Dieu "essence" et Dieu "personnel"

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Re: Dieu "essence" et Dieu "personnel"

par lmx » lun. 31 mai 2010, 22:12

Si on la flemme, ou tout simplement pas le temps de lire les pavés St Thomas , il y a E. Gilson son plus grand interprète (à mon humble avis) qui a tout résumé en 200 pages seulement dans son Intro à la Philosophie Chrétienne, avec notamment un chapitre sur la création. Cependant ce n'est pas une simple introduction , mais on rentre tout de suite dans le vif du sujet avec ce que St Thomas a de génial.

Re: Dieu "essence" et Dieu "personnel"

par jeanbaptiste » lun. 31 mai 2010, 18:48

Cher gentil athée, je vous ai bien lu, malheureusement je manque un peu de temps, j'essaierai d'y répondre dès que possible ;)

Re: Dieu "essence" et Dieu "personnel"

par Un gentil athée » lun. 31 mai 2010, 17:56

JB,

Je serais vraiment ravi d'avoir votre point de vue concernant mon dernier message conséquent : http://www.cite-catholique.org/viewtopi ... 75#p130175.

Cela dit, prenez le temps qu'il vous faudra, je craignais juste que vous m'ayez oublié ;)

Bonne soirée,

Mikaël

Re: Dieu "essence" et Dieu "personnel"

par Un gentil athée » sam. 29 mai 2010, 16:01

Je ne vais pas aller jusqu'à dire que c'est mon livre de chevet, mais je parcours régulièrement des passages de ce livre, et j'aime beaucoup le style bien carré et méthodique du "docteur angélique" ;) Cependant, vu l'ampleur de l'œuvre, il est clair qu'il est assez difficile d'en faire le tour... :s

Re: Dieu "essence" et Dieu "personnel"

par LIGO » sam. 29 mai 2010, 15:56

Oui, il faudrait lire cela, mais en otant tout ce qui est devenu obsolète ou qui est totalement erroné (ceci étant dit avec le plus grand respect envers Saint Thomas d'Aquin)

Re: Dieu "essence" et Dieu "personnel"

par ti'hamo » sam. 29 mai 2010, 13:50

@ gentil athée
En fait, vous devriez (si ce n'est déjà fait) lire la Somme Théologique. Visiblement, ça répondrait à pas mal de vos questions.

Re: Dieu "essence" et Dieu "personnel"

par Un gentil athée » sam. 29 mai 2010, 12:38

jeanbaptiste a écrit :Dans le catholicisme nous pensons que l'Être donne l'être à tous les étants, et que ces étants sont tenus dans l'être par l'Être. C'est-à-dire que si cet Être venait à disparaître, nous ne tiendrions plus dans notre être, et disparaîtrions avec Lui.
C'est également mon idée, à ceci près que je crois impossible que l'Essence vienne à disparaître, mais j'ai compris que vous disiez cela à titre explicatif, et non pour évoquer une réelle possibilité.
Oui, mais Jésus est pour le chrétien, Dieu. C'est une des trois Personnes. Pour le chrétien Dieu est s'est donc parfaitement incarné dans le monde, et ceci de toute éternité. Et c'est pour cette raison que nous pouvons dire comme vous qu'il habite l'ensemble du monde.
OK, je vois ce que vous voulez dire. D'après moi, Jésus n'a pas incarné l'Absolu dans son intégralité, car l'Absolu est davantage qu'une personne. Si l'Absolu s'incarnait vraiment pleinement dans le monde, je pense que ce dernier ne se distinguerait tout simplement plus de l'Absolu.
Pour Thomas d'Aquin la personne c'est l'individu qui subsiste dans une nature spirituelle.

