La paroisse ?

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Re: La paroisse ?

par philémon.siclone » sam. 03 juil. 2010, 7:37

Cette multiplicité changeante des chants a une origine : la multiplicité changeante des décideurs. Entre l'organiste, les prêtres, l'équipe des animateurs, et les gens de passage (organiste de passage, prêtre de passage, animateur de passage), chacun y va de son répertoire préféré. On croit que c'est du dynamisme, mais c'est faux. Il n'y a aucun dynamisme là-dedans, mais surtout une prodigieuse instabilité, sans parler de la rivalité égocentrique entre décideurs (chacun son tour, comme chez les gosses). D'ailleurs où est le dynamisme lorsque les fidèles assistent de l'extérieur ? Et pourquoi parler de paresse lorsqu'il ne s'agit jamais que d'une histoire de goûts projetés et imposés par des choix individuels ? Après tout, on a le droit de ne pas aimer, et de ne pas partager les mêmes goûts que celui qui a décidé. Il y a dynamisme lorsqu'existe un vrai mouvement de vie créative, et donc une vraie inspiration à la base. Pour cela, il faut des gens compétents, des chefs de choeur qui ont une oreille musicale, une vraie sensibilité à la beauté et à la simplicité des lignes mélodiques et des textes. Pour cela, il faut des personnalités à la fois fortes, modestes, avec un solide bagage. Il faut une stabilité, aussi, pour laisser le temps de constituer une chorale et un répertoire. Mais cette stabilité est précisément combattue depuis 1960, année où les maîtrises ont été éliminées d'un trait de plume par les évêques de France au motif qu'elles confisquaient le chant du peuple. Et c'est ainsi qu'on put voir soudain une animatrice débarquer dans la tribune de Pierre Cochereau, à ND de Paris, pour lui dicter sa volonté... Mais tout le monde veut décider. Lorsqu'on donne le pouvoir aux amateurs, tout le monde veut s'arracher ce pouvoir. On peut donc voir, depuis cette époque, des nuées d'animateurs divers se disputer le pouvoir de décider des chants, pour imposer leurs goûts (fort discutables) personnels. Ajoutez à cela l'instabilité des prêtres qui ne peuvent jamais rester que quelques années dans une paroisse, et leur pusillanimité face au pouvoir devenu sacro-saint des équipes de laïcs, vous comprendrez alors le fléau que nous connaissons en ce moment, où les fidèles ne chantent pas plus qu'avant, et même beaucoup moins qu'avant. Car autrefois, il existait néanmoins un répertoire liturgique parfaitement maîtrisé par la foule, tandis qu'aujourd'hui, il n'existe même plus de répertoire commun. Quel progrès ! On est passé d'une prétendue confiscation de la liturgie par les musiciens professionnels, accusés de se mettre en avant et de parasiter l'Eglise, au nom d'une idéologie démagogue à forts relents marxistes, à une confiscation bien réelle par des laïcs. Où est l'amélioration ?

Re: La paroisse ?

par ti'hamo » sam. 03 juil. 2010, 0:15

. C'est vrai qu'on entend parfois la remarque "han mais on aimerait participer mais on connaît pas les chants, c'est pas ceux de d'habitude" : oui, soit. Sauf que, ceux de d"habitude, avant d'être ceux de d'habitude, ils étaient nouveaux. Et qu'on les a appris.
Je ne pense donc pas qu'il soit bon d'encourager la paresse. Dire qu'on veut s'investir mais ne pas faire l'effort de s'investir, ben c'est pas cohérent.

. Cela dit, effectivement, cela implique que l'on revienne souvent aux mêmes chants, du moins pour les chants chantés par l'assemblée...
...ce qui est effectivement le modèle que suit la liturgie depuis toujours : textes du commun en quelques versions qui reviennent souvent et sont vite connus de tous, textes du propre sur des mélodies propres à chaque jour, plus complexes et élaborées, chantés par la seule schola.

C'est pas con - normal, ça a été pensé par des gens pas cons qui avaient un peu une bonne expérience liturgique.


. Qu'il y ait un vaste choix de chants liturgiques, tant mieux. Pour une paroisse donnée cela implique de choisir, oui, pour que, par un choix judicieux et limité, les mêmes pièces reviennent souvent au commun, permettant ainsi leur maîtrise assez rapidement par l'assemblée des fidèles.
Fidèles qui par contre ne doivent pas se laisser rebuter par l'arrivée d'un nouveau chant, du moment qu'il revient assez souvent pour qu'ils l'apprennent.

