par Christian » ven. 17 nov. 2006, 14:15
Bonjour à tous,
J’ai profité de l’ennui d’un parcours ferroviaire ce matin pour pianoter les songeries suivantes sur notre décadence supposée et la montée de l’Islam.
Il est tentant de tirer un parallèle entre la décadence romaine et celle que beaucoup croient percevoir dans l’Occident contemporain. Les valeurs traditionnelles foutent le camp ; la classe dominante ne se maintient au pouvoir qu’en promettant du pain et des jeux ; la domination militaire sur le monde est contestée ; les barbares franchissent quotidiennement le limes et s’installent dans l’empire, modifiant son ethnicité et important d’autres pratiques religieuses ; le sentiment que "Rome n’est plus dans Rome" se généralise. En même temps, l’écart se creuse entre l’ancienne métropole et la nouvelle, disons entre l’Europe et l’Amérique, comme autrefois entre Rome et Byzance.
MB,

qui est un spécialiste de l’époque, nous montrera aisément les limites de la comparaison. Mais elle m’amène à une réflexion plus spéculative.
"Nous autres, civilisations, savons que nous sommes mortelles," écrivait Valéry. Celle appelée, disons, ‘occidentale-judéo-chrétienne’ n’échappe pas à la règle. Qu’on porte sur elle aujourd’hui un diagnostic d’agonie, ou simplement de crise, importe peu. Elle périra. Plus exactement, son enveloppe d’institutions politiques et de structures culturelles, qui l’identifiera comme une totalité aux yeux des historiens, disparaîtra. Les Cités grecques, l’Empire romain, celui des dynasties chinoises, le Moyen-âge, les royaumes bantous et l’Inde des Maharadjas, n’existent plus que dans les livres. Mais dans nos esprits et dans nos vies, nous sommes encore imprégnés de rationalité grecque, de culture latine, de spiritualité médiévale, et nos arts ont emprunté à toutes les cultures. "Le passé n’est pas mort, disait Faulkner, il n’est même pas passé." Une grande civilisation comme la nôtre perdurera sous d’autres formes, bien après son acte de décès officiel.
J’ignore qui occupera l'espace de la civilisation ‘occidentale-judéo-chrétienne’. La Chine ? un Califat islamique ? Ce que je sais, en revanche, c’est que le nouvel occupant trouvera les lieux hantés. Il ne sortira pas indemne de sa conquête. "La Grèce vaincue s’empara de son farouche vainqueur et fit pénétrer les arts dans l’agreste Latium", s’émerveillait Horace. Les vainqueurs furent hellénisés, comme les peuples qui envahirent l’empire romain furent latinisés.
A profusion, j’ai écrit ici et ailleurs que nous n’avions rien à craindre de l’Islam — un zombie mort il y a cinq siècles, qui ne se manifeste comme Dracula que pour saigner sporadiquement des innocents. Rien de ce qui est bénéfique aux êtres humains d’aujourd’hui n’est sorti de l’Islam : pas un médicament, pas une technologie, pas une forme artistique, pas une pensée neuve. Comment cette civilisation ensablée pourrait-elle nous supplanter ?
Mais en reprenant l’analogie du monde romain, ce sont bien les Huns incultes qui menacèrent Rome et les Vandales qui la pillèrent. Certes, l’écart technologique entre les envahisseurs et les Romains n’était pas aussi grand qu’entre aujourd’hui le monde occidental et celui des musulmans. Même si l’
usage de la technologie s’apprend vite : il est facile de
piloter un avion, voire, paraît-il, d’
assembler une bombe atomique, c’est une autre paire de manche que de les
concevoir. Par goût de l’hypothétique, supposons néanmoins que la démographie nous amène un imam à l’Elysée et une majorité musulmane au Parlement. Imaginons même un califat s’étendant du Londonistan au Pakistan. Fin du chapitre ‘Occident’. C’est sûr. Mais ne restera-t-il aucune trace de ‘nous’ ? Aucune des valeurs auxquelles nous croyons ne nous survivra-t-elle ?

kull:
Bien sûr que si. N’étant plus dans la position de minorité assiégée, cramponnée à sa tradition pour exister, l’Islam se trouvera vite contaminée par les valeurs de son vaincu. J’ai mentionné l’hellénisation de Rome et la latinisation des Goths, Francs, Lombards et autres envahisseurs, mais il existe un exemple plus pertinent encore : cette petite secte juive, que nous connaissons bien, et qui absorba toute la culture de l’empire qu’elle sapait en même temps de l’intérieur. Elle a fait siennes la Ville Eternelle, la langue latine, la pensée grecque. Ce qui pour les Romains étaient une catastrophe, nous l’appelons notre Eglise, notre France, notre Europe, et les Romains survivent largement en nous.
