Le libéralisme est-il une idéologie ?

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par MB » sam. 15 juil. 2006, 0:44

Bonsoir !
C'est exactement la meme chose que ce qu'on raconte sur la Chine : ce pays est censé pratiquer l'écononmie de marché, alors qu'en réalité il s'agit de la meme chose que ce que décrit Christian pour Dubaï, mais en mille fois pire.
A l'occasion, je conseille sur ce sujet un livre sorti au début de l'année : Guy Sorman, L'année du Coq. L'auteur a déambulé une année en Chine, à l'écart des circuits officiels, et en a démonté une partie des mécanismes mafieux, de l'iniquité et de l'injustice permanente, sur fond de cadre institutionnel toujours aussi stalinien qu'il y a 50 ans. Il faut l'avoir lu, c'est très instructif.

A bientot !

par Christian » mer. 12 juil. 2006, 11:01

Je n’ai pas de télévision chez moi, mais je me trouve dans un hôtel pragois où j’ai regardé par désœuvrement une émission sur l’ennuyeuse TV5. Le sujet était le développement immobilier à Dubaï. Le titre m’a échappé (quelque chose comme « L’Envers de la prospérité »), mais peu importe. Les journalistes se délectaient au contraste du luxe tapageur des nouvelles résidences et des conditions de vie concentrationnaires des ouvriers immigrés. Beau sujet populiste. Des ouvriers, tous asiatiques, ont confié que les employeurs confisquaient les passeports, qu’ils étaient retenus contre leur gré, que les contrats qu’ils avaient signé dans leur pays d’origine avaient été simplement déchirés et que leurs conditions d’emploi étaient celles d’esclaves. Toute forme d’organisation syndicale était interdite, toute plainte auprès des tribunaux locaux ignorée.

La cerise sur le gâteau de la propagande socialiste fut l’entrevue avec un français employé par le gouvernement de Dubaï à sa promotion internationale. Confronté à ces manifestes violations du Droit, ce crétin répondit : « Ici, c’est le libéralisme absolu ».
:ranting:

Libéralisme ? L’ignare ne connaissait que le mot. La situation décrite par TV5 est celle de mafias bénies par un Etat, oui, tout le contraire du libéralisme. Quel est le libéral qui ne défend pas la propriété de soi, le respect des contrats et de la parole donnée, le droit de s’associer en entreprises, en syndicats, en églises, le droit de quitter n’importe quel pays... ?

Lao-Tseu notait déjà que quand les mots ont perdu leur sens, le peuple a perdu sa liberté.

Je serai ravi de retrouver mon logis sans télé.

Christian

par MB » mer. 15 mars 2006, 22:27

Bonjour Charles

Permets-moi d'être expéditif cette fois-ci : le simple fait que cet auteur ait écrit dans le Monde diplo(docus) est en lui-même une preuve de bêtise. Jamais une feuille, peut-être l'Huma mise à part, n'a produit autant d'âneries.
Un exemple parmi bien d'autres : la nazification de Sloterdijk - le type même du terrorisme intellectuel qui n'ose pas dire son nom. Pour l'avoir feuilleté de ci - delà, je ne crois pas qu'on puisse imaginer même de l'étiqueter ainsi. Finalement, cela me fait penser à ceux qui ont traité Finkie de sale réac...

Bien à toi
MB

par Renaud » mar. 14 mars 2006, 17:53

À Charles

Le libéralisme m'apparaît, comme tant d'autres "isme" comme une idéologie, en aval de la vie. Disons ainsi pour faire court. En lisant l'article de Dany Robert Dufour, qui est bien "enlevé", me revient ce que j'ai dit il y a quelques jours dans ce forum sur un autre sujet, que: "Chassez Dieu, et vous chasserez tôt ou tard l'homme, les hommes". En se prenant pour Dieu ces hurluberlus ne font qu'allumer des mèches de bombes à retardement, mèches dont le chuintement devient chaque jour davantage perceptible...

