par archi » ven. 04 janv. 2013, 14:11
Excellente question.
Le fait est qu'on a fait dire au Concile beaucoup de choses qui ne se trouvent dans aucun de ses actes, voire qui sont clairement contraires à ses actes. Le Concile a servi à justifier tout et n'importe quoi... Or, du point de vue catholique, ce sont uniquement les actes écrits et acceptés par le Pape qui ont une valeur législative.
Ex: "le Concile a supprimé le latin". Pourtant, la constitution dogmatique "Sacrosanctum Concilium" édicte clairement que "L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins" (SC36.1), même si ensuite elle concède une certaine place au vernaculaire (ce qui est autre chose que le tout-vernaculaire). Idem pour le chant grégorien et tout un tas d'autres choses...
Il y a donc une différence claire entre ce que a été promulgué par les pères conciliaires et ce qu'on a fait en se réclamant sans mesure du "Concile", qu'on a pris l'habitude d'appeler "Esprit du Concile", et qu'on peut résumer dans un rejet haineux de toutes les formes de l'Eglise pré-conciliaire. Cet "Esprit" qui renie son passé, cette "herméneutique de rupture" selon l'expression de Benoît XVI, ne peut en aucun cas être qualifié de catholique.
Ceci étant dit, on peut et on doit se demander pourquoi toutes ces tendances "rupturistes" ont explosé au moment précis du Concile. L'assemblée des pères conciliaires est-elle vraiment indépendante de ce phénomène? Est-ce que le Concile a simplement servi de prétexte commode dans l'histoire?
La 1ere chose qu'on peut dire, puisqu'il y a synchronicité, c'est que le Concile a servi de déclencheur à une crise dont, par ailleurs, tout le monde s'accorde à dire qu'elle couvait depuis longtemps. Mais c'est encore vague.
Ensuite, il faut se replonger dans les témoignages de l'époque pour comprendre l'ambiance qui régnait à la fois dans l'Eglise et dans l'assemblée conciliaire. Dans cette dernière, ce qui apparaît avec le plus d'évidence, c'est la crise de l'autorité. Dans une Eglise hyper-centralisée, habituée à ne rien discuter de ce qui venait de Rome, on a vu le Préfet du Saint Office humilié publiquement pendant les séances (les fameux épisodes où on coupait le micro dès qu'il prenait la parole, dans l'hilarité générale), on a des témoignages d'observateurs notant dès le départ cette crise de l'autorité...
D'un autre côté, parallèlement, la révolution semble surtout s'être faite dans les séminaires. On peut (re)lire à ce sujet les témoignages de Mgr Masson, entre autres. Dès le début du Concile, l'habit ecclésiastique obligatoire la veille, rendu facultatif par un décret, est devenu dans la pratique interdit, littéralement du jour au lendemain, ceux qui s'obstinaient à le porter étant ostracisés comme intégristes. Tout ça, déjà, au nom du "Concile". Là encore, crise d'une autorité trop pesante dont on a senti qu'on pouvait se débarasser alors qu'on la craignait la veille, mais cela montre aussi que derrière cette autorité, la flamme de la foi était défaillante, et beaucoup de clercs ayant un esprit très opposé à l'Eglise, largement imprégné de marxisme, pouvaient cacher leur jeu, obtenir des postes à responsabilités et attendre le bon moment pour sortir du bois. L'organisme qu'est l'Eglise n'avait pas de défenses suffisantes.
Par la suite, ce qui a eu beaucoup plus d'influence que les décisions conciliaires, ce sont les décrets pris par Paul VI au motif d'appliquer le Concile, mais qui ont souvent soit introduit, soit du moins donné l'occasion de changements révolutionnaires dans la vie de l'Eglise. Le plus évident est le Novus Ordo Missae qui constitue à lui seul un changement jamais vu dans toute l'histoire de l'Eglise (créer un nouveau rite de toutes pièces, c'est totalement opposé à l'esprit véritable de l'Eglise), mais l'action réformatrice de Paul VI a été gigantesque et dans tous les domaines - alors que l'ampleur de la crise aurait dû l'inciter à une extrême prudence dans les réformes, il a fait exactement le contraire. Et souvent malgré les évêques dont une bonne partie était restée largement conservatrice, mais qui pour cette même raison n'osaient pas remettre en question les décisions du Pape.
C'est tout le paradoxe de cette époque, des réformes facilitées par un esprit exagéré de soumission à l'autorité centrale, qui ont accompagné et favorisé une crise sans précédent de l'autorité, qui est allée au-delà de ces mêmes réformes.