«La personne signifie ce qu'il y a de plus parfait dans toute la nature: savoir, ce qui subsiste dans une nature raisonnable. Or tout ce qui dit perfection doit être attribué à Dieu, car son essence contient en soi toute perfection. Il convient donc d'attribuer à Dieu ce nom de «Personne ». Non pas, il est vrai, de la même manière qu'on l'attribue aux créatures; ce sera sous un mode plus excellent, comme il en est de l'attribution à Dieu des autres noms donnés par nous aux créatures; on a expliqué cela plus haut, au traité des noms divins.» (Somme Théologique, I Qu.29 a.3)
Si par "mode plus excellent", il entend autre chose que simplement du quantitatif, qu'il entend que Dieu est vraiment l'Essence de toute personne "créée", et donc transcende chacune d'elle et même l'ensemble de toutes, alors il y a sans doute de quoi y voir une autre formulation de ce que je pense. Car si l'essence de Dieu contient en soi toute perfection, alors elle contient la personne, et partant toutes les personnes, si - ainsi qu'il le dit et que je le pense - ce qu'il y a de plus parfait dans toute la nature est la personne. Et donc Dieu est "Personne" en ce sens justement qu'il est l'essence englobante de toutes les personnes particulières.
Cependant, en aristotélicien, il n'y a pour Thomas de monde réel des essences, mais un monde des êtres existants dont chacun a son essence. En revanche le monde des essences existe dans l'intellect en tant qu'on le pense dans des concepts.
Pour moi, la seule essence existant vraiment absolument est la Personne en-soi. Toutes les autres essences n'existent que par elle. Il n'y a donc pas, selon moi, un panthéon d'essences séparées les unes des autres, mais une seule Essence véritablement absolue qui englobe toutes les autres.
Chez Thomas il y a bien une "dérivation" de tous les étants (ce qui est) de l'Être Suprême en tant que ces étants participent de cet Être premier : la forme de l'Être se réalise totalement, et cette même forme se réalise partiellement dans ceux qui y participent.
J'adhère :)
Ce qui me fait dire que votre pensée est extrêmement proche du catholicisme, à ceci près que le catholicisme a pris une orientation "réaliste" avec Thomas, bien que l'influence de Platon, et de son "idéalisme", fut forte (cf. Augustin par exemple).
Réalisme et idéalisme ne sont pas nécessairement opposés, du reste, surtout chez Platon. Et si à cela on ajoute la notion d'essence individuelle que j'avais évoqué, je crois qu'on peut encore davantage concilier le tout. De plus, il faut voir que pour moi, l'existence n'est pas vraiment séparée de l'essence. Puisque je ne crois pas vraiment en une Création par laquelle certains possibles mais pas tous seraient appelés à l'existence, et que je ne crois pas non plus que ça soit le hasard qui fasse que ce qui existe existe, j'adopte une sorte de réalisme modal : tous les possibles sont réalisés mais tous ne nous sont pas accessibles. L'existence est donc une propriété relative et contextuelle. Notre monde n'est donc pas le seul monde existant, il est un monde possible parmi d'autres tout aussi existants de leur point de vue.
Au fond, j'ose le dire, votre conception de Dieu est tout à fait compatible avec le christianisme.

C'est la dimension "idéaliste", le monde des essences pensé comme monde réel plutôt que comme monde "conceptuel" (les essences étant vraiment existantes, mais en tant qu'elles sont "réalisées" dans un existant), qui diffère de la tradition réaliste issue de Thomas d'Aquin.
Bon, alors au fond, je suis quoi ? Théiste ? Panthéiste ? Déiste ? Athée ? Panenthéiste ? Je-sais-pas-iste ? :oops:
P.S. : je vous prie de bien vouloir me pardonner pour mon précédent coup de sang. Je suis honteux, cela m'arrive bien trop souvent (ça m'a même jouer un vilain tour dans le cadre de mon travail :oops: )
Bah je ne l'avais pas relevé, je commence à vous connaître...
Un petit Ave, un petit Pater, et je vous pardonnerai votre péché ;)

Bien à vous,

Mikaël

Re: Dieu "essence" et Dieu "personnel"

par jeanbaptiste » sam. 29 mai 2010, 10:49

Et de cette Essence que j'estime suprême, dérivent selon moi toutes les autres essences, qui n'ont qu'une "existence" (je sais pas si le terme est bien choisi pour parler des essences : "être" serait peut-être préférable) relative à cette Essence suprême.
Dans le catholicisme nous pensons que l'Être donne l'être à tous les étants, et que ces étants sont tenus dans l'être par l'Être. C'est-à-dire que si cet Être venait à disparaître, nous ne tiendrions plus dans notre être, et disparaîtrions avec Lui.
D'après moi, l'Absolu ne s'installe pas dans le monde seulement à travers Jésus. Il "habite" l'ensemble du monde (puisqu'il est l'Infini, il englobe nécessairement le fini ; je trouve que ça serait un comble que l'Infini trouve un obstacle dans le fini...).
Oui, mais Jésus est pour le chrétien, Dieu. C'est une des trois Personnes. Pour le chrétien Dieu est s'est donc parfaitement incarné dans le monde, et ceci de toute éternité. Et c'est pour cette raison que nous pouvons dire comme vous qu'il habite l'ensemble du monde.