Mais aussi il me revient, à lire cet aveuglement dément que certains hommes dévoilent au détour de leur vertige de thaumaturges, aveuglement qui fut induit par deux siècles et demi de philosophie plaçant l'homme au centre de l'univers et à cause duquel ce type d'homme, qui se prétend précisément centre de l'univers, en est arrivée là, c'est cette phrase de Husserl que j'avais lue sous la plume du philosophe et écrivain Raymond Abellio que j'ai beaucoup pratiqué et auquel je suis redevable. C'est la prase suivante:
"Notre époque, selon sa vocation, est une grande époque. Elle souffre seulement du scepticisme qui a dissous les anciens idéaux non clarifiés".
C'est ce scepticisme qui a produit les "ismes" et les avatars traités dans l'article.
Cordialement
Par Marie
Renaud

par Christian » lun. 13 mars 2006, 13:06

... rien de plus
Cher Charles,

Me voilà tout rassuré ;-)

Bien à vous

Christian

par Charles » lun. 13 mars 2006, 12:42

Cher Christian,

Je trouvais seulement que le texte cité collait assez bien à différentes questions que nous avons abordées dans ce sujet... rien de plus.

Cordialement

Charles

par Christian » lun. 13 mars 2006, 11:54

L’anarcho-capitalisme a accrédité l’idée que se donner des lois est cruel et ne confine qu’à une sorte de masochisme insupportable. Et il renvoie cyniquement ceux qui auraient besoin d’un supplément d’âme au puritanisme obscurantiste. Il faut pourtant rappeler que les philosophes des Lumières, comme Jean-Jacques Rousseau et Emmanuel Kant, disaient que la liberté ne consiste en rien d’autre qu’à obéir aux lois que l’on s’est données. En fait, nous avons besoin de véritables lois juridiques et morales, et non de ces succédanés moralisants, pour rendre enfin la justice, pour sauvegarder le monde avant qu’il ne soit trop tard, pour préserver l’espèce humaine, menacée par une logique aveugle. Or nous sommes en train d’abroger toutes les lois – sauf celle du plus fort – et, si nous continuons dans cette funeste direction, nous entrerons dans une cruauté bien plus vive que celle d’avoir à se soumettre à des lois. Nous entrerons dans une cruauté inconnue consistant à vouloir modifier ce corps humain vieux de cent mille ans. Pour tenter d’en bricoler un autre.
Un procédé des plus éculés dans l’art du débat est celui de "l’homme de paille". Il consiste à isoler un argument mineur de l’adversaire, nullement central dans son discours, parfois même à inventer une proposition qu’il ne défend pas, puis à attaquer cet élément comme s’il constituait l’essentiel de la pensée de l’autre.

Mon cher Charles, vous et votre 'articlier' (comme dirait Balzac) du Monde-Diplo, jouez à fond du procédé. Ce fil est consacré au libéralisme. Cette idéologie n’est pas moralement neutre. Encore moins relativiste. Elle défend avec intransigeance ces valeurs que sont la liberté individuelle, la propriété, le respect de la parole donnée, que les Lumières appelaient les Droits de l’Homme. Mais l’espace du libéralisme permet aux personnes et aux sociétés de pratiquer encore d’autres valeurs. Elles nous viennent des grandes traditions et des religions. Si peu de gens en acceptent aujourd’hui la discipline, on ne peut l’imputer au libéralisme. Il permet, il ne contraint pas. Que serait la vertu si elle était contrainte ?

Une des formes possibles de l’activité économique sous le libéralisme est le capitalisme. Une forme possible, et nullement nécessaire, car là encore, le libéralisme n’impose aucune organisation économique. Les SELs sont une pure expression de l’activité libérale. Le commerce ‘équitable’ également. Le socialisme est parfaitement compatible avec le libéralisme. Si des hommes et femmes veulent mettre en commun leurs moyens de production, partager également leurs revenus et renoncer à leurs héritages, les libéraux n’ont rien à dire. Ils se trouvent que peu de gens ont envie du communisme pour eux-mêmes (en bonne rationalité marchande, ils ne veulent partager qu’avec ceux qui sont plus riches qu’eux), et donc le communisme n’est pratiqué volontairement que dans quelques kibboutz et monastères.

