par Renaud » lun. 19 juin 2006, 18:35
Merci de votre message empreint d'une grande qualité et d'une haute tenue, c'est l'essentiel. Et plus essentiel encore, c'est être de bonne foi, avoir une foi qui soit la bonne et je ne doute pas que ce soit votre cas. Je respecte entièrement votre position qui est "idéalement" sans doute la meilleure. Mais, c'est un peu comme si on disait: le socialisme (sous-entendu comme toujours "accompli"...), est ce qu'il y a de meilleurs...
Le lien contenant les apréciations d'une fraction importante du monde Juif que j'ai mis dans ce fil ne signifie pas que je le reprends à mon compte à 100%. Cependant, il est plutôt intéressant de connaître des positions d'un peuple si important tel que le peuple Juif, aussi bien de la diaspora que d'Israël.
Quant à quitter l'Europe ou pas, je dois souligner au passage que j'ai une dizaine de neveux et nièces ayant pour l'essentiel une très bonne formation, de l'ambition, et pour certains déjà une expérience professionnelle éprouvée, leur âge va entre 26 et 40 ans et que trois d'entre eux sont parti: USA, Chine, Maroc. Je les comprend parfaitement.
Je crois que l'idée de faire une Europe sur le modèle "national", mais à l'échelle au dessus, n'est plus praticable dans les temps présents, c'est comme une prothèse qu'on impose sans néssécité. D'autre part tous les "grands" européens qui, historiquement, ont voulu "faire l'Europe", n'ont fait que "leur" Europe à eux. Comme il n'y a pas ou plus de "grands Européens", ce sont "tout naturellement" les banquiers qui ont pris la suite, mais ils étaient déjà dans cette affaire dès l'origine. Indice piquant, Jean Monnet fut toute sa vie au service des finances britaniques dont il fut un constant et zèlé serviteur. Il faut connaître TOUTE la biographie de Jean Monnet, alors qu'on fait des "conférences" sur lui dans nos écoles en occultant tout un versant indispensable à savoir de sa vie. Il est fatal que "son" europe fut destinée à n'être qu'un grand marché à l'anglo-saxonne et l' "actualité" européenne des vingt dernières années n'est qu'une confirmation que l' "Europe politique" ne se révèle qu'un piège à parlottes destiné à leurrer les benêts que nous sommes, tandis que le seul grand marché à l'anglo-saxonne est bien là en n'apportant qu'incertitudes, voire angoisse, rien de clair pour personne.
"Ni Charles Quint ni Louis XIV ne pensaient à l'Europe, mais seulement à leur patrimoine, dont leur peuples firent des patries. L'idée d'Europe ne date que de la Révolution et de l'Empire. Cependant Napoléon ne choisit pas l'Europe, il choisit la plus grande France. Hitler non plus ne choisit pas l'Europe, il choisit la plus grande Allemagne. Ce choix n'était pas conscient chez le premier, car la nouveauté de l'idée européenne en facilitait alors l'accès et couvrait l'idée de patrie, mais il était conscient chez le second qui ne nourrisait déjà plus d'illusion sur l'Europe. C'est que d'un siècle à l'autre la conscience avait fait de grand progrès dans ses choix, bien qu'il lui restât à faire le progrès décisif: se rendre compte qu'en histoire comme ailleurs il n'y a jamais de choix. Napoléon et Hitler ne rencontrèrent ainsi l'Europe que de façon fortuite, le premier parce qu'il s'illusionnait trop sur elle et le second si l'on peut dire, pas assez, car nous voulons montrer qu'il y a -quand même- une Europe. L'échec de Napoléon et celui de Hitler, qui marquent respectivement la fin de la France et de l'Allemagne politiques, furent cependant aussi l'échec de l'Europe, d'une Europe morte avant de naître. On conçoit alors que la question se pose: qu'est-ce que l'Europe? Peut-il y avoir une Europe politique? Cette Europe doit-elle être prise en charge par une nation ou des nations, ou encore quelque chose de neuf qui transcende d'un coup les nations? Très vite, cette façon de parler nous paraîtra naïve. Un des objets du présent ouvrage et, en tout cas, le côté négatif de son argument, est de monter que ce qui est mis en question aujourd'hui en Europe, ce n'est plus telle ou telle politique, mais -la- politique elle-même, et que l'Europe réelle se fonde justement par ce refus soudain de la naïveté avec laquelle nous avons jusqu'ici posé son problème.
