L'Eglise n'a jamais persécuté Galilée

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Re: L'affaire Galilée

par Raistlin » jeu. 12 avr. 2012, 15:08

aroll a écrit :Je me contente aussi de dire que la vérité ne pouvant s'opposer à la foi, affirmer que la progrès scientifique (qui à défaut d'avoir LA vérité, révèle quand même DES vérités), est néfaste pour la foi est forcément faux.
Là, je vous rejoins entièrement. Et l'Église partage votre point de vue. D'ailleurs, l'Église n'a jamais méprisé la science. Il y eut des affaires malheureuses (Galilée en est une), mais ce fut pour des motifs n'ayant rien à voir avec la science en elle-même.

Surtout que si l'on en croit des auteurs comme Tresmontant, l'état actuel des découvertes scientifiques semblent bien plus donner raison au théisme qu'à l'athéisme...

Cordialement,

Re: L'affaire Galilée

par Raistlin » mer. 11 avr. 2012, 19:16

roll a écrit :On peut dire des choses vraies en philosophie, on peut avoir des arguments plus ou moins convainquant (donc tout ne se vaut pas), mais on ne peut arriver à un niveau de certitude suffisant pour qualifier ces choses de «connaissance». Pour moi, l'expression «démonstration philosophique» est un oxymore.
Je ne suis pas d'accord avec vous. Le principe d'identité est une base de la philosophie et son niveau de certitude est bien meilleur que celui de l'héliocentrisme. Idem pour le principe de causalité, sur lequel d'ailleurs repose toute expérimentation scientifique. Et je ne parle même pas de démonstrations mathématiques rigoureuses qui ne relèvent pas de la science expérimentale et dont le degré de certitude est quand même pas mal du tout, non ?

Mais je suis d'accord pour dire que la science expérimentale apporte un degré de certitude généralement très élevé et rarement égalé (même s'il ne faut pas non plus tomber dans une sorte de scientisme béat : la science progresse et nombre de choses qu'on croyait vraies deviennent obsolètes, signe qu'elles n'étaient pas si certaines que ça). C'est pourquoi elle est un vrai progrès. Mais quant à en faire la seule source de connaissance vraiment fiable... c'est un saut que je ne trouve pas légitime de faire.

Cordialement,

Re: L'affaire Galilée

par aroll » mer. 11 avr. 2012, 15:50

Bonjour.
lmx a écrit : La cosmologie de cette époque avait une valeur anthropologique qui faisait que l'homme vivait dans un milieux lui permettant de déployer son essence son humanité. Le monde avait un sens, il était le livre de Dieu, un symbole, non un processus muet où Dieu est réduit à "lui donner une chiquenaude".(1)
D'autre part, ce monde était, quoique fini et limité, qualitativement ouvert, ouvert en profondeur du fait de l'immanence du divin en lui. C'était un monde d'essences et non un monde de figures géométriques réifiées, de res extensa, littéralement enfermé dans une condition spatiale où tout se trouve réduit à un seul type d'intelligibilité et à un seul type de causalité. Ce monde avait une vérité profonde en lui qu'il fallait sauvegarder.(2)
Lais avec Galilée, le physique étouffe le métaphysique, et la physique et les mathématiques remplaçant la philosophie, la possibilité de l'existence d'un être va dépendre de la possibilité de l'appréhender sur le plan quantitatif. Tel est le problème de l'univers de Descartes et de Galilée, univers euclidien plat, géométrique, truqué, où les qualités sensibles soient s'évanouissent, soient sont mathématisées c'est-à-dire quantifiées. Et ce monde là, monde fait d'êtres de raison (certes fondés sur un aspect des choses) et non d'être réelles avec toute leur diversité qualitative (qui va du sensible à l'intelligible pur, soit, à l'être), monde de la barbarie selon Michel Henry, n'est pas le vrai monde, ce n'en est qu'une réduction, et il n'y avait pas à le canoniser.(3)
(1) Une « chiquenaude » qui suppose infiniment plus de puissance et d'intelligence que pour créer un univers « version antique »
(2) Parce que l'on ne peut sauvegarder cette vérité QUE par un mensonge sur la réalité ?
Depuis quand Dieu a-t-il besoin du mensonge pour être défendu ?
(3) Ooh que si que c'est le vrai monde, même si ce n'est pas TOUT le vrai monde, mais la vision ancienne est encore bien plus éloignée du vrai monde puisqu'elle décrit quelque chose de tout simplement faux.
Et si certains chrétiens se sont révélés incapables de retrouver cette métaphysique, et ces qualités sensibles dans le monde tel qu'il est vraiment, comment justifier d'en reporter la faute sur ceux qui n'ont fait que découvrir des vérités, et au passage, des vérités créée par Dieu...........

Amicalement, Alain

Re: L'affaire Galilée

par lmx » ven. 06 avr. 2012, 22:25

Selon la seconde, l'univers galiléen infini a quelque chose de déroutant pour la conscience du croyant ordinaire. Que devient le ciel dans ces conditions? une simple métaphore? mais alors où vont les âmes après leur mort? L'Eglise aurait préféré éviter de semer le trouble dans la conscience du croyant.
Le "ciel" ou "l'Empyrée" est bien entendu un symbole. Les grands théologiens du Moyen Age ne pensaient que les âmes montaient physiquement au "ciel" et que Dieu "habitait" le Ciel".
Le problème c'est qu'après Galilée le spirituel qui constitue la dimension intérieur du réel sera progressivement évacué.
Avec, d'une part, la disparition des essences/formes qui exprimaient la diversité qualitative et le degré de ressemblance de chaque étant (ens) avec Dieu, le monde perd son caractère de vestige de symbole, et d'autre part avec la perte de l'être (esse) qui exprimait la mystérieuse relation qui unit l'étant à Dieu le monde perd sa profondeur ontologique, et son coeur qui était Dieu. Dans le fond intime de la réalité il y avait Dieu. Bref, le réel n'était pas fait d'une seule étoffe, il y avait des degrés de réalité, une extension en profondeur. Et c'est ce qui fait que ce monde était tout sauf clos.
Mais en réduisant le monde à sa matérialité et en l'enfermant sur lui-même, l'immanence divine sera progressivement chassée des consciences, ce dont témoigne les écrits des meilleurs esprits qui vont se mettre à penser Dieu comme une Super chose. Aussi, ce n'est qu'au moment où le monde est fermé sur lui-même, que"monter au ciel" n'admet plus de signification symbolique et se trouve réduit à signifier le fait de monter verticalement par rapport à un point donné. C'est d'ailleurs à partir d'une telle ontologie matérialiste, bien enracinée dans les consciences, qu'un Bultmann qui comprend tout sous l'angle physique peut débuter son entreprise de démythisation.

