Jean-Baptiste Rouvière, OMI

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Jean-Baptiste Rouvière, OMI, et la vie consacrée

par Fée Violine » ven. 06 févr. 2015, 14:42

J'ai fait une conférence lundi dernier, 2 février, à un groupe de religieuses, pour la journée de la vie consacrée, à Marvejols.

Jean-Baptiste Rouvière (1881-1913), OMI, et la vie consacrée

JB Rouvière est un enfant du pays. Il est né en 1881 à Antrenas dans une famille de modestes paysans, laborieux et profondément chrétiens. Son père, Jean Rouvière, était charron et journalier ; sa mère, Rosalie Clavel, était de Chirac.
JB, le 3ème de 13 enfants (dont 3 morts en bas âge) va à l’école publique du village, un taudis insalubre. À 14 ans il entre au petit séminaire de Marvejols, en classe de 5ème car les cours que lui avait donnés le curé ou le vicaire de son village étaient sans doute un peu insuffisants, mais à force de travail il rattrapera le niveau et se classera dans les bons élèves. À l’époque on commençait le latin en 7ème, le grec en 6ème.
Le supérieur du petit séminaire est l’abbé Marcellin Aiglon, de Villefort. Le professeur de 5ème, l’année où JB est dans cette classe (1895-96), est l’abbé Georges Rillot, de La Canourgue. Or, en 1899 ce prêtre entrera dans la congrégation des Oblats de Marie Immaculée. Connaissait-il déjà cette congrégation en 1895 et a-t-il influencé le jeune Rouvière ? Ou l’a-t-il découverte lorsque le P. Étienne Bonnald, Oblat originaire de Naussac, est venu en 1899 faire en Lozère une tournée de conférences, après 24 ans dans le Grand Nord canadien, parmi les Indiens du lac Pélican ? En fait, le P. Bonnald était déjà connu : il publiait parfois de ses nouvelles dans la Croix de la Lozère et dans la Semaine religieuse. Mais voir en chair et en os le missionnaire raconter sa vie pittoresque d’évangélisation, c’est autre chose !

En cette fin du XIXème siècle, de nombreuses congrégations religieuses faisaient ainsi des tournées de recrutement, et beaucoup de jeunes, surtout en Lozère, optaient pour la vie religieuse, notamment dans les congrégations missionnaires.

Les Oblats de Marie Immaculée ont été fondés en 1826 par saint Eugène de Mazenod, devenu ensuite évêque de Marseille. Il voulait rechristianiser la Provence, où, comme dans le reste de la France, la Révolution avait tout ravagé, toute l’Église était à reconstruire.
En 1841, un évêque canadien de passage demande à Mgr de Mazenod quelques missionnaires pour l’aider à évangéliser son immense pays où tout était à construire. C’est ainsi que les premiers Oblats partirent au Canada, où ils ont effectivement fait un énorme travail, ils ont créé des paroisses, écoles, hôpitaux, orphelinats etc., et même fondé l’Université d’Ottawa. Ils ont évangélisé les peuples autochtones, en allant de plus en plus au nord, dans des régions inhospitalières, pour la gloire de Dieu et le salut de leurs frères.
En 1899 quand Bonnald est venu en Lozère, il y avait déjà quelques Oblats lozériens. Il y en a eu bien davantage au XXème siècle.

On comprend que ces perspectives grandioses aient pu enthousiasmer de jeunes garçons à l’âme généreuse et intrépide. JB Rouvière n’a pas été le seul à rêver de missions lointaines, et d’ailleurs c’était aussi la grande époque des explorations (pôles, Afrique etc.).
Donc notre jeune adolescent termine ses études secondaires en 1900, il a 18 ans ½. Il sait le latin, le grec et l’allemand, il est bon en maths. C’est un garçon sensible, solide et sérieux. En septembre il quitte la Lozère et n’y reviendra plus guère. Il entre au noviciat des Oblats, à ND de l’Osier, en Isère. Il y passe 1 an et fera ses premiers vœux en 1901. Son maître des novices dira qu’il avait « une piété très droite et très sérieuse, et un caractère très docile et très dévoué, une intelligence très satisfaisante. Il aspirait déjà vers les Missions étrangères. »