Le premier enseignement de l'expérience historique est lui-même, aujourd'hui, négatif: c'est une force rassemblée par des siècles d'histoire nationale ne peut tendre à devenir continentale qu'au moment de son épuisement; elle s'épuise dans cette expansion même. Mais elle ne peut faire autrement que s'étendre et s'épuiser. Exporter ou mourir, disaient en 1938 les Allemands. Cependant ils pensaient: exporter -et- sur-vivre. Cette expansion nouvelle leur était à la fois imposée et interdite par l'hostilité du dehors et la contention du dedans, comme il advint de la Révolution, dont la vocation libertaire devint d'autant plus explosive qu'elle fut plus comprimée. Et certes, dans ces batailles mortelles, il est inadéquat de metre le bon Dieu dans un camp et le diable dans l'autre. Dans son dernier sursaut, toute force nationale se croit à son apogée et devient nationaliste, elle divinise ce qu'elle croit être son mobile et part à la conquête d'un champ plus vaste au nom des droits sacrés de la liberté ou de ceux, non moins sacrés, de la race des seigneurs, mais ces hypostases ne se veulent éternelles que parce que le temps leur échappe, et c'est leur illusion qui est diabolique, c'est elle qui transforme Napoléon en ogre et Hitler en possédé. Aussi n'y a-t-il plus aujourd'hui aucun mystère dans l'impuissance de l'Europe, au cours de l'histoire, à constituer son unité par les nations: c'est ce que cette constitution ne fut jamais tentée que par des nations trop faibles pour l'Europe. L'Europe, avant même d'être, a épuisé ses nations.
Faut-il onc concevoir l'Europe contre les nations ou sans elles? La disparité des idéologies et des systèmes, même quand ils se disent internationalistes, l'antagonisme persistant des intérêts, l'incohérence de l'agitation démocratique ne sont sue des effets seconds qui ne rendent même pas compte, si on ne les survole pas tous ensemble, de la mauvaise conscience de l'Européen théorique: on ne peut pas demander à un grand roi déchu de régner de bon gré sur l'Ile d'Elbe. Au temps de la grandeur de Rome, Sylla refusa de régner paisiblement sur un peuple d'esclaves. Mais les Européens sont aujourd'hui plus fatigués que des esclaves et ils ne produisent surtout plus de Syllas. Dire que l'on ne peut faire l'Europe que par l'abandon des souverainetés nationales, c'est parler et penser aussi mal que possible, et peut-être même n'est-ce que parler et pas penser du tout. Car où sont les souverainetés? S'il sufisait de dix nations mortes pour faire un empire vivant, l'Europe jaillirait joyeusement de ses ruines encore chaotiques. Mais pour faire un empire, ce n'est pas dix nations vivantes ou mortes, qui sont nécessaires, mais une nation, une seule nation vivante, jeune et même adolescente, mais dont les limites soient posées d'emblée comme impériales. Les Etats-Unis, la Russie sont spontanément des empires, mais aujourd'hui il ne peut plus y avoir que des empires spontanés. En termes de philosophie, on dira que les empires ne peuvent plus être constitués, non construits. Tout empire qui exige un temps d'une construction n'est qu'un faux empire, on le vois assez à la débandade de ce qu'on appela l'Empire britanique et l'Empire français. Nietzsche disait qu'il ne donnait pas cher des vérités qui on besoin d'être démontrées. Nous ne donnerons pas cher non plus des empires qui ont besoin d'être construits. Dix nations qui s'assemblent ne font pas un empire de fait, mais une confédération de droit, et il faut beaucoup de temps, d'épreuves et de larmes pour qu'un matin se lève le souvenir des douanes matérielles, sentimentales et intellectuelles se trouve effacé, et où le confédéré de la veille ouvre le livre vierge d'une nouvelle histoire. Cette naissance est abrupte. Mais tel n'est pas notre lot. Ce n'est pas demain que nous nous réveillerons européens. Ce n'est pas demain que l'Europe ne se souviendra de son passé que sous une forme protoplasmique, ce qui revient à dire qu'elle n'aura plus de passé. On ne peut et d'ailleurs on ne veut faire de nous que des confédérés juridiques, c'est à dire des bâtards de l'histoire, ou, si l'on préfère ses foetus et certes il en faut et il en eut, mais ce n'est pas un destin qui convienne à des hommes qu'un siècle et demi de guerres a rejetés d'une aventure géante et pathétique. La politique "intelligente" et aussi peu intégrale que possible qu'on dénomme aujourd'hui européenne, ne