Ce qui se joue à cette époque ne concerne pas seulement le croyant. Cet univers là peut aussi donner des vertiges à l'athée moderne qui peut s'éprouver comme une existence sans essence, sans raison d'être, comme une pierre jetée dans le vide.
On ne comprend pas les critiques parfois virulentes, et les plus fortes ont été adressées par des non-chrétiens, à l'égard de l'entreprise scientifique moderne, si on ne saisit pas que l'homme a pu légitimement se sentir dépossédé d'une partie de lui-même.

Re: L'affaire Galilée

par gerardh » ven. 06 avr. 2012, 13:51

_________

Bonjour,

N'aurait-il pas été préférable de rendre à César ce qui était à César et à Dieu ce qui était à Dieu ?


_____________

Re: L'affaire Galilée

par roll » ven. 06 avr. 2012, 13:45

Enyo32 a écrit :J'aimerais que vous donniez des précisions sur le fait que Kepler fut malmené par l'Eglise, car je ne connais pas du tout cet aspect. :oui:
En fait, il fut un peu malmené, mais il faut avouer qu'il est difficile de discerner ce qui venait de ses convictions religieuses et de ses idées scientifiques (Kepler était protestant). Il a d'ailleurs eu surtout des problèmes avec les protestants mais ce point précis est peut-être un peu hors sujet. Il travaillait à Graz jusqu'en 1600 en tant que Professeur dans une école catholique avant d'y être exclu (mais cette exclusion était probablement seulement due au fait qu'il était protestant). Durant son travail à Graz, il sera forcé de supprimer un passage se référant aux écritures (malheureusement, je n'ai pas pu retrouver ce passage).

Il devra déménager plusieurs fois pour son refus de se convertir au catholicisme. Aussi, ses trois ouvrages «Astronomia Nova», «Epitome Astronomia copernicanae», et «Harmonice Mundi» furent immédiatement mis à l'Index.

PS: À tout les autres: je vous répondrai un peu plus tard, pour faire une réponse complète.

Re: L'affaire Galilée

par spk » ven. 06 avr. 2012, 10:56

Il y a un mystère de l'affaire Galilée. L'image d'Epinal anticléricale nous donne en guise d'explication que les catholiques étaient tellement bêtes et cruels qu'ils ont voulu faire taire Galilée qui contredisait la Bible. Evidemment, c'est un peu court!
Pour autant, il ne s'agit pas de refaire le procès. Les excellentes contributions de Roll rappellent clairement, sans aucun scientisme, que Galilée avait raison de rejeter le géocentrisme et qu'il ne l'a pas fait au hasard ni juste pour embêter le monde :-D . Il faudrait parvenir à comprendre comment l'Eglise a-t-elle pu commettre ce qui reste apparemment une sottise monumentale.
Trois hypothèses me semblent crédibles, dans l'ordre croissant de crédibilité selon moi.
Selon la première, Galilée aurait voulu l'appui de l'Eglise, afin que ses théories deviennent des vérités officielles. L'Eglise lui a rappelé sèchement la relativité des connaissances scientifiques.
Selon la seconde, l'univers galiléen infini a quelque chose de déroutant pour la conscience du croyant ordinaire. Que devient le ciel dans ces conditions? une simple métaphore? mais alors où vont les âmes après leur mort? L'Eglise aurait préféré éviter de semer le trouble dans la conscience du croyant.
Selon la troisième, le géocentrisme n'est que la partie émergée de l'iceberg, et ce qui est en jeu c'est toute la physique galiléenne, et la nouvelle conception de la matière. Le dogme de la transubstantiation, en particulier, pourrait s'en trouver menacé, suffisamment pour créer un scandale qui pourrait rejaillir sur le pape Urbain VIII, qui fut longtemps ami de Galilée. Le procès Galilée détourne ainsi prudemment vers une question de bien moindre importance, car sans portée dogmatique, le problème de la conciliation entre la foi traditionnelle et la vision moderne de la science.

Re: L'affaire Galilée

par lmx » ven. 06 avr. 2012, 1:27

Vous avez dit à peu près tout ce que je voulais sur ce sujet, en mieux. En fait, je suis très heureux de vous lire. Il est tellement difficile d'expliquer ce genre de choses à nos contemporains, qu'ils soient athées, croyants, physiciens ou même théologiens...
merci c'est un peu trop flatteur :oops:

Pour clarifier mon propos, je n'adhère pas totalement au conventionalisme (qui n'est pas totalement le même chez Duhem et Poincaré), j'essayais d'expliquer sa position, et je comprends que cette vision puisse avoir quelque chose d'effroyable, comme si dans la science la recherche de la vérité (du moins de ses aspects) n'avait aucun sens, comme s'il ne s'agissait que de construire des théories artificielles. D'ailleurs ces thèses m'ont, durant un bon moment, profondément troublé, mais toujours est-il qu'il est impossible de nier la part de convention et de postulat dans une théorie.
Même les analyses de Husserl qui montre un Galilée entrain de se livrer à une mise en boîte frauduleuse de la nature et entrain de nous déloger de notre monde sont sèches et dures, mais elles ont le grand mérite de souligner que le scientifique n'étudie pas la nature en elle-même mais la nature mise dans les conditions de l'expérimentation, donc d'une nature réduite.