Tout les dimanches (au moins) il est au milieu de nous : voici le corps du Christ qui enlève le péché du monde. Il est toujours là.

Et effectivement, la finitude n'est pas un obstacle pour l'Infini (cf. les pensée de Pascal sur l'infini : l'infini enferme et fuit infiniment le fini).
Sur le terme de Supra-Personne, je vais essayer de l'expliquer autrement : l'Absolu, pour moi, n'est pas une personne en particulier, il est l'Idée platonicienne de Personne, c'est-à-dire qu'il est l'Essence commune de toutes les personnes particulières possibles, passées, actuelles et futures. Et de cette Essence que j'estime suprême, dérivent selon moi toutes les autres essences, qui n'ont qu'une "existence" (je sais pas si le terme est bien choisi pour parler des essences : "être" serait peut-être préférable) relative à cette Essence suprême.
Pour Thomas d'Aquin la personne c'est l'individu qui subsiste dans une nature spirituelle.

«La personne signifie ce qu'il y a de plus parfait dans toute la nature: savoir, ce qui subsiste dans une nature raisonnable. Or tout ce qui dit perfection doit être attribué à Dieu, car son essence contient en soi toute perfection. Il convient donc d'attribuer à Dieu ce nom de «Personne ». Non pas, il est vrai, de la même manière qu'on l'attribue aux créatures; ce sera sous un mode plus excellent, comme il en est de l'attribution à Dieu des autres noms donnés par nous aux créatures; on a expliqué cela plus haut, au traité des noms divins.» (Somme Théologique, I Qu.29 a.3)


Cependant, en aristotélicien, il n'y a pour Thomas de monde réel des essences, mais un monde des êtres existants dont chacun a son essence. En revanche le monde des essences existe dans l'intellect en tant qu'on le pense dans des concepts.

Chez Thomas il y a bien une "dérivation" de tous les étants (ce qui est) de l'Être Suprême en tant que ces étants participent de cet Être premier : la forme de l'Être se réalise totalement, et cette même forme se réalise partiellement dans ceux qui y participent.

Ce qui me fait dire que votre pensée est extrêmement proche du catholicisme, à ceci près que le catholicisme a pris une orientation "réaliste" avec Thomas, bien que l'influence de Platon, et de son "idéalisme", fut forte (cf. Augustin par exemple).

Au fond, j'ose le dire, votre conception de Dieu est tout à fait compatible avec le christianisme.

C'est la dimension "idéaliste", le monde des essences pensé comme monde réel plutôt que comme monde "conceptuel" (les essences étant vraiment existantes, mais en tant qu'elles sont "réalisées" dans un existant), qui diffère de la tradition réaliste issue de Thomas d'Aquin.

P.S. : je vous prie de bien vouloir me pardonner pour mon précédent coup de sang. Je suis honteux, cela m'arrive bien trop souvent (ça m'a même jouer un vilain tour dans le cadre de mon travail :oops: )

Re: Dieu "essence" et Dieu "personnel"

par Un gentil athée » sam. 29 mai 2010, 10:30

Bonjour LIGO,

Disons qu'en l'état actuel des connaissances (nous n'avons pas exploré tout l'univers) et pour le moment (ça sera peut-être différent dans quelques millions d'années), l'Homme est le type d'être qui exprime/manifeste le plus complètement l'Absolu (puisque ce dernier est l'Idée même de personne, et que l'Homme est le seul type de personne que nous connaissions pour l'heure).

Re: Dieu "essence" et Dieu "personnel"

par LIGO » sam. 29 mai 2010, 10:23

Bonjour Gentil Athee
pouvez vous répondre à ma question :
quelle est la place de l'Homme dans votre système ?

Est-il le "roi" de la création comme dans le catholicisme ?

