par Laurent L. » mar. 09 mars 2010, 22:56

Savez-vous ce qu'il advient des livres jetés à la poubelle et des invendus ? On les brûle... Et personne ne verse de chaudes larmes en pensant à Hitler.
Le spiritisme n'est pas anodin, c'est une pornographie de l'âme : on n'est pas censé faire joujou avec les puissances occultes. Le père Verlinde en parle sur son site (finalage). Le saint curé d'Ars en a parlé.
- [+] Texte masqué
Les intuitions du curé d'Ars a écrit :
Partie I : le monde invisible :
XIX
« Jules, arrêtez-vous !... »
De nos jours encore, en certains milieux et sous des noms divers, la mode est à l'occultisme et au spiritisme, aux tables tournantes et parlantes. « La hantise du surnaturel, disait naguère un journal trop lu, poursuit les âmes contemporaines, lasses de négation et avides de mystère ». – Est-il besoin d'expliquer ce que ce quotidien entend ici par surnaturel ? Tout simplement, il s'agit pour lui de pratiques occultes, de communications avec les esprits...
Beaucoup de personnes qui s'adonnent à ces pratiques, interdites d'ailleurs par l'Église (1), y renonceraient peut-être si elles étaient persuadées qu'en certaines circonstances un démon est là tout près, avec qui elles communiquent et qui se gausse d'elles en les corrompant.
Le récit qu'on va lire montrera une fois de plus ce qu'il faut penser de tels jeux : ils sont pleins de perversité et de périls sous des apparences simplement puériles ou amusantes. Croyons-en un témoin sûr, dont le regard perçait le code du mystère.
C'était en 1853. M. le comte Jules de Maubou, qui avait des propriétés en Beaujolais, non loin de Villefranche, habitait une partie de l'année à Paris. C'était le type accompli de l'homme du monde, dont la société était recherchée des meilleurs. Les salons les plus réputés s'honoraient de le recevoir. Mais, en même temps, le comte n'en était pas moins bon chrétien. Ce seul indice le prouve : ayant coutume de se rendre périodiquement dans sa terre pour y surveiller ses intérêts, il avait visité Ars, attiré par la réputation de sainteté de M. Vianney ; chaque fois qu'il venait dans la région, il se confessait à lui ; d'où une certaine intimité entre le prêtre et le gentilhomme.
Or, en ce temps-là – l'histoire est un perpétuel recommencement – la vogue était comme aujourd'hui aux tables tournantes. Spirites et médiums faisaient fureur. Dans la haute société, même en des familles qui se disaient chrétiennes, on ne craignait pas de s'adonner à ce passe-temps réputé de bon ton. (2)
Il arriva que M. de Maubou, pendant un séjour à Paris, alla passer certaines soirées chez une de ses parentes, Mme la comtesse de M..., qui s'entourait d'une compagnie aussi nombreuse que distinguée... Que faire pour occuper ce beau monde ? Tout naturellement, on proposa d'interroger une table. Le comte se prêta de bonne grâce à l'opération et participa à diverses expériences. Sous ses yeux se déroulèrent les phénomènes habituels : la table se souleva et frappa le parquet pour répondre.
Dès le lendemain, M. de Maubou reprenait le chemin du Beaujolais où il arrivait le soir même. Après une nuit de repos, il se dirigeait vers Ars, heureux d'avance de revoir son dévoué directeur, son vénérable et saint ami.
Le voilà dans l'humble village. Allègrement, il va droit à la pauvre église. O bonheur ! Le bon Curé est là, devant la porte. On dirait qu'il prend un peu de répit entre deux confessions. A cette vue, le voyageur hâte encore le pas. Souriant, la main tendue, il court à M. Vianney... Douloureuse surprise ! Le Curé d'Ars ne lui rend pas son salut, ne prend pas sa main, mais, le clouant sur place d'un geste, il lui dit d'une voix triste et sévère à la fois :
« Jules, arrêtez-vous ! Avant-hier, vous avez eu commerce avec le diable. Venez vous confesser. »
Stupéfait, M. de Maubou demeure là, figé, muet, se demandant quel crime il peut bien avoir commis ; car, chose étrange, il ne se rappelle déjà plus la scène de la table tournante. Cependant, M. Vianney, d'un ton radouci, l'invite de nouveau à le suivre.
Docilement, le comte s'agenouille au confessionnal, et il entend, silencieux toujours, le saint lui conter ce qui s'est passé deux jours plus tôt dans le salon de la comtesse. Aucune circonstance n'est omise. Enfin, le prêtre déclare formellement que de telles pratiques sont mauvaises, diaboliques, et fait promettre à son pénitent de ne plus jamais s'y adonner.
A quelque temps de là, M. de Maubou, de retour à Paris, se trouvait un soir dans un autre salon. Vite on en vint à la distraction favorite : la table tournante ! La maîtresse de maison et les personnes présentes firent les instances les plus vives pour amener notre gentilhomme à prêter son concours. Tout fut inutile : le pénitent du Curé d'Ars tint parole.