Sur le fait que Galilée construisait des hypothèses a priori, qui a-t-il de honteux à reconnaître qu'on se serve d'hypothèses indémontrables du moment qu'elles permettent d'explorer et de mieux cerner des aspects de la réalité et d'en dire des choses vraies ? Il y a quelque chose de fascinant à entendre dire Schrödinger que le créateur d'hypothèses "dispose de possibilités pratiquement illimitées" et "qu'il est aussi peu lié par le fonctionnement des organes des sens qu'il ne l'est par celui des instruments dont il se sert".
Pour en revenir au sujet, l'objet du livre de Duhem "Sauver les apparences ..." est précisément de montrer que les positions de chacun se sont durcies sous l'effet d'un aristotélisme extrême en vogue en Italie, alors que ce vieux principe méthodologique aurait pu mettre tout le monde d'accord, au moins provisoirement ... Mais peut-être fallait-il que les choses se passent ainsi.
Maintenant, on peut faire crédit à Galilée et Descartes (tout de même aidés par des prédécesseurs) d'avoir pu permettre l'avènement d'une véritable science expérimentale digne de ce nom avec des méthodes et des principes.
Reste que sur le plan spirituel et existentiel notre univers, dès lors qu'on a considéré que la nature étudiée sur le plan expérimental était la nature pure et simple, dès lors que tout a été qualitativement homogénéisé et réduit à des processus, donc dès lors que la science a prétendu cerner la totalité du réel ce qui supposait de le réduire à ce qui était mesurable et observable, il s'est considérablement appauvri. D'accord, nous avons gagnés sur le plan scientifique, nous en savons un peu plus sur notre univers sur le plan scientifique, mais notre existence n'est pas toute entière fondée sur la science. Et si la science a pu apparaître menaçante à certaines époques (au 19è à un Goethe notamment) c'est précisément parce que la réduction du monde à son aspect quantitatif conduit à une dévaluation de pans entiers de l'expérience humaine. Aujourd'hui il y a encore des savants fous pour nous dire que l'amour n'est qu'une réaction chimique ou qu'un humain ne vaut pas mieux qu'un singe et qu'on pourrait tenter de les croiser.
Comme si être humain ne revenait plus qu'à calculer des conséquences, faire des prévisions, etc


Pour finir, je dois dire que Maritain avec son Cajetan m'a délivré de bien des troubles. L'épistémologie d'inspiration thomiste qu'il a tenté d'élaborer vise très schématiquement à établir une certaine continuité entre tous les types de savoir (physique, mathématique et métaphysique) surplombés par la philosophie qui est là d'une part pour nous informer sur le type d'abstraction et d'intelligibilité (sensible/physique, quantitative/mathématique, et métaphysique) par lequel les savoirs se constituent un objet formel d'étude et d'autre part pour garantir l'objectivité des connaissances qu'ils donnent. Ainsi peut-on reconnaître la valeur de la mathématisation de la nature, car c'est une entreprise qui donne malgré tout un écho de l'être des choses dont il est de toute façon impossible de faire abstraction puisqu'il se présente toujours à nous qu'on le veuille ou non, quoique seul la métaphysique qui traite du pur intelligible le traite en lui-même.
Il est donc dommage que l'entreprise ambitieuse de Maritain qui devait s'achever sur un traité de philosophie de la nature n'ait pas été poursuivie. Je crois qu'à une époque où les philosophes se demandent de quoi parle la science et à une époque où on l'a sent arrogante et même parfois menaçante, le thomisme peut tout réconcilier. Bref, je ne comprends même pas pourquoi ses livres ne sont pas réédités.


Le problème étant que la pensée scientifique moderne semble avoir oubliée qu'elle avait, comme toute pensée, des principes.
L'épistémologie moderne est là pour lui rappeler et pour nous guérir définitivement contre le scientisme.

Re: L'affaire Galilée

par ti'hamo » jeu. 05 avr. 2012, 23:42

(il y a le droit de faire de redites parce qu'on s'est dit qu'on allait répondre à quelques points auxquels en fait Imx a déjà répondu ? :-)


@Roll
Si certains chargent peut-être trop Galilée et masquent un peu trop les défauts de ses contradicteurs, si vous rétablissez bien les faits concernant les expériences et résultats scientifiques dont il est question, leurs auteurs et l'intérêt de ces résultats,
concernant la métaphysique par contre vous semblez commettre quelques erreurs :

. "La nature du temps est une question qui taraude les philosophes depuis toujours. Qu'on t-il appris de nouveau à ce propos depuis l'Antiquité? Rien du tout."
Et que nous ont appris les sciences sur la "nature" du temps ? Rien du tout.

Des scientifiques ont obtenu des raisonnements et des résultats formidables - et qu'on ne se lasse pas de contempler - concernant la structure du temps, ses rapports avec l'espace ; sa structure et sa fonction, en quelque sorte. Mais pas sa nature.
Et les réflexions de St Augustin sur ce sujet du temps demeurent d'une actualité étonnante - d'ailleurs il concluait bien que le temps était créé, que le temps appartenait à cet univers.
"Qu'est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais : mais que je veuille l'expliquer à la demande, je ne le sais pas".


. Vous semblez vous étonnez lorsqu'on avance que les sciences reposent sur des postulats qu'il ne lui appartient pas de discuter mais qui ressortissent à la métaphysique. C'est pourtant la base, me semble-t-il :
la réalité, comme l'a rappelé Imx, l'existence : les sciences partent du principe que la réalité existe. Vous répondrez que c'est une évidence : certes, mais dont il est nécessaire de s'assurer, qu'il est nécessaire de discuter et d'asseoir solidement - et ça, c'est la métaphysique, c'est même son point de départ : l'existence, l'être.

(Un autre exemple mais qui vient après serait, justement, la nature, l'identité : une chose est ce qu'elle est.)


. Où sont les sciences, les sciences physiques, matérielles, où elles ne devraient pas ? Vous ne voyez pas ?
Lorsqu'il s'agit de définir qui est humain et qui ne l'est pas, par exemple, terrible exemple - déjà au XIXe ou encore quelques siècles avant, quand des considérations anatomiques ou physiologiques prétendaient établir une échelle de valeur dans l'espèce humaine ; de nos jours, quand on prétend redéfinir l'être humain en jouant sur les mots et les définitions.

Chaque fois la tentation - et l'erreur - sont les mêmes : vouloir définir et fonder la nature humaine sur des critères mesurables. Il s'agit bien d'un abus, d'une utilisation erronée, des principes qui par ailleurs fonctionnent dans le domaine propre des sciences (observations, mesures,...).