En ce qui concerne la liturgie, on peut se demander ce qu'il serait advenu de l'ancien rite si le nouveau n'avait pas été promulgué. Il est important de noter à ce sujet que la célébration "face au peuple", elle, s'était largement implantée dès les années 50 (cf le texte de Claudel, mort en 1955, qui déplorait déjà la "messe à l'envers"), et ce point est essentiel puisqu'il indique un changement d'orientation dans ce qui est "la source et le sommet de la vie de l'Eglise: d'une prière commune tournée vers Dieu, conforme (ou presque) à la Tradition apostolique, on est passé à une vision "pastorale" où le prêtre dialogue avec l'assemblée, où la référence à Dieu devient bien peu visible.
Certains pensent que le résultat aurait été le même, on aurait aujourd'hui une messe selon le missel de St Pie V célébrée avec tous les abus liturgiques courants. D'autres pensent au contraire que le Novus Ordo a lui-même contribué à la chose. Pour ma part, je n'arrive pas à dissocier le Novus Ordo du mouvement et de la crise qui l'a précédé et engendré. Le N.O s'est focalisé sur les mots d'ordre de l'époque, et la réforme envisagée à l'époque et largement entamée sous Pie XII, ne pouvait dans cette ambiance aboutir qu'à un résultat médiocre. Mais il y a des points du Novus Ordo que je ne peux considérer comme anodins, même s'ils peuvent apparaître mineursau 1er abord. Par exemple la disparition des prières de vêture (comment l'absence de ces prières traditionnelles qui, dans leur ensemble, rappellent au prêtre la fonction sacrée qu'il va accomplir que malgré son rôle éminent, il reste un pécheur, n'auraient-elles pas d'effet sur la célébration qui va suivre, et sur la tendance à ce qu'elle soit traitée comme un spectacle pour intéresser le public plutôt que comme une action rituelle et sacrée?)
Personnellement, ce qui me chagrine le plus dans tout ça, c'est la perte du sens de la Tradition. Les délires des années 70 commencent à être battues en brèche (même si c'est long), le sens de l'autorité revient... mais ce que je ne vois pas du tout, c'est le sens de la Tradition, la primordialité de la Tradition tant apostolique qu'ecclésiale, en tant que source de la doctrine et de la foi. De ce que j'observe, on adopte des visions délirantes de l'infaillibilité où aucun acte ou aucun texte officiel ne souffre la moindre discussion, on place à nouveau le Magistère au-dessus de la Tradition, en lui donnant un blanc-seing, alors que tous les textes de référence (du Concile et d'avant le Concile) le définissent uniquement au service de celle-ci, ayant pour mission de la sauvegarder et de la défendre contre les innovations, et surtout pas de l'altérer. Est-ce comme ça qu'on en reviendra à une Eglise où la continuité avec le passé sera claire?
In Xto,
archi.
Excellente question.
Le fait est qu'on a fait dire au Concile beaucoup de choses qui ne se trouvent dans aucun de ses actes, voire qui sont clairement contraires à ses actes. Le Concile a servi à justifier tout et n'importe quoi... Or, du point de vue catholique, ce sont uniquement les actes écrits et acceptés par le Pape qui ont une valeur législative.
Ex: "le Concile a supprimé le latin". Pourtant, la constitution dogmatique "Sacrosanctum Concilium" édicte clairement que "L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins" (SC36.1), même si ensuite elle concède une certaine place au vernaculaire (ce qui est autre chose que le tout-vernaculaire). Idem pour le chant grégorien et tout un tas d'autres choses...
Il y a donc une différence claire entre ce que a été promulgué par les pères conciliaires et ce qu'on a fait en se réclamant sans mesure du "Concile", qu'on a pris l'habitude d'appeler "Esprit du Concile", et qu'on peut résumer dans un rejet haineux de toutes les formes de l'Eglise pré-conciliaire. Cet "Esprit" qui renie son passé, cette "herméneutique de rupture" selon l'expression de Benoît XVI, ne peut en aucun cas être qualifié de catholique.
Ceci étant dit, on peut et on doit se demander pourquoi toutes ces tendances "rupturistes" ont explosé au moment précis du Concile. L'assemblée des pères conciliaires est-elle vraiment indépendante de ce phénomène? Est-ce que le Concile a simplement servi de prétexte commode dans l'histoire?
La 1ere chose qu'on peut dire, puisqu'il y a synchronicité, c'est que le Concile a servi de déclencheur à une crise dont, par ailleurs, tout le monde s'accorde à dire qu'elle couvait depuis longtemps. Mais c'est encore vague.
Ensuite, il faut se replonger dans les témoignages de l'époque pour comprendre l'ambiance qui régnait à la fois dans l'Eglise et dans l'assemblée conciliaire. Dans cette dernière, ce qui apparaît avec le plus d'évidence, c'est la crise de l'autorité. Dans une Eglise hyper-centralisée, habituée à ne rien discuter de ce qui venait de Rome, on a vu le Préfet du Saint Office humilié publiquement pendant les séances (les fameux épisodes où on coupait le micro dès qu'il prenait la parole, dans l'hilarité générale), on a des témoignages d'observateurs notant dès le départ cette crise de l'autorité...