Alors, sans se laisser rebuter par ce premier insuccès, les invités décidèrent de passer outre. On laissa seul dans son coin ce récalcitrant, ce scrupuleux !... Mais dans le même moment, M. de Maubou, en l'intime de son âme, déclarait répudier le jeu coupable et s'y opposer de toute sa volonté. Malgré toutes les tentatives, la table ne tourna pas. Même sa résistance fut telle et si imprévue, que le médium ne put s'empêcher de dire : « Je n'y comprends rien. Il doit y avoir ici une force supérieure qui arrête notre action ». (3)
(1) Par une décision, très claire et absolue, du 21 avril 1917, le tribunal du Saint-Office interdit à tout fidèle « de prendre part, soit par médium, soit sans médiums, à des entretiens ou à des manifestations spirites, présentant même une apparence honnête ou pieuse, soit qu'on interroge les âmes ou les esprits, soit qu'on écoute les réponses faites, soit qu'on se contente d'observer, alors même qu'on protesterait tacitement ou expressément que l’on ne veut avoir aucune relation avec les esprits mauvais »
(2) « En 1852 et 1853, tout le monde est aux tables tournantes ou parlantes et aux Esprits. La vogue se maintient avec des alternatives d'accalmie et de poussée violente... A l'heure actuelle, nous assistons à une véritable invasion spirite. Aucun pays qui n'en soit atteint. La puérilité, la mesquinerie de la mise en scène n'arrêtent pas les adeptes. A tout prix on veut entrer en relation avec les morts. Les uns le tentent directement à titre privé ; d'autres, par l'intermédiaire de professionnels ou de médiums. » (R. P. Lucien ROURE, art. « Spiritisme » dans le Dictionnaire pratique des connaissances religieuses). Encore une fois, tous ces essais de communication avec l'autre monde, où il entre, dit le P. Roure, « une part frauduleuse énorme », demeurent formellement interdits par l'Église
(3) M. le chanoine Ball a enregistré dans ses documents (N° 46) le premier de ces deux faits d'après une lettre du comte de Maubou lui-même, en date du 8 septembre 1878. Le 16 mai 1922, M. de Fréminville (de Bourg), petit-neveu du comte, en visite au presbytère d'Ars, voulut bien laisser par écrit le récit des deux incidents qu'on vient de lire. Il en tenait tous les détails de son grand-oncle
XXI
L'officier chez les spirites
Deux personnes d'un clair bon sens et d'une parfaite bonne foi, recueillant leurs communs souvenirs, les ont, en 1915, envoyés sous forme de lettres au presbytère d'Ars. Les narratrices expriment le désir de ne pas être nommées. On verra, par ces détails extraordinaires dont l'authenticité ne saurait être mise en doute, que le Curé d'Ars suivait à distance les menées de l'esprit mauvais. Que de mystères il aura pénétrés de la sorte, et dont la révélation n'est pas venue jusqu'à nous !
*
* *
Une dame de Lyon et ses deux filles allaient passer, presque chaque année, une partie de leurs vacances au château de Marsanne (Drôme), chez M. de Montluisant, général de division en retraite. Environ deux ans avant la mort du général, au cours d'une causerie de salon, on vint à parler d'Ars, de son pèlerinage et de la vie extraordinaire de M. Vianney. C'est alors que tous les assistants entendirent le récit suivant fait par l'éminent officier.
« Je n'étais que capitaine. Ayant entendu parler des merveilles d'Ars, nous résolûmes, trois jeunes officiers et moi, de faire le voyage et de voir par nous-mêmes ce qui se passait dans ce petit village de la Dombes. En cours de route, mes amis convinrent que chacun de nous adresserait une question à M. Vianney, si toutefois nous pouvions parvenir jusqu'à lui. Pour moi, je gardais le silence. Mes amis insistant, je leur déclarai que je n'avais rien à demander, que je les laisserais continuer seuls le voyage si leur intention était de m'obliger à questionner le Curé d'Ars. Pour ne pas me faire de la peine, mes amis cédèrent et il ne fut plus question de rien.
Parvenus auprès du saint Curé, nous fûmes assez favorisés pour avoir avec lui quelques minutes d'entretien. C'est alors qu’un de mes amis, infidèle à la consigne, dit à M. Vianney en me désignant : « Monsieur le Curé, voici M. de Montluisant, un jeune capitaine d'avenir, qui désirerait vous demander quelque chose ». Pris à l'improviste, ne sachant vraiment pas de quoi parler, je fis cependant bonne contenance et hasardai la réflexion suivante : « Voyons, monsieur le Curé, ces histoires de diableries dont on cause à votre sujet, ce n'est pas réel..., c'est affaire d'imagination ?... »
M. Vianney me regarda dans les yeux, bien fixement, puis vint sa réponse, brève, tranchante : « Mais, mon ami, vous en savez bien quelque chose... Sans ce que vous avez fait, vous n'auriez jamais pu vous en débarrasser !... » Il aurait fallu voir les regards étonnés de mes amis braqués sur moi. Pour moi, je baissai la tête, sans pouvoir articuler une seule syllabe.
Après avoir quitté Ars, aussitôt sur le chemin du retour, mes amis se mirent à me presser de questions : « Que t'est-il donc arrivé ?... M. le Curé n'a pas parlé au hasard ?... Dis-nous la vérité ».
Alors j'entrai dans la voie des confidences. Étant étudiant à Paris, je me plaisais à visiter les ménages pauvres de la Capitale. Suivant que me le permettait la modicité de mes ressources, j'achetais des vêtements et autres objets que je distribuais à mes protégés. Il paraît que mes allées et venues dans des quartiers misérables furent remarquées, puisque certains personnages m'engagèrent dans une société qui avait pour but, disaient-ils, le bien-être de tous. En réalité, il s'agissait d'une association de spirites.
Un jour, en rentrant dans ma chambre, j'eus l'impression de ne pas être seul. Inquiet d'une sensation si étrange, je regarde, je cherche partout. Rien. Le lendemain, même chose... Et, de plus, il me semblait qu'une main invisible me serrait la gorge.
J'avais la foi. J'allai prendre de l'eau bénite à Saint-Germain-l'Auxerrois, ma paroisse. J'aspergeai ma chambre en ses coins et recoins. A partir de cet instant, toute impression d'une présence extranaturelle cessa. Et puis je ne remis plus les pieds chez les spirites.
Je ne doute pas que ce soit là l'incident, déjà lointain, auquel vient de faire allusion le Curé d'Ars.
Mes amis ne se permirent aucune réflexion, aucun commentaire. Nous n'en avons plus parlé. »
Ce récit avait lieu dans le petit salon du général. L'entendant, Mme de Montluisant, personne foncièrement chrétienne, ne put s'empêcher de s'écrier : « Mais, Charles, tu ne m'en as jamais rien dit ! » Le général sourit et se contenta de répondre : « Je n'y avais plus pensé. Si l'aventure m'est revenue à la mémoire, c'est parce que ces dames ont parlé d'Ars, me demandant si j'y étais jamais allé, si j'avais pu aborder le saint Curé ».