S'il y a bien une réplique à éviter, ou à laquelle ne répondre que par une exaspération contenue tout de suite rattrapée de charité bien ordonnée bien sûr,
c'est le "ah mais on connaît pas c'est pas comme d'habitude" : écoutez, revenez, apprenez, et ça ne sera plus "nouveau".
À charge après à la schola de ne pas varier à outrance les airs du commun pour ne pas s'opposer à cet apprentissage par les fidèles.


Quant aux chants d'offertoire, de communion et après l'élévation pour ceux qui chantent après l'élévation, ils peuvent par contre être puisés dans un répertoire plus élaboré, étant là pour porter les fidèles à la prière, le recueillement et l'adoration sans qu'ils aient à participer au chant par la voix.

Et, oui, élaboré, parce que si les harmoniques existent et sont belles, on ne voit pas bien que ce soit un mal que d'en user pour la gloire de Dieu et le recueillement des fidèles.
Si on veut rien d'élaboré, autant remplacer l'orgue par un kazoo, aussi.

Re: La paroisse ?

par Griffon » ven. 02 juil. 2010, 17:47

philémon.siclone a écrit :Benoît XVI disait d'ailleurs que le problème de l'art sacré se résoudrait lui-même lorsque de avec le retour du goût à la prière et à la contemplation.
Evidemment.
Il suffirait qu'au lieu de crier ou de geindre, au lieu de nous rebeller et d'invectiver, on se mette à prier.
Il est évident que le monde irait mieux.

Tout se passe comme si les chrétiens avaient oublié la bible !

Bon fin de semaine,

Griffon.

Re: La paroisse ?

par philémon.siclone » ven. 02 juil. 2010, 17:25

A mon tour, houps ! excusez-moi, je dois être un peu parano ! :p
Les forums produisent souvent des malentendus...

Mais je ne veux rien imposer à personne, je vous rassure. Très honnêtement, je n'espère pas un retour à la pompe d'antan. On peut toujours inventer un nouveau type de liturgie, sobre, qui respecte l'intériorité des âmes, et ne cherche pas à épater, ou à égayer de force l'ambiance. Un juste milieu doit être possible. Pour cela, il me semble qu'il faudrait laisser faire la nature, et arrêter avec l'idéologie. L'Eglise a souvent évolué de façon naturelle. Si l'on mettait de côté l'idéologie démagogique et complexée actuelle, les choses finiraient par s'imposer d'elles-mêmes. Benoît XVI disait d'ailleurs que le problème de l'art sacré se résoudrait de lui-même avec le retour du goût à la prière et à la contemplation.

Re: La paroisse ?

par Griffon » ven. 02 juil. 2010, 16:43

philémon.siclone a écrit :Vous me faites un procès d'intention, Griffon.
Oops, vous m'effrayez, Philémon.
Ne me dites pas que vous avez pris mon message pour vous.

C'est vrai que nous n'avons pas les mêmes conceptions, mais il me semblait évident que je parlais pour des gens qui critiquent tout dans les paroisses : les chants, la célébration, le peuple, les attitudes (assis, couché, à genoux,...), les habitudes (paix du Christ, communion,...), la disposition des lieux (de l'autel,...), le prêtre,...
Je ne pensais pas vous mettre dans le lot. Franchement.
Mais ne me dites pas que vous ne savez pas de qui je parle : ils sont relativement nombreux.

En fait, pour tout dire, je pourrais vous rejoindre sur tant de vos messages, mais une chose m'en empêche : au lieu de parler de préférence, vous invoquez de (fausses) bonnes raisons, lesquelles, à vous entendre, vous autoriseraient à imposer aux autres vos choix.
Et hop... on serait reparti pour un tour ! Les déçus actuels devenant les décevants de demain, et inversement.
Toujours sans aucun respect des âmes.

Excusez-moi si je n'ai pas été assez clair, et que cela vous aurait blessé.
Effectivement, je n'ai pas trop pris garde de montrer du doigt.

Cordialement, quand-même, si vous le voulez bien,

Griffon.

