par philémon.siclone » lun. 07 juin 2010, 19:23
Fée Violine a écrit :philémon.siclone a écrit :
Le jour lui-même, je ne crois pas. La "veille" (ou "vigile") de ce jour, plutôt.
Pour les romains, la dernière (et 12e) heure du jour était suivie de la 1re heure de la nuit (sur les 12 heures que compte la nuit), ou encore 1re veille (sur les 4 veilles que compte la nuit, chacune comportant 3 heures). Je me demande d'ailleurs si les différents "nocturnes" qui sectionnent l'office de Matine ne refllètent pas ce système de "veilles" successives.
Mais si, justement. Regardez le début de la Genèse : "Il y eut un soir, il y eut un matin : premier jour".
Chez les Juifs, le jour a toujours commencé le soir, et je ne vois pas en quoi ce serait absurde.
Par contre pour les Romains ce n'était pas le cas, que je sache.
En effet, au début de la Création, on voit la Ténèbre recouvrir la Terre, ce qui correspond au soir, après quoi Dieu crée la Lumière, ce qui correspond au matin. Mais St Augustin est d'avis qu'il ne faut pas y voir une succession chronologique de "jours" comme on l'entend aujourd'hui. Car les astres ne sont créés qu'au 4e jour. Comment donc la Lumière et la Ténèbre peuvent-ils alterner, durant les 3 premiers jours, puisque la Terre ne reçoit pas encore de lumière venant des corps lumineux, et que la Création ne connaît pas encore la rotation et la révolution des astres ? Pour St Augustin, la Création toute entière est simultanée. Mais si le narrateur fait un récit imagé de la Création où se succèdent chronologiquement les évènements, il faut l'entendre d'une autre façon, pour la simple et bonne raison que Dieu ne sort pas de son repos. Le repos de Dieu est éternel, et il n'y a pas de labeur qui puisse contraindre Dieu à apaiser une éventuelle fatigue.
De plus, on remarquera que selon la logique de ce récit, l'oeuvre de Dieu s'accomplit la nuit, pour s'achever au matin. Mais que fait l'homme durant la nuit ? Il dort. L'oeuvre de l'homme s'accomplit plutôt durant le jour. Le jour de Dieu n'est donc pas le jour de l'homme.
Mais peu importe. Admettons que le "jour" commence pour les anciens Hébreux au soir. Pour nous, il commence à minuit, peut-être sous l'influence moderne de l'horloge, et du souci de tout mesurer très exactement. En quoi est-ce si différent ? Dans les deux cas, il fait nuit. En effet, la définition du soir est que le soleil se couche, et cesse de briller dans le ciel. Et pour quelle raison les anciens chrétiens célébraient l'eucharistie la nuit ? Parce qu'ils avaient jeûné durant le jour, le jour étant associé aux ténèbres du monde. Après Vêpres, ils veillaient, priaient, recevaient l'eucharistie, et enfin rompaient le jeûne. Voilà le sens de la messe célébrée le soir. Le modèle de cette liturgie nous en est fournie par la Vigile pascale, suivie de la messe de la Nuit pascale.
Cependant, il n'était pas facile de se conformer à ce modèle de façon constante, d'où l'habitude prise très tôt dans l'histoire de l'Eglise de célébrer la messe dominicale durant le jour, et non la nuit. Et même les personnes consacrées s'y sont conformées, sans que cela ne diminue leur sainteté.
Alors il est quand même étrange, au moment où la vie moderne laisse de moins en moins de place à Dieu, de vouloir tout à coup revenir aux moeurs des premiers chrétiens, tout en s'y prenant d'une telle façon que finalement on ne fait qu'aller encore plus dans le sens de cette vie moderne qui relègue Dieu à la périphérie de sa vie plutôt que de le placer au centre. Parce que c'est aussi cela, la messe du dimanche : placer Dieu au centre. Les premiers chrétiens célébraient Dieu la nuit, mais ils n'avaient pas la même vie !
Voilà pourquoi je trouve très logique que la permission par le Droit canonique de 1983 de célébrer la messe dominicale au samedi soir est destinée aux catholiques qui sont empêchés de venir le dimanche, et que ceci étant, la normalité est quand même d'assister à la messe du dimanche, me semble-t-il. Et il se trouve que j'ai entendu des prêtres, pourtant pas spécialement traditionnalistes, dire la même chose.