Re: Dieu "essence" et Dieu "personnel"

par Un gentil athée » sam. 29 mai 2010, 10:04

@ti'hamo : oui, vos remarques sont pertinentes. Ma métaphore organique est plus limitée que ce que je pensais. Pour le moment, dans l'ensemble de métaphores que j'ai produit, je crois que la meilleure est encore celle des systèmes formels.

@JB : bon, alors il semblerait donc que ce que je professe soit un panthéisme théistique au final (un panenthéisme ?) ? Peut-être que le problème c'est qu'au lieu de dire qu'il n'y a qu'une seule Substance, j'aurais du dire qu'il n'y a qu'une seule Essence (dans mon esprit, je ne différenciais pas vraiment les deux, mais peut-être que vous, oui).

Je suis parfaitement d'accord que le monde ne peut manifester l'Absolu intégralement. D'après moi, l'Absolu ne s'installe pas dans le monde seulement à travers Jésus. Il "habite" l'ensemble du monde (puisqu'il est l'Infini, il englobe nécessairement le fini ; je trouve que ça serait un comble que l'Infini trouve un obstacle dans le fini...).

Sur le terme de Supra-Personne, je vais essayer de l'expliquer autrement : l'Absolu, pour moi, n'est pas une personne en particulier, il est l'Idée platonicienne de Personne, c'est-à-dire qu'il est l'Essence commune de toutes les personnes particulières possibles, passées, actuelles et futures. Et de cette Essence que j'estime suprême, dérivent selon moi toutes les autres essences, qui n'ont qu'une "existence" (je sais pas si le terme est bien choisi pour parler des essences : "être" serait peut-être préférable) relative à cette Essence suprême.

Re: Dieu "essence" et Dieu "personnel"

par jeanbaptiste » ven. 28 mai 2010, 23:21

Je pense que cette vision correspond assez bien à la mienne. Mais vous avez tort, il me semble, en disant qu'il n'y a alors pas de transcendance : Dieu étant davantage que la somme de ses émanations/manifestations, il y a une transcendance de Dieu par rapport à ses émanations/manifestations.
Bon, pourquoi pas.

Mais dans ce cas je répète ce que je disais plus haut, vous êtes très proche de la vision chrétienne de Dieu :
Somme Théologique, I Qu.45 a.7 a écrit : Mais en toutes les créatures on trouve une représentation de la Trinité par mode de vestige en ce sens qu'on trouve en elles quelque chose qu'il faut nécessairement rapporter aux Personnes divines comme à leur cause. En effet, toute créature subsiste dans son être, possède une forme qui détermine son espèce et a un ordre à l'égard d'autres êtres. Donc, en tant que substance créée, elle représente sa cause et son principe, et ainsi elle manifeste la personne du Père qui est un principe n'ayant pas de principe. En tant qu'elle a une certaine forme et espèce, elle représente le Verbe, car la forme de l'oeuvre d'art vient de la conception de l'artiste. En tant qu'ordonné à d'autres, elle représente l'Esprit Saint selon qu'il est Amour, car l'ordre d'un effet à l'égard d'autre chose provient de la volonté du Créateur.
Il faut bien se rappeler que pour les chrétiens la Création manifeste Dieu. C'est la raison pour laquelle la raison naturelle est considérée comme capable de découvrir ce Dieu "en partie".

Mais il est également nécessaire de se rappeler qu'il s'agit d'un Dieu transcendant, que si sa Création le manifeste, elle ne peut le manifester intrégralement, car Il est plus que toute sa Création etc.

Dieu, en s'incarnant en Jésus, ne se sépare pas de sa Création : il s'y installe et ceci depuis "toujours" (puisque la personne du Christ est éternelle).

Qu'est-ce que cela signifie ?

Que si le Dieu chrétien n'était Un Dieu en Trois personnes, dont l'une est de chair et de sang, si ce Dieu n'était que le Fils, nous aurions presque affaire à un panthéisme.

Si le panthéisme est pour le chrétien une hérésie, il contient une part de vérité. Alors que pour le musulman ou un n'importe quel théiste, le panthéisme ne contient aucune part de Vérité.

La religion catholique est une religion totale, chaque hérésie, TOUTES les hérésies, ne sont que des radicalisations d'une parcelle du christianisme laissant de côté d'autres "parcelles".

Pourquoi dis-je cela ?

Parce que des deux pôles du panthéisme vous professez celui qui est le plus "théiste".