Avec un drapeau vert frappé du croissant flottant sous l’Arc de Triomphe, :o la France ne deviendra pas pour autant l’Arabie saoudite. Le califat, en s’installant dans nos meubles, finira par en prendre la forme. Notre Eglise, chahutée au début (comme le Code Napoléon et Pernod-Ricard), retrouvera son autonomie à mesure que nos valeurs contamineront les maîtres du jour. Des régressions odieuses seront sans doute imposées un moment : le voile pour les femmes, comme le voulait St Paul, les châtiments corporels, comme au Moyen Age, le puritanisme légalisé, comme sous les Victoriens…

ick:
Le combat pour la liberté devra reprendre, mais facilement victorieux, j’en suis convaincu, puisqu’il restera le souvenir de ses bienfaits. Le capitalisme achèvera de corrompre ou ridiculiser les barbus pisse-froid, coincés et va-t-en-guerre… En une génération, nous serons aussi loin de l’Islam de La Mecque que le socialisme de Ségolène l’est de celui de Staline.
En fait, nous avons tous
l’obligation de croire à ce scénario. Car
- ou bien les valeurs morales et sociales que nous défendons, qui sont celles de l’Occident, sont aussi
celles propres à notre nature humaine, comme l’enseigne l’Eglise, et alors elles s’imposeront à nos frères humains que sont les musulmans ;
- ou alors, ces valeurs ne sont pas naturelles, les relativistes ont raison, elles sont simplement l’expression de la volonté des puissants dans un contexte historique donné, alors notre Eglise a tort, et nous méritons de céder la place aux plus forts que nous.
Libéral pur et dur, je ne peux pas même envisager la seconde proposition.
Cordialement
Christian
Le pessimiste est celui qui considère ce monde-ci comme le meilleur possible.
Je suis donc optimiste.
Bonjour à tous,
[size=75]J’ai profité de l’ennui d’un parcours ferroviaire ce matin pour pianoter les songeries suivantes sur notre décadence supposée et la montée de l’Islam.[/size]
Il est tentant de tirer un parallèle entre la décadence romaine et celle que beaucoup croient percevoir dans l’Occident contemporain. Les valeurs traditionnelles foutent le camp ; la classe dominante ne se maintient au pouvoir qu’en promettant du pain et des jeux ; la domination militaire sur le monde est contestée ; les barbares franchissent quotidiennement le limes et s’installent dans l’empire, modifiant son ethnicité et important d’autres pratiques religieuses ; le sentiment que "Rome n’est plus dans Rome" se généralise. En même temps, l’écart se creuse entre l’ancienne métropole et la nouvelle, disons entre l’Europe et l’Amérique, comme autrefois entre Rome et Byzance.
MB, :) qui est un spécialiste de l’époque, nous montrera aisément les limites de la comparaison. Mais elle m’amène à une réflexion plus spéculative.
"Nous autres, civilisations, savons que nous sommes mortelles," écrivait Valéry. Celle appelée, disons, ‘occidentale-judéo-chrétienne’ n’échappe pas à la règle. Qu’on porte sur elle aujourd’hui un diagnostic d’agonie, ou simplement de crise, importe peu. Elle périra. Plus exactement, son enveloppe d’institutions politiques et de structures culturelles, qui l’identifiera comme une totalité aux yeux des historiens, disparaîtra. Les Cités grecques, l’Empire romain, celui des dynasties chinoises, le Moyen-âge, les royaumes bantous et l’Inde des Maharadjas, n’existent plus que dans les livres. Mais dans nos esprits et dans nos vies, nous sommes encore imprégnés de rationalité grecque, de culture latine, de spiritualité médiévale, et nos arts ont emprunté à toutes les cultures. "Le passé n’est pas mort, disait Faulkner, il n’est même pas passé." Une grande civilisation comme la nôtre perdurera sous d’autres formes, bien après son acte de décès officiel.