C’est bien viser un "homme de paille" que de critiquer le libéralisme afin de "rendre enfin la justice", afin de "sauvegarder le monde", afin de "préserver l’espèce humaine". Car il n’est pas d’autre justice que la justice libérale (certainement pas la "justice révolutionnaire", la justicia popular, et les autres tribunaux bidons qu’établissent ceux qui s’opposent au libéralisme) ; il n’est pas d’autre danger pour la "sauvegarde du monde" et la "préservation de l’espèce" que ceux qui prétendent savoir mieux que l’intelligence collective humaine. C’est donc bien un "homme de paille", qui prétend que l’anarcho-capitalisme tient pour "cruel" et "masochiste" de "se donner des lois" — lui qui repose tout entier sur l’inviolabilité des contrats. Et l’on voit alors apparaître le vilain visage de la mauvaise foi avec ce glissement de sens : "Jean-Jacques Rousseau et Emmanuel Kant disaient que la liberté ne consiste en rien d’autre qu’à obéir aux lois que l’on s’est données. En fait, nous avons besoin de véritables lois juridiques et morales…"

Oui, les anarcho-capitalistes obéissent aux lois qu’ils se sont données, aux lois qu’ils revendiquent pour eux-mêmes, celles de l’Eglise, celles de leur communauté, celle de leurs engagements. Ils ne voient pas pourquoi ils obéiraient aux lois que veulent leur donner M. Dany-Robert Dufour.

Voilà. Un petit coup de gueule pour démarrer la semaine. :)

Cordialement

Christian

par nelly emont » mar. 07 févr. 2006, 10:30

Juste une toute petite rectification : les utopies existent bien. Elles désignent en général, un projet concernant l'avenir, projet qui doit aboutir au bonheur des peuples. La première fut celle de Thomas More, mais "Utopia" renvoie à un pays qui n'existe pas. L'auteur montrait d'un côté les rêves des hommes (rêves universels de paix, de bonheur, d'égalité etc....), mais assurait qu'ils étaient irréalisables. Les utopies ont fleuri au XIXème siècle : on créait des "communautés" où l'on voulait abolir la misère, l'ignorance, la superstition. On s'est aperçu que ces communautés ne s'en sortaient qu'en ne cessant d'alourdir des réglementations impossibles ce qui finissait par annuler complètement ce pour quoi on les avait crées, la liberté et le bonheur. Le communisme est une utopie, qui reprend les schémas d'un sauveur de l'humanité : le peuple, et lui accorde une force rédemprice. On sait ce qu'il en advint.
On traite souvent d'utopiste le projet de l'autre : c'est rappeler qu'il repose sur un rêve irréalisable. Mais d'un autre côté, s'il n'y a pas des gens pour créer des "utopies", c'est-à-dire pour tenter de trouver du nouveau, il n'y a pas beaucoup d'espoir. L'utopie dit les désirs des hommes. C'est donc sur les désirs qu'il faut réfléchir. Et tenter de voir ce qu'il y a derrière.
Ceci n'est pas un jugement de valeur, mais un simple rappel d'une réalité sur laquelle quantité de gens ont déjà travaillé.

par Christian » lun. 06 févr. 2006, 19:32

l'idéologie libérale dans tout son décalage idéologique et utopiste avec la réalité concrète
On ne peut rien objecter au succès, et je rendrais les armes, cher Charles, devant la pensée démocrate sociale qui est la vôtre si elle se montrait encore opérante. Elle fut sans doute un bon outil, voici 50 – 80 ans ; elle est impuissante aujourd’hui. Elle n’enraye pas le déclin de l’Europe, où elle est pourtant le plus fidèlement appliquée. Elle manifeste sa radicale incapacité, théorique et empirique, à apporter une solution aux problèmes du développement et à ceux de la coexistence de communautés aux cultures et aux mœurs trop différentes — que ce soit dans des espaces restreints, tel un pays, ou à l’échelle de la planète. Or ne sont-ce pas les deux grands problèmes de notre temps ? Ne voyez-vous comme issue que le nettoyage ethnique proposé par votre homonyme sur ce fil ?

