par ChristianK » dim. 18 août 2024, 1:45
DANS un texte savant et magistral , auquel on a référé plus haut, le card.Ratzinger répond aux dubia de Mgr Lefebvre sur DH.
La tête de ce fil ne fait pas assez mention du fait que la FSSPX ne s’oppose pas purement et simplement, elle souligne une contradiction apparente avec les texte de Pie IX. Elle ne commet donc pas une erreur bête ou simpliste, mais une erreur complexe et savante, voire excusable.
Voici des extraits, surtout concernant la proposition 77 du Syllabus :
https://laportelatine.org/formation/cri ... -mars-1987
il convient d’insister sur cette continuité des enseignements de DH et de ceux de Léon XIII et de Pie XII. Dès les premiers schémas de DH, on a cherché explicitement cette continuité avec le Magistère antérieur en analysant les textes des Pontifes précédemment cités.
Oui mais peut-être que le texte final n’appuie pas assez sur cette continuité,d’où faiblesse pastorale
...
Enfin, la doctrine de DH ne suppose pas non plus une désapprobation de la conduite suivie dans le passé par certains princes chrétiens, dont l’évaluation historique est en soi complexe et, en grande partie, discutable, bien qu’il ne faille pas écarter a priori la possibilité qu’il y ait eu des actions concrètes peu conformes à l’esprit de l’Évangile [23].
Le catholicisme d’état n’est aucunement exclu, même si l’état n’est aucunement maître de la vérité religieuse . Le card.Ratzinger confirme ici :
La distinction des compétences entre l’Eglise et l’Etat, et l’affirmation générale de DH, 3 (l’Etat doit favoriser la vie religieuse des citoyens), n’exclut pas que la Religion Catholique puisse et doive être aidée de manière spéciale par l’Etat, selon les circonstances...
« Bien comprise, la doctrine de la liberté religieuse ne contredit pas le concept historique de l’État dit ‘confessionnel’. En fait, la règle de la liberté religieuse interdit une intolérance légale, qui consiste à ce que certains citoyens ou certaines communautés religieuses soient réduits à une position inférieure au regard des droits civils en matière religieuse. Cependant, cela n’empêche pas que la religion catholique soit reconnue par le droit public humain comme religion commune des citoyens d’une certaine région, ou établie par ce même droit public comme religion d’État. Dans ce cas, cependant, il faut veiller à ce que l’institution d’une religion d’État n’entraîne pas de conséquences juridiques ou sociales qui porteraient atteinte à l’égalité religieuse de tous les citoyens devant le droit public. En d’autres termes, avec un gouvernement possédant une religion d’État, le droit à la liberté religieuse doit (toujours) être observé. »]
Voilà, on peut très bien avoir un état catho. Ou non. A strictement parler les FSSPX a le droit de le souhaiter, à certaines conditions.
Cette doctrine de DH a été comprise comme irréductiblement opposée aux très nombreux textes du Magistère précédent {en particulier de Pie IX, Léon XIII et Pie XI), qui a condamné à de nombreuses reprises l’agnosticisme et l’indifférentisme religieux de l’Etat, le principe libéral « l’Eglise libre dans l’Etat libre », et a affirmé le devoir de l’Etat de favoriser la vraie religion. Par exemple :
« (Proposition condamnée) : 77 De notre temps, il n’y a plus intérêt à ce que la religion catholique soit considérée comme l’unique religion de l’Etat, à l’exclusion de tout autre culte » [31].
Il n’y a donc pas de contradiction entre les enseignements de Pie IX et ceux de DH, car ils ne traitent pas du même problème, bien que les expressions utilisées, hors de leur contexte, puissent le laisser croire.
Il reconnait le problème de langage.
...
...
La liberté de culte à laquelle fait référence la proposition 78 du Syllabus y est comprise comme expression de la “liberté de conscience”, c’est à dire, d’une prétendue inexistence de l’ordre moral objectif, transcendant l’homme, qui impose un lien à sa conscience. La liberté de culte, dans ce sens, signifie que tous les cultes sont égaux, avec la prétention que l’Etat autorise et légitime de manière égale tous les cultes.
Voilà. Pie IX entendait une liberté de type Rousseauiste, ou la limite de la liberté est la seule liberté des autres, et non une liberté aristotélicienne (Vatican II) ou il y a en plus un ordre moral objectif (la cruauté envers les animaux ne brime la liberté de personne et c’est un mal)
....