Et en pensant un Dieu "Suprapersonnel", vous pensez un Dieu personnel. Car ce que le peut appeler une "supra-personne", c'est une personne "totale", entièrement réalisée, et non une personne incomplète telle la personne humaine.

Si par suprapersonnel vous entendez quelque chose qui n'est en rien "personnel", alors n'utilisez pas ce terme.

Si vous l'utilisez, alors vous pensez un Dieu personnel. Si vous pensez un Dieu personnel, dans le cadre de votre conception du panthéisme vous glissez franchement vers un théisme de type chrétien.

Pourquoi ?

Parce que si vous reconnaissez en Dieu une Supra-personne, c'est donc que vous reconnaissez l'idée de personne dans les êtres humains. Nous avons donc un Dieu personnel, et d'autres personnes que sont les humains.

Quand bien même vous penseriez que l'homme est une instance de la classe "Supra-Personne", à partir du moment ou vous posez un Dieu trasncendant, cette instance est radicalement autre que la classe dont elle dérive.

Et cette altérité conduit à tout autre chose qu'un panthéisme : l'existence d'une Supra-Personne qui a donné à être à d"autres personnes.

Ça s'appelle le christianisme.

Re: Dieu "essence" et Dieu "personnel"

par ti'hamo » ven. 28 mai 2010, 20:37

@ gentil athée panthéiste

> D'un autre côté, vous n'êtes pas "instancié" dans votre rein, et vous n'êtes pas "LE" méta-organe qui les résume et les reprend tous. Vos organes, ce sont des parties de vous, qui concourrent au fonctionnement de votre corps (et, on précise au passage : si, votre corps, c'est vous). Vous êtes, pour une partie de vous en tout cas, composé d'organes. Mais ces organes en tant qu'ensemble d'organes sont bien vous.

Si donc nous sommes des parties de Dieu au même sens que votre rein est une partie de vous ou que la feuille est une partie de l'arbre, alors cela signifierait que nous serions des parties qui concourrent au "fonctionnement" de Dieu.
Sauf qu'on ne sache pas que Dieu "fonctionne" - il est. On ne voit toujours pas non plus, d'ailleurs, comment le découper en parties. Un acte pur, parfaitement et infiniment réalisé, ne "fonctionne" pas ; il n'est pas "composé" de parties qui concourrent à son fonctionnement.

Autrement dit : ce n'est pas que Dieu soit "plus que" la somme de ses émanations, c'est que Dieu ne peut pas être la somme de ses émanations. Ni même plus, de la même façon que vous êtes plus que la somme de vos organes, tout en étant effectivement, pour une part de vous, composé d'organes.
Il est, d'abord ; il est être par soi, existant par lui-même, et donne l'existence à ce qui existe : il ne peut donc même pas être composé de plus que la somme de ses émanations, vu que c'est lui qui leur donne l'existence ; donc il est, forcément, même sans elles. (sinon c'est le "plus que" en partie composé de la somme des émanations qui donne l'existence aux émanations : c'est un peu aberrant).
Ces émanations de peuvent ni retrancher ni ajouter quoi que ce soi à ce qu'il est.


> D'autre part, encore une fois : on a dit que Dieu est, il est l'être-par-soi ; il n'"a" pas l'existence : il est son propre acte d'existence. Or, sur le plan de l'existence, votre rein existe autant que vous. Votre rein existe au même degré que vous.
On devrait donc penser assez logiquement que des "parties" de Dieu, étant divines, existeront au même degré.
Or, exister au degré divin, cela signifie bien non pas "avoir l'existence" mais être son propre acte d'existence.

À moins que les "parties" de Dieu ne soient pas leur propre acte d'existence, mais "aient" en elles l'existence, comme vous et moi, comme votre rein. Auquel cas, elles ne sont pas "divines".
Mais dans ce cas, on ne voit pas comment Dieu pourrait être même en partie un composé d'éléments non-divins : comment ce qui a l'existence peut-il se composer dans l'être qui EST sa propre existence, et être réellement une partie de cet être ?
C'est un peu comme si vous étiez composé de choses réelles et de choses imaginaires, comme si par exemple votre rein était une partie de vous, qui soit réellement une partie de votre être, qui participe réellement de votre être, qui concourre réellement au fonctionnement de votre corps, mais tout en étant quelque chose que vous imaginez, et qui cesserait d'exister si vous cessiez de l'imaginer.