Le général de Montluisant était un solide chrétien ; il pratiquait ses devoirs sans respect humain. Ses dernières paroles, avant de mourir (11 mai 1894), furent celles-ci : « Je suis chrétien, c'est-à-dire prêt à partir pour aller à Dieu. Il m'a donné tout ce que je pouvais désirer ; je ne demande plus rien ».
Partie II : vue à distance XXI
« Dufour !... »
Il serait exagéré de dire que dans les foules d'Ars il n'y ait eu que des pèlerins ; chaque jour s'y mêlaient des curieux, presque tous bien intentionnés, sans doute ; mais qui détournera ces sortes de gens – aujourd'hui sous le nom de touristes ils profanent les lieux les plus vénérés – de promener leurs âmes sans prière ? Heureusement que plus d'un se laisse toucher par la ferveur des fidèles ou la beauté des cérémonies saintes ; sans quoi, il les faudrait nommer une engeance détestable.
C'est pour de semblables raisons que le Curé d'Ars les tolérait et, à l'occasion, leur rendait service. En voici une preuve.
Un spirite de Lyon, Antoine Saubin, touriste avant la lettre, fut si bien converti par M. Vianney en février 1859 que, le mois suivant, en la fête de saint Joseph, il entrait comme postulant à la Trappe de Notre-Dame-des-Neiges. – Nous raconterons une autre fois l'histoire du Frère Joachim. (1)
Or, sur ses conseils, plusieurs de ses amis lyonnais, « renonçant eux aussi, comme l'a écrit le chanoine Ball, à leurs superstitions spirites et effrayés d'avoir été si longtemps le jouet du démon, résolurent d'aller se confesser à M. Vianney » ; sauf un, toutefois, qui se rendit à Ars « par pure curiosité ». Cet homme, nommé Dufour, était cordonnier à Perrache.
Naturellement, il n'avait pas écrit au Curé d'Ars pour le prévenir de son passage, pas plus qu'il ne s'était fait annoncer par qui que ce fût. Il se joignit à la foule et attendit que parût, pour le bien dévisager, ce curé extraordinaire qui avait « retourné » si dextrement ses camarades en spiritisme.
Il vit sortir de l'église un petit vieillard aux épaules courbées, dont le regard vif et doux semblait ne se fixer que sur des visages amis : presque toutes les personnes présentes lui étaient pourtant étrangères. Dufour eut un tressaillement. Le Curé d'Ars venait de l'appeler par son nom.
« Dufour, disait-il, repartez tout de suite chez vous. Votre femme vous attend avec impatience : en ce moment, on vous fait saisir. »
Pauvre Dufour ! Il avait quitté Lyon sans prévoir la catastrophe.
« Oui, partez, mon ami, ajouta M. Vianney ; mais vous reviendrez l'année prochaine. »
Que de choses étonnantes en quelques paroles : ce prêtre discernant dans un groupe compact un homme qu'il n'a jamais vu, dont il n'a jamais entendu parler, puis le nommant, lui indiquant ce qui se passe à l'heure même dans sa maison située à 35 kilomètres d'Ars, tandis que Mme Dufour s'affole et supplie les gens de loi de surseoir jusqu'au retour de son mari...
« M. Dufour, relate le chanoine Ball, partit aussitôt pour Lyon et trouva les choses exactement comme le Curé d'Ars les lui avait annoncées. (2) »
Les notes qui demeurent ne disent pas si le cordonnier de Perrache vint l'année suivante prier en pèlerin sur la tombe de M. Vianney. Quoi qu'il en soit, il savait à présent que penser du petit « curé extraordinaire ».
(1) V. ce livre p. 142 (partie : ‘lecture dans les cœurs’ – XI)
(2) Documents, N° 17
Partie III : lecture dans les cœurs XI
Le spirite
Si le Frère cordonnier de la Trappe de Notre-Dame des Dombes eût rompu le silence prescrit par la règle – ce dont il n'avait nullement le désir – quels souvenirs extraordinaires il aurait pu conter ! Mais Frère Joachim se taisait en méditant peut-être sa propre histoire, qui était bien l'histoire des miséricordes de Dieu.
Frère Joachim s'était appelé dans le monde Antoine Saubin.
Orphelin de père dès le bas âge, Antoine avait quinze ans quand il perdit sa mère. Bien qu'élevé chrétiennement, le jeune homme, livré à lui-même, cessa bientôt toute pratique religieuse. A vingt ans, Saubin venait à Lyon pour y travailler dans l'échoppe d'un cordonnier.
Il n'était point méchant garçon. En son cœur, la foi couvait sous la cendre ; parfois, en passant devant quelque église, où il n'entrait pas, il sentait comme une nostalgie le prendre. Il croyait au surnaturel, mais comment y atteindre ?
A vingt-sept ans, Antoine Saubin entrait en relation avec plusieurs familles qui faisaient du spiritisme. Des hallucinations terribles le hantèrent... Entendant parler du Curé d'Ars, la pensée lui vint de le consulter sur ces mystérieux prestiges. Ses amis voulurent l'en empêcher. Il partit quand même.
En jouant des coudes, le peu patient Saubin put pénétrer assez loin dans la nef de la petite église pour apercevoir de dos M. Vianney qui, agenouillé à cette heure dans la chapelle de sainte Philomène, y récitait son bréviaire. Notre Lyonnais resta là un quart d'heure ; déjà l'attente lui paraissait longue. « Si ce prêtre, songea-t-il, avait l'esprit de Dieu comme on le prétend, il saurait bien que j'ai à lui parler et que je suis pressé. »
Aussitôt le Curé d'Ars se retourna et, regardant Antoine Saubin stupéfait :
« Patience, mon ami, dit le serviteur de Dieu, je suis à vous tout de suite. »
Décidément, ce curé n'était pas un devin pour rire. Antoine lui fit ses confidences. « Revenez demain », lui signifia M. Vianney. Le lendemain matin, après avoir assisté à la messe, Saubin pénétra dans la sacristie tandis que le saint quittait les ornements.