...
Les propositions condamnées par Pie IX dans l’Enc. Quanta cura et les affirmations correspondantes de DH, entre lesquelles on pourrait avoir l’impression qu’existe une identité ou une relation de nécessaire implication, sont les suivantes :
I)
Proposition condamnée par « Quanta cura » : (77) « La meilleure condition de la société est celle où on ne reconnaît pas au pouvoir l’office de réprimer par des peines légales les violateurs de la religion catholique, si ce n’est lorsque la paix publique le demande » (ASS 3 (1867) p. 162).
Enseignement de « DH » : « En matière religieuse, que nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience, ni empêché d’agir selon sa conscience, en privé et en public, seul ou associé à d’autres, dans les justes limites » (DH, 2/a).
...
Dans le cas qui nous occupe, l’expression « liberté de conscience et de culte » dans l’Enc. Quanta cura et l’expression « liberté religieuse » dans la Décl. Dignitatis humanae désignent des réalités différentes.
Comme le signale l’Enc. Quanta cura, les propositions condamnées sont le résultat de l’application « à la société civile du principe impie et absurde appelé naturalisme » [54].
Ce principe affirme que « La raison humaine, considérée sans aucun rapport à Dieu, est l’unique arbitre du vrai et du faux, du bien et du mal : elle est à elle-même sa loi, elle suffit par ses forces naturelles à procurer le bien des hommes et des peuples » [55] ; et que « Toutes les vérités de la religion découlent de la force native de la raison humaine ; d’où il suit que la raison est la règle souveraine d’après laquelle l’homme peut et doit acquérir la connaissance de toutes les vérités de toute espèce » [56]. Dans ce contexte doctrinal, la relation entre la raison humaine et la vérité en général, et celle entre la raison humaine et la vérité particulière à la religion et au culte, sont définies d’une seule manière : autonomie ou liberté. Ainsi, la liberté de conscience et de culte condamnée par Pie IX signifie-t-elle qu’il « est loisible à chacun de professer telle religion qu’il lui plaît, ou même de n’en professer aucune. » [57].
Les Pontifes Romains (en particulier Pie IX et Léon XIII) enseignent justement qu’il n’est pas licite de revendiquer un droit ou une faculté morale (le pouvoir éthiquement légitime) d’adhérer intérieurement à une religion erronée, ni la faculté morale de la pratiquer extérieurement. Aucun gouvernant ne peut établir ni décréter un droit de liberté de conscience ou de cultes, ce qui consisterait à prétendre créer la possibilité morale d’adhérer à n’importe quel culte.
Voilà, c’est pas pareil malgré toute apparence (et cette apparence est une faiblesse pastorale).
Malheureusement ca ne traite pas directement la proposition 77 de Quanta cura mais plutôt 78 avec la « liberté des cultes », mais seulement indirectement, à savoir que la raison derrière la notion de « meilleure société » serait le naturalisme indéfendable.
--------------------------
Une autre analyse traite plus directement la proposition 77, en s’appuyant sur le terme « violateurs », « violatores ». C’est la thèse de doctorat de don Basile, du Barroux :
https://laportelatine.org/formation/cri ... embre-2014
Voici la réponse de l’abbé Gleize, prof. FSSPX :
2.1 – Pie IX et Quanta cura
10 – Nous nous sommes appuyés sur le passage de Quanta cura qui condamne le faux droit à ne pas être empêché, adopté par DH [7]. La proposition condamnée est la suivante :
77 La meilleure condition de la société est celle où l’on ne reconnaît pas au pouvoir l’office de réprimer par des peines légales les violateurs de la religion catholique, si ce n’est lorsque la paix publique le demande.
DS 1689.
Le père Basile nous objecte que « c’est une erreur de penser que les violatores en question sont per se ceux qui ne respectent pas intégralement les lois de Dieu et de l’Église, et en particulier, tous les non-catholiques, tous ceux qui vivent dans l’erreur ou la propagent » [8].
Autrement dit, l’exercice public d’une religion fausse n’étant pas en tant que tel une violation physique de la religion catholique, l’affirmation de DH 2 (revendiquant pour tout homme le droit de ne pas être empêché par quelque pouvoir humain que ce soit d’exercer en public comme en privé sa religion, catholique ou non, dans de justes limites) ne tomberait pas sous le coup de la condamnation de Quanta cura.