Re: La paroisse ?

par philémon.siclone » ven. 02 juil. 2010, 10:09

coeurderoy a écrit :Philémon rechercher "l'intemporalité" au sein de la vie paroissiale est une illusion, une évasion : on n'entre même pas dans un monastère pour cette raison. Peut-être manquez-vous un peu de patience ou d'espérance non ?
Ceci-dit je comprends totalement votre malaise, agacement, tristesse ou déception devant les liturgies "centrifuges" là ou attend un effet...centripète !
Disons que je préfèrerais une liturgie théocentrique à la liturgie anthropocentrique actuelle...

Re: La paroisse ?

par coeurderoy » ven. 02 juil. 2010, 6:37

Philémon rechercher "l'intemporalité" au sein de la vie paroissiale est une illusion, une évasion : on n'entre même pas dans un monastère pour cette raison. Peut-être manquez-vous un peu de patience ou d'espérance non ?
Ceci-dit je comprends totalement votre malaise, agacement, tristesse ou déception devant les liturgies "centrifuges" là ou attend un effet...centripète !

Re: La paroisse ?

par philémon.siclone » jeu. 01 juil. 2010, 22:22

Vous me faites un procès d'intention, Griffon. Je n'ai pas dit que je savais mieux que personne ce qui plaisait à Dieu, mais que certains fidèles avaient besoin d'intemporalité. Ce n'est pas du tout la même chose. De plus, il n'est pas vrai que chacun fait ce qui lui plaît, puisque la plupart des fidèles subissent des choix qu'on leur impose. Quant au manque de repères et de stabilité, la soumission au changement permanent, et à une liturgie à base de chansons de variété, sous l'influence des effets de mode, on a le droit de penser que cela puisse procurer un malaise chez un certain nombre de fidèles. Quant à la dispersion des communautés et l'éclatement des paroisses, je ne vois toujours pas en quoi cela constitue un plus pour l'Eglise, qui s'en trouve beaucoup moins forte, moins présente au centre de la Cité. Cela ne peut qu'aller dans le sens de la déchristianisation. Le chacun pour soi, le chacun chez soi, chacun sa propre liturgie à soi suivant ses goûts, ce n'est jamais que de l'individualisme consumériste mêlé à du tribalisme. Je ne vois vraiment pas en quoi c'est un bien pour l'Eglise, parce que cela ne peut que provoquer encore plus l'exclusion des sans-réseaux, des gens isolés et vulnérables, qui errent à la recherche d'une aide, et pourraient trouver refuge à la maison ordinaire des catholiques qu'est la paroisse, mais en seront repoussés par son état de délabrement intense. La paroisse, ce devrait être l'Eglise pour tous, au-delà des différences, et c'est cela qu'on a brisé, au nom des goûts particuliers.

Re: La paroisse ?

par Griffon » jeu. 01 juil. 2010, 20:11

Il y en a qui ont l'art de chercher à justifier leurs sentiments par des poncifs personnels qu'ils pensent aller de soi tant ils y ont peu réfléchi.

Pourtant, en ces matières aussi, l'Evangile nous donne ses réponses :

51 Jésus leur dit alors :
— “Avez-vous tout compris ?”
Ils lui répondent :
— “Oui !”
52 Et Jésus leur dit :
— “Vous voyez, quand un maître en religion a été instruit du Royaume des Cieux, il est comme un maître de maison qui trouve toujours dans ses réserves de quoi distribuer, du neuf et du vieux.”


D'abord, il faudrait reconnaître nos différences et les respecter. Ce qui compte, c'est d'aider les âmes à prier. Et il est normal que les personnes les plus avancées laissent la place à celles qui sont en arrière.
Quoiqu'il en soit, il est impossible de contenter tout le monde.

Par ailleurs, la créativité en matière de chants religieux chez les nouvelles communautés reflètent un réel renouveau spirituel qu'il serait criminel de vouloir étouffer.
Encore faudrait-il accepter que des communautés nouvelles se forment, et que, découvrant leurs dons, l'Eglise les appelle avec raison à des responsabilités.

Evidemment toute la production n'est pas du meilleur niveau, mais ce qui est intéressant, c'est de voir qu'un couple qui se marie choisissent ce fameux chant ("un grand champ à moissonner..."). Je ne l'aime pas non, plus, mais la valeur d'avoir pu faire son choix est bien plus importante. Cela fait que c'est LEUR mariage.
Et, quand on est chargé d'âme, on sait que ce genre de choix est l'occasion d'un engagement personnel. Ceci est plus important que la qualité intrinsèque d'un chant.