Sur ce point, d'ailleurs, il est une observation qui n'a rien d'anodin : je ne crois pas qu'on trouve chez des auteurs du XIIe ou du XIIIe siècle, de "racisme", comme on pourra le voir... après la "Renaissance" (considération et traitement des populations indigènes d'Amérique, traite des Noirs !), puis au XIXe siècle (théories raciales), au XXe Ô combien, et encore de nos jours.
Ce racisme est typiquement une dérivation abusive de cette vision mécaniste du monde, froide, orgueilleuse pour tout dire, qui s'imagine pouvoir tout connaître, tout comprendre et tout réduire en sa domination (de l'esprit ou de la force) par les outils analytiques, par la description, les mesures (anatomique, physiologique, génétique... selon les avances des sciences et selon les domaines en vogue aux différentes époques).

Des hommes du XIIIe ou du XIVe siècle tombant sur un homme noir, seront intrigués. Mais pas racistes.

Voilà peut-être une illustration des abus du système de pensée moderne, et de ce que notre monde a perdu en oubliant ce qui était vrai et bon chez ses prédécesseurs. Et en oubliant que les sciences physiques ont leur domaine propre d'étude et d'application, mais que vouloir soit réduire la connaissance du monde à ce qu'elles permettent de découvrir, soit les appliquer abusivement à des domaines qui ne sont pas le leur, conduit à des erreurs monstrueuses.

Re: L'affaire Galilée

par jeanbaptiste » jeu. 05 avr. 2012, 22:30

lmx, merci, grâce à vous j'ai gagné beaucoup de temps et d'énergie aujourd'hui !

Vous avez dit à peu près tout ce que je voulais sur ce sujet, en mieux. En fait, je suis très heureux de vous lire. Il est tellement difficile d'expliquer ce genre de choses à nos contemporains, qu'ils soient athées, croyants, physiciens ou même théologiens...

Je note ceci, afin de synthétiser la discussion :
La différence entre les grecques et les modernes avant Poincaré, c'est que les grecques étaient parfaitement conscients de ce qu'ils faisaient, ils avaient ce recul réflexif qui fait défaut au scientifique moderne par manque de culture philosophique. Ils avaient ce recul qui les empêchaient d'être dupes des prodiges de la science.
théories physiques comportent des postulats métaphysiques.
Ça c'est ce qui est devenu incompréhensible pour l'homme moderne, à cause précisément du réductionnisme mécaniste dont nous avons parlé (pour faire vite) qui n'examine le réel que sous l'angle de la technicité, de l'efficient, du réalisable, du reproduisible etc.

La réponse suivante est typique :
Et ils étaient beaucoup moins efficaces...
Pour autant elle n'est pas en soi moins bonne qu'une autre, il n'est pas non plus honteux qu'on la conçoive comme la seule véritable (après tout nous sommes tous à défendre ce que nous croyons être vrai). Non, le problème c'est que les personnes qui soutiennent cette thèse refusent de considérer qu'il s'agisse d'un présupposé philosophique. Non par mauvaise foi, mais parce que le "mécanisme" à conduit progressivement à retirer du champ scientifique toute recherche de vérité comme si, au fond, sa simplicité conceptuelle et pratique supposait nécessairement qu'il était "infra-philosophique" ou "pré-philosophique", bref qu'il n'avait pas à rendre compte des comptes à la philosophie.

Ce que je dis de manière un peu brouillonne, vous l'exprimez plus simplement ici :
Cela dit si vous êtes athée et matérialiste il est compréhensible que ce que puisse dire la philosophie ne soit que balivernes et que seul l'aspect matériel des choses vous intéresse. Cela je peux le comprendre, mais pour se comprendre il faut savoir quels principes nous avons pour point de départ et desquels dépend toute notre conception du monde et de l'existence.
Le problème étant que la pensée scientifique moderne semble avoir oubliée qu'elle avait, comme toute pensée, des principes.

Et la question de l'efficacité n'a rien à voir là-dedans ;)

Même s'il est évident que lorsque l'on concentre ses recherches sur la seule efficacité technique, et non la recherche de la vérité en général, et bien... on est plus efficace.

Re: L'affaire Galilée

par Enyo32 » jeu. 05 avr. 2012, 22:06

Merci roll pour ces précisions sur Kepler.
roll a écrit :Kepler fut malmené à cause de ses travaux (ce qui à mon avis montre que l'ouverture d'esprit que vous attribuez aux hommes d'Églises de l'époque est en fait un peu moins grande que vous ne le pensez) mais ce fut bien moins retentissant que l'affaire Galilée
J'aimerais que vous donniez des précisions sur le fait que Kepler fut malmené par l'Eglise, car je ne connais pas du tout cet aspect. :oui:

Re: L'affaire Galilée

par lmx » jeu. 05 avr. 2012, 21:37

Si une théorie n'est pas en accord avec les observations (et plus généralement, qu'on ne peut la modifier pour que ce soit le cas), alors on la jette. Ne pas faire cela serait tomber dans le relativisme le plus absurde.
Il ne s'agit pas de légiférer sur la méthode scientifique, mais de prendre le recul pour faire la genèse critique d'une théorie et d'une méthode, pour savoir de quoi on parle réellement.
Du reste, ce que vous dites n'est pas historiquement vrai, de grandes théories ont été invalidées mais pourtant conservées et développées. Maintenant, on ne procède peut-être plus de la sorte mais j'en doute.
En fait, Galilée faisait des expériences de pensées mais aussi de l'observations, le principe d'inertie n'est quand même pas sorti de nulle part (à vous lire on pourrait presque croire qu'il est tombé juste par chance).
Mais vous admettez qu'il procédait a priori, qu'il imaginait des conditions expérimentales pour chercher à comprendre comment les corps se comportaient.
En réalité, cela n'arrive pour ainsi dire, jamais. Et quand cela arrive, la bonne méthode épistémologique est d'utiliser le rasoir d'Occam.
La science a son caractère dogmatique n'est ce pas ce que montre Kuhn ? Elle a ses 'dogmes' qui deviennent plus tard des obstacles épistémologiques (Bachelard) qui lui permettent de se surmonter.