Le jeune religieux passera ensuite 6 ans (1901-1907) en Belgique : c’est l’époque où les congrégations religieuses, surtout enseignantes, sont expulsées de France. Le scolasticat se trouve à Liège, où les Oblats sont installés dans un ancien casino situé dans un grand parc. La communauté est nombreuse, les jeunes viennent de divers pays d’Europe mais surtout de France. JB est heureux de cette vie communautaire et de ses études, même si la Lozère lui manque, et bien sûr sa famille.
Il y a aux archives diocésaines de Mende plusieurs lettres qu’il écrivait en 1903 à sa sœur Marie (il a 21 ans et elle 20. On y apprend qu’elle était religieuse).
Il lui écrit par exemple en février, époque du Carnaval :
Tout cela nous annonce des joies, des fêtes, des rires. – Mais bien loin de partager ces joies et ces rires, nous religieux, consacrés au Seigneur, nous devons voir dans tout cela une occasion de louer Dieu. Nous devons nous prosterner humblement aux pieds du Cœur Sacré de Jésus, et lui demander pardon de toutes .-. le dirai-je .-. les abominations qui se commettent en ces jours.

Il écrit en avril :
Les vacances ont débuté par les magnifiques, les superbes, les grandioses exercices de la Semaine Sainte. Jusqu’ici je n’avais pas encore été témoin de si belles cérémonies. La communauté il est vrai est nombreuse, tous les membres doués d’une belle voix, aussi c’était ravissant d’entendre chanter les offices.
(…) En France tu ne l’ignores pas notre congrégation est obligée de s’exiler. Heureusement qu’il y a de l’ouvrage à faire dans les pays lointains.
J’ai appris qu’en Lozère les Pères du Sacré-Cœur partaient tous. Il y a 17 établissements qui leur appartiennent qui sont abandonnés, Marvejols, Chirac etc.
Adieu ma bien chère sœur. Prie un peu pour notre malheureuse Patrie, pour que Dieu ne lui inflige pas le châtiment qu’elle mérite,


En août il lui écrit qu’il est, avec la communauté, en vacances dans le Limbourg hollandais, dans une campagne qui lui rappelle la Lozère.
Si l’on voyait quelques pins de plus, l’illusion serait complète. Aussi est-ce avec plaisir que l’on quitte les brouillards et la fumée de Liège pour aller chercher asile sur le sol hollandais, au milieu de cette population si chrétienne.

En octobre :
j’ai eu le bonheur, en la fête de l’Assomption de la T.S. et Immaculée Vierge Marie, le bonheur de faire ma profession religieuse. C’est un beau jour dans la vie, un jour après lequel l’on soupire souvent, du moins après lequel j’avais longtemps soupiré. Il est enfin arrivé. J’espère que pour toi, s’il n’est déjà arrivé il arrivera bien vite.
Puis il évoque de petits ennuis de santé et conclut :
Conclusion qui s’impose, toutes les misères semblent me suivre, Dieu l’a ainsi voulu, il faut se résigner. Ces quelques petites misères exceptées, je jouis d’une santé de fer, et c’est avec courage que je commence cette nouvelle année scolaire (il va commencer à étudier la théologie).

Il a 23 ans quand sa mère meurt, en novembre 1904, à l’âge de 50 ans. Dans une lettre émouvante à sa famille, on apprend qu’il n’a pas pu venir (Que ne puis-je être auprès de vous pour partager votre douleur, pour pouvoir vous dire quelques bonnes paroles qui réconfortent et consolent. Que ne suis-je à côté de vous pour recevoir aussi quelques-unes de ces paroles qu’un Père chrétien sait dire à un fils, à ses enfants souffrants et abattus par la douleur), mais que sa sœur Marie est revenue à Antrenas. Est-elle sortie de son couvent pour la circonstance ? Y est-elle retournée après ? Sa congrégation (et laquelle ?) a-t-elle dû quitter la France ? Mystère !