« Toutes vos visions, lui déclara le serviteur de Dieu, ne sont que des illusions du démon pour vous tromper. Ne fréquentez plus ces maisons. Faites une neuvaine à Notre-Dame de Fourvière, et je vous assure que tout cela cessera. »
Déjà, Antoine Saubin goûtait une paix inconnue. Et pourtant, que de fautes chargeaient encore sa conscience !
« Mon Père, demanda-t-il, ne devrais-je pas me confesser ?... Mais je ne suis pas prêt.
— A Fourvière, répliqua le saint, vous trouverez un bon Père qui vous entendra et vous dira ce que vous aurez à faire. »
Cela se passait au début de février 1859. Le 19 mars suivant, l'ancien spirite entrait à la Trappe. Manifestement, la Providence de Dieu avait tout conduit. Monté à Fourvière, Antoine Saubin y avait rencontré un jésuite auquel il s'était confessé. Il lui avait conté ensuite quel changement radical s'était opéré dans ses dispositions d'âme sur la route même d'Ars, alors qu'il sortait d'une entrevue avec le saint Curé. Non, il n'en voulait plus, du spiritisme ; non, il ne resterait pas dans un milieu plein de tant de périls. Il voulait fuir le monde, expier ses fautes, s'enfermer en quelque solitude...
Et c'est ainsi qu'en la fête de saint Joseph, Antoine gravissait les pentes qui mènent sur les hauts plateaux du Vivarais. Il se présentait au monastère de Notre-Dame-des-Neiges, là même où, trente ans plus tard, devait venir, non moins humble et non moins pénitent, celui qui fut dans le monde le joyeux lieutenant Charles de Foucauld. Antoine Saubin, alors âgé de vingt-neuf ans, devenait le Frère Joachim.
Plus tard, guéri d'une maladie mortelle par l'apposition d'une relique de saint Jean-Marie Vianney, Frère Joachim vint à Ars avec dom Polycarpe, depuis abbé de Notre-Dame-des-Neiges, remercier son grand bienfaiteur. Là, il raconta son histoire. (1)
Il devait mourir saintement non loin d'Ars, au monastère de Notre-Dame-des-Dombes où l'on avait eu besoin d'un frère cordonnier.
(1) C'est précisément l'un de ses auditeurs d'alors, M. l'abbé Rougemont, vicaire d'Ars, qui a fait consigner ces détails au Procès apostolique continuatif (folios 787-788). Le Frère Joachim a confirmé son récit par deux lettres datées, l'une du 14, l'autre du 20 février 1878. Il se déclare, dans la dernière, prêt à témoigner sous la foi du serment, s’il en est besoin.
Catéchisme de l'Église Catholique a écrit :Divination et magie
2115 Dieu peut révéler l’avenir à ses prophètes ou à d’autres saints. Cependant l’attitude chrétienne juste consiste à s’en remettre avec confiance entre les mains de la Providence pour ce qui concerne le futur et à abandonner toute curiosité malsaine à ce propos. L’imprévoyance peut constituer un manque de responsabilité.
2116 Toutes les formes de divination sont à rejeter : recours à Satan ou aux démons, évocation des morts ou autres pratiques supposées à tort " dévoiler " l’avenir (cf. Dt 18, 10 ; Jr 29, 8). La consultation des horoscopes, l’astrologie, la chiromancie, l’interprétation des présages et des sorts, les phénomènes de voyance, le recours aux médiums recèlent une volonté de puissance sur le temps, sur l’histoire et finalement sur les hommes en même temps qu’un désir de se concilier les puissances cachées. Elles sont en contradiction avec l’honneur et le respect, mêlé de crainte aimante, que nous devons à Dieu seul.
2117 Toutes les pratiques de magie ou de sorcellerie par lesquelles on prétend domestiquer les puissances occultes pour les mettre à son service et obtenir un pouvoir surnaturel sur le prochain, – fût-ce pour lui procurer la santé -, sont gravement contraires à la vertu de religion. Ces pratiques sont plus condamnables encore quant elles s’accompagnent d’une intention de nuire à autrui ou qu’elles recourent ou non à l’intervention des démons. Le port des amulettes est lui aussi répréhensible. Le spiritisme implique souvent des pratiques divinatoires ou magiques. Aussi l’Église avertit-elle les fidèles de s’en garder. Le recours aux médecines dites traditionnelles ne légitime ni l’invocation des puissances mauvaises, ni l’exploitation de la crédulité d’autrui.
Catéchisme de saint Pie X a écrit :
Est-il permis d’interroger les tables qu’on appelle parlantes ou écrivantes, ou de consulter de quelque façon que ce soit les âmes des trépassés par le spiritisme ?
Toutes les pratiques du spiritisme sont défendues, parce qu’elles sont superstitieuses et que souvent elles ne sont pas exemptes d’intervention diabolique : aussi ont-elles été justement interdites par l’Église.
Je fais donc miennes les paroles de Ti'hamo :
. Si j'ai en ma possession un livre ; si j'estime que le contenu de ce livre nocif et m'ayant fait du mal,... alors
- soit je le donne ou le vends, ce qui revient à exposer autrui, sans contrôle possible, à un mal que j'ai reconnu objectif ;
- soit je le détruis ;
- soit je le donne à une personne de confiance dont je sais à la fois qu'elle est assez solide pour ne pas subir l'influence nocive de cet écrit, et à la fois qu'elle en fera bon usage.
Il n'y a vraiment pas de quoi fouetter un chat si on détruit un livre de sorcellerie...
