par archi » sam. 26 janv. 2013, 9:54
nad a écrit :Le nombre de prêtres est certes décroissant mais qui peut dire s'il ne va pas y avoir un réveil...?
Justement. Vouloir combattre la décroissance récente par l'ordination d'hommes mariés, c'est mettre la charrue avant les boeufs. Dans beaucoup de diocèses français par exemple, le nombre d'ordinations sur les dernières années voire décennies est nul ou se compte sur les doigts d'une main. Donc même si on multipliait par 2 ou 3 voire plus le nombre de prêtres en autorisant l'ordination d'hommes mariés, le total resterait ridicule. Mais si on en juge par la quantité de diacres permanents ordonnés ces dernières années en France, et par l'apparence des assemblées paroissiales:
- on n'arrivera pas à 2 ou 3 fois plus de prêtres, mais peut-être juste un peu plus
- ces nouveaux prêtres, ayant un certain âge, n'auront qu'une durée de ministère limitée, et il n'y aura pas plus de monde derrière pour les remplacer.
Donc ce n'est pas une solution pour éviter la chute, et même l'auteur du texte contestataire mentionné en tête du fil le reconnaît.
A contrario, les communautés qui prennent au sérieux la religion catholique génèrent des vocations. Si j'en juge par la situation des communautés traditionnelles en France par exemple, elles semblent avoir actuellement assez de vocations de prêtres pour satisfaire à leurs besoins et même s'étendre. Si toute l'Eglise revenait dans le même cas, ça serait déjà un progrès énorme.
Alors, est-ce-que ça suffirait? Dans la situation franco-française avec un réveil lent de l'Eglise, je pense que oui. Par contre, en élargissant cette situation, je vois 2 facteurs de manque de prêtres:
- premièrement, il y a des pays où le nombre de prêtres est très faible par rapport à la population pratiquante. Quand il y a plusieurs milliers de pratiquants réguliers par prêtre (le Brésil doit être le pays le plus touché), sans compter les irréguliers, comment un prêtre peut-il espérer remplir effectivement son véritable rôle, qui n'est pas seulement de consacrer des hosties en quantité suffisante pour une assistance qui peut atteindre plusieurs milliers de personnes par messe et d'encadrer des équipes de laïcs, mais aussi d'être un confesseur et un père spirituel, ce qu'un laïc ne peut pas faire, et qui requiert de pouvoir consacrer à chacun un temps suffisant?
- deuxièmement, une croissance exceptionnelle n'est pas impossible dès lors que l'Eglise sera capable de retrouver ses fondements et de mettre fin à ses errements mondains (encore une fois, c'est un préalable). Quand j'entends parler de conversions miraculeuses de musulmans, il n'est pas exclu, un de ces jours, de voir affluer de nouveaux fidèles, catéchumènes ou recommençants. Dans ces cas-là, il faudra bien les accompagner, et à l'aide d'un véritable ministère sacramentel, ordonné et s'inscrivant de ce fait dans la légitimité de l'Eglise, et pas par un simple ministère de laïcs à qui on confie des tâches sacerdotales sans leur conférer la légitimité qui vient de l'Esprit Saint.
Oui les laïcs doivent se sentir concernés par l'Eglise s'engager et se former mais ils ne doivent pas vouloir modifier l'Eglise en fonction de leur aspirations personnelles ni de leur pratique à la carte.
Les laïcs peuvent être consacrés mais ordonnés n'est-ce pas aller aux devants de conflits d'intérêts graves entre devoirs sacerdotaux et devoirs d'états?
Les laïcs consacrés ne connaissent-ils pas de soucis entre leur règle de vie et leur vie familiale? pas toujours évident non, de concilier les deux...
Et un médecin, par exemple, n'a-t-il jamais de conflits d'intérêts entre sa famille et son devoir professionnel?
Il y a eu une enquête intéressante faite sur les prêtres catholiques mariés (aux USA, il y a pas mal d'anciens pasteurs protestants convertis qui ont pu être ordonnés), montrant que les prêtres mariés étaient en moyenne plus disponibles que les prêtres célibataires. Dans une discussion actuellement en cours sur ce sujet sur le forum Catholic Answers, un intervenant, prêtre franciscain, confirme que dans un diocèse où il a occupé un poste à responsabilités, encadrant des prêtres mariés ainsi que des religieux et des prêtres diocésains "ordinaires", les prêtres mariés étaient plus disponibles et avec plus de souplesse que les réguliers...
Il faut se débarasser une fois pour toutes de cette idée tordue que je vois souvent: un prêtre célibataire, c'est mieux parce qu'il peut bosser 20 heures par jour et 7 jours par semaine pour l'Eglise en étant payé des clopinettes, il faudra donc 3 hommes mariés pour en faire autant. Ce n'est pas dit de cette façon, mais ça revient exactement à ça.