Ne pas se soucier de savoir si la Terre est au centre ou non est absurde. Le but de la science, c'est de savoir ce qui se passe en réalité, sans cela, faire de la science est tout simplement inutile.
Oui c'est le but. Mais vous oubliez que la science a aussi son caractère historique et qu'elle n'est pas monolithique.
Fallait-il donc le sauvegarder au prix de la vérité?
Sauvegarder les vérités plus haute dont il était porteur, oui il le fallait.
La théorie n'étant qu'un filet de pêche et ne dégageant qu'un aspect du réel, le passage d'une théorie à une autre implique forcément des pertes.
Je voudrait bien savoir de quel postulat il parle, parce que c'est faux.
L'existence en une réalité extérieure ce que les docteurs du bouddhisme mettent en doute d'une façon extrêmement brillante. Par exemple croyez vous que vous pouvez savoir scientifiquement si la réalité existe ou non ? Le fait même de l'étudier présuppose son existence, et l'existence d'outils propres à l'étudier.
On vit tous sur des "postulats" mais nous n'avons pas conscience qu'il s'agit de postulats indémontrables "scientifiquement".

Maintenant, prenons Newton par exemple : d'où croyez vous que sa théorie sur l'espace absolu vient ? Ne me dites pas que cette théorie est le fruit du triomphe la rationalité, de l'expérience (ou de quelque autre baliverne) comme les manuels l'enseignent probablement.
Il s'agit d'une théorie mystique en vogue en Angleterre où l'espace est conçu comme un attribut de Dieu et à laquelle Newton donnera des fondements scientifiques. Pour cette raison que l'espace était une sorte d'extension divine, Leibniz qui ne voulait pas d'un Dieu immanent, mais d'un Dieu horloger pour ne pas le rendre responsable du mal dans le monde, a longuement polémiqué avec les newtoniens. Tout ceci était habillé d'expériences, de justifications "scientifiques", mais à la base il s'agit d'un postulat métaphysico-mystique qui trouve ses justifications a postériori et cette polémique est une polémique fondamentalement théologique opposant deux visions du monde. Mais une fois que la vision newtonienne de l'espace aura triomphé, on oubliera vite les fondements de sa conception de l'espace pour ne retenir que l'espace-contenant, objectif, infini.

Quand Descartes réduit la réalité à de l'étendue à une matière invisible, l'étendue (la res extensa), c'est un postulat, et quand il fait de la réalité une machine, c'est un postulat, il parie qu'en réduisant la réalité de la sorte il pourra mieux l'étudier, et de cette réduction dépend la possibilité d'un certain type de phénomène. Bref, pour reprendre la métaphore de Popper et de sa théorie-filet de pèche, selon le maillage du filet un certain type de phénomène sera péché.

Autre exemple, sur quoi est fondé le modèle cosmologique du 19è ? Au dire de Heinsenberg, de la croyance que l'atome constitue l'étant ultime, la réalité ultime et inaltérable. Ce modèle est fondé sur le matérialisme antique avec comme matrice implicite Démocrite, Lucrèce (mais aussi Epicure) dont les représentations du monde vont ressurgir à la Renaissance.
Ainsi, comme le dit encore Koyré la matière éternelle dans la nouvelle cosmologie (celle de Laplace où Dieu est une hypothèse superflue) allait se voir conférer tous les attributs de la divinité. Et, c'est finalement d'une part, ce qui fait que, comme l'a encore dit le savant allemand dans sa célèbre conférence, toute révolution cosmologique implique un changement de concept de réalité, et c'est d'autre part précisément ce qui signifie qu'il est absurde de vouloir voir dans les sciences positives des sciences englobant la totalité du réel.

Tout ceci me fait penser à la question du Temps. La nature du temps est une question qui taraude les philosophes depuis toujours. Qu'on t-il appris de nouveau à ce propos depuis l'Antiquité? Rien du tout. Qu'est ce qu'est les physiciens ont appris sur le temps ? Énormément de chose. Magré cela, c'est les scientifiques que l'on qualifie de «dupes des prodiges de la science»...
Quand je lis ce que dit Louis Lavelle (hélas oublié) sur le temps et la mémoire, je comprends pourquoi le souvenir chez Proust est si important, pourquoi le souvenir apparaît parfois plus réel que le présent, pourquoi la mémoire est si importante pour un être humain et qu'il ne peut en être dépossédé sans oublié qui il est.
Quand on lit St Augustin on mesure toute la différence qui sépare sa conception du temps, comme possibilité continue de l'irruption d'une nouveauté, de celle de ses prédécesseurs avec leur temps cyclique. Et c'est avec ce temps, avec cette conception de l'histoire que nous vivons tous en Occident sans nous rendre compte, mais qui n'est en rien une évidence.
Quand je prends connaissances de ce que dit d'Einstein eh bien je n'apprends strictement rien sur moi, et pourtant sa relativité me fascine.
Cela dit si vous êtes athée et matérialiste il est compréhensible que ce que puisse dire la philosophie ne soit que balivernes et que seul l'aspect matériel des choses vous intéresse. Cela je peux le comprendre, mais pour se comprendre il faut savoir quels principes nous avons pour point de départ et desquels dépend toute notre conception du monde et de l'existence.
Dites moi précisément dans quel domaine se trouve la science alors qu'elle ne devrait pas y être?
Quand elle prétend dire ce qu'est un être humain, ou quand elle prétend dire qu'il n'y a aucune finalité dans le monde et que tout est le fruit du hasard ; ou encore, quand elle prétend avec Hawkins pouvoir étudier Dieu comme n'importe quel autre être, c'est qu'elle n'a pas compris ses limites et le domaine sur lequel elle porte.