:/ Savez-vous ce qu'il advient des livres jetés à la poubelle et des invendus ? On les brûle... Et personne ne verse de chaudes larmes en pensant à Hitler.
Le spiritisme n'est pas anodin, c'est une pornographie de l'âme : on n'est pas censé faire joujou avec les puissances occultes. Le père Verlinde en parle sur son site (finalage). Le saint curé d'Ars en a parlé.
[spoiler][quote="Les intuitions du curé d'Ars"]
Partie I : le monde invisible :
XIX
« Jules, arrêtez-vous !... »
De nos jours encore, en certains milieux et sous des noms divers, la mode est à l'occultisme et au spiritisme, aux tables tournantes et parlantes. « La hantise du surnaturel, disait naguère un journal trop lu, poursuit les âmes contemporaines, lasses de négation et avides de mystère ». – Est-il besoin d'expliquer ce que ce quotidien entend ici par surnaturel ? Tout simplement, il s'agit pour lui de pratiques occultes, de communications avec les esprits...
Beaucoup de personnes qui s'adonnent à ces pratiques, interdites d'ailleurs par l'Église (1), y renonceraient peut-être si elles étaient persuadées qu'en certaines circonstances un démon est là tout près, avec qui elles communiquent et qui se gausse d'elles en les corrompant.
Le récit qu'on va lire montrera une fois de plus ce qu'il faut penser de tels jeux : ils sont pleins de perversité et de périls sous des apparences simplement puériles ou amusantes. Croyons-en un témoin sûr, dont le regard perçait le code du mystère.
C'était en 1853. M. le comte Jules de Maubou, qui avait des propriétés en Beaujolais, non loin de Villefranche, habitait une partie de l'année à Paris. C'était le type accompli de l'homme du monde, dont la société était recherchée des meilleurs. Les salons les plus réputés s'honoraient de le recevoir. Mais, en même temps, le comte n'en était pas moins bon chrétien. Ce seul indice le prouve : ayant coutume de se rendre périodiquement dans sa terre pour y surveiller ses intérêts, il avait visité Ars, attiré par la réputation de sainteté de M. Vianney ; chaque fois qu'il venait dans la région, il se confessait à lui ; d'où une certaine intimité entre le prêtre et le gentilhomme.
Or, en ce temps-là – l'histoire est un perpétuel recommencement – la vogue était comme aujourd'hui aux tables tournantes. Spirites et médiums faisaient fureur. Dans la haute société, même en des familles qui se disaient chrétiennes, on ne craignait pas de s'adonner à ce passe-temps réputé de bon ton. (2)
Il arriva que M. de Maubou, pendant un séjour à Paris, alla passer certaines soirées chez une de ses parentes, Mme la comtesse de M..., qui s'entourait d'une compagnie aussi nombreuse que distinguée... Que faire pour occuper ce beau monde ? Tout naturellement, on proposa d'interroger une table. Le comte se prêta de bonne grâce à l'opération et participa à diverses expériences. Sous ses yeux se déroulèrent les phénomènes habituels : la table se souleva et frappa le parquet pour répondre.
Dès le lendemain, M. de Maubou reprenait le chemin du Beaujolais où il arrivait le soir même. Après une nuit de repos, il se dirigeait vers Ars, heureux d'avance de revoir son dévoué directeur, son vénérable et saint ami.
Le voilà dans l'humble village. Allègrement, il va droit à la pauvre église. O bonheur ! Le bon Curé est là, devant la porte. On dirait qu'il prend un peu de répit entre deux confessions. A cette vue, le voyageur hâte encore le pas. Souriant, la main tendue, il court à M. Vianney... Douloureuse surprise ! Le Curé d'Ars ne lui rend pas son salut, ne prend pas sa main, mais, le clouant sur place d'un geste, il lui dit d'une voix triste et sévère à la fois :
« Jules, arrêtez-vous ! Avant-hier, vous avez eu commerce avec le diable. Venez vous confesser. »
Stupéfait, M. de Maubou demeure là, figé, muet, se demandant quel crime il peut bien avoir commis ; car, chose étrange, il ne se rappelle déjà plus la scène de la table tournante. Cependant, M. Vianney, d'un ton radouci, l'invite de nouveau à le suivre.
Docilement, le comte s'agenouille au confessionnal, et il entend, silencieux toujours, le saint lui conter ce qui s'est passé deux jours plus tôt dans le salon de la comtesse. Aucune circonstance n'est omise. Enfin, le prêtre déclare formellement que de telles pratiques sont mauvaises, diaboliques, et fait promettre à son pénitent de ne plus jamais s'y adonner.
A quelque temps de là, M. de Maubou, de retour à Paris, se trouvait un soir dans un autre salon. Vite on en vint à la distraction favorite : la table tournante ! La maîtresse de maison et les personnes présentes firent les instances les plus vives pour amener notre gentilhomme à prêter son concours. Tout fut inutile : le pénitent du Curé d'Ars tint parole.