Ceci dit, la plupart des chants sont des psaumes ou des passages de l'écriture. Une bonne manière de revisiter la bible, et sans doute de l'apprendre par coeur. Il m'est ainsi arriver de lire dans St Paul des passages que je connaissais... et d'ainsi en redécouvrir la profondeur.

Donc,... moi j'aime beaucoup de chants, même si j'apprécie au combien les chants grégoriens de mon enfance.
J'aime en apprendre de nouveaux, à l'occasion.
Alors, je me dis : "Tiens, celui-ci est vraiment beau." Ou, bien je constate que je ne l'aime pas trop.
Quelle importance.

Ce qui compte, c'est louer Dieu, Le chanter, Lui rendre grâce.
On entend même certains qui savent ce qui plait à Dieu.
Comme par hasard, c'est leur choix : Dieu ne peut que s'aligner sur eux.
Sans doute sont-ils la mesure de Dieu ? Ont-ils conscience de ce qu'ils affirment ?

Ce qui me tue, ce sont ceux qui veulent établir (imposer) leurs propres choix, en reprochant à d'autres précisément ce qu'ils veulent faire eux-mêmes.
Parce qu'eux, bien sûr, ils savent, ils ont raison, ils possèdent la vérité, et bien sûr, ils feront beaucoup mieux.
Pfffff vanité des vanités !

Il me semble qu'il y a tant de variétés que chacun peut trouver une messe qui lui convient sans devoir se justifier en critiquant les autres.
Il est évident qu'il y a en même temps une telle unité qu'allant à la messe sur divers continents, on a le plaisir de s'y retrouver, même si on ne comprend pas la langue.
L'Eglise réussit le défi de l'unité dans la diversité. Je dis l'Eglise, mais évidemment, c'est grâce à son divin Epoux et à l'Esprit.

Cordialement,

Griffon.

Re: La paroisse ?

par philémon.siclone » jeu. 01 juil. 2010, 17:23

Cher Théophane,

Le changement et les phénomènes de mode sont le propre des séductions mondaines. Il arrive quelques fois que le chrétien, lassé de ces sollicitations incessantes, veuille trouver refuge dans l'immuabilité de la liturgie. Car Dieu est immuable, permanent, non soumis au changement. Il est donc important de trouver une liturgie qui renvoie à cette réalité invisible, qui évoque cette intemporalité céleste. Si donc la liturgie est soumise à son tour aux caprices humains de la mode et de la nouveauté, c'est que les préoccupations mondaines s'y sont installées, et ont pris le pas sur la nécessité de se relier à l'intemporel.

Bien sûr, la liturgie a évolué au cours du temps. Mais dans quelles proportions ? Ne voit-on pas qu'elle est actuellement soumise à un bouleversement permanent et complet ? Il y a d'une part un problème de mesure qui se pose, et d'autre part l'adéquation de ces pratiques qui ne conviennent ni au lieu ni à la nature de ce qui est célébré. Autrefois, l'évolution se faisait graduellement et en de très faibles proportions. Il faudrait revenir à cette sagesse qu'avaient les anciens. Ce goût du changement permanent est intimement lié au développement de la société consumériste fondée sur l'exigence de jouissance immédiate et éphémère. Mais Dieu n'est pas un objet de consommation immédiat et éphémère, voilà tout le hic...

Je n'ignore pas que l'on confiait autrefois à des compositeurs le soin d'écrire des messes, des motets, diverses pièces liturgiques. Mais comme le rappelle Maupertuis, cela se produisait là où il y a avait des compositeurs et des musiciens, donc en des endroits très limités et privilégiés, où il y avait une cour, de riches mécènes, etc. Que le pape célèbre une messe accompagnée par l'orchestre de Karajan jouant la Messe du courronnement de Mozart, c'est très bien, mais on peut considérer cet aspect comme parfaitement marginal, et n'affectant pas la vie des paroisses ordinaires. D'ailleurs, si vous me lisez bien, je ne me suis pas plaint de ce genre de manifestation fastueuse. Au contraire, je regrette qu'on leur ait tourné le dos, particulièrement en France on l'on n'aime que ce qui est laid et vulgaire.