Re: L'affaire Galilée

par roll » jeu. 05 avr. 2012, 19:52

lmx a écrit :non tout le monde n'est pas d'accord avec ça et Duhem et Poincaré n'étaient certainement pas d'accord avec l'idée qu'une théorie pût être plus vraie qu'une autre. Une théorie n'atteignant pas la nature des choses, leur essence, mais des aspects extérieurs, sensibles ou quantitatifs, partant, le choix d'une théorie est affaire de pragmatisme.
Si une théorie n'est pas en accord avec les observations (et plus généralement, qu'on ne peut la modifier pour que ce soit le cas), alors on la jette. Ne pas faire cela serait tomber dans le relativisme le plus absurde.
lmx a écrit :Ainsi pour Poincaré ça veut dire qu'une géométrie ne dit rien sur la structure de l'espace (au contraire de ce que pensait Enstein) et que le choix d'une géométrie non euclidienne au profit de la géométrie euclidienne n'est qu'une question pratique. Aussi pour ce qui est des théories sur l'éther à l'époque, il disait expressément se moquer de savoir si l'éther existait ou non du moment que cet "éther" permettait de rendre compte des observations.
Et on voit où a conduit ce mode de pensée: il a échoué à construire la théorie de la relativité là où Einstein a réussit. Cette théorie a d'ailleurs été assez puissante pour faire des tonnes de prédictions.
lmx a écrit :Pragmatisme ne veut pas dire irrationalité, car si une théorie est plus "pragmatique" qu'une autre c'est qu'elle est meilleure qu'une autre, plus robuste, plus efficace, mais pas pour autant plus fondée sur la nature des choses inaccessible à la science. De ce fait pour notre grand savant une vieille théorie conserve son utilité. D'ailleurs, au dire de Thomas Kuhn le système géocentrique est encore utilisé pour donner des calculs sur le mouvement des étoiles.
Ce qui importe, c'est que l'on SAIT que le système géocentrique est faux. On peut l'utiliser en tant qu'«astuce» pour certaine chose, je veux bien le croire, ça ne change rien au fait qu'il est certain qu'il soit faux.
lmx a écrit :Maintenant, quel est, à mon sens, l'esprit du conventionalisme ? C'est en réalité le même que celui des grecs : "sauver les phénomènes" (sozein ta phainonema) par des hypothèses a priori qui permettent ensuite de construire une représentation du monde rendant compte des observations.
Mais là où Galilée n'est pas honnête c'est avec cette histoire d'"expériences de pensées", qui étaient des hypothèses invérifiables (ce qu'il ne veut pas admettre) et qu'il concevait pourtant comme plus réelles que les expériences elles-mêmes. D'ailleurs sa loi de l'inertie d'où vient-elle ? Sûrement pas de l'expérience, étant donnée qu'on ne trouve jamais de mouvement rectiligne. On est donc en présence d'une théorie a priori qui permet comme l'a bien résumé Koyré dans ses études galiléennes d'expliquer ce qui est à partir de ce qui n'est pas. Rien d'étonnant car la théorie précède toujours l'expérience comme le reconnaissait bien Popper qui n'était pas un conventionaliste.
En fait, Galilée faisait des expériences de pensées mais aussi de l'observations, le principe d'inertie n'est quand même pas sorti de nulle part (à vous lire on pourrait presque croire qu'il est tombé juste par chance).
lmx a écrit :La différence entre les grecques et les modernes avant Poincaré, c'est que les grecques étaient parfaitement conscients de ce qu'ils faisaient, ils avaient ce recul réflexif qui fait défaut au scientifique moderne par manque de culture philosophique. Ils avaient ce recul qui les empêchaient d'être dupes des prodiges de la science.
Que pour les grecs la "mécanique" (mèchanè) soit synonyme de ruse est plutôt significatif.
Et ils étaient beaucoup moins efficaces...
lmx a écrit :Bref, pour en revenir à notre principe méthodologique ("sauver les phénomènes"), on comprend qu'il admet la cohabitation de systèmes logiquement contradictoires mais empiriquement équivalents.
En réalité, cela n'arrive pour ainsi dire, jamais. Et quand cela arrive, la bonne méthode épistémologique est d'utiliser le rasoir d'Occam.
lmx a écrit :D'ailleurs, à l'époque nombreux étaient les astronomes pour féliciter à la fois Copernic et Brahé sans se soucier de savoir si oui ou non la terre était au centre (centre géométrique et non centre réel) du monde, l'essentiel étant pour eux d'avoir une théorie qui rende compte des phénomènes avec plus de précision. Si tout le monde s'en était tenu à ce principe, si on avait pas fait montre de part et d'autre d'un réalisme naïf, si on avait écouté Bellarmin qui cherchait à calmer le jeu, les choses auraient peut-être pu se passer différemment.
Ne pas se soucier de savoir si la Terre est au centre ou non est absurde. Le but de la science, c'est de savoir ce qui se passe en réalité, sans cela, faire de la science est tout simplement inutile.
lmx a écrit :La cosmologie de cette époque avait une valeur anthropologique qui faisait que l'homme vivait dans un milieux lui permettant de déployer son essence son humanité. Le monde avait un sens, il était le livre de Dieu, un symbole, non un processus muet où Dieu est réduit à "lui donner une chiquenaude".
D'autre part, ce monde était, quoique fini et limité, qualitativement ouvert, ouvert en profondeur du fait de l'immanence du divin en lui. C'était un monde d'essences et non un monde de figures géométriques réifiées, de res extensa, littéralement enfermé dans une condition spatiale où tout se trouve réduit à un seul type d'intelligibilité et à un seul type de causalité. Ce monde avait une vérité profonde en lui qu'il fallait sauvegarder.
Fallait-il donc le sauvegarder au prix de la vérité?
lmx a écrit :Lais avec Galilée, le physique étouffe le métaphysique, et la physique et les mathématiques remplaçant la philosophie, la possibilité de l'existence d'un être va dépendre de la possibilité de l'appréhender sur le plan quantitatif. Tel est le problème de l'univers de Descartes et de Galilée, univers euclidien plat, géométrique, truqué, où les qualités sensibles soient s'évanouissent, soient sont mathématisées c'est-à-dire quantifiées. Et ce monde là, monde fait d'êtres de raison (certes fondés sur un aspect des choses) et non d'être réelles avec toute leur diversité qualitative (qui va du sensible à l'intelligible pur, soit, à l'être), monde de la barbarie selon Michel Henry, n'est pas le vrai monde, ce n'en est qu'une réduction, et il n'y avait pas à le canoniser.
Le monde de Galilée est plus proche de la réalité que celui de ses contradicteurs. Ceci est prouvé alors je ne comprend pas pourquoi il faut regretter la victoire de cette vision.
lmx a écrit :D'où la nécessité de garder à l'esprit qu'il y a des degrés d'abstractions, des degrés d'intelligibilités traités par chaque science.
Tout est choix philosophique : penser qu'il y une réalité extérieure, qu'elle est intelligible et saisissable, qu'il y a des mathématiques dans les choses etc. On doit d'ailleurs à Meyerson (encore un épistémologue français précurseur) la mise en évidence que théories physiques comportent des postulats métaphysiques.
Je voudrait bien savoir de quel postulat il parle, parce que c'est faux.
lmx a écrit :Ainsi pour le cas Galilée, la géométrisation du monde en glissant par en dessous le monde réel un monde géométrique, Husserl parlait de "substruction", fut aussi un de ces paris métaphysiques qui s'est révélé fécond. On peut en faire crédit à Galilée. Mais on ne peut accepter de réduction du monde à des figures géométriques ou à quoi que ce soit d'autre autrement que méthodiquement et provisoirement.
Avec Descartes et lui la science s'est débarrassée de ce qui ne l'a concernait pas (essences, finalité, causalité formelle etc) mais ensuite elle a prétendu légiférer sur l'ensemble du réel et c'est cela qui est inacceptable.
Dites moi précisément dans quel domaine se trouve la science alors qu'elle ne devrait pas y être?

