RatzingerXVI a écrit :Pour avoir lu beaucoup de bouquins de théologie
Il me semble que vous n'avez pas lu qcq chose sur la Théologie de la rétribution ... j'avais déjà glissé qcq mots à ce sujet
ICI ... mais il manquait la première partie qui nous intéresse plus particulièrement ici à savoir ... un topo que j'avais déjà concernant le livre de Job :
Le livre de Job marque une étape importante du Judaïsme à propos du « devenir » post-mortem … il est une «
invitation à hurler contre le mal » ou plus exactement à toucher du doigt que la théologie ancestrale de la rétribution pose de sérieux problèmes … et qu’elle ne peut rester en l’état … bien que la conclusion du livre est que «
rien ne change » du moins pour l’instant.
Principales étapes de la rétribution :
a) Théologie Deutéronomiste se caractérise par :
- elle est collective … on peut payer pour les fautes d’un autre,
- elle peut-être différé … les fils peuvent payer pour les pères,
- elle peut-être cumulative … les péchés s’accumulent au fil du temps … la sentence intervenant une fois que le poids accumulé devient trop lourd,
- elle est exclusivement terrestre … Dieu récompense les bons et punis les méchants directement sur terre … longue/courte vie, nombreuse descendance/sans postérité, vie heureuse/malheureuse, beaucoup de biens/sans rien, etc etc
- la destinée des hommes (justes/pécheurs) est la même au Shéol … oubliés de tous sans joies ni souffrances … lieu ou les humains mènent indéfiniment une vie larvaire sans espérance et sans connaissance de Dieu … et dont Dieu n’a même plus le souvenir Psaume (88,6).
Une première réponse à cette injustice (les fils payant pour les pères/parents) est donnée par Ezéchiel (18,2) … qui remet en cause le dicton : «
Les pères ont mangé des raisins verts et les dents des fils sont émoussées » … par l’instauration de la responsabilité individuelle.
b) Théologie de la rétribution selon Ezéchiel (au début de l’exil) :
- elle est essentiellement individuelle … on ne paye que pour ses propres fautes et jamais pour celles des autres,
- elle est immédiate … elle ne passe pas de génération à génération,
- elle n’est pas automatique … si un homme change de vie un pécheur devient juste ou vis versa seul l’état actuel de son mode de vie sera rétribué,
- mais elle reste toujours terrestre durant la vie du sujet … et le Shéol restant ici aussi le même.
A la fin de l’exil la rétribution terrestre … qui voudrait qu’elle soit infaillible et contrôlable … n’avait plus la réponse pour d’une part expliquer pourquoi la justice divine ne s’exerçait pas immédiatement … et d’autre part dans le cadre de mort violente et/ou déportation ayant entraînée une mort prématurée ne laissant « pas le temps » à la justice divine de s’exercer sur terre.
Le livre de Job se situe à cette époque de réflexion.
Ce livre pose le problème d’une manière quasiment «
théâtrale » et fort émouvante pour justement mettre le doigt ou cela fais mal :
- comment lui qui est juste subit’il de telles souffrances alors que la théologie ambiante voudrait qu’il soit récompensé sur terre,
- ses «
amis » cherchent par tous les moyens à justifier son malheur … par la recherche de ses péchés ici aussi toujours en application de la théologie Deutéronomiste voulant que «
le péché porte en lui son châtiment » … ou que «
la souffrance et l’échec sont toujours signes d’une culpabilité »,
- finalement Job en appelle à Dieu et fait amende honorable … ce qui lui vaudra le retour à bonne fortune … et l’application de la rétribution terrestre … ses «
biens/postérité » lui sont restitués quasiment au double : tant fortune, qu’enfants,
- mais nous sommes devant une impasse théologique … Dieu ne donne pas la réponse à l’énigme ??? pourquoi Job qui était juste a t’il était soumis à de telles souffrances ??? ni à l’interrogation de Job (14,10) : l’homme qui est mort, où donc est’il ???
Job témoigne de l’attente de l’homme en une justice Divine transcendante qui récompense les bons et punit les méchants … mais il constate qu’une telle justice n’existe pas … les mythes anciens (Mésopotamiens entre autres) attribuaient ce caractère aléatoire de la justice divine aux relations fantaisistes qui existaient entre les dieux … c’est dans cette perspective qu’il faut reclasser le Satan de Job première apparition du diable en un personnage quasi «
égal » à Dieu … la religion de Yahvé cherchait donc une réponse qui lui soit propre et conforme à la nature de son Dieu : parfaitement juste en récompensant les justes et punissant les méchants.
C’est ainsi que seul le traumatisme collectif de l’exil et la véhémente contestation du livre de Job parviendront à ébranler les vieux postulats.
Il faudra attendre le second-Isaïe … après le retour d’exil (vers 530 av JC) qui lui aussi pose le problème du «
juste souffrant » … mais ici, contrairement à Job, il n’y a pas de happy-end … le juste souffrant meurt méprisé de tous et ainsi la rétribution terrestre ne s’est pas/plus exercée … par contre il ouvre la perspective de la rédemption … la souffrance du juste peut sauver des pécheurs (53,4-5) … il deviendra dès lors possible d’envisager une rétribution après la mort (Daniel, Sagesse, Maccabées, et surtout le NT).
C’est seulement dans le courant du II siècle av JC que s’est imposée progressivement l’idée d’un au-delà bienheureux et d’une re-vivification des corps … la résurrection des morts permet alors d’envisager une rétribution post-mortem.
Sur terre le bonheur ou le malheur des hommes ne reflète plus leur sainteté ou leur péché … la mort n’est pas la fatalité angoissante du séjour au Shéol … la vie terrestre de l’homme devient ainsi le temps du discernement et du choix entre le Bien et le Mal choix qui implique toute la destiné future de l’homme.
Cordialement, Epsilon