Qu'il y ait une chorale capable de chanter de la polyphonie, tant mieux, cela s'est toujours fait, et je n'ai rien contre. Mais ici, nous parlons du choix des cantiques pour la foule. Je sais qu'il serait merveilleux que la foule chante en polyphonie, franchement je serais ravi qu'on ait cette ambition. Mais pour l'instant les fidèles ne chantent pas du tout, même les cantiques à une voix relativement faciles. Et pourquoi ? Parce qu'ils n'ont pas envie, et ne font même pas l'effort. Voilà ce qu'il faudrait peut-être essayer de creuser. Si les fidèles voyaient revenir souvent les mêmes cantiques, si possible agréables à écouter et à chanter, qui inspirent des sentiments élevés, sans doute qu'ils prendraient goût, et chanteraient plus souvent. C'est évident. Il faudrait donc peut-être se soucier de réduire le corpus, et de le limiter. Bref, de revenir à quelque chose de structuré, stable, fixe, immuable, traditionnel, c'est-à-dire le contraire exact de ce qu'on fait en ce moment.

On ne pourrait pas avoir 50 kyriales au choix dans ce corpus. Déjà, il n'y a que 52 dimanches dans l'année. Il faut donc se limiter, pour qu'il soit possible aux fidèles de s'approprier la liturgie, qu'ils en soient pénétrés de façon intime, afin d'avoir des repères communs, communs à l'échelle non pas seulement d'une paroisse, mais de l'ensemble de l'Eglise. N'est-ce pas, "faire église", "vivre en église", il serait bon que ça corresponde à quelque chose, concrètement. Pour l'instant, il y a une telle desorganisation, une telle dispersion de ces chants, que d'une église à l'autre on ne retrouve rien de commun, et les fidèles n'ont pas le temps d'assimiler. Résultat, la liturgie reste extérieure à eux, elle ne fait que glisser comme les gouttes de pluie sur les plumes de l'oiseau. Il est nécessaire, au contraire, que la liturgie habite dans nos âmes, dans nos coeurs, qu'elle soit en nous, avec des airs qu'on ait envie de fredonner même en dehors de la messe, et que l'on puisse retrouver dans chaque église pour ne jamais se sentir dépayser.

Il est donc nécessaire de se limiter. Et quand on y pense, on peut pas avoir un choix énorme, surtout si vous prenez en compte le rythme des saisons liturgiques. Je sais bien qu'en ce moment, on prend n'importe quel chant n'importe quand, que l'on soit en Carême ou à Noël. Mais cela ne fait que participer à l'affadissement, et l'indifférenciation du temps liturgique, donc à la banalisation de la réalité liturgique. Si l'on accepte l'idée qu'on ne peut pas avoir des chants indifférents pendant l'Avent, Noël, Carême et Pâques, et que ces différentes époques de l'année méritent bien d'avoir leur propre corpus de chants, il ne reste plus que le temps "ordinaire" (ou "après la Pentecôte") pour utiliser des répertoires variés, c'est-à-dire à peine 25 dimanches, environ, dans l'année. Vous allez peut-être tomber d'accord avec moi qu'on ne va pas chanter un kyriale différent à chacun de ces 25 dimanches ? On est donc bien obligé de reconnaître que pour que les fidèles retiennent quelque chose, on ne peut pas tourner à plus de 3 ou 4 kyriale, ce qui limite considérablement le corpus raisonnable. On en arrive donc à ce que l'Eglise, dans sa grande et sainte sagesse, a élaboré au cours des siècles, une petite 15zaine de kyriale en tout et pour tout, dont seulement 5 servent le plus souvent.

Le choix il est là, soit on limite, soit on ne limite pas le corpus. Si on ne le limite pas, hé bien, on retrouve ce qu'on a en ce moment : la pagaille liturgique. Si vous le limitez, vous retombez dans les anciens kyriale. Peut-être pourrez-vous ajouter à ce corpus, si un jour on décide d'en faire un (au-delà du kyriale traditionnel), quelques messes modernes, mais vous ne pourrez pas en ajouter des tonnes.

