par Cinci » lun. 11 juin 2012, 20:36
Salésienne,
L'étrangeté, c'est que, finalement, c'est bien le catholicisme français qui semble avoir sauvé les Juifs en France, ce qui n'a absolument pas été le cas en Pologne.
L'Espagne franquiste à dominance catholique n'était pas antisémite, même le régime fasciste mussolinien en Italie n'était pas antisémite à proprement parler, Rome s'élevait officiellement contre le racialisme; contre le nazisme en fait. Il est évident que le clergé catholique français était opposé aux idées de travaux forcés, d'internement des gens dans des conditions inhumaines en particulier, de déportations et à ce
pire qu'on ne semblait pas imaginer très clairement dans le temps. Cf. l'assassinat à l'échelle industriel.
Jean Sévilla fait remarquer que l'empire autrichien (monarchie catholique) assurait naguère la protection des juifs au centre du continent.
En Pologne, il faut bien dire que l'Église catholique y était totalement réduite au silence par l'occupant allemand, en plus d'être privé de communications avec Rome. La répression s'abattait sur place avec pratiquement le même degré de virulence à l'encontre du prêtre catholique trop bavard qu'à l'égard d'un juif. L'Église catholique polonaise a été salement martyrisée durant la guerre. Et, en ce sens, il est sûr que ce n'est pas l'Église de Pologne qui pouvait constituer une protection contre les nazis, étant elle-même sous le coup d'une persécution incroyable.
Les deux cibles (catholique, juif) avaient tendance à se confondre dans l'esprit des visionnaires racistes, antisémites et pangermanistes; que le comportement ''complaisant'' envers les juifs de l'ancienne monarchie catholique autrichienne («ces vieux conservateurs débiles», aurait facilement dit une chemise brune fanatisée) n'aurait pas été sans pouvoir les y aider à concentrer les cibles dans le même panier.
gérardh,
Comment les français, comment l'Eglise catholique, ont-ils réagi aux lois anti-juives de Vichy ?
On suppose bien qu'un certain nombre de prélats catholiques français aurait pu être à l'aise avec l'idée d'une certaine discrimination sociale de personnalités juives. La chose se comprendrait intellectuellement, de leur côté, si c'était pour l'appréhender dans le cadre d'une opération conservatrice et visant alors à sauvegarder surtout la place de l'Église catholique dans la société française, comme pour parer à une influence révolutionnaire critique et anti-catholique, comme pour se défendre autoritairement contre des juifs ''trop visibles'' et adeptes du socialisme, ferment de l'athéisme, etc. Des prélats auraient pu vouloir se défendre par anticipation contre Daniel Cohn-Bendit encore à venir en un mot (sourire). C'est le point commun qui pouvait se trouver entre ''une certaine pensée catholique d'hier'' et puis celle des idéologues racistes des années trente en Allemagne. Une relative similitude d'objectif, dirions-nous, mais un sérieux gouffre de désaccord sur les moyens à employer qui demeure.
Ces prélats catholiques, mais alors ceux discrédités après-coup pour leur propre enthousiasme passé envers Vichy globalement, n'en pouvaient pas donner leur accord à ce qui est dit plus haut : internement, spoliation, déportation, assassinat, etc. On peut le dire, quand bien même auraient-ils été dans une certaine mesure, nos prélats, tels des adeptes du
numerus clausus. Oui, en outre qu'ils ne représentaient pas non plus forcément la majorité du clergé avec ça. En matière politique : il se trouve que les opinions pouvaient être variables et, de fait, ce l'était aussi jusque dans l'Église catholique naturellement.
Moi, il me semble qu'une mesure
racialiste venant heurter de plein fouet la tradition politique française établie depuis si longtemps déjà, et en pleine occupation allemande, comme pour faire plaisir aussi à un ennemi envahissant, n'en pouvait certainement pas recueillir les suffrages majoritaires des gens; compris des gens d'Église. Le professeur Guillemin dans un enregistrement datant de 1980 peut signaler que même Laval,
Pierre Laval, n'était pas lui-même en faveur des lois antisémites. Là-dessus, j'avoue que j'aurai moi-même fait une découverte. Imaginez, si même Laval...