[quote="Fée Violine"][quote="philémon.siclone"]
[b]Le jour lui-même, je ne crois pas[/b]. La "veille" (ou "vigile") de ce jour, plutôt.
Pour les romains, la dernière (et 12e) heure du jour était suivie de la 1re heure de la nuit (sur les 12 heures que compte la nuit), ou encore 1re veille (sur les 4 veilles que compte la nuit, chacune comportant 3 heures). Je me demande d'ailleurs si les différents "nocturnes" qui sectionnent l'office de Matine ne refllètent pas ce système de "veilles" successives.[/quote]
Mais si, justement. Regardez le début de la Genèse : "Il y eut un soir, il y eut un matin : premier jour".
Chez les Juifs, le jour a toujours commencé le soir, et je ne vois pas en quoi ce serait absurde.
Par contre pour les Romains ce n'était pas le cas, que je sache.[/quote]
En effet, au début de la Création, on voit la Ténèbre recouvrir la Terre, ce qui correspond au soir, après quoi Dieu crée la Lumière, ce qui correspond au matin. Mais St Augustin est d'avis qu'il ne faut pas y voir une succession chronologique de "jours" comme on l'entend aujourd'hui. Car les astres ne sont créés qu'au 4e jour. Comment donc la Lumière et la Ténèbre peuvent-ils alterner, durant les 3 premiers jours, puisque la Terre ne reçoit pas encore de lumière venant des corps lumineux, et que la Création ne connaît pas encore la rotation et la révolution des astres ? Pour St Augustin, la Création toute entière est simultanée. Mais si le narrateur fait un récit imagé de la Création où se succèdent chronologiquement les évènements, il faut l'entendre d'une autre façon, pour la simple et bonne raison que Dieu ne sort pas de son repos. Le repos de Dieu est éternel, et il n'y a pas de labeur qui puisse contraindre Dieu à apaiser une éventuelle fatigue.
De plus, on remarquera que selon la logique de ce récit, l'oeuvre de Dieu s'accomplit la nuit, pour s'achever au matin. Mais que fait l'homme durant la nuit ? Il dort. L'oeuvre de l'homme s'accomplit plutôt durant le jour. Le jour de Dieu n'est donc pas le jour de l'homme.
Mais peu importe. Admettons que le "jour" commence pour les anciens Hébreux au soir. Pour nous, il commence à minuit, peut-être sous l'influence moderne de l'horloge, et du souci de tout mesurer très exactement. En quoi est-ce si différent ? Dans les deux cas, il fait nuit. En effet, la définition du soir est que le soleil se couche, et cesse de briller dans le ciel. Et pour quelle raison les anciens chrétiens célébraient l'eucharistie la nuit ? Parce qu'ils avaient jeûné durant le jour, le jour étant associé aux ténèbres du monde. Après Vêpres, ils veillaient, priaient, recevaient l'eucharistie, et enfin rompaient le jeûne. Voilà le sens de la messe célébrée le soir. Le modèle de cette liturgie nous en est fournie par la Vigile pascale, suivie de la messe de la Nuit pascale.
Cependant, il n'était pas facile de se conformer à ce modèle de façon constante, d'où l'habitude prise très tôt dans l'histoire de l'Eglise de célébrer la messe dominicale durant le jour, et non la nuit. Et même les personnes consacrées s'y sont conformées, sans que cela ne diminue leur sainteté.
Alors il est quand même étrange, au moment où la vie moderne laisse de moins en moins de place à Dieu, de vouloir tout à coup revenir aux moeurs des premiers chrétiens, tout en s'y prenant d'une telle façon que finalement on ne fait qu'aller encore plus dans le sens de cette vie moderne qui relègue Dieu à la périphérie de sa vie plutôt que de le placer au centre. Parce que c'est aussi cela, la messe du dimanche : placer Dieu au centre. Les premiers chrétiens célébraient Dieu la nuit, mais ils n'avaient pas la même vie !
Voilà pourquoi je trouve très logique que la permission par le Droit canonique de 1983 de célébrer la messe dominicale au samedi soir est destinée aux catholiques qui sont empêchés de venir le dimanche, et que ceci étant, la normalité est quand même d'assister à la messe du dimanche, me semble-t-il. Et il se trouve que j'ai entendu des prêtres, pourtant pas spécialement traditionnalistes, dire la même chose.