St Thomas comme ça, ça me parait dure. Son oeuvre est gigantesque et sans direction il est peut être difficile de s'y retrouver. A mon avis le mieux ce serait de se procurer le livre d'Etienne Gilson intitulé le "Thomisme". Mais sinon "l'introduction à la philosophie" est pas mal, il faut juste essayer de comprendre dans un premier temps les notions clés comme l'essence, l'acte d'être, la causalité efficiente. Ensuite le style limpide de Gilson fait que tout s'enchaine et devient clair.
Imx, pour le coup je ne connais pas non plus les ouvrages de Maitre Eckhart, ni les controverses dont il fait l'objet, pourriez-vous m'en dire un peu plus, si cela ne vous ennuie pas ?
Il a été grand maitre de l'ordre des dominicains comme St Albert, prêcheur et métaphysicien. Mais il a eu par la suite quelque problèmes. Le contexte était troublé (querelles d'ordres) et a été soupçonné par quelques un. Il a porté sa cause devant Rome et à finalement vu 28 de ses propositions condamnés mais il n'y a aucune condamnation portée globalement sur son enseignement.
Ses sermons allemands sont grandement influencés par celui qui a eu une influence considérable au Moyen Age, Pseudo Denys l'Aréopagite, et tournent autour de la déification (theosis en grec) de l'homme, c'est à dire la participation à la nature divine, qui est une notion traditionnelle ayant un fondement biblique et qui a été développée par les pères de l'église (j'ai mis quelques citations illustrant cette doctrine dans le fil que j'ai ouvert dans la section théologie sur la mystique chrétienne) et de la naissance de Dieu dans l'âme qui est aussi une notion qui peut au premier abord paraitre étrange et surprendre mais qui a été prêchée par les plus grands comme St Bernard ou St Bonaventure. Il a aussi beaucoup recours à la théologie négative (c'est à dire qu'on ne peut pas savoir ce que Dieu est (son essence), donc la meilleur façon de parler de lui et de le connaitre c'est de nier de Lui tout ce que l'on sait. )
Il met aussi beaucoup l'accent sur le détachement mais ce n'est jamais une finalité. Le détachement/dépouillement qui correspond à la mise à mort du vieil homme dont parle St Paul est toujours ordonné à la venue de Dieu dans l'âme.
En fin de compte, sa particularité réside dans le fait d'avoir développé une ontologie articulée autour de la théorie d'analogie d'attribution extrinsèque comme support à cette mystique, et d'avoir prêché dans une langue vulgaire dans un style original pleine de néologisme. Il est parfois très audacieux, un peu trop dialectique, , il veut rendre les choses logiques et pousser cette logique à bout, ce qui lui a joué des tours.
Par la suite des philosophes anti chrétiens comme Schopenhaueur ont dit qu'il était panthéiste, d'autres pensant qu'il a mis la Trinité de côté en font un adepte d'une mystique platonicienne de l'Un.
Pour d'autres son exemple montrerait que pour être "mystique" il faut s'affranchir des dogmes. Or il n'a jamais entendu s'affranchir d'aucun dogme. Les thèmes qu'ils développent ont tous une origine biblique et ont tous subi un développement patristique, d'autre part, quantité de grands mystiques à l'image de St Grégoire de Nysse ont existé avant lui.
Enfin, bref si ces questions vous intéresse les ouvrages d'Alain de Libéra "Maitre Eckhart et la mystique rhénane" (cerf), "Eckhart, Tauler, Suso ou la divinisation de l'homme" et "Maitre Eckhart Traité et Sermons" remettent bien les choses dans leur contexte et montre qu'Eckhart s'est attaché avec son langage original à développer des notions mystiques traditionnelles.
Il y a aussi le petit ouvrage de Marie Anne Vannier (prof de théologie à l'université de Metz et spécialiste de St Augustin et des mystiques rhénans) "De la résurrection à la naissance de Dieu dans l'âme : Retraite avec Maître Eckhart " (cerf) qui est une conférence qu'elle a donné chez les dominicains en Allemagne.