J’ignore qui occupera l'espace de la civilisation ‘occidentale-judéo-chrétienne’. La Chine ? un Califat islamique ? Ce que je sais, en revanche, c’est que le nouvel occupant trouvera les lieux hantés. Il ne sortira pas indemne de sa conquête. "La Grèce vaincue s’empara de son farouche vainqueur et fit pénétrer les arts dans l’agreste Latium", s’émerveillait Horace. Les vainqueurs furent hellénisés, comme les peuples qui envahirent l’empire romain furent latinisés.
A profusion, j’ai écrit ici et ailleurs que nous n’avions rien à craindre de l’Islam — un zombie mort il y a cinq siècles, qui ne se manifeste comme Dracula que pour saigner sporadiquement des innocents. Rien de ce qui est bénéfique aux êtres humains d’aujourd’hui n’est sorti de l’Islam : pas un médicament, pas une technologie, pas une forme artistique, pas une pensée neuve. Comment cette civilisation ensablée pourrait-elle nous supplanter ?
Mais en reprenant l’analogie du monde romain, ce sont bien les Huns incultes qui menacèrent Rome et les Vandales qui la pillèrent. Certes, l’écart technologique entre les envahisseurs et les Romains n’était pas aussi grand qu’entre aujourd’hui le monde occidental et celui des musulmans. Même si l’[i]usage[/i] de la technologie s’apprend vite : il est facile de [i]piloter[/i] un avion, voire, paraît-il, d’[i]assembler[/i] une bombe atomique, c’est une autre paire de manche que de les [i]concevoir[/i]. Par goût de l’hypothétique, supposons néanmoins que la démographie nous amène un imam à l’Elysée et une majorité musulmane au Parlement. Imaginons même un califat s’étendant du Londonistan au Pakistan. Fin du chapitre ‘Occident’. C’est sûr. Mais ne restera-t-il aucune trace de ‘nous’ ? Aucune des valeurs auxquelles nous croyons ne nous survivra-t-elle ? :skull:
Bien sûr que si. N’étant plus dans la position de minorité assiégée, cramponnée à sa tradition pour exister, l’Islam se trouvera vite contaminée par les valeurs de son vaincu. J’ai mentionné l’hellénisation de Rome et la latinisation des Goths, Francs, Lombards et autres envahisseurs, mais il existe un exemple plus pertinent encore : cette petite secte juive, que nous connaissons bien, et qui absorba toute la culture de l’empire qu’elle sapait en même temps de l’intérieur. Elle a fait siennes la Ville Eternelle, la langue latine, la pensée grecque. Ce qui pour les Romains étaient une catastrophe, nous l’appelons notre Eglise, notre France, notre Europe, et les Romains survivent largement en nous.
Avec un drapeau vert frappé du croissant flottant sous l’Arc de Triomphe, :o la France ne deviendra pas pour autant l’Arabie saoudite. Le califat, en s’installant dans nos meubles, finira par en prendre la forme. Notre Eglise, chahutée au début (comme le Code Napoléon et Pernod-Ricard), retrouvera son autonomie à mesure que nos valeurs contamineront les maîtres du jour. Des régressions odieuses seront sans doute imposées un moment : le voile pour les femmes, comme le voulait St Paul, les châtiments corporels, comme au Moyen Age, le puritanisme légalisé, comme sous les Victoriens… :sick:
Le combat pour la liberté devra reprendre, mais facilement victorieux, j’en suis convaincu, puisqu’il restera le souvenir de ses bienfaits. Le capitalisme achèvera de corrompre ou ridiculiser les barbus pisse-froid, coincés et va-t-en-guerre… En une génération, nous serons aussi loin de l’Islam de La Mecque que le socialisme de Ségolène l’est de celui de Staline.
En fait, nous avons tous [b]l’obligation de croire [/b]à ce scénario. Car
- ou bien les valeurs morales et sociales que nous défendons, qui sont celles de l’Occident, sont aussi [i]celles propres à notre nature humaine[/i], comme l’enseigne l’Eglise, et alors elles s’imposeront à nos frères humains que sont les musulmans ;
- ou alors, ces valeurs ne sont pas naturelles, les relativistes ont raison, elles sont simplement l’expression de la volonté des puissants dans un contexte historique donné, alors notre Eglise a tort, et nous méritons de céder la place aux plus forts que nous.
Libéral pur et dur, je ne peux pas même envisager la seconde proposition.
Cordialement
Christian
[b][color=brown]Le pessimiste est celui qui considère ce monde-ci comme le meilleur possible.
Je suis donc optimiste.[/color][/b]