« violation physique » est une interprétation et le « autrement dit » est douteux, car dom Basile ne semble pas parler de violation physique, ou uniquement physique.
Cette objection du père Basile limite de manière fausse la portée de la condamnation de Pie IX : en effet, celui-ci envisage d’abord et avant tout une violation non point seulement physique mais morale, c’est à dire telle que la subit la religion catholique du simple fait que les fausses religions s’exercent publiquement. La prière faite dans une mosquée ou dans une synagogue, le culte célébré dans un temple protestant ou dans une église orthodoxe, même s’ils se déroulent sans causer aucun trouble physique, représentent toujours en tant que tels une violation morale de la religion catholique,
Encore une interprétation. Violatores est très fort en latin. Le simple culte non catho peut ne pas être assez fort. Une calomnie malicieuse pourrait l’être. Et ce ne serait pas physique.
ainsi qu’un préjudice spirituel et un scandale pour tous les citoyens. En dépit de ce que nous objecte le père Basile, la contradiction entre Quanta cura et DH est immédiate et manifeste : pour Quanta cura, la norme est la répression du culte public des fausses religions, même limité par les exigences de l’ordre public ; pour DH, la norme est la liberté du culte public des fausses religions, tel que limité par les exigences de l’ordre public.
Non, la norme de Quanta n’est pas la répression. Car le texte est seulement négatif : le meilleur état n’est ^pas nécessairement celui ou les violatores ne sont pas réprimés. Ca implique que le meilleur état pourrait être, mais pas nécessairement, celui ou cette répression existe. Le meilleur pourrait aussi être un état sans cette répression. Bref ca dépend.
Cela s’explique parce que, pour Pie IX, le culte public d’une fausse religion est, en tant que tel, une atteinte portée à l’ordre public juste objectif, c’est à dire à la paix publique, atteinte qui reste toujours d’ordre moral, même si elle n’est pas toujours d’ordre physique. En effet, il est impossible d’exercer une fausse religion sans porter atteinte à la paix publique, puisque la première condition de la paix publique est l’exercice pacifique de l’unique vraie religion, non concurrencé par le scandale des faux cultes.
Sophisme car interprétation trop large de violatores.
Or, même s’il est limité par les exigences seulement physique de la paix, par exemple parce que nul n’a le droit de prier publiquement, à partir du moment où il en résulte un tapage nocturne, le droit à la liberté religieuse est illimité dans le domaine religieux, puisque tous les adeptes de toutes les religions ont le droit de prier publiquement, à partir du moment où cela n’entraîne aucun tapage nocturne. Pour surmonter la contradiction qui oppose irrémédiablement Quanta cura et DH, il faudrait soutenir que l’exercice public d’une religion fausse dans le cadre de l’ordre social ne saurait violer moralement la religion catholique, et donc sous-entendre que l’ordre social temporel est autonome par rapport au droit positif divinement révélé et que la paix publique peut subsister malgré l’indifférentisme religieux des pouvoirs publics. Tel est le principe d’autonomie, énoncé par le n° 36 de Gaudium et spes, et revendiqué par Benoît XVI comme au fondement de la liberté religieuse [9
Non, on peut ne pas violer le catholicisme sans supposer un ordre social temporel autonome car on peut avoir un état catho et une liberté des cultes « dans de justes limites »
Une facon encore plus directe de traiter le terme violatores est utilisée, à mon avis de facon irréfutable, par l’abbÉ Most (Catholic apologetics today, 1986) , en 2-3 pages seulement :
DH parle de justes limites, Quanta cura de violatores. La FSSPX voit une contradiction. Mais violatores est ambigu, dans un sens le mot contredira les justes limites, dans un autre non. Comme le choix du sens existe, il faut choisir celui qui évitera la contradiction, non seulement par principe de charité interprétative, mais surtout pcq la FSSPX doit prouver, et elle ne peut prouver que si le sens qu’elle choisit est irréfutable. Or il ne l’est pas. Il y a un sens de violatores de Quanta cura qui rend ce document compatible avec DH et Vatican II. Donc la FSSPX ne prouve pas, elle ne peut que supposer.
Ceci n’empêche en rien une possible supériorité catéchétique et liturgique FSSPX, par ailleurs.
DANS un texte savant et magistral , auquel on a référé plus haut, le card.Ratzinger répond aux dubia de Mgr Lefebvre sur DH.
