(suite)
C'est d'une évidence , d'ailleurs c'est pour ça que l'évêque Nestorius est rentré dans une grande discussion que cela a généré un grand concile (Ephèse au cas où l'ignorance...)
Il me semble que vous n'êtes pas dans le bonne perspective par rapport à ce qui peut bien provoquer le concile à Éphèse. Le motif de la réunion ne survint pas historiquement du fait qu'une partie de l'Église accusait l'autre de prendre Marie pour la source de la Trinité. Il n'y avait pas certains évêques dans tout leurs émois parce que des prêtres enseignaient tout à coup que Marie serait une divinité.
Nestorius avait un souci qui lui était propre et qui découlait de ses considérations sur le Verbe en lien à la nature humaine. Mais la réflexions de Nestorius s'inscrivait dans un contexte plus large de débats théologiques du temps, dans un moment un peu flottant où tout n'était pas encore réglé dogmatiquement sur cette question de la nature du Christ. Au temps de Nestorius, l'Église cotôyait encore des individus fort capables de nier, de diminuer, de contourner idéologiquement aussi bien l'incarnation du Verbe que la divinité en plein sens du mot pour Jésus lui-même. En fait, c'est le scandale de l'incarnation sur le plan de la raison : c'était ça le problème. On est dans un contexte alors où la crise de l'arianisme est encore chaude.
La solution dogmatique portant alors sur la naissance de Jésus vise alors à verrouiller toute tentative ultérieure à vouloir nier la divinité réelle de Jésus, et puis de l'homme-Jésus. Globalement, l'Église n'est pas intéressée à s'enferrer dans des problèmes de double-Jésus, d'apparence, d'illusion ou de semblance. Ce que l'on ne veut pas : c'est l'histoire de l'homme qui devint Dieu. L'idée que Jésus serait au départ étranger à la nature divine. On refuse
ça. Donc, appuyer sur la maternité divine de Marie vise à contrer une avenue de négation touchant la personne même
du Christ. Et, par le fait même, il en fait révérer davantage sa mère; c'est sûr. Mais l'objectif premier et principal reste tout de même de sauvegarder correctement l'appréhension du mystère de la personne de Jésus. C'est que l'idée de Nestorius n'apparaît pas pour être une barrière ou une défense suffisamment efficace contre les fameuses hérésies voisines.
[...]
Le comportement d'un Cyrille peut sembler a posteriori avoir été assez vicieux, peut même l'avoir été en fait. Possible. Il n'en veut pas dire pour autant que c'est lui qui aurait dû avoir tort sur le fond. Le comportement des évêques de l'époque pourrait sembler avoir été inélégant pour vrai, drastique, pour un Nestorius et qui aura vu sa ligne d'orientation être rejetée. Mais faut voir aussi que «la question de Dieu» était vu comme une chose assez vitale à l'époque.
Est-ce Nestorius , Cyrille et bien d'autre n'ont pas le défaut de vouloir mettre des mots sur l'inexplicable?
Un défaut ?
C'est que si les «Nestorius, Cyrille et bien d'autres» ne mettent pas de mots sur l'inexplicable, d'autres vont le faire pour eux. L'Église n'a pas le plein contrôle sur ce qu'elle pourrait ou ne pourrait pas faire. Elle est insérée dans une société et dans laquelle la parole existe, les mots être charriés comme idées ou concepts. Il vient toujours un temps où les évêques sont forcés ou pressés comme de sorte qu'il leur faille bien s'exprimer.
Auparavant :
... je pense que c'est une question impossible pour l'homme, comment pourrions-nous le savoir. De plus, je pense pas que cela soit un élément essentiel pour la foi.
La formulation dogmatique est sortie elle-même comme d'un long processus historique d'équarissage. Il y a de l'humanité en elle, du négatif et de l'empirique. Elle ne sera jamais parfaite non plus, et n'ambitionne jamais de connaître en totalité le ''comment ça marche ?'' Elle se contente d'orienter dans la bonne direction. C'est comme pour la Trinité. Personne n'a jamais prétendu savoir comme d'expérience le
comment et
la façon par laquelle Dieu peut être un et comme trois en même temps. Oui, ce n'est certainement pas comme l'horloger suisse va savoir comment fonctionne le coucou régulier.
La formulation dogmatique aussi imparfaite soit-elle fini par être nécéssaire, à cause des difficultés pour la paix de l'Église qui surgissent en son absence. Et la notion de paix est une chose assez essentielle pour l'Ekklesia. Comprendre : dans le sens où l'apôtre le disait.
Quand il manquerait un dogme nécéssaire entre Paul de Tarse, Timothée et Alexandre le forgeron : il en crée de ''beaux'' problèmes dans le sein même de l'Église. Cette nécéssité provient à la fois des Écritures et des opposants (agitateurs, trubliones, obstinés pour l'être dans l'erreur, etc). On pourrait rajouter peut-être : des défis nouveaux pouvant toujours apparaître suite à l'état de la culture dans le monde et qui, par suite, poserait un sérieux problème ou une difficulté importante pour la réception correcte de la même foi de toujours. Quand la moitié de l'Église en viendrait à être déboussolée ...