Pas moi.

Nombre de pays, les ‘dragons’ d’Asie et le Chili notamment, sont passés par l’autoritarisme plutôt que la démocratie sociale pour lancer leur économie. Cette solution échoue ailleurs (nulle surprise, ce qui est contre la morale est aussi contre la nature). Des communautés qu’on imaginait proches, en Afrique, en Yougoslavie, en Europe de l’Est, dans l’ancienne URSS, en Espagne, au Moyen Orient, bien sûr, ont éclaté dès qu’il s’est agi d’approfondir l’expérience démocratique. Et je ne parle pas de l’Union européenne elle-même.

Alors n’est-il pas à propos d’imaginer d’autres façons de vivre ensemble ? C’est pourtant bien d’un tel effort d’imagination au 18ème siècle que naquit le projet démocratique lui-même, et il n’est peut-être pas la fin de l’Histoire. Si nous essayions d'être créatifs ?

Qualifier une idée d’utopiste, je l’ai déjà écrit sur ce forum, n’a aucun sens, un bruit fait avec la bouche pour ne rien dire. Une idée est juste ou elle est fausse. Elle n’est pas utopique. Si elle est juste, pourquoi ne pas la soutenir ? Si elle est fausse, il faut le démontrer et la combattre. L’objection d’utopie est simplement une démission de l’intelligence.

La démocratie est superflue lorsque les valeurs libérales classiques sont devenues une norme de la population. La démocratie est dangereuse dans tous les autres cas : de l’Allemagne de 1933 à l’Iran aujourd’hui, de l’Algérie d’hier à la Palestine à la Russie à l’Egypte demain.

Notre monde et les problèmes qu’ils nous posent ne sont plus ceux d’Hannah Arendt que vous citez si souvent, ni ceux de Simone Weill que j’admire tant, ni ceux d’Ayn Rand, pour ne citer que des femmes. Il y a de fortes idées à glaner chez elles, mais nous avons à construire une pensée nouvelle qui rende compte de notre époque.

Cordialement

Christian

par guelfo » mar. 08 mars 2005, 16:26

Vous confondez libéralisme et science économique ou encore libéralisme et capitalisme.

L'idéal humain libéral n'est pas "l'homo oeconomicus", qui n'est qu'un modèle utilisé en science économique.

Le libéralisme est une idéologie politique, pas une description du réel (science économique) ou un système économique (capitalisme), même s'il accepte les enseignements de la science économique (et c'est bien la seule idéologie politique à le faire...) et ne s'oppose pas au capitalisme.

Cette idéologie se fonde sur une idée simple: l'individu pré-existe à la société et, partant, il prime sur la société. Tout le reste découle de là. On peut aussi noter que le libéralisme historique a échoué parce qu'il n'a pas prévu que la démocratie allait rendre obsolète son programme institutionnel (séparation des pouvoirs).

Le libéralisme n'aurait à mon avis pu être imaginé sans le monothéisme. Le concept moderne de l'individu est en effet issu du monothéisme, qui met la créature face à son Créateur. Voilà sans doute la raison pourquoi Stahler l'anti-libéral se dit païen ! ;-)