Je constate d'ailleurs qu'il y a 3 grands types de prêtres célibataires dans l'Eglise:
- les moines cloîtrés, dont certains peuvent être prêtres, menant une vie communautaire où la prière tient une place très importante. Du point de vue de l'utilité de ces prêtres pour la vie paroissiale, elle est nulle, puisque par définition ils n'y participent pas - même s'ils permettent souvent (en tous cas dans certains ordres) à des laïcs qui fréquentent le monastère de trouver des célébrations de qualité et un encadrement spirituel qui est souvent défaillant dans les paroisses. Pourtant, nul doute que leur rôle est absolument essentiel dans l'Eglise.
- les prêtres religieux, cumulant un mode de vie proche des moines et une mission apostolique dans le monde qui peut les amener à prendre en charge des paroisses. Cela suppose un certain équilibre (variable selon les ordres) entre l'activité pastorale d'une part, et la vie et la pière communautaires de l'autre.
- enfin, des prêtres séculiers, vivant souvent seuls (surtout de nos jours), propriétaires de leurs biens, parfois bien payés dans certaines régions. Est-ce la meilleure façon de trouver l'équilibre psychique nécessaire au ministère de prêtres? Il y a là le maximum de tentations (surtout si les finances sont confortables), et le minimum de soutien spirituel. A cela on ajoute la difficulté affective de la vie du célibataire vivant seul. Un homme marié serait certainement mieux loti, même en ayant des exigences familiales à côté.
Il est quand même incroyable que les ordres religieux déconseillent toujours la vie solitaires à ceux qui seraient tentés par elle et ne sont pas déjà très expérimentés dans la vie de prière. Les prêtres séculiers, eux, sont classiquement (enfin, depuis environ 4 siècles) formés dans des séminaires où ils mènent une vie quasi-monastique pendant 6 ans - même si ça a un peu évolué depuis Vatican II. Et tout un coup, ils se retrouvent lâchés dans la nature, avec toutes les tentations, et une charge pastorale souvent énorme, et le bréviaire pour tout soutien.
Les dangers étaient souvent réduits dans les siècles précédents, grâce au bréviaire (qui était, jusqu'à la réforme de St Pie X, plus long à réciter que l'office monastique), et à de bonnes possibilités de mener une vie communautaire.
Aujourd'hui, le tissu catholique s'étant décomposé, la situation du prêtre de paroisse célibataire est beaucoup plus difficile... Et ce n'est pas comme ça qu'ils consacreront forcément plus de temps à leur charge pastorale, et surtout mieux.
Ca ne me paraît pas être une situation saine. Les chrétiens orientaux, habitués aux prêtres mariés d'une part et aux moines de l'autre, ont souvent la même réflexion en voyant notre célibat obligatoire. Si on veut vraiment des prêtres célibataires, alors il faut encourager les religieux apostoliques et les associations de prêtres. Ce ne peut être qu'une excellente chose, mais il ne faut pas s'attendre à les voir "travailler" 2 fois plus qu'un individu normal. De toutes façons, pour faire de la bonne "pastorale", ils devront d'abord se sanctifier.
Le soucis de ce genre de volonté réformatrice est de vouloir moderniser l'institution mais aussi les règles. Il y a un abaissement dans l'exigence de vie et de pratique du catholique. Nous sommes dans une société du moindre effort, alors pourquoi ne pas appliqué cette réalité à Notre Eglise, pourquoi faudrait-il que dans notre vie de foi nous soyons soumis à des exigences de fond alors que nous n'essayons pas de les mettre en pratique...
Oui, certainement.
Soit dit en passant, au-delà du problème du célibat des prêtres, le problème de la vague de "ministères laïcs" que nous connaissont actuellement, c'est que lesdits laïcs assument effectivement le ministère qui revient normalement à des ordres mineurs ou même à des diacres (donner la communion, visiter les malades...) mais n'ont pas la préparation et les exigences de base qui vont normalement avec les ministères ordonnés, et n'ont pas le charisme ecclésial lié à l'ordination. Quoi qu'il en soit, un ministère doit être un engagement, qui va de pair avec une vie chrétienne sérieuse et une prière régulière.
Il n'y a pas de raisons pour que des laïcs mariés ne puissent pas les assumer, et le Concile de Trente demandait déjà qu'on ordonne des hommes mariés aux ordres mineurs (on ne l'a pas fait). Il y a un net manque de ce côté-là.
Peut-être que la première vrai réforme à faire est de devenir plus droit dans la préparation aux sacrements, plus exigent, faire comprendre que ce n'est pas juste une cérémonie pour de belle fête mais que chaque sacrement est une relation qui engage, une relation vraie d'amour, qui doit être réfléchie et aboutir à une adhésion...
Certainement.
In Xto,
archi.