D'un autre côté, parallèlement, la révolution semble surtout s'être faite dans les séminaires. On peut (re)lire à ce sujet les témoignages de Mgr Masson, entre autres. Dès le début du Concile, l'habit ecclésiastique obligatoire la veille, rendu facultatif par un décret, est devenu dans la pratique interdit, littéralement du jour au lendemain, ceux qui s'obstinaient à le porter étant ostracisés comme intégristes. Tout ça, déjà, au nom du "Concile". Là encore, crise d'une autorité trop pesante dont on a senti qu'on pouvait se débarasser alors qu'on la craignait la veille, mais cela montre aussi que derrière cette autorité, la flamme de la foi était défaillante, et beaucoup de clercs ayant un esprit très opposé à l'Eglise, largement imprégné de marxisme, pouvaient cacher leur jeu, obtenir des postes à responsabilités et attendre le bon moment pour sortir du bois. L'organisme qu'est l'Eglise n'avait pas de défenses suffisantes.
Par la suite, ce qui a eu beaucoup plus d'influence que les décisions conciliaires, ce sont les décrets pris par Paul VI au motif d'appliquer le Concile, mais qui ont souvent soit introduit, soit du moins donné l'occasion de changements révolutionnaires dans la vie de l'Eglise. Le plus évident est le Novus Ordo Missae qui constitue à lui seul un changement jamais vu dans toute l'histoire de l'Eglise (créer un nouveau rite de toutes pièces, c'est totalement opposé à l'esprit véritable de l'Eglise), mais l'action réformatrice de Paul VI a été gigantesque et dans tous les domaines - alors que l'ampleur de la crise aurait dû l'inciter à une extrême prudence dans les réformes, il a fait exactement le contraire. Et souvent malgré les évêques dont une bonne partie était restée largement conservatrice, mais qui pour cette même raison n'osaient pas remettre en question les décisions du Pape.
C'est tout le paradoxe de cette époque, des réformes facilitées par un esprit exagéré de soumission à l'autorité centrale, qui ont accompagné et favorisé une crise sans précédent de l'autorité, qui est allée au-delà de ces mêmes réformes.
En ce qui concerne la liturgie, on peut se demander ce qu'il serait advenu de l'ancien rite si le nouveau n'avait pas été promulgué. Il est important de noter à ce sujet que la célébration "face au peuple", elle, s'était largement implantée dès les années 50 (cf le texte de Claudel, mort en 1955, qui déplorait déjà la "messe à l'envers"), et ce point est essentiel puisqu'il indique un changement d'orientation dans ce qui est "la source et le sommet de la vie de l'Eglise: d'une prière commune tournée vers Dieu, conforme (ou presque) à la Tradition apostolique, on est passé à une vision "pastorale" où le prêtre dialogue avec l'assemblée, où la référence à Dieu devient bien peu visible.
Certains pensent que le résultat aurait été le même, on aurait aujourd'hui une messe selon le missel de St Pie V célébrée avec tous les abus liturgiques courants. D'autres pensent au contraire que le Novus Ordo a lui-même contribué à la chose. Pour ma part, je n'arrive pas à dissocier le Novus Ordo du mouvement et de la crise qui l'a précédé et engendré. Le N.O s'est focalisé sur les mots d'ordre de l'époque, et la réforme envisagée à l'époque et largement entamée sous Pie XII, ne pouvait dans cette ambiance aboutir qu'à un résultat médiocre. Mais il y a des points du Novus Ordo que je ne peux considérer comme anodins, même s'ils peuvent apparaître mineursau 1er abord. Par exemple la disparition des prières de vêture (comment l'absence de ces prières traditionnelles qui, dans leur ensemble, rappellent au prêtre la fonction sacrée qu'il va accomplir que malgré son rôle éminent, il reste un pécheur, n'auraient-elles pas d'effet sur la célébration qui va suivre, et sur la tendance à ce qu'elle soit traitée comme un spectacle pour intéresser le public plutôt que comme une action rituelle et sacrée?)
Personnellement, ce qui me chagrine le plus dans tout ça, c'est la perte du sens de la Tradition. Les délires des années 70 commencent à être battues en brèche (même si c'est long), le sens de l'autorité revient... mais ce que je ne vois pas du tout, c'est le sens de la Tradition, la primordialité de la Tradition tant apostolique qu'ecclésiale, en tant que source de la doctrine et de la foi. De ce que j'observe, on adopte des visions délirantes de l'infaillibilité où aucun acte ou aucun texte officiel ne souffre la moindre discussion, on place à nouveau le Magistère au-dessus de la Tradition, en lui donnant un blanc-seing, alors que tous les textes de référence (du Concile et d'avant le Concile) le définissent uniquement au service de celle-ci, ayant pour mission de la sauvegarder et de la défendre contre les innovations, et surtout pas de l'altérer. Est-ce comme ça qu'on en reviendra à une Eglise où la continuité avec le passé sera claire?
In Xto,
archi.