peut être pour nous l'objet d'une vision ou le support d'un destin volontiers affronté. On rencontre dans ses collèges trop de féodaux sans génie. C'est qu'il ne peut y avoir de génie dans un collège. Une nation ou un empire ne se constituent d'ailleurs pas avec des féodaux mais contre eux. Les féodaux sont de grand anticonstituants car ils prétendent construire le temps, c'est-à-dire de continuer, or rien ne naît que dans la suspension du temps, la brisure du rythme, la submersion dans le non-temps. Ils sont même les grands blasphémateus naïfs, les réactionnaires prédestinés à rendre clairs les antagonismes aux yeux des révolutionnaires et a servir bêtement de support à la montée des destructions. Aussi lorsque l'histoire accouche sont-ils ses eaux sanglantes et fétides, le résidu non-incorporé d'une gestation qu'ils croyaient stupidement assumer, ils sont les menstrues de l'histoire. La fatalité de Napoléon, il s'en rendit compte Sainte-Hélène, fut de chercher à faire l'Europe par l'intermédiaire de féodaux appelés rois. Cela ne suffit pas pour s'acquerir les rois, mais lui aliéna les peuples. Napoléon eut pour les dynasties le respect d'un parvenu, le même respect que Hitler nourrit jusqu'à la fin pour d'autres féodalités, l'Eglise romaine et l'empire britanique. La fatalité de Hitler fut d'ailleurs analogue à celle de Napoléon, elle fut d'interposer entre les peuples et lui une caste partisane qui devint dévorante à mesure qu'elle se voulut moins réellement caste et qu'elle s'englua de la matière épaisse d'une vieille nation au lieu de fonder une nation nouvelle et de s'y fondre en s'allégeant. Au temps où l'on mettait encore l'histoire au conditionnel, il pouvait être tentant, pour sortir la politique de ce dévergondage sentimental où dans tous les camps elle régressait, de chercher si cette caste recélait de "vrais Européens", c'est à dire des internationalistes. Nous avons cherché pendant deux ans les socialistes allemands et nous ne les avons pas trouvés. C'est qu'ils étaient pris dans une dialectique, celle du socialisme international et du national-socialisme, et que, tiraillés, écartelés, crucifiés en elle, ils étaient la preuve poignante de l'utopie inter-nation. Toutes ces traverses détournent aujourd'hui l'esprit d'une vaine croyance à la facilité. Nous voyons bien que dans des néo-européens, le "redressement" de l'Europe se réduit à la réorganisatin d'une maison de commerce mal tenue. Il faut aussi des commerçants pour faire un monde. Mis peu importe après tout que cette Europe boutiquière tienne des comptoirs de chimères ou de prébendes. Ce qui est notable, c'est que les néo-européens se décrivent eux-mêmes non comme des chefs prenant -la tête- de l'Europe mais comme des techniciens -à son service-. L'Europe embauche de bons serviteurs, de bons industriels, de bons juristes, de bons diplomates. C'est assurément renverser le sens de l'histoire que de l'enlever aux prophètes pour la confier aux professeurs, ou aux soldats pour la confier aux banquiers, mais il va de soi que ce renversement de sens aussi est nécessaire et qu'il est le contraire d'un non sens. Il est le signal qui nous annonce: à chacun son Europe. Si l'Europe politique est aujourd'hui voués aux marchands de mots ou aux marchands tout court, et si le temps n'est pas venu de les chasser, ou si le temps est clos, c'est qu'il nous faut sortir de l'Europe politiique. La subversion actuelle des hiérarchies signifie aussi bien l'aliénation de l'Europe que sa sublimisation. L'Europe n'est plus pour nous là où elle est proclamée, à la tribune des parlements ou dans les congrès de notables. Où donc est l'Europe"
Ecrites en 1950, ces lignes sont de l'écrivain et philosophe Raymond Abellio (1907-1986) en introduction de son ouvrage: Assomption de l'Europe (Gallimard 1950 réédité en 1978) ingénieur polytechnicien Raymond Abellio il fit, un temps, de la politique durant les années 1930 durant lesquelles il fut secrétaire d'Etat au commerce pendant le Front Populaire, et resta en politique jusqu'à la fin de la deuxième guerre mondiale, en 1945 il dut se réfugier en Suisse où il vécu quelques années, car il fut inquiété à la Libération pour ses activités durant l'Occupation où, pourtant, il ne collabora pas. Il fut d'ailleurs complètement blanchi peu après son retour en France.
Je trouve que ces lignes posent toujours très bien - LA Question - de l'Europe.