par Shaka » mar. 08 mars 2005, 14:35

MB a écrit : J'aimerais revenir sur une contribution de Charles. Je dis : "je note avec mélancolie que vous reprochez au libéralisme de n'être pas ce qu'il ne prétend pas être - une pensée totalisante... "
Qu'est-ce que vise la raison ? une multitude de savoirs contingents comme nous le présente la société libérale ? Non, car tous ces savoirs nous pouvons fort bien nous en passer, ils n'ont qu'une valeur relative, les cours de la bourse, les nouvelles tendances de la mode, l'observation d'une étoile à neutrons, etc ... ne sont en tant que tels que du supplément d'âme, du divertissement au sens pascalien du terme.
Ce que vise la raison c'est un savoir réel et le savoir réel est forcément absolu, car le savoir du relatif est un savoir isolé, abstrait du tout, et ne peut acquérir une nouvelle signification, plus réelle que l'ancienne, qu'en étant synthétisé dans un savoir plus haut. Cela ne signifie pas qu'il faille prendre en compte la totalité de la réalité contingente, simplement ce qui fait sens, l'esprit s'est aliéné dans un savoir extérieur, émietté et inessentiel, il s'est nié en se faisant autre que lui-même, il doit maintenant surmonter cette contradiction dans une nouvelle synthèse apte à dissoudre l'ancienne signification libérale devenue pure négativité, tout en la transfigurant, c'est le temps de l'épreuve: s'arracher au deuxième moment dialectique qui le déchire, pour se retrouver en lui-même.
La pensée libérale parce qu'elle est incapable de penser un savoir universel, un savoir absolu qui se sait lui-même (son activité se réflechissant dans son contenu) est inadéquate pour l'esprit, elle est la pensée du singulier, de l'inessentiel.

par Gaudeamus » mar. 08 mars 2005, 11:23

Bonjour,

Je voudrais revenir sur le statut de l'homo economicus dans la philosophie libérale.

L'homo economicus est une abstraction qui a favorisé la formalisation mathématique des problèmes économiques, dans le cadre du courant dit "néo-classique".
Mais d'une part, on peut aborder les problèmes économiques en utilisant la boîte à outil néo-classique sans être libéral (ex : Stiglitz), et d'autre part, on peut être libéral sans adhérer à ce corpus théorique.

Par exemple, le courant libéral "autrichien" (Menger, Mises, le prix nobel Hayek) ne fait pas du tout appel à la notion d'homo economicus. Ces économistes substituent la notion de finalité à celles d'intérêt et d'utilité. L'homme agissant poursuit certains objectifs, qui peuvent être "bassement matérialistes" ou "altruistes", "spirituels", etc. Pour ce faire, ils mettent en oeuvre les moyens qu'ils croient être les mieux adaptés, car entre parenthèses, la rationalité est relative à l'information dont disposent les individus. Si je pense que la meilleure façon d'améliorer mes récoltes est de pratiquer des sacrifices sanglants, je serais rationnel, bien qu'inefficace, en préférant cette méthode à d'autres qui seraient objectivement plus efficaces.

Bref, on peut tout-à-fait établir une théorie libérale sans préjuger de la nature des finalités poursuivies par les individus. D'autre part, le libéralisme politique précède et de loin la constitution de l'économie en tant que "science" : Cicéron et Locke n'ont pas attendu l'homo economicus.

Implication importante : si on comprend bien l'approche autrichienne, on saisit que la dichotomie finalités économiques / non-économiques n'a aucun sens, ce qui ne bouleverse pas outre mesure le sens commun, mais cela a des conséquences importantes. Les partisans de la liberté politique qui s'opposent à la liberté économique (les socialistes en général) sont clairement dans l'erreur car au fond, "à l'insu de leur plein gré", ils prennent trop au sérieux cette fable de l'homo economicus qui suppose une dichotomie entre les sphères économiques et non-économiques. La liberté est une : je ne suis pas libre si on me laisse la liberté de mes finalités mais pas celle des moyens (et vice versa). Non seulement il n'y a pas de "liberté politique" sans "liberté économique", mais le distingo est non pertinent... sauf à accepter la notion d'homo economicus !

par MB » dim. 06 mars 2005, 14:55

Encore ce fameux autre point.

Je me permets de citer Charles, en une phrase extrêmement révélatrice :
"Mon avis est que sans institutions, ni religion, ni morale, ni loi, l'axiome de non-agression n'est qu'une chimère..."
Nous sommes ici au coeur de la controverse, à la base même, il semble, de nos divergences.

Le terme central dans votre phrase est bien sûr celui d'"institutions". De préférence, institutions bénéficiant de la force publique dans l'exercice de leur autorité. Sans le dire ouvertement (mais à vous de répondre, j'interprète peut-être mal), vous semblez penser que sans l'appui de la violence légitime, les conceptions générales qu'on peut avoir ne sont rien.

