Bonjour Gemini,
Merci pour votre message.
Au sujet du poids des "laïcards" (entendons-y les plus ou moins hostiles au clergé, au religieux, et autres libre-penseurs), je considère que leur présence dans la sphère publique est croissante mais pour des résultats tout à fait vaincs et brouillons, ce qui a d'ailleurs le don de les agacer.
Quelques exemples : je songe à la montée de La France Insoumise, 2è ou 3è force politique du pays, qui supporte une laïcité "restrictive" (cf.
Mélenchon et le drapeau européen, etc.).
Je songe aux quelques recours juridictionnels initiés par les Fédérations nationales de libre-pensée depuis les années 2000-2010 : récemment,
la croix bretonne au dessus de la statue de Saint-Jean-Paul-II avait fait grand bruit (une défaite en l'espèce pour la FNLP qui souhaitait, je le rappelle, la destruction totale du monument),
l'affaire de la reconnaissance des diplômes entre la France et le Saint-Siège dans laquelle la FNLP avait été déboutée.
Je songe encore aux affaires de crèche, où le Conseil d'État a rendu des décisions en girouette, aussi diverses qu'un baromètre, et indéniablement circonstancielles. Trois affaires parmi tant d'autres.
Je songe à la "banalisation" de l'appartenance à une obédience franc-maçonne : peu d'hésitations. Je me souviens d'une émission spéciale du
Petit Journal (Canal+) il y a quelques années sur le GODF : "discrets mais pas secrets", avait martelé M. Keller, alors Grand-Maître de l'Ordre.
Je songe au surplus aux heurts entre l'islam et la République française qui a contribué à reposer (poser d'une nouvelle manière) les rapports entre sphère religieuse (non catholique!) et France : burkini, Baby-Loup, etc. Question qui a aussi posé la question la lecture à adopter de la laïcité : "dure" ? "souple" ? "rigoriste" ? "large" ?
Enfin, l'on ne saurait omettre les avancées sociétales qui semblait avoir mis hors d'atteinte le phénomène religieux : mariage pour tous, controverses sur la fin de vie, IVG++, etc.
Tant de mouvements d'informations qui semblent avoir fait triompher la déconsidération religieuse.
Je reste personnellement convaincu que l'Église catholique et l'ensemble des chrétiens possèdent encore aujourd'hui, en France, une parole puissante, influençante, et surtout croissante. Tout est, bien entendu, relatif. Plus de 110 ans après la fin de l'intime lien entre État et Église, c'est à mon sens du ressort du miracle.
Le président de la République Emmanuel Macron le sait sans une ombre de doute et en fin stratège qu'il est, ses derniers propos sur la "PMA pour tous" semblent lui avoir fait mettre de l'eau dans son vin (n'aurait-il pas bu dans un calice?) : il tempère, botte quelques peu en touche ce qui a d'ailleurs le don d'énerver les progressistes désireux de voir leurs droits et libertés avancer.
L'Église se démarque par sa sagesse : les échecs récents que les catholiques ont pu essuyer (mariage pour tous, IVG (cf. supra)) n'effacent en rien une présence renouvelée dans la sphère publique ; la perte d'un combat ne conduit pas à des coups de sangs et autres révolutions contestataires violentes. Les chrétiens en France acceptent la condition démocratique, la perte d'un débat, parce que leur doctrine n'est plus celle qui est majoritaire, et l'assument. Tout en restant fidèle à leurs dogmes, aussi peu peuvent-ils être respectés par le
vulgum pecus, ils les affichent.
Certes, cela montre tout de même l'abandon des valeurs chrétiennes par la masse, mais ne faut-il pas déjà se constituer un noyau dur, une crédibilité certaine et des avis de qualité avant de reprendre de la puissance quantitativement parlant?
J'entends souvent parler sur les parvis et dans certains conversations que la situation est insoutenable. Mais je pense que l'Église n'a jamais eu autant de poids qu'aujourd'hui, eu égard au régime politique qui la concerne (hors-Concordat). Si vous étiez transporté dans les années 1870-1890, je vous assure que vous vous sentiriez véritablement persécuté par la vague anticléricale qui reniait un régime politique qui était de droit commun!
Tout ceci était beaucoup plus dur à assumer, et je pense que le poids de la gauche dite "radicale". Je peux vous dire qu'un Emile Combes valait bien trois ou quatre Mélenchon à lui tout seul. Heureusement que la sagesse de Briand et de Jaurès sont intervenues puisque la loi de 1905 est une loi de liberté avant tout, pour rappel. C'est du moins l'esprit originel du texte.
En séparant les deux entités, ceci a mis un bâton dans les roues des radicaux. Plus de possibilité de dire que le cléricalisme était
"l'ennemi" (cf. Gambetta, 1877). Ah si, aujourd'hui, c'est toujours la position de la gauche LFI mais cela fait passer Mélenchon pour un con. La loi de 1905 protège les catholiques, conformément au discours du président Chirac ill y a quelques années. Mais il faut pour cela oeuvre en faveur d'une laïcité souple. C'est un peu la position du pape François sur la laïcité à la française, même si je reste persuadé qu'il n'y connaît pas grand chose à ce sujet, ce qu'il confiait dans
un entretien à La Croix (le fait que ce soit ce journal est amusant). Il faut veiller à ce qu'en effet une autre lecture ne soit faite de la loi du 9 décembre 1905 (cf. Valls)...
Enfin, un peu friand de symboles, quelques récents événements me maintiennent dans l'idée selon laquelle un intérêt pour le culte est enfoui : de nombreux sujets sur les télévisions nationales ont été réalisés sur le changement de traduction du "Notre-Père". L'idée paraît creuse mais c'est aussi un moyen de placer dans les cerveaux de nos concitoyens.
Les funérailles de M. Hallyday ont été un moment d'observer les rapports actuels entre l'État et l'Église : les descendants de M. Combes se sont d'ailleurs insurgés... insoumis qu'ils sont.
Certes, tout n'est pas rose. Les églises se sont vidées, le culte est dépassé, beaucoup d'imbéciles et de personnes qui ne réfléchissent pas, rongées par leurs pseudo convictions et idées arrêtées (cf. affaire du cinéma).
Prions pour ces personnes et pour que nous puissions, de manière croissante, exprimer nos avis et que l'on continue de respecter la possibilité de nous exprimer.
Je reste persuadé que le Christ, même s'il ne fait que sommeiller en beaucoup de personnes, reviendra habiter de manière croissante les coeurs des Français.