Le développement économique depuis cette époque est, évidemment, sans commune mesure avec ce qu'il est aujurd'hui et il n'est nullement certain que que l' "organisation de l'Europe" aura eu un effet déterminant dans ce développement économique qui, de toute façon aurait eu lieu d'une façon ou d'une autre.
Si quelque chose de l'Europe devait se faire vraiment, il y a beaucoup de chances que cela ne ressemble pas beaucoup à l'idée qu'on s'en était fait, comme nombre d'actions humaines d'ailleurs.
Je le pense toujours et je le redis, l'Europe n'est plus dans l'Europe, elle a déjà donné tous ses fruits au monde comme l'Egypte pharaonique mère des nations, comme les Hébreux d'Israël père spirituel des nations, comme la Grèce Antique pensée des nations et Rome droit des nations. Sur le plan pratique n'importe quelle nation européenne peut, je le redis, bilatéralement ou multilatéralement, coopérer dans des projets créatifs et féconds avec N'IMPORTE quel pays du monde ou continent du monde sans l'"Europe". L'euro n'est nullement une révolution, mais un changement d'échelle. Et c'est la production des bien qui doit faire la monnaie et non exactement l'inverse de ce que l'on nous impose par le dévoiement de la "politique du crédit" ou: l'argent-dette des banquiers qui nous écrase et c'est bien pire dans les pays pauvres. La prétendue construction de l' "Europe" ne fait qu'entérinner cet état de fait mensonger sur la création de l'argent. Tout notre système financier est à revoir car nous devons avoir l'argent qui correspond à ce qui est possible de fabriquer physiquement, autrement dit ainsi que le dit Louis Even créateur du mouvement du Crédit-Social: Rendre financièrement possible ce qui est réalisable physiquement ET NON L'INVERSE que nous "commande" la politique monétaire scandaleuse.
Mais, je vous conseille de relire point par point le texte intitulé brêve histoire de la banque que j'avais mis dans le forum en date du 6 octobre 2005, il s'agit du modèle historique de la Banque d'Angleterre étendu à présent au monde entier avec toute la technologie apparue depuis l'époque où ce texte a été écrit. Cette haute technologie faire croire à un "modernisme" absolu. Il n'en est rien! Ce système financier est hors d'âge, obsolète et voleur, sinon plus, basé sur la rareté... et notre ignorance de lui... sa "meilleure" garantie. La grande pauvreté des anciens temps confinée à l'intérieur des provinces et des pays s'est, tout simplement généralisée au monde entier le système financier dans le fond, ne s'est pas modifié, il s'est mondialisé, (alias globalisé) et la modernité nous en jette plein les yeux à nous qui avons la chance d'être du "bon côté de la barrière". Il n'y a vraiment que les pays asiatiques et l'Amérique Latine qui s'ébroue un peu qui, actuellement, créent par eux-mêmes leurs propres richesses, seul vrai garant d'une autonomie maximum dans un développement plus sain qui passe par la nation, même la nation reconnaissant à ses provinces plus d'autonomie.
Cette transformation du système financier revient dans tous les problèmes économiques et sociaux d'où qu'on les prennent.
Aussi ce que nous dit le Pape Jean-Paul II cela sera davantage possible lorsque l'on rectifiera, enfin, avec la doctrine sociale de l'Eglise le système financier actuel qui est tout sauf honnête. Il est, selon les mots mêmes de Jean-Paul II, la plus grande des structures de péché qu'il stigmatise dans son encyclique Solicitudo Rei Socialis de 1988. J'ai toute une collection des exhortations des papes sur la justice économique et financière. Il est grand temps qu'on en tienne compte. Coluche traduisait la démocratie par: causes toujours!... on en est là.
« L’identité culturelle et historique des sociétés est sauvegardée et entretenue par ce qui est inclus dans le concept de nation. Naturellement, un risque devra être absolument évité : que la fonction irremplaçable de la nation dégénère en nationalisme (...) Je pense que la manière la plus appropriée est le patriotisme. La caractéristique du nationalisme est en effet de ne reconnaître et de ne rechercher que le bien de sa propre nation, sans tenir compte des droits des autres. À l’inverse, le patriotisme, en tant qu’amour pour sa patrie, reconnaît à toutes les autres nations des droits égaux à ceux qui sont revendiqués pour sa patrie et il constitue donc la voie vers un amour social ordonné. »
OUI, pour ça il faut étudier le Crédit Social
Voir: michaeljournal.org
Cordialement
Renaud
Merci de votre message empreint d'une grande qualité et d'une haute tenue, c'est l'essentiel. Et plus essentiel encore, c'est être de bonne foi, avoir une foi qui soit la bonne et je ne doute pas que ce soit votre cas. Je respecte entièrement votre position qui est "idéalement" sans doute la meilleure. Mais, c'est un peu comme si on disait: le socialisme (sous-entendu comme toujours "accompli"...), est ce qu'il y a de meilleurs...