[quote="nad"]Le nombre de prêtres est certes décroissant mais qui peut dire s'il ne va pas y avoir un réveil...?[/quote]
Justement. Vouloir combattre la décroissance récente par l'ordination d'hommes mariés, c'est mettre la charrue avant les boeufs. Dans beaucoup de diocèses français par exemple, le nombre d'ordinations sur les dernières années voire décennies est nul ou se compte sur les doigts d'une main. Donc même si on multipliait par 2 ou 3 voire plus le nombre de prêtres en autorisant l'ordination d'hommes mariés, le total resterait ridicule. Mais si on en juge par la quantité de diacres permanents ordonnés ces dernières années en France, et par l'apparence des assemblées paroissiales:
- on n'arrivera pas à 2 ou 3 fois plus de prêtres, mais peut-être juste un peu plus
- ces nouveaux prêtres, ayant un certain âge, n'auront qu'une durée de ministère limitée, et il n'y aura pas plus de monde derrière pour les remplacer.
Donc ce n'est pas une solution pour éviter la chute, et même l'auteur du texte contestataire mentionné en tête du fil le reconnaît.
A contrario, les communautés qui prennent au sérieux la religion catholique génèrent des vocations. Si j'en juge par la situation des communautés traditionnelles en France par exemple, elles semblent avoir actuellement assez de vocations de prêtres pour satisfaire à leurs besoins et même s'étendre. Si toute l'Eglise revenait dans le même cas, ça serait déjà un progrès énorme.
Alors, est-ce-que ça suffirait? Dans la situation franco-française avec un réveil lent de l'Eglise, je pense que oui. Par contre, en élargissant cette situation, je vois 2 facteurs de manque de prêtres:
- premièrement, il y a des pays où le nombre de prêtres est très faible par rapport à la population pratiquante. Quand il y a plusieurs milliers de pratiquants réguliers par prêtre (le Brésil doit être le pays le plus touché), sans compter les irréguliers, comment un prêtre peut-il espérer remplir effectivement son véritable rôle, qui n'est pas seulement de consacrer des hosties en quantité suffisante pour une assistance qui peut atteindre plusieurs milliers de personnes par messe et d'encadrer des équipes de laïcs, mais aussi d'être un confesseur et un père spirituel, ce qu'un laïc ne peut pas faire, et qui requiert de pouvoir consacrer à chacun un temps suffisant?
- deuxièmement, une croissance exceptionnelle n'est pas impossible dès lors que l'Eglise sera capable de retrouver ses fondements et de mettre fin à ses errements mondains (encore une fois, c'est un préalable). Quand j'entends parler de conversions miraculeuses de musulmans, il n'est pas exclu, un de ces jours, de voir affluer de nouveaux fidèles, catéchumènes ou recommençants. Dans ces cas-là, il faudra bien les accompagner, et à l'aide d'un véritable ministère sacramentel, ordonné et s'inscrivant de ce fait dans la légitimité de l'Eglise, et pas par un simple ministère de laïcs à qui on confie des tâches sacerdotales sans leur conférer la légitimité qui vient de l'Esprit Saint.
[quote]Oui les laïcs doivent se sentir concernés par l'Eglise s'engager et se former mais ils ne doivent pas vouloir modifier l'Eglise en fonction de leur aspirations personnelles ni de leur pratique à la carte.
Les laïcs peuvent être consacrés mais ordonnés n'est-ce pas aller aux devants de conflits d'intérêts graves entre devoirs sacerdotaux et devoirs d'états?
Les laïcs consacrés ne connaissent-ils pas de soucis entre leur règle de vie et leur vie familiale? pas toujours évident non, de concilier les deux...[/quote]
Et un médecin, par exemple, n'a-t-il jamais de conflits d'intérêts entre sa famille et son devoir professionnel?
Il y a eu une enquête intéressante faite sur les prêtres catholiques mariés (aux USA, il y a pas mal d'anciens pasteurs protestants convertis qui ont pu être ordonnés), montrant que les prêtres mariés étaient en moyenne plus disponibles que les prêtres célibataires. Dans une discussion actuellement en cours sur ce sujet sur le forum Catholic Answers, un intervenant, prêtre franciscain, confirme que dans un diocèse où il a occupé un poste à responsabilités, encadrant des prêtres mariés ainsi que des religieux et des prêtres diocésains "ordinaires", les prêtres mariés étaient plus disponibles et avec plus de souplesse que les réguliers...
Il faut se débarasser une fois pour toutes de cette idée tordue que je vois souvent: un prêtre célibataire, c'est mieux parce qu'il peut bosser 20 heures par jour et 7 jours par semaine pour l'Eglise en étant payé des clopinettes, il faudra donc 3 hommes mariés pour en faire autant. Ce n'est pas dit de cette façon, mais ça revient exactement à ça.