Re: La paroisse ?

par mauperthuis » jeu. 01 juil. 2010, 14:58

Oui, je pense que Théophane voit juste (nous ne sommes plus à l'époque baroque où des chapelles princières avaient les moyens humains capables d'interpréter des polyphonies complexes) : un exemple, Silvanès (A. Gouzes) a adapté, sur la mélodie des chorals de Bach, des chants faciles à interpréter par l'assemblée : c'est essentiel car l'Eglise n'a cessé de s'adapter, d'innover en fonction des circonstances historiques, culturelles dans un but pastoral (toucher les coeurs, convertir). La liturgie n'a jamais été un "lieu clos" une espèce de musée où des formes musicales se seraient définitivement figées. Entre l'oubli d'authentiques perles, hélas délaissées, qu'il convient de conserver, le fixisme obnubilé par la reproduction "fac simile" d'une Grand Messe du concile de Trente et l'innovation à tout crin, la vulgarité et la bêtise, il existe une voie médiane je pense...

Re: La paroisse ?

par Théophane » jeu. 01 juil. 2010, 14:46

Cher Philémon,
1. Le corpus déjà existant de kyriales a fait ses preuves pendant au moins mille ans (le plus récent, la Messe des anges, est du 16e ou du 17e s. je crois), et partant cela suffit très bien pour les besoins des fidèles. Si l'on veut inventer, innover, composer, on bascule dans le concert.
Que le chant grégorien ait fait ses preuves, cela est indiscutable. Qu'il est supérieur aux autres pièces liturgiques, aussi. Pourtant, il me semble que l'on peut très bien écrire encore aujourd'hui de nouvelles œuvres liturgiques qui conviennent pour le culte.
Il faut aussi faire remarquer que l'usage des langues vulgaires s'est malheureusement généralisé au détriment du latin. Il est donc difficile aujourd'hui de chanter l'ordinaire en grégorien à chaque Messe. Par ailleurs, certains compositeurs ont écrit des œuvres liturgiques en français qui sont de qualité. Je pense en particulier à Isabelle Fontaine, organiste de la cathédrale de Soissons et compositrice liturgique. J'ai quelquefois l'occasion d'accompagner son Gloria pour la Messe. C'est une très belle composition, parfaitement conforme aux normes liturgiques, et qui aide très bien à prier.
Enfin, si Palestrina et Mozart avaient adopté votre raisonnement, ils n'aurait jamais composé les merveilleuses œuvres qu'ils nous ont laissés et qui étaient interprétées dans un cadre liturgique.
Pourquoi pas pour les messes solennelles, avec des musiciens professionnels.
J'aimerais beaucoup que cela soit plus répandu. Le 29 juin 1985, la Messe des saints apôtres Pierre et Paul était présidée à la basilique Saint-Pierre par le vénérable Jean-Paul II. La musique des parties de l'ordinaire était celle composée par Mozart sous le nom de Messe du couronnement. Les instrumentistes et les chanteurs étaient dirigés par Herbert von Karajan.
La liturgie doit être quelque chose d'immuable, de traditionnel, parce qu'on en a besoin, dans ce monde qui a la bougeotte et qui change sans arrêt, qui veut toujours du neuf, du neuf, du neuf !
Il me semble que le modernisme et le conservatisme sont deux dérives qui vont de pair. La liturgie est immuable dans le sens où elle ne doit pas être tributaire de nos changements personnels. Mais elle ne saurait être figée. Au cours des siècles, la liturgie a évolué. Elle n'était pas la même dans l'Antiquité, au Moyen-Âge et au Concile de Trente. Ce n'est pas toutefois pas à nous d'être les acteurs de cette évolution, mais à la Sainte Eglise. Nous, nous pouvons simplement y contribuer par nos apports, à condition qu'ils soient conformes aux normes établies par le Siège apostolique.
Si la créativité n'a pas sa place dans les textes du missel, elle est légitime, dans une certaine mesure, en musique liturgique. Autrement, je me répète, Mozart n'aurait pas composé ses Messes.
Il serait également très dommageable à l'Eglise de mettre de côté la polyphonie.
2. D'accord : Bach, c'est magnifique. Mais le choral luthérien n'a pas sa place dans la liturgie catholique. Il faut une musique adaptée à la langue latine, déjà. Or le choral luthérien est adapté à la langue allemande.
Ah bon ? Même si nous avons l'habitude d'entendre Bach en allemand, cette affirmation me surprend.
Le choral luthérien certes est en quelque sorte un élément du patrimoine culturel de la Réformation. Cependant, d'un point de vue musical, je ne comprends pas pourquoi il n'aurait pas sa place dans notre liturgie. Par la simplicité de sa ligne mélodique et la complexité de son harmonisation, le choral peut très bien convenir. J'ai d'ailleurs sous les yeux un livre de cantiques et de motets qui date de 1911. En le feuilletant, j'y trouve plusieurs pièces latines avec de la musique de Bach : O salutaris, Ave Cor sanctissimum et Tantum ergo.
Il y a trois ans j'ai assisté à l'office du vendredi saint au siège central de l'Opus Dei, à Rome. Le chœur a interprété un chant en italien sur la musique du choral « O Haupt voll Blut » de Bach. C'était très beau, et cela convenait parfaitement à la liturgie, qui était célébrée en langue latine.
Après tout, si les compositeurs luthériens ont eu le génie du choral, et pas les compositeurs catholiques, nous devrions nous incliner.