La tête de ce fil ne fait pas assez mention du fait que la FSSPX ne s’oppose pas purement et simplement, elle souligne une contradiction apparente avec les texte de Pie IX. Elle ne commet donc pas une erreur bête ou simpliste, mais une erreur complexe et savante, voire excusable.
Voici des extraits, surtout concernant la proposition 77 du Syllabus :
https://laportelatine.org/formation/crise-eglise/rapports-rome-fsspx/reponses-de-la-congregation-pour-la-doctrine-de-la-foi-aux-dubia-presentes-par-mgr-lefebvre-du-9-mars-1987
[quote]
il convient d’insister sur cette continuité des enseignements de DH et de ceux de Léon XIII et de Pie XII. Dès les premiers schémas de DH, on a cherché explicitement cette continuité avec le Magistère antérieur en analysant les textes des Pontifes précédemment cités.
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Oui mais peut-être que le texte final n’appuie pas assez sur cette continuité,d’où faiblesse pastorale
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...
Enfin, la doctrine de DH ne suppose pas non plus une désapprobation de la conduite suivie dans le passé par certains princes chrétiens, dont l’évaluation historique est en soi complexe et, en grande partie, discutable, bien qu’il ne faille pas écarter a priori la possibilité qu’il y ait eu des actions concrètes peu conformes à l’esprit de l’Évangile [23].
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Le catholicisme d’état n’est aucunement exclu, même si l’état n’est aucunement maître de la vérité religieuse . Le card.Ratzinger confirme ici :
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La distinction des compétences entre l’Eglise et l’Etat, et l’affirmation générale de DH, 3 (l’Etat doit favoriser la vie religieuse des citoyens), n’exclut pas que la Religion Catholique puisse et doive être aidée de manière spéciale par l’Etat, selon les circonstances...
« Bien comprise, la doctrine de la liberté religieuse ne contredit pas le concept historique de l’État dit ‘confessionnel’. En fait, la règle de la liberté religieuse interdit une intolérance légale, qui consiste à ce que certains citoyens ou certaines communautés religieuses soient réduits à une position inférieure au regard des droits civils en matière religieuse. Cependant, cela n’empêche pas que la religion catholique soit reconnue par le droit public humain comme religion commune des citoyens d’une certaine région, ou établie par ce même droit public comme religion d’État. Dans ce cas, cependant, il faut veiller à ce que l’institution d’une religion d’État n’entraîne pas de conséquences juridiques ou sociales qui porteraient atteinte à l’égalité religieuse de tous les citoyens devant le droit public. En d’autres termes, avec un gouvernement possédant une religion d’État, le droit à la liberté religieuse doit (toujours) être observé. »]
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Voilà, on peut très bien avoir un état catho. Ou non. A strictement parler les FSSPX a le droit de le souhaiter, à certaines conditions.
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Cette doctrine de DH a été comprise comme irréductiblement opposée aux très nombreux textes du Magistère précédent {en particulier de Pie IX, Léon XIII et Pie XI), qui a condamné à de nombreuses reprises l’agnosticisme et l’indifférentisme religieux de l’Etat, le principe libéral « l’Eglise libre dans l’Etat libre », et a affirmé le devoir de l’Etat de favoriser la vraie religion. Par exemple :
« (Proposition condamnée) : 77 De notre temps, il n’y a plus intérêt à ce que la religion catholique soit considérée comme l’unique religion de l’Etat, à l’exclusion de tout autre culte » [31].
Il n’y a donc pas de contradiction entre les enseignements de Pie IX et ceux de DH, car ils ne traitent pas du même problème, bien que les expressions utilisées, hors de leur contexte, puissent le laisser croire.
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Il reconnait le problème de langage.
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La liberté de culte à laquelle fait référence la proposition 78 du Syllabus y est comprise comme expression de la “liberté de conscience”, c’est à dire, d’une prétendue inexistence de l’ordre moral objectif, transcendant l’homme, qui impose un lien à sa conscience. La liberté de culte, dans ce sens, signifie que tous les cultes sont égaux, avec la prétention que l’Etat autorise et légitime de manière égale tous les cultes.
