Bonjour Charles,
La violence se constitue toujours comme réponse. C'est pourquoi le Christ demande de tendre l'autre joue (Mt 5, 39) ce qui est la seule issue à l'enchaînement de la violence. Les grandes intuitions de la violence la perçoivent comme infinie réplication où il est impossible de remonter à une agression initiale et impossible d'en finir avec elle. […]
Ne jamais répondre à une aggression serait sans doute plus pertinent, si vous vouliez poser un principe universel de non-violence.
Le sens commun et la procédure judiciaire établissent parfaitement la différence entre la vendetta à la Mateo Falcone et la légitime défense. Je l’ai déjà dit, condamner l’initiative de la violence permet seulement une réponse proportionnelle à la première agression et dans le seul but d’y mettre fin. Je connais la parole du Seigneur et la thèse de René Girard. On peut (doit) l’appliquer pour soi-même. Je peux comme Tolstoï refuser d’employer la violence même pour sauver ma vie. Mais puis-je voir un innocent sans défense être massacré devant moi parce que je ne veux pas le sang de son bourreau sur mes mains ?
Tout à fait d’accord avec l’analyse sémantique ds votre réponse à MB (Salut MB!)
“L'agression incluant la notion d'un commencement de la violence (en opposition à la défense), ni pas initier d'agression se ramène sous ce rapport à "ne pas commencer de commencer la violence"...” La raison pour utiliser la redondance comme je le fais est pour souligner que je ne prêche pas la non violence, du moins pas lorsque j’ai une responsabilité envers des tiers sans défense.
"N'agressez pas" s'adresse à des hommes libres, c'est un principe moral et politique. "Ne pas agresser" ne s'adresse à personne, c'est un concept qui est très bon en lui-même mais ne débouche sur rien du point de vue pratique, il ne suppose ni la liberté, ni la possibilité de l'agression, ni l'agresseur.
Au plan moral, je suis entièrement d’accord avec vous. Parce que je connais le locuteur divin qui me commande ‘N’agresse pas’. Mais il n’est pas encore connu de tout le monde. La voix qui aurait une autorité sur d’autres ne me parlerait pas à moi, et inversement.
La formule ‘Ne pas agresser’ cesse d’être un commandement pour devenir un service minimum que se doivent 6 milliards et plus d’êtres humains pour au moins coexister sur leur planète. ‘Ne pas agresser’ est totalement dépersonnalisé, ne présuppose aucune histoire, aucune culture, aucune éducation, aucun niveau de vie économique… ‘Ne pas agresser’ n’est pas seulement ‘très bon’, comme vous l’admettez, mais universalisable.
Ce préalable posé, on peut commencer de construire.
Et de construire avec ce que chacun de nous possède et qui le rend différent de tous les autres et semblable par quelques traits à certains autres. Une nature sexuée, une histoire personnelle, une histoire collective, une langue, une culture, des aptitudes, des ambitions, des peurs, etc.
Mon avis est que sans institutions, ni religion, ni morale, ni loi, l'axiome de non-agression n'est qu'une chimère...
Et voilà précisément ce que nous construisons : Institutions, foi, morale, règlements d’associations (que vous appelez lois). Mais toutes ces constructions ne peuvent démarrer que sur la première pierre de la non-agression physique. L’axiome de non-agression disqualifie n’importe laquelle de ces constructions sociales qui proclamerait ‘Mort aux infidèles’, ‘Les sous-hommes sont nos esclaves’, etc.
Comme s'il n'était question d'aucun dommage ou aucun mal à faire défection [….] Car je n'ai pas envie de faire défection ni de mon église, ni de ma famille, ni de mon entreprise, ni de mon association (collectivités dont vous louez le fait qu'on puisse leur faire défection)
Je suis sûr que vous n’avez pas envie de faire défection de ces institutions. Il y a des personnes, conjoint, enfants, amis, qui valent la peine que nous leur consacrions notre vie entière, des causes aussi. Faire défection est toujours coûteux, à la mesure de l'engagement pris. Mais l’impossibilité légale de faire défection nous réduit au statut d’esclave. Vous ne voudriez pas que votre entreprise ou association, ou votre église, persécute ceux qui ne voudraient plus en faire partie.
[La société libérale est] la seule collectivité à laquelle je ne crois pas et à laquelle je voudrais pouvoir refuser de participer...
La société libérale, telle que je l’ai définie ici, ne pose qu’une seule obligation, la non agression physique. Faire défection de la société libérale impliquerait que vous souhaitez prendre l’initiative de molester quelque individu qui ne vous a rien fait.
Mais si le matérialisme vulgaire, l’athéisme niais, le consumérisme ostentatoire vous horripilent, rien ni personne ne vous empêche de les combattre par vos discours, de vous engager dans quelque mouvement critique de ces mœurs. Toute mesure d’agression physique pour imposer votre austérité à ceux qui souhaitent un autre style de vie vous met dans l’impossibilité morale de répondre à ceux qui vous imposeraient physiquement d’adorer Allah ou Ron Hubbard.
Je dois filer (petit voyage tous frais payés à Paris

), on verra la suite à mon retour.
Christian