Re: La paroisse ?

par philémon.siclone » jeu. 01 juil. 2010, 2:50

Théophane a écrit :
philémon.siclone a écrit :Personnellement, je trouve que les kyriale 11, 8, 4 et 9 sont largement suffisants aux besoins, et qu'on ne se lasse jamais de les chanter. Franchement, on n'a pas besoin d'inventer autre chose. Je suis d'accord avec Gyro. Un vrai bazar tous ces chants nouveaux.
Pourquoi se fermer à la nouveauté ? En un certain sens la créativité a sa place dans la musique liturgique, si tant elle qu'elle respecte les normes établies par le Saint-Siège. On a écrit récemment un certain nombre de Messes en langue latine, qui sont d'une grande beauté. De plus, même si le grégorien est la référence, il me semble que ce serait une très grave erreur de mettre de côté la polyphonie. Combien de chorals de Bach ne sont-ils pas devenus des motets latins ? La Missa pro Europa, quant à elle, est une œuvre de qualité. La preuve : contrairement à la "musique" liturgique récente, elle utilise dans les tonalités mineures la note sensible qui avait été honteusement oubliée ces dernières années.
1. Le corpus déjà existant de kyriales a fait ses preuves pendant au moins mille ans (le plus récent, la Messe des anges, est du 16e ou du 17e s. je crois), et partant cela suffit très bien pour les besoins des fidèles. Si l'on veut inventer, innover, composer, on bascule dans le concert. Pourquoi pas pour les messes solennelles, avec des musiciens professionnels. Cela s'est toujours fait (enfin, bizarrement, ça ne se fait plus, justement, depuis au moins 40 ans, comme par hasard..., comme quoi l'invention liturgique est devenue avant tout une affaire d'amateurisme et de médiocrité, fini le temps de Josquin des Près, Charpentier, ou même de Francis Poulenc). Mais pour ce qui est des fidèles, ce n'est pas une nécessité vitale d'apprendre le dernier kyriale à la mode, et de changer tout le temps. Les 4 kyriales mentionnés plus haut (orbis factor, lux et origo, messe des anges, kyrie cunctipotens) sont déjà très bien, et sont très suffisants, on ne s'en lasse jamais. La liturgie doit être quelque chose d'immuable, de traditionnel, parce qu'on en a besoin, dans ce monde qui a la bougeotte et qui change sans arrêt, qui veut toujours du neuf, du neuf, du neuf ! Tout le monde s'extasie et se pâme devant la liturgie orthodoxe. Mais la liturgie orthodoxe, elle au moins, n'est pas tout le temps en train de changer et d'innover. Et c'est justement pour cette raison que les gens sont si séduits, parce qu'il y a dans la liturgie actuelle un tel cirque permanent, que cela a fini par créer un vrai manque spirituel, une vraie nécessité vitale d'intemporel, qui ne soit pas dans la satisfaction immédiate et consommatoire de bidules sonores nouveaux, qui sortent tout à coup, font trois petits tours, et puis s'en vont.