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Voilà. Pie IX entendait une liberté de type Rousseauiste, ou la limite de la liberté est la seule liberté des autres, et non une liberté aristotélicienne (Vatican II) ou il y a en plus un ordre moral objectif (la cruauté envers les animaux ne brime la liberté de personne et c’est un mal)
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[quote]Les propositions condamnées par Pie IX dans l’Enc. Quanta cura et les affirmations correspondantes de DH, entre lesquelles on pourrait avoir l’impression qu’existe une identité ou une relation de nécessaire implication, sont les suivantes :
I)
Proposition condamnée par « Quanta cura » : (77) « La meilleure condition de la société est celle où on ne reconnaît pas au pouvoir l’office de réprimer par des peines légales les violateurs de la religion catholique, si ce n’est lorsque la paix publique le demande » (ASS 3 (1867) p. 162).
Enseignement de « DH » : « En matière religieuse, que nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience, ni empêché d’agir selon sa conscience, en privé et en public, seul ou associé à d’autres, dans les justes limites » (DH, 2/a).
...
Dans le cas qui nous occupe, l’expression « liberté de conscience et de culte » dans l’Enc. Quanta cura et l’expression « liberté religieuse » dans la Décl. Dignitatis humanae désignent des réalités différentes.
Comme le signale l’Enc. Quanta cura, les propositions condamnées sont le résultat de l’application « à la société civile du principe impie et absurde appelé naturalisme » [54].
Ce principe affirme que « La raison humaine, considérée sans aucun rapport à Dieu, est l’unique arbitre du vrai et du faux, du bien et du mal : elle est à elle-même sa loi, elle suffit par ses forces naturelles à procurer le bien des hommes et des peuples » [55] ; et que « Toutes les vérités de la religion découlent de la force native de la raison humaine ; d’où il suit que la raison est la règle souveraine d’après laquelle l’homme peut et doit acquérir la connaissance de toutes les vérités de toute espèce » [56]. Dans ce contexte doctrinal, la relation entre la raison humaine et la vérité en général, et celle entre la raison humaine et la vérité particulière à la religion et au culte, sont définies d’une seule manière : autonomie ou liberté. Ainsi, la liberté de conscience et de culte condamnée par Pie IX signifie-t-elle qu’il « est loisible à chacun de professer telle religion qu’il lui plaît, ou même de n’en professer aucune. » [57].
Les Pontifes Romains (en particulier Pie IX et Léon XIII) enseignent justement qu’il n’est pas licite de revendiquer un droit ou une faculté morale (le pouvoir éthiquement légitime) d’adhérer intérieurement à une religion erronée, ni la faculté morale de la pratiquer extérieurement. Aucun gouvernant ne peut établir ni décréter un droit de liberté de conscience ou de cultes, ce qui consisterait à prétendre créer la possibilité morale d’adhérer à n’importe quel culte.
[/quote]
Voilà, c’est pas pareil malgré toute apparence (et cette apparence est une faiblesse pastorale).
Malheureusement ca ne traite pas directement la proposition 77 de Quanta cura mais plutôt 78 avec la « liberté des cultes », mais seulement indirectement, à savoir que la raison derrière la notion de « meilleure société » serait le naturalisme indéfendable.
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Une autre analyse traite plus directement la proposition 77, en s’appuyant sur le terme « violateurs », « violatores ». C’est la thèse de doctorat de don Basile, du Barroux :
https://laportelatine.org/formation/crise-eglise/liberte-religieuse/liberte-religieuse-reponse-de-labbe-j-m-gleize-au-pere-basile-du-barroux-une-impossible-continuite-14-novembre-2014
Voici la réponse de l’abbé Gleize, prof. FSSPX :
[quote]
2.1 – Pie IX et Quanta cura
10 – Nous nous sommes appuyés sur le passage de Quanta cura qui condamne le faux droit à ne pas être empêché, adopté par DH [7]. La proposition condamnée est la suivante :
77 La meilleure condition de la société est celle où l’on ne reconnaît pas au pouvoir l’office de réprimer par des peines légales les violateurs de la religion catholique, si ce n’est lorsque la paix publique le demande.
DS 1689.
Le père Basile nous objecte que « c’est une erreur de penser que les violatores en question sont per se ceux qui ne respectent pas intégralement les lois de Dieu et de l’Église, et en particulier, tous les non-catholiques, tous ceux qui vivent dans l’erreur ou la propagent » [8].
Autrement dit, l’exercice public d’une religion fausse n’étant pas en tant que tel une violation physique de la religion catholique, l’affirmation de DH 2 (revendiquant pour tout homme le droit de ne pas être empêché par quelque pouvoir humain que ce soit d’exercer en public comme en privé sa religion, catholique ou non, dans de justes limites) ne tomberait pas sous le coup de la condamnation de Quanta cura.