Re: Dieu "essence" et Dieu "personnel"

par LIGO » ven. 28 mai 2010, 19:41

Bonjour Mickael
dans votre système (que ce soit du panthéisme ou non) quelle est la place de l'être humain, de l'Homme ?
Vous savez que pour nous, il est le "roi" de la création : tout a été fait pour lui, et même les animaux lui sont soumis.
(même s'il a fallu des procédés divins radicaux pour y parvenir, comme la comète qui a fait disparaître les dinosaures après des centaines de millions d'années d'existence : ils n'auraient pas permis à l'homme d'exister)

Et pour vous : l'homme est-il aussi le "centre" et le "but" de l'existence de l'Univers ?

Re: Dieu "essence" et Dieu "personnel"

par Un gentil athée » ven. 28 mai 2010, 18:42

jeanbaptiste a écrit :Vous dîtes :
Dieu est d'un autre ordre de réalité que telle ou telle chose sensible (...) cet autre ordre de réalité n'est pas séparé de l'ordre de réalité matériel
Ce qui en toute logique signifie que les choses sensibles n'appartiennent pas à l'ordre de réalité de Dieu, or Dieu est de l'ordre de la réalité matérielle (selon vos propos), donc les choses sensibles n'appartiennent pas à l'ordre de la réalité matérielle.
J'ai dit que Dieu n'était pas séparé de l'ordre de réalité matériel, ce qui ne veut pas dire que Dieu est de l'ordre de la réalité matériel. Si le village A et le village B sont reliés par une route, alors le village A n'est pas séparé du village B, mais le village A n'est pas le village B.
Si vous pensez que Dieu est d'un autre ordre de que l'ordre matériel, s'il est radicalement transcendant, et bien il ne s'agit pas là de panthéisme.
Dieu est transcendant dans le sens qu'il est plus que le monde, qu'il le dépasse infiniment. Mais il n'est pas transcendant dans le sens que le monde existerait à côté de Dieu, séparé de lui. Encore une fois, je vous invite à relire ce que j'ai écrit sur les axiomes et les théorèmes. Les axiomes contiennent tous les théorèmes, mais ils les dépassent tous car ils ne sont pas eux-mêmes des théorèmes. Comment vous faire comprendre que Dieu est plus que le monde, sans pour autant que le monde soit hors de Dieu ?
Soyons clair :

Le panthéisme c'est :

a. l'idée que Dieu seul est réel et le monde n'est qu'un ensemble d'émanations ou de manifestations de ce Dieu. Ce monde n'a de réalité et de substance qu'en ce Dieu ( pas de transcendance ).
Je pense que cette vision correspond assez bien à la mienne. Mais vous avez tort, il me semble, en disant qu'il n'y a alors pas de transcendance : Dieu étant davantage que la somme de ses émanations/manifestations, il y a une transcendance de Dieu par rapport à ses émanations/manifestations.

D'ailleurs, vous remarquerez que le "transcendantalisme américain" de Ralph Waldo Emerson est un... panthéisme, eh oui :siffle:
c. Cournot distingue un "théisme personnel" d'un "théisme rationnel" dans lequel l'être divin se confond avec la raison de toute chose.
Ce que Cournot appelle "théisme rationnel", tel que je le comprends, semble aussi assez bien correspondre à ce que je pense. A la différence (peut-être), que d'après moi, la raison de toute chose se trouve dans toute chose, mais les dépasse également. De même que lorsque l'on voit une pomme tomber, on voit la loi de gravitation en tant que telle à travers cette chute, quand bien même la loi de gravitation ne se ramène pas uniquement à cette chute et la dépasse infiniment, la transcende.
Votre théorie des choses sensibles comme instanciations de différentes classes dont la super-classe serait Dieu, laisse penser que nous affaire à un panthéisme.

Mais votre idée de transcendance et de Dieu Supra-Personnel vous classe définitivement dans un théisme.
Nous avons donc réglé la question de la transcendance. A présent, je ne comprends pas pourquoi la "Supra-Personnalité" de Dieu me rangerait dans le théisme. Un Dieu Supra-Personnel, ce n'est pas un Dieu Personnel, c'est un Dieu... Supra-Personnel.

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