Tout ceci me fait penser à la question du Temps. La nature du temps est une question qui taraude les philosophes depuis toujours. Qu'on t-il appris de nouveau à ce propos depuis l'Antiquité? Rien du tout. Qu'est ce qu'est les physiciens ont appris sur le temps ? Énormément de chose. Magré cela, c'est les scientifiques que l'on qualifie de «dupes des prodiges de la science»...

Re: L'affaire Galilée

par roll » jeu. 05 avr. 2012, 19:20

Enyo32 a écrit :Je ne connais pas celui de Kepler et n'en ai pas entendu parler dans cette affaire.
Le modèle de Kepler est presque le modèle actuel, si on exclue certaines corrections infimes à cause de phénomènes comme des perturbations gravitationnelles entre planètes ou des corrections de la relativité générale. Dans le modèle de Kepler, toutes les planètes tournent autour du Soleil, y compris la Terre. Il n'y a aucun épicycle. Les planètes décrivent des ellipses dont le Soleil occupe l'un des foyer (c'est la première loi). Il découvre aussi que les planètes sont plus rapides lorsqu'elles sont plus proches du Soleil, plus précisément que les aires balayés par le rayon Soleil-planète en des temps égaux sont égales (deuxième loi). Avec une image, c'est plus facile à comprendre:
Image
Il découvre enfin que le carré de la période sidérale d'une planète est proportionnel au cube du grand axe de l'orbite (troisième loi). En clair: plus une planète est éloignée du Soleil, moins vite elle se déplace sur son orbite.

Ces trois lois ne sont qu'une conséquence de la loi de gravitation comme le montrera Newton, il est d'ailleurs remarquable que Kepler en avait déjà l'intuition: «Une chose est certaine : du Soleil émane une force qui saisit la planète.»

Ces trois lois, simples et précises, suffisent à mettre le géocentrisme hors-jeux. Toutes les observations s'accordent très précisément au modèle, sans aucun épicycle. Il est d'ailleurs sociologiquement intéressant de constater que le héros de l'héliocentrisme est Galilée dans la tête de l'homme de la rue, alors que Kepler avait les arguments les plus forts. Que Galilée n'est connu que par son opposition avec l'église et non par ses immenses travaux en mécanique (sur le principe d'inertie et de relativité) alors que le nom de Kepler est lui très peu connu.

Kepler fut malmené à cause de ses travaux (ce qui à mon avis montre que l'ouverture d'esprit que vous attribuez aux hommes d'Églises de l'époque est en fait un peu moins grande que vous ne le pensez) mais ce fut bien moins retentissant que l'affaire Galilée. Ceci est bien sur la conséquence du caractère de ce dernier, assez enclin à la polémique. Galilée méprisait Kepler et c'était sa plus grande erreur: avec l'aide de Kepler, je suis presque sur qu'il aurait obtenu gain de cause et aurait pu constituer une défense solide. Kepler avait même eu le génie de comprendre que les marées étaient dues à l'attraction de la Lune, idée que Galilée trouvait ridicule [1]. Et pourtant, adhérer à cela l'aurait empêché de se fourvoyer dans son explication des marées.

C'est un peu triste quelque part, que Galilée ait eu tant de gloire uniquement grâce à cette affaire, et Kepler si peu, et que les travaux les plus important de Galilée ont été éclipsée par toute cette histoire.

[1]: Galilée dit dans les Dialogues: « Mais de tous les grands hommes qui ont philosophé sur cet effet si étonnant de la nature, c’est Kepler qui m’étonne le plus : cet esprit libre et pénétrant avait à sa disposition les mouvements attribués à la Terre, il a pourtant prêté l’oreille et donné son assentiment à un empire de la Lune sur l’eau, des propriétés occultes et autres enfantillages du même genre. »

Re: L'affaire Galilée

par lmx » jeu. 05 avr. 2012, 19:07

J'ai l'impression que vous faites dire à ces auteurs ce qu'ils ne disent pas. Ou peut-être que je ne comprend pas ce que dites: tout le monde est quand même d'accord que pour qu'une théorie soit bonne il faut au minimum qu'elle soit en accord avec les observations. Ça ce n'est pas qu'une affaire de pragmatisme !
non tout le monde n'est pas d'accord avec ça et Duhem et Poincaré n'étaient certainement pas d'accord avec l'idée qu'une théorie pût être plus vraie qu'une autre. Une théorie n'atteignant pas la nature des choses, leur essence, mais des aspects extérieurs, sensibles ou quantitatifs, partant, le choix d'une théorie est affaire de pragmatisme.
Ainsi pour Poincaré ça veut dire qu'une géométrie ne dit rien sur la structure de l'espace (au contraire de ce que pensait Enstein) et que le choix d'une géométrie non euclidienne au profit de la géométrie euclidienne n'est qu'une question pratique. Aussi pour ce qui est des théories sur l'éther à l'époque, il disait expressément se moquer de savoir si l'éther existait ou non du moment que cet "éther" permettait de rendre compte des observations. Pragmatisme ne veut pas dire irrationalité, car si une théorie est plus "pragmatique" qu'une autre c'est qu'elle est meilleure qu'une autre, plus robuste, plus efficace, mais pas pour autant plus fondée sur la nature des choses inaccessible à la science. De ce fait pour notre grand savant une vieille théorie conserve son utilité. D'ailleurs, au dire de Thomas Kuhn le système géocentrique est encore utilisé pour donner des calculs sur le mouvement des étoiles.