2. D'accord : Bach, c'est magnifique. Mais le choral luthérien n'a pas sa place dans la liturgie catholique. Il faut une musique adaptée à la langue latine, déjà. Or le choral luthérien est adapté à la langue allemande. Donc, ce serait peut-être bien d'arrêter de se conduire en boeufs en matière esthétique, où, parce que quelque chose est tout simplement joli, on voudrait l'emporter pour décorer l'église. Tout ce qui est beau et charmant n'a pas forcément sa place dans l'église. ça c'est le comportement typique du consommateur occidental complètement déraciné et sans repère, qui ne se préoccupe plus de la place naturelle des choses. C'est avec de pareilles attitudes qu'on introduit des espèces exotiques dans des milieux tempérés où elles font des ravages. La destruction de la nature, la destruction de la liturgie, c'est toujours le même problème, avec à la base une espèce de manie commune qui consiste à sortir les choses de leur milieu pour les introduire dans un autre milieu, dans un but de rentabilité immédiate, mais qui dans le long terme se révèle complètement catastrophique. Parce qu'avec cette idée d'introduire Luther dans la liturgie catholique, les fidèles ont perdu toute sensibilité musicale du corpus traditionnel qui constituait la base de la musique d'Eglise.

Pour conclure, je crois qu'il y a deux approches différentes, en matière de musique liturgique :
1. L'approche de l'immédiateté, de la jouissivité du moment, de la mode, de l'éphémère, qui ne produit rien de bon sur le long terme.
2. L'approche intemporelle, de l'intériorité, de la patience, du repos, de la sobriété qui produit ses fruits en son temps.
Et c'est malheureusement cette première école qui est en vogue, hélas !!!

Re: La paroisse ?

par Théophane » mer. 30 juin 2010, 23:36

philémon.siclone a écrit :Personnellement, je trouve que les kyriale 11, 8, 4 et 9 sont largement suffisants aux besoins, et qu'on ne se lasse jamais de les chanter. Franchement, on n'a pas besoin d'inventer autre chose. Je suis d'accord avec Gyro. Un vrai bazar tous ces chants nouveaux.
Pourquoi se fermer à la nouveauté ? En un certain sens la créativité a sa place dans la musique liturgique, si tant elle qu'elle respecte les normes établies par le Saint-Siège. On a écrit récemment un certain nombre de Messes en langue latine, qui sont d'une grande beauté. De plus, même si le grégorien est la référence, il me semble que ce serait une très grave erreur de mettre de côté la polyphonie. Combien de chorals de Bach ne sont-ils pas devenus des motets latins ? La Missa pro Europa, quant à elle, est une œuvre de qualité. La preuve : contrairement à la "musique" liturgique récente, elle utilise dans les tonalités mineures la note sensible qui avait été honteusement oubliée ces dernières années.
Combien de volumes, déjà, pour l'édition des "Chants notés" ? Moi qui ai fait de l'orgue aussi, je me souviens parfaitement que l'harmonisation proposée pour ces chants est tout simplement atroce, injouable et inchantable, et que 95% d'entre eux mériteraient d'aller au panier !
Sur ce point je suis tout à fait d'accord. La dernière fois que j'ai utilisé un de ces volumes, c'était pour un mariage ; les époux avaient choisi le chant "Un grand champ à moissonner...". C'est très simple : à l'exception des quelques reprises des compositeurs baroques, ces livres ne valent strictement rien. On pourra les garder pour montrer aux générations futures ce que fut la décadence liturgique de la fin du XXème siècle, laquelle se traduisait par un goût prononcé pour la médiocrité, la mièvrerie, le ridicule et la quantité au détriment de la qualité.

Re: La paroisse ?

par philémon.siclone » mer. 30 juin 2010, 23:04

N'avez-vous jamais remarqué que la mélodie de ces chants se termine souvent très haut dans les aigus ? Je crois que l'idée derrière est d'élever l'âme par des lignes mélodiques ascendantes, ce qui est complètement ridicule, sans compter qu'effectivement c'est inchantable et fatigue inutilement la voix.

Car ce n'est pas parce que le chant monte dans l'aigu que vous allez vous élever spirituellement. Au contraire, le chant doit apporter un certain repos, une certaine paix, pour disposer l'âme à la méditation. Et pour cela, il faut une mélodie qui commence dans le grave (appui), s'anime un peu vers le milieu (tension), pour finalement venir se reposer dans le grave (détente). C'est le principe de la marche, et toute musique bien écrite obéit à ce même principe. Dans le chant grégorien, vous retrouvez cette configuration partout.

Mais les liturges pro-Vatican II, qui bien sûr sont les premiers à être pénétrés de l'Esprit Saint, ont trouvé qu'il fallait faire autrement. Résultat, plus personne ne chante.

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