En février 1906, JB est ordonné prêtre à Liège, par un évêque Oblat. Encore 1 an pour finir ses études, et en mars 1907, muni de son obédience pour le Mackenzie (dans le Grand Nord canadien. C’est justement ce dont il rêvait) il revient une dernière fois en Lozère, passer quelques semaines en famille. Il leur fait ses adieux (il écrit à un de ses supérieurs, le Père Baffie, un Lozérien : Depuis 8 jours je me trouve au milieu des miens dans ma famille. Je leur ai fait part de mon obédience, et avec le plus grand bonheur j’ai constaté que tous se résignaient avec le plus grand esprit de foi à me voir partir pour les missions lointaines. En m’embrassant, mon vieux père a versé quelques larmes et n’a fait aucune objection. Il a dit cette seule parole : « Je suis très content de te revoir, et je te vois partir avec la plus grande peine, mais puisque c’est ta vocation je ne te retiendrai pas ». Tout le monde fait son possible pour fêter mon retour, et déjà je commence à faire des adieux) et s’embarque début avril au Havre, avec un autre Père Oblat et 4 Frères convers.

Le voyage à travers le Canada sera long : une semaine de train est-ouest, puis encore quelques semaines de voyage vers le nord, dans des conditions très rustiques. Mais le P. Rouvière et ses compagnons ne sont pas des mauviettes, l’aventure ne leur fait pas peur ! Et surtout, ils sont prêts à tous les sacrifices pour servir le Seigneur et apporter l’évangile aux plus pauvres.
Le 1er août, il arrive enfin à destination, Fort Good Hope, près du Cercle polaire. Aussitôt il se met à étudier la langue des Indiens Peaux-de-Lièvres, ses futures ouailles. Il va passer 4 ans parmi eux. Les Indiens viennent rarement au Fort, aussi les missionnaires vont parfois leur rendre visite et passer quelque temps avec eux, pour leur donner les sacrements et les instruire, car ils sont assez ignorants en matière de catéchisme.
Le P. Rouvière écrit à son père :
D’aucuns ont fait un voyage de dix jours pour se rendre au Fort. Combien y a-t-il dans les pays civilisés de personnes qui ne font pas une demi-heure de chemin pour aller assister à une messe basse le dimanche. Si le missionnaire souffre, il lui est doux de voir que toutes ses souffrances ne sont pas inutiles. Lorsque vous voyez la bonne volonté de ces braves sauvages, ne redoutant ni le froid, ni la fatigue pour se rendre au fort, afin d’assister à une fête, se confesser, communier et repartir de nouveau le cœur content pour aller rejoindre sa famille, on est fier. Ainsi dans vos prières mes chers parents et vous tous qui pensez à moi, ayez un souvenir pour ces bons sauvages, et pour les pauvres missionnaires qui travaillent pour eux.

Le P. Rouvière apprécie la vie communautaire. Il est lui aussi apprécié de ses confrères pour sa bonne humeur et sa générosité.
Il aurait pu passer toute sa vie à Good Hope, mais sa vie va changer brusquement. En juillet 1911 son évêque, Gabriel Breynat, l’envoie en mission encore plus au nord, prendre contact avec une tribu d’Esquimaux primitifs, qui n’ont encore jamais été évangélisés. Il part donc avec quelques Indiens, traverse le Grand Lac d’Ours (qui est presque une mer intérieure) et se construit une cabane au bord d’un petit lac appelé maintenant Lac Rouvière, pas très loin de l’Océan Glacial Arctique. L’hiver, il se construit une autre cabane au bord du Lac d’Ours, pour pêcher. Il rencontre parfois les Esquimaux.
Tous semblent assez bien disposés, et si je puis arriver à apprendre un peu leur langue j’ai beaucoup d’espoir en eux. Il y aura quelques têtes dures je pense, mais je ne pense pas que ce soit la majorité. Ils ont trop bon cœur pour résister à la grâce. Mais c’est la langue. J’ai recueilli quelques mots, mais pas autant que j’aurais voulu (lettre à un confrère, fin 1911).