Le lien contenant les apréciations d'une fraction importante du monde Juif que j'ai mis dans ce fil ne signifie pas que je le reprends à mon compte à 100%. Cependant, il est plutôt intéressant de connaître des positions d'un peuple si important tel que le peuple Juif, aussi bien de la diaspora que d'Israël.
Quant à quitter l'Europe ou pas, je dois souligner au passage que j'ai une dizaine de neveux et nièces ayant pour l'essentiel une très bonne formation, de l'ambition, et pour certains déjà une expérience professionnelle éprouvée, leur âge va entre 26 et 40 ans et que trois d'entre eux sont parti: USA, Chine, Maroc. Je les comprend parfaitement.
Je crois que l'idée de faire une Europe sur le modèle "national", mais à l'échelle au dessus, n'est plus praticable dans les temps présents, c'est comme une prothèse qu'on impose sans néssécité. D'autre part tous les "grands" européens qui, historiquement, ont voulu "faire l'Europe", n'ont fait que "leur" Europe à eux. Comme il n'y a pas ou plus de "grands Européens", ce sont "tout naturellement" les banquiers qui ont pris la suite, mais ils étaient déjà dans cette affaire dès l'origine. Indice piquant, Jean Monnet fut toute sa vie au service des finances britaniques dont il fut un constant et zèlé serviteur. Il faut connaître TOUTE la biographie de Jean Monnet, alors qu'on fait des "conférences" sur lui dans nos écoles en occultant tout un versant indispensable à savoir de sa vie. Il est fatal que "son" europe fut destinée à n'être qu'un grand marché à l'anglo-saxonne et l' "actualité" européenne des vingt dernières années n'est qu'une confirmation que l' "Europe politique" ne se révèle qu'un piège à parlottes destiné à leurrer les benêts que nous sommes, tandis que le seul grand marché à l'anglo-saxonne est bien là en n'apportant qu'incertitudes, voire angoisse, rien de clair pour personne.
"Ni Charles Quint ni Louis XIV ne pensaient à l'Europe, mais seulement à leur patrimoine, dont leur peuples firent des patries. L'idée d'Europe ne date que de la Révolution et de l'Empire. Cependant Napoléon ne choisit pas l'Europe, il choisit la plus grande France. Hitler non plus ne choisit pas l'Europe, il choisit la plus grande Allemagne. Ce choix n'était pas conscient chez le premier, car la nouveauté de l'idée européenne en facilitait alors l'accès et couvrait l'idée de patrie, mais il était conscient chez le second qui ne nourrisait déjà plus d'illusion sur l'Europe. C'est que d'un siècle à l'autre la conscience avait fait de grand progrès dans ses choix, bien qu'il lui restât à faire le progrès décisif: se rendre compte qu'en histoire comme ailleurs il n'y a jamais de choix. Napoléon et Hitler ne rencontrèrent ainsi l'Europe que de façon fortuite, le premier parce qu'il s'illusionnait trop sur elle et le second si l'on peut dire, pas assez, car nous voulons montrer qu'il y a -quand même- une Europe. L'échec de Napoléon et celui de Hitler, qui marquent respectivement la fin de la France et de l'Allemagne politiques, furent cependant aussi l'échec de l'Europe, d'une Europe morte avant de naître. On conçoit alors que la question se pose: qu'est-ce que l'Europe? Peut-il y avoir une Europe politique? Cette Europe doit-elle être prise en charge par une nation ou des nations, ou encore quelque chose de neuf qui transcende d'un coup les nations? Très vite, cette façon de parler nous paraîtra naïve. Un des objets du présent ouvrage et, en tout cas, le côté négatif de son argument, est de monter que ce qui est mis en question aujourd'hui en Europe, ce n'est plus telle ou telle politique, mais -la- politique elle-même, et que l'Europe réelle se fonde justement par ce refus soudain de la naïveté avec laquelle nous avons jusqu'ici posé son problème.
