. Dans ce que vous montrez je ne vois pas un problème migratoire, d'autant que bien des gens à problèmes dans ces casseurs sont certainement bien français depuis au moins deux générations. Quand je vous dis que c'est un problème d'intégration, ce n'est pas pour tatillonner. Je vois dans cette vidéo, et pour aller dans le sens de Philippe Meunier que vous citez, un problème de communautarisme. Et ce communautarisme n'est pas un phénomène qui découle fatalement de l'immigration. C'est un phénomène qui découle d'un GROS problème dans la gestion des migrants, dans leur intégration, accentué (je le précise, pour qu'on ne m'accuse pas de caricaturer) fortement par la masse du flux migratoire. Et cette intégration est une responsabilité nettement partagée entre le migrant et la société qui l'accueille. C'est aussi un problème d'identité qui vient des français eux-même : pour un grand nombre ils n'aiment pas leur nation, comment la ferait-ils aimer à leurs invités.
Je voudrais finir sur une chose, pour être certain de me faire bien comprendre : je ne dis pas qu'il faut favoriser une immigration en masse. Dans les autres raccourcis qu'on fait trop souvent il y a celui-ci aussi ! On croit que si on voit l'immigration comme une source de richesses, on veut automatiquement favoriser des flux massifs d'immigration. Je ne crois pas que les peuples doivent migrer massivement. Je crois qu'il y a des flux, qui réagissent à des éléments de conjoncture, quelles que soient les politiques qu'on applique aux frontières. Je crois qu'il faut diminuer les flux migratoires. On le comprend, et c'est logique, si c'est le flux qu'on veut diminuer, il faut s'en prendre à la cause du flux, pas à sa conséquence. S'en prendre à sa cause, c'est oeuvrer massivement dans la solidarité internationale, et penser la famille humaine universelle. Réduire les inégalités entre les pays. Là oui, on au une chance de diminuer les flux migratoires, et en allant dans ce sens, cela ne pourra être que positif. Mais les flux qui sont là, en puissance et de fait en acte, il faut les gérer non par la peur, mais comme une réalité providentielle qui est l'occasion d'une richesse humaine. Il faut donc parallèlement à la solidarité internationale, mettre en oeuvre une politique d'accueil et d'intégration qui met au premier plan la valeur de la dignité humaine de notre frère migrant. On croit qu'en devant une terre d'asile intégrant parfaitement ses migrants (sans les assimiler) on va favoriser l'immigration, que tout le monde va vouloir venir. Mais non ! Au contraire.
Le chaldéen d'Irak que j'entendais ce matin à la radio est revenu de loin, je vais vous dire : chez lui on disait que la France était ultra-catholique, fille ainée de l'Eglise, terre de la Vierge Marie, ... Bon ce n'est pas pour ça qu'il est venu : chez lui on assassine les catholiques. Mais il se disait qu'il avait de la chance que ce soit en France qu'il se réfugie. Quand il est arrivé et qu'il s'est présenté avec un grand sourire en disant "Je suis catholique" (l'air de dire, embrasse-moi mon frère), je ne vous raconte pas comment il a déchanté. Enfin vous imaginez bien le décalage, vous qui vivez en France. Ce que je veux dire c'est que nous ne savons pas bien comment les autres pays nous perçoivent. La moitié des immigrés au moins pensent qu'ils vienne vivre en Eldorado quand ils se retrouvent finalement à 500 dans un squat. Ca n'empêche pas les flux de continuer et d'augmenter. On voit alors bien que ce n'est pas ce que nous mettons en oeuvre comme politique d'intégration qui conditionne l'intensité des flux migratoires. Les flux sont là, et les politiques d'intégration, de frontières, ne s'appliquent qu'aux conséquences de l'immigration. Ce qu'on fait aujourd'hui, c'est mettre la poussière sous le tapis, ça fait plus de dégats qu'autre chose.
Par contre si dans notre politique internationale on mettait un peu moins de brillant sur la grande puissance française, et qu'avec un peu d'humilité on aidait surtout les pays pauvres à se développer au service de leurs habitants, qu'on mettait aussi en valeur leurs richesses culturelles au lieu de vouloir leur imposer la culture occidentale, on donnerait non seulement un peu moins envie aux gens de venir chez nous, mais en plus on leur donnerait plus l'envie de rester chez eux.
Voilà, bon j'ai été bien long encore, désolé, mais c'est une question complexe. Merci si vous avez eu le courage de lire jusqu'au bout.