Dans les 2 ans qui lui restent à vivre, il fera des milliers de km à pied, dans la neige, en remontant des rivières (en portant le bateau), il passera le plus clair de son temps à chasser et pêcher pour se nourrir, nourrir ses chiens et ses compagnons : un aventurier, Mr Hornby, qui passe quelques mois avec lui ; et à partir de l’été 1912 un confrère, Guillaume Le Roux, un jeune Breton. Mais ils passeront très peu de temps à l’évangélisation proprement dite et c’est frustrant pour des missionnaires ! Ils acceptent de vivre dans des conditions très difficiles, mais aimeraient que ça avance plus vite. Car ils rencontrent rarement les Esquimaux, et il leur faut donc du temps pour apprendre la langue. C’est pourquoi en octobre 1913, après avoir prévenu leur hiérarchie (J’ai reçu une lettre, que je vous envoie ci-joint. Veuillez s’il vous plaît en prendre connaissance et je pense qu’il serait bon que Monseigneur la voie (…). Elle me décide presque à suivre les Esquimaux cet hiver jusqu’à la mer, afin d’arrêter un peu le zèle de Mr Fry [le ministre anglican] qui vient semer le mauvais grain dans notre champ. Un souvenir spécial pour vous. Et ne soyez pas surpris si personne ne vient vous rendre visite en hiver) ils partent rejoindre les Esquimaux qui hivernent sur l’Océan Glacial.
On ne les reverra plus.

Après enquête de police, on saura en 1916 que ça s’est mal passé avec les Esquimaux (alors que jusque-là ils s’entendaient bien), que les deux missionnaires sont partis pour revenir à leur cabane mais que deux Esquimaux les ont suivis et assassinés, sans doute pour voler leur fusil, peut-être aussi pour des raisons religieuses (envoyés par le sorcier ?). On ne saura jamais au juste s’ils ont été tués « en haine de la foi », ils ne peuvent donc pas être déclarés martyrs. Du moins on peut considérer qu’ils sont martyrs de la charité… Jean-Baptiste avait 32 ans, Guillaume 28…
Par la suite d’autres Oblats ont été envoyés pour les remplacer, les Esquimaux se sont convertis.
Beaucoup de Lozériens, environ 40, sont devenus OMI (Canada, Ceylan, Laos etc.).
Actuellement il n’y en a plus, le dernier, le P. Louis Fournier, de Chasseradès, est mort en novembre 1913 chez les Esquimaux de la Baie d’Hudson.
Mais il y a toujours des Oblats à travers le monde !

Pour le centenaire de la mort du P. Rouvière, une exposition lui a été consacrée : « JB Rouvière, un Lozérien chez les Inuit », d’abord à Marvejols, actuellement à Mende, organisée par l’association Kouliavik (c’est ainsi que les Esquimaux l’appelaient).

Re: Jean-Baptiste Rouvière, OMI

par Fée Violine » mer. 13 août 2014, 11:20

Si vous passez par la Lozère:
http://www.oblatfrance.com/index.php?id_page=404

Pour répondre à Nanimo:
oui, c'est la mode de faire des reproches aux missionnaires, mais avant-hier, après la conférence, j'ai longuement discuté avec le P. Evelin, OMI, qui était venu de Paris exprès. Il m'a expliqué qu'en 1967, quand les Américains ont installé d'est en ouest dans tout le nord du Canada la DEW line, ligne de radars destinés à surveiller les Soviétiques, le gouvernement canadien a brutalement sédentarisé les Indiens et les Inuit (qui avec cette ligne ne pouvaient plus aller chasser le phoque sur la mer, comme ils faisaient auparavant), ils ont été occidentalisés de force, avec divers abus qui sont maintenant attribués aux Oblats, alors que les Oblats ont fait tout le boulot depuis le début du XIXème siècle auprès des populations autochtones dont le gouvernement canadien ne se souciait absolument pas (encore au milieu du XXème siècle, il était courant que des Inuit meurent de faim ! dans un des pays les plus riches du monde!)

Re: Jean-Baptiste Rouvière, OMI

par Nanimo » sam. 02 août 2014, 13:30

En effet, Fée Violine, il est possible que le P. Rouvière n'ait pas débarqué directement à Québec comme cela est indiqué sur Wikipédia. D'après ce que je sais, le principal port de débarquement au Canada, en provenance d'Europe, était ailleurs. Donc...