Alors, sans se laisser rebuter par ce premier insuccès, les invités décidèrent de passer outre. On laissa seul dans son coin ce récalcitrant, ce scrupuleux !... Mais dans le même moment, M. de Maubou, en l'intime de son âme, déclarait répudier le jeu coupable et s'y opposer de toute sa volonté. Malgré toutes les tentatives, la table ne tourna pas. Même sa résistance fut telle et si imprévue, que le médium ne put s'empêcher de dire : « Je n'y comprends rien. Il doit y avoir ici une force supérieure qui arrête notre action ». (3)
(1) Par une décision, très claire et absolue, du 21 avril 1917, le tribunal du Saint-Office interdit à tout fidèle « de prendre part, soit par médium, soit sans médiums, à des entretiens ou à des manifestations spirites, présentant même une apparence honnête ou pieuse, soit qu'on interroge les âmes ou les esprits, soit qu'on écoute les réponses faites, soit qu'on se contente d'observer, alors même qu'on protesterait tacitement ou expressément que l’on ne veut avoir aucune relation avec les esprits mauvais »
(2) « En 1852 et 1853, tout le monde est aux tables tournantes ou parlantes et aux Esprits. La vogue se maintient avec des alternatives d'accalmie et de poussée violente... A l'heure actuelle, nous assistons à une véritable invasion spirite. Aucun pays qui n'en soit atteint. La puérilité, la mesquinerie de la mise en scène n'arrêtent pas les adeptes. A tout prix on veut entrer en relation avec les morts. Les uns le tentent directement à titre privé ; d'autres, par l'intermédiaire de professionnels ou de médiums. » (R. P. Lucien ROURE, art. « Spiritisme » dans le Dictionnaire pratique des connaissances religieuses). Encore une fois, tous ces essais de communication avec l'autre monde, où il entre, dit le P. Roure, « une part frauduleuse énorme », demeurent formellement interdits par l'Église
(3) M. le chanoine Ball a enregistré dans ses documents (N° 46) le premier de ces deux faits d'après une lettre du comte de Maubou lui-même, en date du 8 septembre 1878. Le 16 mai 1922, M. de Fréminville (de Bourg), petit-neveu du comte, en visite au presbytère d'Ars, voulut bien laisser par écrit le récit des deux incidents qu'on vient de lire. Il en tenait tous les détails de son grand-oncle
XXI
L'officier chez les spirites
Deux personnes d'un clair bon sens et d'une parfaite bonne foi, recueillant leurs communs souvenirs, les ont, en 1915, envoyés sous forme de lettres au presbytère d'Ars. Les narratrices expriment le désir de ne pas être nommées. On verra, par ces détails extraordinaires dont l'authenticité ne saurait être mise en doute, que le Curé d'Ars suivait à distance les menées de l'esprit mauvais. Que de mystères il aura pénétrés de la sorte, et dont la révélation n'est pas venue jusqu'à nous !
*
* *
Une dame de Lyon et ses deux filles allaient passer, presque chaque année, une partie de leurs vacances au château de Marsanne (Drôme), chez M. de Montluisant, général de division en retraite. Environ deux ans avant la mort du général, au cours d'une causerie de salon, on vint à parler d'Ars, de son pèlerinage et de la vie extraordinaire de M. Vianney. C'est alors que tous les assistants entendirent le récit suivant fait par l'éminent officier.
« Je n'étais que capitaine. Ayant entendu parler des merveilles d'Ars, nous résolûmes, trois jeunes officiers et moi, de faire le voyage et de voir par nous-mêmes ce qui se passait dans ce petit village de la Dombes. En cours de route, mes amis convinrent que chacun de nous adresserait une question à M. Vianney, si toutefois nous pouvions parvenir jusqu'à lui. Pour moi, je gardais le silence. Mes amis insistant, je leur déclarai que je n'avais rien à demander, que je les laisserais continuer seuls le voyage si leur intention était de m'obliger à questionner le Curé d'Ars. Pour ne pas me faire de la peine, mes amis cédèrent et il ne fut plus question de rien.
Parvenus auprès du saint Curé, nous fûmes assez favorisés pour avoir avec lui quelques minutes d'entretien. C'est alors qu’un de mes amis, infidèle à la consigne, dit à M. Vianney en me désignant : « Monsieur le Curé, voici M. de Montluisant, un jeune capitaine d'avenir, qui désirerait vous demander quelque chose ». Pris à l'improviste, ne sachant vraiment pas de quoi parler, je fis cependant bonne contenance et hasardai la réflexion suivante : « Voyons, monsieur le Curé, ces histoires de diableries dont on cause à votre sujet, ce n'est pas réel..., c'est affaire d'imagination ?... »
M. Vianney me regarda dans les yeux, bien fixement, puis vint sa réponse, brève, tranchante : « Mais, mon ami, vous en savez bien quelque chose... Sans ce que vous avez fait, vous n'auriez jamais pu vous en débarrasser !... » Il aurait fallu voir les regards étonnés de mes amis braqués sur moi. Pour moi, je baissai la tête, sans pouvoir articuler une seule syllabe.
Après avoir quitté Ars, aussitôt sur le chemin du retour, mes amis se mirent à me presser de questions : « Que t'est-il donc arrivé ?... M. le Curé n'a pas parlé au hasard ?... Dis-nous la vérité ».
Alors j'entrai dans la voie des confidences. Étant étudiant à Paris, je me plaisais à visiter les ménages pauvres de la Capitale. Suivant que me le permettait la modicité de mes ressources, j'achetais des vêtements et autres objets que je distribuais à mes protégés. Il paraît que mes allées et venues dans des quartiers misérables furent remarquées, puisque certains personnages m'engagèrent dans une société qui avait pour but, disaient-ils, le bien-être de tous. En réalité, il s'agissait d'une association de spirites.
Un jour, en rentrant dans ma chambre, j'eus l'impression de ne pas être seul. Inquiet d'une sensation si étrange, je regarde, je cherche partout. Rien. Le lendemain, même chose... Et, de plus, il me semblait qu'une main invisible me serrait la gorge.
J'avais la foi. J'allai prendre de l'eau bénite à Saint-Germain-l'Auxerrois, ma paroisse. J'aspergeai ma chambre en ses coins et recoins. A partir de cet instant, toute impression d'une présence extranaturelle cessa. Et puis je ne remis plus les pieds chez les spirites.
Je ne doute pas que ce soit là l'incident, déjà lointain, auquel vient de faire allusion le Curé d'Ars.
Mes amis ne se permirent aucune réflexion, aucun commentaire. Nous n'en avons plus parlé. »
Ce récit avait lieu dans le petit salon du général. L'entendant, Mme de Montluisant, personne foncièrement chrétienne, ne put s'empêcher de s'écrier : « Mais, Charles, tu ne m'en as jamais rien dit ! » Le général sourit et se contenta de répondre : « Je n'y avais plus pensé. Si l'aventure m'est revenue à la mémoire, c'est parce que ces dames ont parlé d'Ars, me demandant si j'y étais jamais allé, si j'avais pu aborder le saint Curé ».