Par ailleurs, et je me répète, avoir cet axiome de non-agression ne revient pas à exclure l'idée de morale, celle de religion, cette des institutions... Ce n'est pas parce qu'on ne parle pas de l'Eglise dans cet axiome qu'on veut la détruire. Ce n'est pas parce qu'on ne fait pas de grandes phrases morales en énonçant ce principe qu'on veut supprimer les vraies valeurs (et encore, ce principe est fondé sur une conviction à forte connotation morale, celle qui fait que mon prochain est aussi digne que moi). Ce n'est pas parce qu'on ne parle pas de loi que l'on souhaite l'anarchie.

Pourquoi faut-il appliquer à tout la courroie de retransmission étatique ou publique ?

par MB » dim. 06 mars 2005, 14:33

Bonjour à tous ! Avé à Charles et Christian...

J'aimerais revenir sur une contribution de Charles. Je dis : "je note avec mélancolie que vous reprochez au libéralisme de n'être pas ce qu'il ne prétend pas être - une pensée totalisante... " et vous me répondez, avec citation de Christian à l'appui (Christian est en italiques) : "S'il y a totalisation, elle n'est pas de mon fait : "Le libéralisme (...) ne connaît qu’une seule loi ; la constitution d’une société libérale, à mon sens, se résume à un article unique : ‘Ne pas initier d’agression physique’ (ne pas tuer, ne pas violer, ne pas voler….). (...) Ne pas initier d’agression est un absolu"...

Ce n'est pas contradictoire avec ce que j'ai dit. Le libéralisme ici ne connaît qu'une seule loi, celle que dit Christian, mais cette loi ne prétend pas tout expliquer. Elle se veut un absolu dans le domaine politique, c'est-à-dire dans ce domaine seulement ; mais, une fois de plus, je vous répète que le libéralisme ne dépasse pas ce domaine. Cette "loi" ne prétend pas régir les préférences personnelles, affectives, quotidiennes, ce n'est pas son boulot.
Ce n'est pas en me fondant sur le libéralisme que je peux dire que Wagner est mieux que NTM (au fait, Christian, si vous avez acheté bcp de Wagner, vous me faites plaisir... Richard est un ami), ou l'inverse. Ce n'est pas en me fondant sur le libéralisme que je peux dire que le mariage virginal vaut mieux qu'une union bisexuelle à trois, ou l'inverse. Parce que ce n'est pas le boulot du libéralisme. En revanche, ce que je peux dire en tant que libéral, c'est que je n'ai pas le droit de cogner sur le tocard qui préfère NTM ; que je n'ai pas le droit de pénaliser les farceurs qui vivent à trois. Ce qui ne veut pas dire que je les approuve...

Je reprends un autre point, important aussi, plus tard.
A bientôt

Re: Libéralisme

par Christian » mar. 01 mars 2005, 14:59

Bonjour Charles,
La violence se constitue toujours comme réponse. C'est pourquoi le Christ demande de tendre l'autre joue (Mt 5, 39) ce qui est la seule issue à l'enchaînement de la violence. Les grandes intuitions de la violence la perçoivent comme infinie réplication où il est impossible de remonter à une agression initiale et impossible d'en finir avec elle. […]
Ne jamais répondre à une aggression serait sans doute plus pertinent, si vous vouliez poser un principe universel de non-violence.
Le sens commun et la procédure judiciaire établissent parfaitement la différence entre la vendetta à la Mateo Falcone et la légitime défense. Je l’ai déjà dit, condamner l’initiative de la violence permet seulement une réponse proportionnelle à la première agression et dans le seul but d’y mettre fin. Je connais la parole du Seigneur et la thèse de René Girard. On peut (doit) l’appliquer pour soi-même. Je peux comme Tolstoï refuser d’employer la violence même pour sauver ma vie. Mais puis-je voir un innocent sans défense être massacré devant moi parce que je ne veux pas le sang de son bourreau sur mes mains ?