Le premier enseignement de l'expérience historique est lui-même, aujourd'hui, négatif: c'est une force rassemblée par des siècles d'histoire nationale ne peut tendre à devenir continentale qu'au moment de son épuisement; elle s'épuise dans cette expansion même. Mais elle ne peut faire autrement que s'étendre et s'épuiser. Exporter ou mourir, disaient en 1938 les Allemands. Cependant ils pensaient: exporter -et- sur-vivre. Cette expansion nouvelle leur était à la fois imposée et interdite par l'hostilité du dehors et la contention du dedans, comme il advint de la Révolution, dont la vocation libertaire devint d'autant plus explosive qu'elle fut plus comprimée. Et certes, dans ces batailles mortelles, il est inadéquat de metre le bon Dieu dans un camp et le diable dans l'autre. Dans son dernier sursaut, toute force nationale se croit à son apogée et devient nationaliste, elle divinise ce qu'elle croit être son mobile et part à la conquête d'un champ plus vaste au nom des droits sacrés de la liberté ou de ceux, non moins sacrés, de la race des seigneurs, mais ces hypostases ne se veulent éternelles que parce que le temps leur échappe, et c'est leur illusion qui est diabolique, c'est elle qui transforme Napoléon en ogre et Hitler en possédé. Aussi n'y a-t-il plus aujourd'hui aucun mystère dans l'impuissance de l'Europe, au cours de l'histoire, à constituer son unité par les nations: c'est ce que cette constitution ne fut jamais tentée que par des nations trop faibles pour l'Europe. L'Europe, avant même d'être, a épuisé ses nations.
Faut-il onc concevoir l'Europe contre les nations ou sans elles? La disparité des idéologies et des systèmes, même quand ils se disent internationalistes, l'antagonisme persistant des intérêts, l'incohérence de l'agitation démocratique ne sont sue des effets seconds qui ne rendent même pas compte, si on ne les survole pas tous ensemble, de la mauvaise conscience de l'Européen théorique: on ne peut pas demander à un grand roi déchu de régner de bon gré sur l'Ile d'Elbe. Au temps de la grandeur de Rome, Sylla refusa de régner paisiblement sur un peuple d'esclaves. Mais les Européens sont aujourd'hui plus fatigués que des esclaves et ils ne produisent surtout plus de Syllas. Dire que l'on ne peut faire l'Europe que par l'abandon des souverainetés nationales, c'est parler et penser aussi mal que possible, et peut-être même n'est-ce que parler et pas penser du tout. Car où sont les souverainetés? S'il sufisait de dix nations mortes pour faire un empire vivant, l'Europe jaillirait joyeusement de ses ruines encore chaotiques. Mais pour faire un empire, ce n'est pas dix nations vivantes ou mortes, qui sont nécessaires, mais une nation, une seule nation vivante, jeune et même adolescente, mais dont les limites soient posées d'emblée comme impériales. Les Etats-Unis, la Russie sont spontanément des empires, mais aujourd'hui il ne peut plus y avoir que des empires spontanés. En termes de philosophie, on dira que les empires ne peuvent plus être constitués, non construits. Tout empire qui exige un temps d'une construction n'est qu'un faux empire, on le vois assez à la débandade de ce qu'on appela l'Empire britanique et l'Empire français. Nietzsche disait qu'il ne donnait pas cher des vérités qui on besoin d'être démontrées. Nous ne donnerons pas cher non plus des empires qui ont besoin d'être construits. Dix nations qui s'assemblent ne font pas un empire de fait, mais une confédération de droit, et il faut beaucoup de temps, d'épreuves et de larmes pour qu'un matin se lève le souvenir des douanes matérielles, sentimentales et intellectuelles se trouve effacé, et où le confédéré de la veille ouvre le livre vierge d'une nouvelle histoire. Cette naissance est abrupte. Mais tel n'est pas notre lot. Ce n'est pas demain que nous nous réveillerons européens. Ce n'est pas demain que l'Europe ne se souviendra de son passé que sous une forme protoplasmique, ce qui revient à dire qu'elle n'aura plus de passé. On ne peut et d'ailleurs on ne veut faire de nous que des confédérés juridiques, c'est à dire des bâtards de l'histoire, ou, si l'on préfère ses foetus et certes il en faut et il en eut, mais ce n'est pas un destin qui convienne à des hommes qu'un siècle et demi de guerres a rejetés d'une aventure géante et pathétique. La politique "intelligente" et aussi peu intégrale que possible qu'on dénomme aujourd'hui européenne, ne