Le général de Montluisant était un solide chrétien ; il pratiquait ses devoirs sans respect humain. Ses dernières paroles, avant de mourir (11 mai 1894), furent celles-ci : « Je suis chrétien, c'est-à-dire prêt à partir pour aller à Dieu. Il m'a donné tout ce que je pouvais désirer ; je ne demande plus rien ».
Partie II : vue à distance XXI
« Dufour !... »
Il serait exagéré de dire que dans les foules d'Ars il n'y ait eu que des pèlerins ; chaque jour s'y mêlaient des curieux, presque tous bien intentionnés, sans doute ; mais qui détournera ces sortes de gens – aujourd'hui sous le nom de touristes ils profanent les lieux les plus vénérés – de promener leurs âmes sans prière ? Heureusement que plus d'un se laisse toucher par la ferveur des fidèles ou la beauté des cérémonies saintes ; sans quoi, il les faudrait nommer une engeance détestable.
C'est pour de semblables raisons que le Curé d'Ars les tolérait et, à l'occasion, leur rendait service. En voici une preuve.
Un spirite de Lyon, Antoine Saubin, touriste avant la lettre, fut si bien converti par M. Vianney en février 1859 que, le mois suivant, en la fête de saint Joseph, il entrait comme postulant à la Trappe de Notre-Dame-des-Neiges. – Nous raconterons une autre fois l'histoire du Frère Joachim. (1)
Or, sur ses conseils, plusieurs de ses amis lyonnais, « renonçant eux aussi, comme l'a écrit le chanoine Ball, à leurs superstitions spirites et effrayés d'avoir été si longtemps le jouet du démon, résolurent d'aller se confesser à M. Vianney » ; sauf un, toutefois, qui se rendit à Ars « par pure curiosité ». Cet homme, nommé Dufour, était cordonnier à Perrache.
Naturellement, il n'avait pas écrit au Curé d'Ars pour le prévenir de son passage, pas plus qu'il ne s'était fait annoncer par qui que ce fût. Il se joignit à la foule et attendit que parût, pour le bien dévisager, ce curé extraordinaire qui avait « retourné » si dextrement ses camarades en spiritisme.
Il vit sortir de l'église un petit vieillard aux épaules courbées, dont le regard vif et doux semblait ne se fixer que sur des visages amis : presque toutes les personnes présentes lui étaient pourtant étrangères. Dufour eut un tressaillement. Le Curé d'Ars venait de l'appeler par son nom.
« Dufour, disait-il, repartez tout de suite chez vous. Votre femme vous attend avec impatience : en ce moment, on vous fait saisir. »
Pauvre Dufour ! Il avait quitté Lyon sans prévoir la catastrophe.
« Oui, partez, mon ami, ajouta M. Vianney ; mais vous reviendrez l'année prochaine. »
Que de choses étonnantes en quelques paroles : ce prêtre discernant dans un groupe compact un homme qu'il n'a jamais vu, dont il n'a jamais entendu parler, puis le nommant, lui indiquant ce qui se passe à l'heure même dans sa maison située à 35 kilomètres d'Ars, tandis que Mme Dufour s'affole et supplie les gens de loi de surseoir jusqu'au retour de son mari...
« M. Dufour, relate le chanoine Ball, partit aussitôt pour Lyon et trouva les choses exactement comme le Curé d'Ars les lui avait annoncées. (2) »
Les notes qui demeurent ne disent pas si le cordonnier de Perrache vint l'année suivante prier en pèlerin sur la tombe de M. Vianney. Quoi qu'il en soit, il savait à présent que penser du petit « curé extraordinaire ».
(1) V. ce livre p. 142 (partie : ‘lecture dans les cœurs’ – XI)
(2) Documents, N° 17
Partie III : lecture dans les cœurs XI
Le spirite
Si le Frère cordonnier de la Trappe de Notre-Dame des Dombes eût rompu le silence prescrit par la règle – ce dont il n'avait nullement le désir – quels souvenirs extraordinaires il aurait pu conter ! Mais Frère Joachim se taisait en méditant peut-être sa propre histoire, qui était bien l'histoire des miséricordes de Dieu.
Frère Joachim s'était appelé dans le monde Antoine Saubin.
Orphelin de père dès le bas âge, Antoine avait quinze ans quand il perdit sa mère. Bien qu'élevé chrétiennement, le jeune homme, livré à lui-même, cessa bientôt toute pratique religieuse. A vingt ans, Saubin venait à Lyon pour y travailler dans l'échoppe d'un cordonnier.
Il n'était point méchant garçon. En son cœur, la foi couvait sous la cendre ; parfois, en passant devant quelque église, où il n'entrait pas, il sentait comme une nostalgie le prendre. Il croyait au surnaturel, mais comment y atteindre ?
A vingt-sept ans, Antoine Saubin entrait en relation avec plusieurs familles qui faisaient du spiritisme. Des hallucinations terribles le hantèrent... Entendant parler du Curé d'Ars, la pensée lui vint de le consulter sur ces mystérieux prestiges. Ses amis voulurent l'en empêcher. Il partit quand même.
En jouant des coudes, le peu patient Saubin put pénétrer assez loin dans la nef de la petite église pour apercevoir de dos M. Vianney qui, agenouillé à cette heure dans la chapelle de sainte Philomène, y récitait son bréviaire. Notre Lyonnais resta là un quart d'heure ; déjà l'attente lui paraissait longue. « Si ce prêtre, songea-t-il, avait l'esprit de Dieu comme on le prétend, il saurait bien que j'ai à lui parler et que je suis pressé. »
Aussitôt le Curé d'Ars se retourna et, regardant Antoine Saubin stupéfait :
« Patience, mon ami, dit le serviteur de Dieu, je suis à vous tout de suite. »
Décidément, ce curé n'était pas un devin pour rire. Antoine lui fit ses confidences. « Revenez demain », lui signifia M. Vianney. Le lendemain matin, après avoir assisté à la messe, Saubin pénétra dans la sacristie tandis que le saint quittait les ornements.