Tout à fait d’accord avec l’analyse sémantique ds votre réponse à MB (Salut MB!)
“L'agression incluant la notion d'un commencement de la violence (en opposition à la défense), ni pas initier d'agression se ramène sous ce rapport à "ne pas commencer de commencer la violence"...” La raison pour utiliser la redondance comme je le fais est pour souligner que je ne prêche pas la non violence, du moins pas lorsque j’ai une responsabilité envers des tiers sans défense.
"N'agressez pas" s'adresse à des hommes libres, c'est un principe moral et politique. "Ne pas agresser" ne s'adresse à personne, c'est un concept qui est très bon en lui-même mais ne débouche sur rien du point de vue pratique, il ne suppose ni la liberté, ni la possibilité de l'agression, ni l'agresseur.
Au plan moral, je suis entièrement d’accord avec vous. Parce que je connais le locuteur divin qui me commande ‘N’agresse pas’. Mais il n’est pas encore connu de tout le monde. La voix qui aurait une autorité sur d’autres ne me parlerait pas à moi, et inversement.

La formule ‘Ne pas agresser’ cesse d’être un commandement pour devenir un service minimum que se doivent 6 milliards et plus d’êtres humains pour au moins coexister sur leur planète. ‘Ne pas agresser’ est totalement dépersonnalisé, ne présuppose aucune histoire, aucune culture, aucune éducation, aucun niveau de vie économique… ‘Ne pas agresser’ n’est pas seulement ‘très bon’, comme vous l’admettez, mais universalisable.

Ce préalable posé, on peut commencer de construire.

Et de construire avec ce que chacun de nous possède et qui le rend différent de tous les autres et semblable par quelques traits à certains autres. Une nature sexuée, une histoire personnelle, une histoire collective, une langue, une culture, des aptitudes, des ambitions, des peurs, etc.
Mon avis est que sans institutions, ni religion, ni morale, ni loi, l'axiome de non-agression n'est qu'une chimère...
Et voilà précisément ce que nous construisons : Institutions, foi, morale, règlements d’associations (que vous appelez lois). Mais toutes ces constructions ne peuvent démarrer que sur la première pierre de la non-agression physique. L’axiome de non-agression disqualifie n’importe laquelle de ces constructions sociales qui proclamerait ‘Mort aux infidèles’, ‘Les sous-hommes sont nos esclaves’, etc.
Comme s'il n'était question d'aucun dommage ou aucun mal à faire défection [….] Car je n'ai pas envie de faire défection ni de mon église, ni de ma famille, ni de mon entreprise, ni de mon association (collectivités dont vous louez le fait qu'on puisse leur faire défection)
Je suis sûr que vous n’avez pas envie de faire défection de ces institutions. Il y a des personnes, conjoint, enfants, amis, qui valent la peine que nous leur consacrions notre vie entière, des causes aussi. Faire défection est toujours coûteux, à la mesure de l'engagement pris. Mais l’impossibilité légale de faire défection nous réduit au statut d’esclave. Vous ne voudriez pas que votre entreprise ou association, ou votre église, persécute ceux qui ne voudraient plus en faire partie.
[La société libérale est] la seule collectivité à laquelle je ne crois pas et à laquelle je voudrais pouvoir refuser de participer...
La société libérale, telle que je l’ai définie ici, ne pose qu’une seule obligation, la non agression physique. Faire défection de la société libérale impliquerait que vous souhaitez prendre l’initiative de molester quelque individu qui ne vous a rien fait.

Mais si le matérialisme vulgaire, l’athéisme niais, le consumérisme ostentatoire vous horripilent, rien ni personne ne vous empêche de les combattre par vos discours, de vous engager dans quelque mouvement critique de ces mœurs. Toute mesure d’agression physique pour imposer votre austérité à ceux qui souhaitent un autre style de vie vous met dans l’impossibilité morale de répondre à ceux qui vous imposeraient physiquement d’adorer Allah ou Ron Hubbard.

Je dois filer (petit voyage tous frais payés à Paris :heart: ), on verra la suite à mon retour.

Christian

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