L'histoire de ces missionnaires est absolument passionnante, mais on oublie un peu trop facilement qu'ils ont répertorié les parlés autochtones dans le monde, comme vous le mentionnez. Je ne sais pourquoi, car la question des langues pour annoncer la Bonne Nouvelle apparaît essentielle dès l'avènement du christianisme. L'action des missionnaires sur le plan linguistique en était une de préservation, puisque apprendre la langue de l'autre, plutôt que d'imposer la leur, est une des caractéristiques des missionnaires. On leur fait porter tous les maux de la terre, y compris celui-ci, ce qui n'est pas juste au regard des faits.

Re: Jean-Baptiste Rouvière, OMI

par Fée Violine » ven. 01 août 2014, 19:05

C'est une très belle histoire.
Le Canada (les États-Unis et le Mexique dans une moindre mesure) a été évangélisé en grande partie par les Oblats de Marie Immaculée, à partir du milieu du XIXème siècle. Actuellement ils sont moins nombreux, mais il y en a encore pas mal. Ils ont fait un énorme travail parmi les Indiens et ensuite les Esquimaux, fondant des quantités d'écoles, d'hôpitaux, d'orphelinats, de paroisses, construisant des églises, le tout avec très peu de moyens mais beaucoup de dévouement. Ils ont défendu les droits des peuples autochtones, ils ont vécu parmi eux, aussi pauvres qu'eux, ils ont appris leurs diverses langues, ils ont créé des grammaires et des dictionnaires de ces langues. Le Père Petitot, OMI (auteur d'un dictionnaire esquimau dans les années 1870), a défendu dans les milieux scientifiques la thèse de l'unicité de l'espèce humaine, contre l'opinion de ceux qui croyaient que les Esquimaux étaient originaires d'Amérique, et depuis la science a confirmé qu'il n'y a qu'une seule espèce humaine. Et donc nous sommes tous frères.
Ce qui n'empêche que de nos jours, au Canada, l'opinion générale (devenue très antichrétienne) considère les Oblats comme des criminels, pédophiles etc.
La congrégation a été fondée par st Eugène de Mazenod, évêque de Marseille, dans les années 1820 ou 1830, je ne sais plus, et dès 1841 ils sont partis au Canada. Beaucoup sont aussi allés à Ceylan et en Afrique du sud.
Au XXème siècle, beaucoup sont morts martyrs. Au fait c'est vrai que j'ai mis la liste un peu plus haut. Dans cette liste, j'ai découvert François Bousso, que JB Rouvière a connu. Ils sont nés la même année, ont fait leurs études ensemble à Liège, et se sont revus dans le Grand Nord (JB fait allusion à lui dans une de ses lettres). Mais au bout de 18 ans, François Bousso a dû rentrer en France pour raisons de santé, il était dans une paroisse en Normandie, et il a été fusillé par la Gestapo le 6 juin 1944 avec tout son réseau de résistants (il cachait des émetteurs radio dans le clocher et l'harmonium de son église). J'ai vu sa photo, il avait une belle tête énergique. Bref, ces Oblats ne sont pas des mauviettes ! Je ne sais plus quel pape les appelait "les spécialistes des missions difficiles".

Si vous ne connaissez pas JB Rouvière, c'est normal, tout le monde ou presque l'a oublié en France, je suis tombée dessus par hasard et il m'intéresse car il est né à 35 km d'ici, et aussi parce qu'il a eu une belle vie, bien que courte.

Nanimo : en fait, je ne sais pas s'il a vraiment été à Québec. Je sais qu'il est parti du Havre, je sais le nom de ses compagnons de voyage (4 frères convers oblats), mais pas l'itinéraire exact, sauf à partir d'Edmonton. J'ai le récit de voyage de son confrère Guillaume Le Roux, qui a fait halte partout, à Québec, à Montréal, à Calgary, etc, enfin dans chaque ville où il y avait une maison d'oblats. J'ai aussi le récit d'un autre Père qui est passé par ailleurs : Le Havre-New York en bateau puis direct Edmonton en train. Mais pour JB je ne sais pas, je trouverai peut-être de nouveaux documents dans l'avenir! A l'époque, le chemin de fer s'arrêtait à Edmonton, après il fallait employer des moyens de transport préhistoriques et pas rapides, mais ça n'effrayait pas ces vaillants jeunes garçons.