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« violation physique » est une interprétation et le « autrement dit » est douteux, car dom Basile ne semble pas parler de violation physique, ou uniquement physique.
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Cette objection du père Basile limite de manière fausse la portée de la condamnation de Pie IX : en effet, celui-ci envisage d’abord et avant tout une violation non point seulement physique mais morale, c’est à dire telle que la subit la religion catholique du simple fait que les fausses religions s’exercent publiquement. La prière faite dans une mosquée ou dans une synagogue, le culte célébré dans un temple protestant ou dans une église orthodoxe, même s’ils se déroulent sans causer aucun trouble physique, représentent toujours en tant que tels une violation morale de la religion catholique,
[/quote]
Encore une interprétation. Violatores est très fort en latin. Le simple culte non catho peut ne pas être assez fort. Une calomnie malicieuse pourrait l’être. Et ce ne serait pas physique.
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ainsi qu’un préjudice spirituel et un scandale pour tous les citoyens. En dépit de ce que nous objecte le père Basile, la contradiction entre Quanta cura et DH est immédiate et manifeste : pour Quanta cura, la norme est la répression du culte public des fausses religions, même limité par les exigences de l’ordre public ; pour DH, la norme est la liberté du culte public des fausses religions, tel que limité par les exigences de l’ordre public. [/quote]
Non, la norme de Quanta n’est pas la répression. Car le texte est seulement négatif : le meilleur état n’est ^pas nécessairement celui ou les violatores ne sont pas réprimés. Ca implique que le meilleur état pourrait être, mais pas nécessairement, celui ou cette répression existe. Le meilleur pourrait aussi être un état sans cette répression. Bref ca dépend.
[quote]
Cela s’explique parce que, pour Pie IX, le culte public d’une fausse religion est, en tant que tel, une atteinte portée à l’ordre public juste objectif, c’est à dire à la paix publique, atteinte qui reste toujours d’ordre moral, même si elle n’est pas toujours d’ordre physique. En effet, il est impossible d’exercer une fausse religion sans porter atteinte à la paix publique, puisque la première condition de la paix publique est l’exercice pacifique de l’unique vraie religion, non concurrencé par le scandale des faux cultes.
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Sophisme car interprétation trop large de violatores.
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Or, même s’il est limité par les exigences seulement physique de la paix, par exemple parce que nul n’a le droit de prier publiquement, à partir du moment où il en résulte un tapage nocturne, le droit à la liberté religieuse est illimité dans le domaine religieux, puisque tous les adeptes de toutes les religions ont le droit de prier publiquement, à partir du moment où cela n’entraîne aucun tapage nocturne. Pour surmonter la contradiction qui oppose irrémédiablement Quanta cura et DH, il faudrait soutenir que l’exercice public d’une religion fausse dans le cadre de l’ordre social ne saurait violer moralement la religion catholique, et donc sous-entendre que l’ordre social temporel est autonome par rapport au droit positif divinement révélé et que la paix publique peut subsister malgré l’indifférentisme religieux des pouvoirs publics. Tel est le principe d’autonomie, énoncé par le n° 36 de Gaudium et spes, et revendiqué par Benoît XVI comme au fondement de la liberté religieuse [9
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Non, on peut ne pas violer le catholicisme sans supposer un ordre social temporel autonome car on peut avoir un état catho et une liberté des cultes « dans de justes limites »
Une facon encore plus directe de traiter le terme violatores est utilisée, à mon avis de facon irréfutable, par l’abbÉ Most (Catholic apologetics today, 1986) , en 2-3 pages seulement :
DH parle de justes limites, Quanta cura de violatores. La FSSPX voit une contradiction. Mais violatores est ambigu, dans un sens le mot contredira les justes limites, dans un autre non. Comme le choix du sens existe, il faut choisir celui qui évitera la contradiction, non seulement par principe de charité interprétative, mais surtout pcq la FSSPX doit prouver, et elle ne peut prouver que si le sens qu’elle choisit est irréfutable. Or il ne l’est pas. Il y a un sens de violatores de Quanta cura qui rend ce document compatible avec DH et Vatican II. Donc la FSSPX ne prouve pas, elle ne peut que supposer.
Ceci n’empêche en rien une possible supériorité catéchétique et liturgique FSSPX, par ailleurs.