Je constate d'ailleurs qu'il y a 3 grands types de prêtres célibataires dans l'Eglise:
- les moines cloîtrés, dont certains peuvent être prêtres, menant une vie communautaire où la prière tient une place très importante. Du point de vue de l'utilité de ces prêtres pour la vie paroissiale, elle est nulle, puisque par définition ils n'y participent pas - même s'ils permettent souvent (en tous cas dans certains ordres) à des laïcs qui fréquentent le monastère de trouver des célébrations de qualité et un encadrement spirituel qui est souvent défaillant dans les paroisses. Pourtant, nul doute que leur rôle est absolument essentiel dans l'Eglise.
- les prêtres religieux, cumulant un mode de vie proche des moines et une mission apostolique dans le monde qui peut les amener à prendre en charge des paroisses. Cela suppose un certain équilibre (variable selon les ordres) entre l'activité pastorale d'une part, et la vie et la pière communautaires de l'autre.
- enfin, des prêtres séculiers, vivant souvent seuls (surtout de nos jours), propriétaires de leurs biens, parfois bien payés dans certaines régions. Est-ce la meilleure façon de trouver l'équilibre psychique nécessaire au ministère de prêtres? Il y a là le maximum de tentations (surtout si les finances sont confortables), et le minimum de soutien spirituel. A cela on ajoute la difficulté affective de la vie du célibataire vivant seul. Un homme marié serait certainement mieux loti, même en ayant des exigences familiales à côté.
Il est quand même incroyable que les ordres religieux déconseillent toujours la vie solitaires à ceux qui seraient tentés par elle et ne sont pas déjà très expérimentés dans la vie de prière. Les prêtres séculiers, eux, sont classiquement (enfin, depuis environ 4 siècles) formés dans des séminaires où ils mènent une vie quasi-monastique pendant 6 ans - même si ça a un peu évolué depuis Vatican II. Et tout un coup, ils se retrouvent lâchés dans la nature, avec toutes les tentations, et une charge pastorale souvent énorme, et le bréviaire pour tout soutien.
Les dangers étaient souvent réduits dans les siècles précédents, grâce au bréviaire (qui était, jusqu'à la réforme de St Pie X, plus long à réciter que l'office monastique), et à de bonnes possibilités de mener une vie communautaire.
Aujourd'hui, le tissu catholique s'étant décomposé, la situation du prêtre de paroisse célibataire est beaucoup plus difficile... Et ce n'est pas comme ça qu'ils consacreront forcément plus de temps à leur charge pastorale, et surtout mieux.
Ca ne me paraît pas être une situation saine. Les chrétiens orientaux, habitués aux prêtres mariés d'une part et aux moines de l'autre, ont souvent la même réflexion en voyant notre célibat obligatoire. Si on veut vraiment des prêtres célibataires, alors il faut encourager les religieux apostoliques et les associations de prêtres. Ce ne peut être qu'une excellente chose, mais il ne faut pas s'attendre à les voir "travailler" 2 fois plus qu'un individu normal. De toutes façons, pour faire de la bonne "pastorale", ils devront d'abord se sanctifier.
[quote]Le soucis de ce genre de volonté réformatrice est de vouloir moderniser l'institution mais aussi les règles. Il y a un abaissement dans l'exigence de vie et de pratique du catholique. Nous sommes dans une société du moindre effort, alors pourquoi ne pas appliqué cette réalité à Notre Eglise, pourquoi faudrait-il que dans notre vie de foi nous soyons soumis à des exigences de fond alors que nous n'essayons pas de les mettre en pratique...[/quote]
Oui, certainement.
Soit dit en passant, au-delà du problème du célibat des prêtres, le problème de la vague de "ministères laïcs" que nous connaissont actuellement, c'est que lesdits laïcs assument effectivement le ministère qui revient normalement à des ordres mineurs ou même à des diacres (donner la communion, visiter les malades...) mais n'ont pas la préparation et les exigences de base qui vont normalement avec les ministères ordonnés, et n'ont pas le charisme ecclésial lié à l'ordination. Quoi qu'il en soit, un ministère doit être un engagement, qui va de pair avec une vie chrétienne sérieuse et une prière régulière.
Il n'y a pas de raisons pour que des laïcs mariés ne puissent pas les assumer, et le Concile de Trente demandait déjà qu'on ordonne des hommes mariés aux ordres mineurs (on ne l'a pas fait). Il y a un net manque de ce côté-là.
[quote]Peut-être que la première vrai réforme à faire est de devenir plus droit dans la préparation aux sacrements, plus exigent, faire comprendre que ce n'est pas juste une cérémonie pour de belle fête mais que chaque sacrement est une relation qui engage, une relation vraie d'amour, qui doit être réfléchie et aboutir à une adhésion...[/quote]
Certainement.
In Xto,
archi.