« Toutes vos visions, lui déclara le serviteur de Dieu, ne sont que des illusions du démon pour vous tromper. Ne fréquentez plus ces maisons. Faites une neuvaine à Notre-Dame de Fourvière, et je vous assure que tout cela cessera. »
Déjà, Antoine Saubin goûtait une paix inconnue. Et pourtant, que de fautes chargeaient encore sa conscience !
« Mon Père, demanda-t-il, ne devrais-je pas me confesser ?... Mais je ne suis pas prêt.
— A Fourvière, répliqua le saint, vous trouverez un bon Père qui vous entendra et vous dira ce que vous aurez à faire. »
Cela se passait au début de février 1859. Le 19 mars suivant, l'ancien spirite entrait à la Trappe. Manifestement, la Providence de Dieu avait tout conduit. Monté à Fourvière, Antoine Saubin y avait rencontré un jésuite auquel il s'était confessé. Il lui avait conté ensuite quel changement radical s'était opéré dans ses dispositions d'âme sur la route même d'Ars, alors qu'il sortait d'une entrevue avec le saint Curé. Non, il n'en voulait plus, du spiritisme ; non, il ne resterait pas dans un milieu plein de tant de périls. Il voulait fuir le monde, expier ses fautes, s'enfermer en quelque solitude...
Et c'est ainsi qu'en la fête de saint Joseph, Antoine gravissait les pentes qui mènent sur les hauts plateaux du Vivarais. Il se présentait au monastère de Notre-Dame-des-Neiges, là même où, trente ans plus tard, devait venir, non moins humble et non moins pénitent, celui qui fut dans le monde le joyeux lieutenant Charles de Foucauld. Antoine Saubin, alors âgé de vingt-neuf ans, devenait le Frère Joachim.
Plus tard, guéri d'une maladie mortelle par l'apposition d'une relique de saint Jean-Marie Vianney, Frère Joachim vint à Ars avec dom Polycarpe, depuis abbé de Notre-Dame-des-Neiges, remercier son grand bienfaiteur. Là, il raconta son histoire. (1)
Il devait mourir saintement non loin d'Ars, au monastère de Notre-Dame-des-Dombes où l'on avait eu besoin d'un frère cordonnier.
(1) C'est précisément l'un de ses auditeurs d'alors, M. l'abbé Rougemont, vicaire d'Ars, qui a fait consigner ces détails au Procès apostolique continuatif (folios 787-788). Le Frère Joachim a confirmé son récit par deux lettres datées, l'une du 14, l'autre du 20 février 1878. Il se déclare, dans la dernière, prêt à témoigner sous la foi du serment, s’il en est besoin.
[/quote][/spoiler]
[quote="Catéchisme de l'Église Catholique"]Divination et magie
2115 Dieu peut révéler l’avenir à ses prophètes ou à d’autres saints. Cependant l’attitude chrétienne juste consiste à s’en remettre avec confiance entre les mains de la Providence pour ce qui concerne le futur et à abandonner toute curiosité malsaine à ce propos. L’imprévoyance peut constituer un manque de responsabilité.
2116 Toutes les formes de divination sont à rejeter : recours à Satan ou aux démons, évocation des morts ou autres pratiques supposées à tort " dévoiler " l’avenir (cf. Dt 18, 10 ; Jr 29, 8). La consultation des horoscopes, l’astrologie, la chiromancie, l’interprétation des présages et des sorts, les phénomènes de voyance, le recours aux médiums recèlent une volonté de puissance sur le temps, sur l’histoire et finalement sur les hommes en même temps qu’un désir de se concilier les puissances cachées. Elles sont en contradiction avec l’honneur et le respect, mêlé de crainte aimante, que nous devons à Dieu seul.
2117 Toutes les pratiques de magie ou de sorcellerie par lesquelles on prétend domestiquer les puissances occultes pour les mettre à son service et obtenir un pouvoir surnaturel sur le prochain, – fût-ce pour lui procurer la santé -, sont gravement contraires à la vertu de religion. Ces pratiques sont plus condamnables encore quant elles s’accompagnent d’une intention de nuire à autrui ou qu’elles recourent ou non à l’intervention des démons. Le port des amulettes est lui aussi répréhensible. Le [color=#FF0000]spiritisme[/color] implique souvent des pratiques divinatoires ou magiques. Aussi l’Église avertit-elle les fidèles de s’en garder. Le recours aux médecines dites traditionnelles ne légitime ni l’invocation des puissances mauvaises, ni l’exploitation de la crédulité d’autrui.[/quote]
[quote="Catéchisme de saint Pie X"]
Est-il permis d’interroger les tables qu’on appelle parlantes ou écrivantes, ou de consulter de quelque façon que ce soit les âmes des trépassés par le spiritisme ?
Toutes les pratiques du spiritisme sont défendues, parce qu’elles sont superstitieuses et que souvent elles ne sont pas exemptes d’intervention diabolique : aussi ont-elles été justement interdites par l’Église.[/quote]
Je fais donc miennes les paroles de Ti'hamo :
[quote]
. Si j'ai en ma possession un livre ; si j'estime que le contenu de ce livre nocif et m'ayant fait du mal,... alors
- soit je le donne ou le vends, ce qui revient à exposer autrui, sans contrôle possible, à un mal que j'ai reconnu objectif ;
- soit je le détruis ;
- soit je le donne à une personne de confiance dont je sais à la fois qu'elle est assez solide pour ne pas subir l'influence nocive de cet écrit, et à la fois qu'elle en fera bon usage.[/quote]
Il n'y a vraiment pas de quoi fouetter un chat si on détruit un livre de sorcellerie...