Salésienne,
[quote] L'étrangeté, c'est que, finalement, c'est bien le catholicisme français qui semble avoir sauvé les Juifs en France, ce qui n'a absolument pas été le cas en Pologne. [/quote]
L'Espagne franquiste à dominance catholique n'était pas antisémite, même le régime fasciste mussolinien en Italie n'était pas antisémite à proprement parler, Rome s'élevait officiellement contre le racialisme; contre le nazisme en fait. Il est évident que le clergé catholique français était opposé aux idées de travaux forcés, d'internement des gens dans des conditions inhumaines en particulier, de déportations et à ce [i]pire[/i] qu'on ne semblait pas imaginer très clairement dans le temps. Cf. l'assassinat à l'échelle industriel.
Jean Sévilla fait remarquer que l'empire autrichien (monarchie catholique) assurait naguère la protection des juifs au centre du continent.
En Pologne, il faut bien dire que l'Église catholique y était totalement réduite au silence par l'occupant allemand, en plus d'être privé de communications avec Rome. La répression s'abattait sur place avec pratiquement le même degré de virulence à l'encontre du prêtre catholique trop bavard qu'à l'égard d'un juif. L'Église catholique polonaise a été salement martyrisée durant la guerre. Et, en ce sens, il est sûr que ce n'est pas l'Église de Pologne qui pouvait constituer une protection contre les nazis, étant elle-même sous le coup d'une persécution incroyable.
Les deux cibles (catholique, juif) avaient tendance à se confondre dans l'esprit des visionnaires racistes, antisémites et pangermanistes; que le comportement ''complaisant'' envers les juifs de l'ancienne monarchie catholique autrichienne («ces vieux conservateurs débiles», aurait facilement dit une chemise brune fanatisée) n'aurait pas été sans pouvoir les y aider à concentrer les cibles dans le même panier.
gérardh,
[quote] Comment les français, comment l'Eglise catholique, ont-ils réagi aux lois anti-juives de Vichy ?[/quote]
On suppose bien qu'un certain nombre de prélats catholiques français aurait pu être à l'aise avec l'idée d'une certaine discrimination sociale de personnalités juives. La chose se comprendrait intellectuellement, de leur côté, si c'était pour l'appréhender dans le cadre d'une opération conservatrice et visant alors à sauvegarder surtout la place de l'Église catholique dans la société française, comme pour parer à une influence révolutionnaire critique et anti-catholique, comme pour se défendre autoritairement contre des juifs ''trop visibles'' et adeptes du socialisme, ferment de l'athéisme, etc. Des prélats auraient pu vouloir se défendre par anticipation contre Daniel Cohn-Bendit encore à venir en un mot (sourire). C'est le point commun qui pouvait se trouver entre ''une certaine pensée catholique d'hier'' et puis celle des idéologues racistes des années trente en Allemagne. Une relative similitude d'objectif, dirions-nous, mais un sérieux gouffre de désaccord sur les moyens à employer qui demeure.
Ces prélats catholiques, mais alors ceux discrédités après-coup pour leur propre enthousiasme passé envers Vichy globalement, n'en pouvaient pas donner leur accord à ce qui est dit plus haut : internement, spoliation, déportation, assassinat, etc. On peut le dire, quand bien même auraient-ils été dans une certaine mesure, nos prélats, tels des adeptes du [i]numerus clausus[/i]. Oui, en outre qu'ils ne représentaient pas non plus forcément la majorité du clergé avec ça. En matière politique : il se trouve que les opinions pouvaient être variables et, de fait, ce l'était aussi jusque dans l'Église catholique naturellement.
Moi, il me semble qu'une mesure [i]racialiste[/i] venant heurter de plein fouet la tradition politique française établie depuis si longtemps déjà, et en pleine occupation allemande, comme pour faire plaisir aussi à un ennemi envahissant, n'en pouvait certainement pas recueillir les suffrages majoritaires des gens; compris des gens d'Église. Le professeur Guillemin dans un enregistrement datant de 1980 peut signaler que même Laval, [i]Pierre Laval[/i], n'était pas lui-même en faveur des lois antisémites. Là-dessus, j'avoue que j'aurai moi-même fait une découverte. Imaginez, si même Laval...