St Thomas comme ça, ça me parait dure. Son oeuvre est gigantesque et sans direction il est peut être difficile de s'y retrouver. A mon avis le mieux ce serait de se procurer le livre d'Etienne Gilson intitulé le "Thomisme". Mais sinon "l'introduction à la philosophie" est pas mal, il faut juste essayer de comprendre dans un premier temps les notions clés comme l'essence, l'acte d'être, la causalité efficiente. Ensuite le style limpide de Gilson fait que tout s'enchaine et devient clair.
[quote]
Imx, pour le coup je ne connais pas non plus les ouvrages de Maitre Eckhart, ni les controverses dont il fait l'objet, pourriez-vous m'en dire un peu plus, si cela ne vous ennuie pas ?[/quote]
Il a été grand maitre de l'ordre des dominicains comme St Albert, prêcheur et métaphysicien. Mais il a eu par la suite quelque problèmes. Le contexte était troublé (querelles d'ordres) et a été soupçonné par quelques un. Il a porté sa cause devant Rome et à finalement vu 28 de ses propositions condamnés mais il n'y a aucune condamnation portée globalement sur son enseignement.
Ses sermons allemands sont grandement influencés par celui qui a eu une influence considérable au Moyen Age, Pseudo Denys l'Aréopagite, et tournent autour de la déification (theosis en grec) de l'homme, c'est à dire la participation à la nature divine, qui est une notion traditionnelle ayant un fondement biblique et qui a été développée par les pères de l'église (j'ai mis quelques citations illustrant cette doctrine dans le fil que j'ai ouvert dans la section théologie sur la mystique chrétienne) et de la naissance de Dieu dans l'âme qui est aussi une notion qui peut au premier abord paraitre étrange et surprendre mais qui a été prêchée par les plus grands comme St Bernard ou St Bonaventure. Il a aussi beaucoup recours à la théologie négative (c'est à dire qu'on ne peut pas savoir ce que Dieu est (son essence), donc la meilleur façon de parler de lui et de le connaitre c'est de nier de Lui tout ce que l'on sait. )
Il met aussi beaucoup l'accent sur le détachement mais ce n'est jamais une finalité. Le détachement/dépouillement qui correspond à la mise à mort du vieil homme dont parle St Paul est toujours ordonné à la venue de Dieu dans l'âme.
En fin de compte, sa particularité réside dans le fait d'avoir développé une ontologie articulée autour de la théorie d'analogie d'attribution extrinsèque comme support à cette mystique, et d'avoir prêché dans une langue vulgaire dans un style original pleine de néologisme. Il est parfois très audacieux, un peu trop dialectique, , il veut rendre les choses logiques et pousser cette logique à bout, ce qui lui a joué des tours.
Par la suite des philosophes anti chrétiens comme Schopenhaueur ont dit qu'il était panthéiste, d'autres pensant qu'il a mis la Trinité de côté en font un adepte d'une mystique platonicienne de l'Un.
Pour d'autres son exemple montrerait que pour être "mystique" il faut s'affranchir des dogmes. Or il n'a jamais entendu s'affranchir d'aucun dogme. Les thèmes qu'ils développent ont tous une origine biblique et ont tous subi un développement patristique, d'autre part, quantité de grands mystiques à l'image de St Grégoire de Nysse ont existé avant lui.
Enfin, bref si ces questions vous intéresse les ouvrages d'Alain de Libéra "Maitre Eckhart et la mystique rhénane" (cerf), "Eckhart, Tauler, Suso ou la divinisation de l'homme" et "Maitre Eckhart Traité et Sermons" remettent bien les choses dans leur contexte et montre qu'Eckhart s'est attaché avec son langage original à développer des notions mystiques traditionnelles.
Il y a aussi le petit ouvrage de Marie Anne Vannier (prof de théologie à l'université de Metz et spécialiste de St Augustin et des mystiques rhénans) "De la résurrection à la naissance de Dieu dans l'âme : Retraite avec Maître Eckhart " (cerf) qui est une conférence qu'elle a donné chez les dominicains en Allemagne.