peut être pour nous l'objet d'une vision ou le support d'un destin volontiers affronté. On rencontre dans ses collèges trop de féodaux sans génie. C'est qu'il ne peut y avoir de génie dans un collège. Une nation ou un empire ne se constituent d'ailleurs pas avec des féodaux mais contre eux. Les féodaux sont de grand anticonstituants car ils prétendent construire le temps, c'est-à-dire de continuer, or rien ne naît que dans la suspension du temps, la brisure du rythme, la submersion dans le non-temps. Ils sont même les grands blasphémateus naïfs, les réactionnaires prédestinés à rendre clairs les antagonismes aux yeux des révolutionnaires et a servir bêtement de support à la montée des destructions. Aussi lorsque l'histoire accouche sont-ils ses eaux sanglantes et fétides, le résidu non-incorporé d'une gestation qu'ils croyaient stupidement assumer, ils sont les menstrues de l'histoire. La fatalité de Napoléon, il s'en rendit compte Sainte-Hélène, fut de chercher à faire l'Europe par l'intermédiaire de féodaux appelés rois. Cela ne suffit pas pour s'acquerir les rois, mais lui aliéna les peuples. Napoléon eut pour les dynasties le respect d'un parvenu, le même respect que Hitler nourrit jusqu'à la fin pour d'autres féodalités, l'Eglise romaine et l'empire britanique. La fatalité de Hitler fut d'ailleurs analogue à celle de Napoléon, elle fut d'interposer entre les peuples et lui une caste partisane qui devint dévorante à mesure qu'elle se voulut moins réellement caste et qu'elle s'englua de la matière épaisse d'une vieille nation au lieu de fonder une nation nouvelle et de s'y fondre en s'allégeant. Au temps où l'on mettait encore l'histoire au conditionnel, il pouvait être tentant, pour sortir la politique de ce dévergondage sentimental où dans tous les camps elle régressait, de chercher si cette caste recélait de "vrais Européens", c'est à dire des internationalistes. Nous avons cherché pendant deux ans les socialistes allemands et nous ne les avons pas trouvés. C'est qu'ils étaient pris dans une dialectique, celle du socialisme international et du national-socialisme, et que, tiraillés, écartelés, crucifiés en elle, ils étaient la preuve poignante de l'utopie inter-nation. Toutes ces traverses détournent aujourd'hui l'esprit d'une vaine croyance à la facilité. Nous voyons bien que dans des néo-européens, le "redressement" de l'Europe se réduit à la réorganisatin d'une maison de commerce mal tenue. Il faut aussi des commerçants pour faire un monde. Mis peu importe après tout que cette Europe boutiquière tienne des comptoirs de chimères ou de prébendes. Ce qui est notable, c'est que les néo-européens se décrivent eux-mêmes non comme des chefs prenant -la tête- de l'Europe mais comme des techniciens -à son service-. L'Europe embauche de bons serviteurs, de bons industriels, de bons juristes, de bons diplomates. C'est assurément renverser le sens de l'histoire que de l'enlever aux prophètes pour la confier aux professeurs, ou aux soldats pour la confier aux banquiers, mais il va de soi que ce renversement de sens aussi est nécessaire et qu'il est le contraire d'un non sens. Il est le signal qui nous annonce: à chacun son Europe. Si l'Europe politique est aujourd'hui voués aux marchands de mots ou aux marchands tout court, et si le temps n'est pas venu de les chasser, ou si le temps est clos, c'est qu'il nous faut sortir de l'Europe politiique. La subversion actuelle des hiérarchies signifie aussi bien l'aliénation de l'Europe que sa sublimisation. L'Europe n'est plus pour nous là où elle est proclamée, à la tribune des parlements ou dans les congrès de notables. Où donc est l'Europe"
Ecrites en 1950, ces lignes sont de l'écrivain et philosophe Raymond Abellio (1907-1986) en introduction de son ouvrage: Assomption de l'Europe (Gallimard 1950 réédité en 1978) ingénieur polytechnicien Raymond Abellio il fit, un temps, de la politique durant les années 1930 durant lesquelles il fut secrétaire d'Etat au commerce pendant le Front Populaire, et resta en politique jusqu'à la fin de la deuxième guerre mondiale, en 1945 il dut se réfugier en Suisse où il vécu quelques années, car il fut inquiété à la Libération pour ses activités durant l'Occupation où, pourtant, il ne collabora pas. Il fut d'ailleurs complètement blanchi peu après son retour en France.
Je trouve que ces lignes posent toujours très bien - LA Question - de l'Europe.