Maintenant, quel est, à mon sens, l'esprit du conventionalisme ? C'est en réalité le même que celui des grecs : "sauver les phénomènes" (sozein ta phainonema) par des hypothèses a priori qui permettent ensuite de construire une représentation du monde rendant compte des observations.
Mais là où Galilée n'est pas honnête c'est avec cette histoire d'"expériences de pensées", qui étaient des hypothèses invérifiables (ce qu'il ne veut pas admettre) et qu'il concevait pourtant comme plus réelles que les expériences elles-mêmes. D'ailleurs sa loi de l'inertie d'où vient-elle ? Sûrement pas de l'expérience, étant donnée qu'on ne trouve jamais de mouvement rectiligne. On est donc en présence d'une théorie a priori qui permet comme l'a bien résumé Koyré dans ses études galiléennes d'expliquer ce qui est à partir de ce qui n'est pas. Rien d'étonnant car la théorie précède toujours l'expérience comme le reconnaissait bien Popper qui n'était pas un conventionaliste.
La différence entre les grecques et les modernes avant Poincaré, c'est que les grecques étaient parfaitement conscients de ce qu'ils faisaient, ils avaient ce recul réflexif qui fait défaut au scientifique moderne par manque de culture philosophique. Ils avaient ce recul qui les empêchaient d'être dupes des prodiges de la science.
Que pour les grecs la "mécanique" (mèchanè) soit synonyme de ruse est plutôt significatif.

Bref, pour en revenir à notre principe méthodologique ("sauver les phénomènes"), on comprend qu'il admet la cohabitation de systèmes logiquement contradictoires mais empiriquement équivalents. D'ailleurs, à l'époque nombreux étaient les astronomes pour féliciter à la fois Copernic et Brahé sans se soucier de savoir si oui ou non la terre était au centre (centre géométrique et non centre réel) du monde, l'essentiel étant pour eux d'avoir une théorie qui rende compte des phénomènes avec plus de précision. Si tout le monde s'en était tenu à ce principe, si on avait pas fait montre de part et d'autre d'un réalisme naïf, si on avait écouté Bellarmin qui cherchait à calmer le jeu, les choses auraient peut-être pu se passer différemment.
Cela dit il semble bien le Pape amateur de science cherchait plutôt à sauver Galilée en le condamnant pour une broutille qu'autre chose.
Mais vous avez complètement raison qu'il y a derrière cette affaire bien plus qu'un simple désaccord sur le mouvement des planètes. En effet, au géocentrisme était associé des concepts de perfection du monde et du ciel en particuliers. La Terre devait être immobile, au centre de l'univers, et être de nature différente que le ciel. Ainsi, il y avait une distinction radicale entre le monde sublunaire et le monde supralunaire: sur la terre (monde sublunaire) tout est changeant et incertains, les choses sont corruptibles et les êtres vivants naissent et meurent. Le monde supralunaire est tout autre: beau, immuable, parfait et stable pour l'éternité. La distinction va même jusqu'à attribuer une substance différente au ciel.
Les distinctions ontologiques entre les cieux ne tenaient de toute façon plus précisément parce que l'univers était désormais pris comme un tout surplombé par un Dieu transcendant, ce qui allait fatalement entrainer l'affaiblissement des distinctions. Bref par rapport à Dieu, terre et ciel n'était rien. Le christianisme a aidé à faire tomber cette barrière.
C'est ainsi qu'on verra déjà un Nicolas de Cuse concevoir un univers sans limites, indéfini et donc sans centre physique, mais sans pour autant l'homogénéiser sur le plan ontologique. Son monde est encore un monde fait de choses ontologiquement variées, de substances. Son monde garde donc des degrés d'intelligibilités, et dont l'intelligibilité métaphysique prévaut encore sur l'intelligibilité matérielle.
Mais le problème n'était pas là.

La cosmologie de cette époque avait une valeur anthropologique qui faisait que l'homme vivait dans un milieux lui permettant de déployer son essence son humanité. Le monde avait un sens, il était le livre de Dieu, un symbole, non un processus muet où Dieu est réduit à "lui donner une chiquenaude".
D'autre part, ce monde était, quoique fini et limité, qualitativement ouvert, ouvert en profondeur du fait de l'immanence du divin en lui. C'était un monde d'essences et non un monde de figures géométriques réifiées, de res extensa, littéralement enfermé dans une condition spatiale où tout se trouve réduit à un seul type d'intelligibilité et à un seul type de causalité. Ce monde avait une vérité profonde en lui qu'il fallait sauvegarder.
Lais avec Galilée, le physique étouffe le métaphysique, et la physique et les mathématiques remplaçant la philosophie, la possibilité de l'existence d'un être va dépendre de la possibilité de l'appréhender sur le plan quantitatif. Tel est le problème de l'univers de Descartes et de Galilée, univers euclidien plat, géométrique, truqué, où les qualités sensibles soient s'évanouissent, soient sont mathématisées c'est-à-dire quantifiées. Et ce monde là, monde fait d'êtres de raison (certes fondés sur un aspect des choses) et non d'être réelles avec toute leur diversité qualitative (qui va du sensible à l'intelligible pur, soit, à l'être), monde de la barbarie selon Michel Henry, n'est pas le vrai monde, ce n'en est qu'une réduction, et il n'y avait pas à le canoniser.


Raison sur l'abandon des causalités multiples, c'est beaucoup moins évident. Le mécanisme se définit par la réduction à un seul type de causalité. C'est un "choix" philosophique, ça n'est pas une vérité de fait.
D'où la nécessité de garder à l'esprit qu'il y a des degrés d'abstractions, des degrés d'intelligibilités traités par chaque science.
Tout est choix philosophique : penser qu'il y une réalité extérieure, qu'elle est intelligible et saisissable, qu'il y a des mathématiques dans les choses etc. On doit d'ailleurs à Meyerson (encore un épistémologue français précurseur) la mise en évidence que théories physiques comportent des postulats métaphysiques.
Ainsi pour le cas Galilée, la géométrisation du monde en glissant par en dessous le monde réel un monde géométrique, Husserl parlait de "substruction", fut aussi un de ces paris métaphysiques qui s'est révélé fécond. On peut en faire crédit à Galilée. Mais on ne peut accepter de réduction du monde à des figures géométriques ou à quoi que ce soit d'autre autrement que méthodiquement et provisoirement.
Avec Descartes et lui la science s'est débarrassée de ce qui ne l'a concernait pas (essences, finalité, causalité formelle etc) mais ensuite elle a prétendu légiférer sur l'ensemble du réel et c'est cela qui est inacceptable.

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