Le développement économique depuis cette époque est, évidemment, sans commune mesure avec ce qu'il est aujurd'hui et il n'est nullement certain que que l' "organisation de l'Europe" aura eu un effet déterminant dans ce développement économique qui, de toute façon aurait eu lieu d'une façon ou d'une autre.
Si quelque chose de l'Europe devait se faire vraiment, il y a beaucoup de chances que cela ne ressemble pas beaucoup à l'idée qu'on s'en était fait, comme nombre d'actions humaines d'ailleurs.
Je le pense toujours et je le redis, l'Europe n'est plus dans l'Europe, elle a déjà donné tous ses fruits au monde comme l'Egypte pharaonique mère des nations, comme les Hébreux d'Israël père spirituel des nations, comme la Grèce Antique pensée des nations et Rome droit des nations. Sur le plan pratique n'importe quelle nation européenne peut, je le redis, bilatéralement ou multilatéralement, coopérer dans des projets créatifs et féconds avec N'IMPORTE quel pays du monde ou continent du monde sans l'"Europe". L'euro n'est nullement une révolution, mais un changement d'échelle. Et c'est la production des bien qui doit faire la monnaie et non exactement l'inverse de ce que l'on nous impose par le dévoiement de la "politique du crédit" ou: l'argent-dette des banquiers qui nous écrase et c'est bien pire dans les pays pauvres. La prétendue construction de l' "Europe" ne fait qu'entérinner cet état de fait mensonger sur la création de l'argent. Tout notre système financier est à revoir car nous devons avoir l'argent qui correspond à ce qui est possible de fabriquer physiquement, autrement dit ainsi que le dit Louis Even créateur du mouvement du Crédit-Social: Rendre financièrement possible ce qui est réalisable physiquement ET NON L'INVERSE que nous "commande" la politique monétaire scandaleuse.
Mais, je vous conseille de relire point par point le texte intitulé brêve histoire de la banque que j'avais mis dans le forum en date du 6 octobre 2005, il s'agit du modèle historique de la Banque d'Angleterre étendu à présent au monde entier avec toute la technologie apparue depuis l'époque où ce texte a été écrit. Cette haute technologie faire croire à un "modernisme" absolu. Il n'en est rien! Ce système financier est hors d'âge, obsolète et voleur, sinon plus, basé sur la rareté... et notre ignorance de lui... sa "meilleure" garantie. La grande pauvreté des anciens temps confinée à l'intérieur des provinces et des pays s'est, tout simplement généralisée au monde entier le système financier dans le fond, ne s'est pas modifié, il s'est mondialisé, (alias globalisé) et la modernité nous en jette plein les yeux à nous qui avons la chance d'être du "bon côté de la barrière". Il n'y a vraiment que les pays asiatiques et l'Amérique Latine qui s'ébroue un peu qui, actuellement, créent par eux-mêmes leurs propres richesses, seul vrai garant d'une autonomie maximum dans un développement plus sain qui passe par la nation, même la nation reconnaissant à ses provinces plus d'autonomie.
Cette transformation du système financier revient dans tous les problèmes économiques et sociaux d'où qu'on les prennent.
Aussi ce que nous dit le Pape Jean-Paul II cela sera davantage possible lorsque l'on rectifiera, enfin, avec la doctrine sociale de l'Eglise le système financier actuel qui est tout sauf honnête. Il est, selon les mots mêmes de Jean-Paul II, la plus grande des structures de péché qu'il stigmatise dans son encyclique Solicitudo Rei Socialis de 1988. J'ai toute une collection des exhortations des papes sur la justice économique et financière. Il est grand temps qu'on en tienne compte. Coluche traduisait la démocratie par: causes toujours!... on en est là.
« L’identité culturelle et historique des sociétés est sauvegardée et entretenue par ce qui est inclus dans le concept de nation. Naturellement, un risque devra être absolument évité : que la fonction irremplaçable de la nation dégénère en nationalisme (...) Je pense que la manière la plus appropriée est le patriotisme. La caractéristique du nationalisme est en effet de ne reconnaître et de ne rechercher que le bien de sa propre nation, sans tenir compte des droits des autres. À l’inverse, le patriotisme, en tant qu’amour pour sa patrie, reconnaît à toutes les autres nations des droits égaux à ceux qui sont revendiqués pour sa patrie et il constitue donc la voie vers un amour social ordonné. »
OUI, pour ça il faut étudier le Crédit Social
Voir: michaeljournal.org
Cordialement
Renaud