Quant à la page wikipédia, je l'ai améliorée, et j'ai aussi créé une page pour Guillaume Le Roux. Par contre, si quelqu'un avait la bonté de me dire comment on fait pour poster une photo sur wikipédia? Pour la page Rouvière, des gens sont intervenus sur ma page et ont mis des photos, mais j'aimerais bien apprendre à le faire.

Re: Jean-Baptiste Rouvière, OMI

par Robin » ven. 01 août 2014, 0:23

Bravo et merci Fée Violine :)
Je ne connaissais pas du tout l'histoire de ce père. Par sa bonté qui l'a poussé à l'évangélisation, il a sans doute bousculé le statut de certains et en est mort. Un triste sort mais il a été au bout de l'amour pour autrui et donc pour Le Père. :)
(je dois avouer que je ne connais pas du tout l'histoire du christianisme en Amérique du nord :oops: )

Re: Jean-Baptiste Rouvière, OMI

par Jean-Mic » jeu. 31 juil. 2014, 15:47

Bravo. De la patience, de la rigueur. Tout ce qu'il faut.
Très beau travail.

Merci
Fraternellement
Jean-Mic

Re: Jean-Baptiste Rouvière, OMI

par Nanimo » jeu. 31 juil. 2014, 13:41

Vous savez, Fée Violine, ce qui est émouvant au sujet de l'histoire du P. J.-B. Rouvière est qu'il a débarqué à Québec pour évangéliser. Il se trouve que le site de la ville de Québec est le point de propagation de la foi catholique en Amérique du Nord. Ce fait a d'ailleurs été célébré par le 350e Jubilé de la paroisse de Notre-Dame de Québec (en la basilique-cathédrale de Notre-Dame de Québec), souligné par la Porte Sainte,* ouverte en décembre 2013 à Notre-Dame de Québec et qui se refermera en décembre prochain. C'est dire comme le lieu est symbolique!

___
*C'est la première Porte Sainte en Amérique (les autres sont en Espagne, Italie, France) et sont sensées souligner les passages de la vie; on ne peut qu'entrer par la Porte Sainte, on ne peut en ressortir.
Image

Re: Jean-Baptiste Rouvière, OMI

par Fée Violine » sam. 26 juil. 2014, 9:33

J'ai beaucoup avancé mes recherches sur le P. Rouvière, une exposition aura lieu à Marvejols du 11 au 31 août et je ferai une conférence.
Je fais chaque jour des découvertes intéressantes, aux archives départementales, sur internet, ou simplement dans les nombreux documents que j'ai reçus il y a 10 ans de Rome (maison généralice des Oblats) et du Canada, mais que je n'avais pas encore lus !

Voici un document intéressant: la liste des Oblats martyrs, où figure bien sûr Jean-Baptiste, ainsi que son collègue Guillaume (désolée, c'est un tableau, mais en le copiant-collant c'est tout en vrac. Le chiffre à côté du nom, c'est l'âge):
Cameroun Afrique - Madagascar
Mgr Yves Plumey ancien archevêque de Garoua 78 français Assassiné à Ngaoundéré le 3 septembre 1991 dans des conditions jamais élucidées.
Congo Afrique-Madagascar
P. Pierre Laebens 44 belge Assassinés le 23 janvier 1964 lors de la rébellion muléliste
P. Nicolas Hardy 45 belge
P. Gérard Defever 44 belge
Lesotho Afrique-Madagascar
P. Almanzar Joseph Ménard 49 canadien Assassiné le 1er juillet 1955. On soupçonne un assassinat rituel
Bolivie Amérique
P. Maurice Lefebvre 49 canadien Tué à La Paz le 21 août 1971 alors qu’il portait secours aux blessés lors d’une manifestation.
Canada Amérique
P. Léo Fafard 35 canadien, P. Félix Marchand 27 français Tués à Frog Lake (Alberta) le 2 avril 1885 lors de la Rébellion des Métis

P. Jean-Baptiste Rouvière 32 français
P. Guillaume Le Roux 28 français Missionnaires chez les Inuit, assassinés à Coppermine le 30 octobre 1913
P. Joseph Buliard 42 français Mystérieusement disparu à Gary Lake vers la fin d’octobre 1956. “La rumeur qu’il a été assassiné a couru aussi bien chez les Inuit que chez les Blancs.”
P. Jean Franche 67 français Assassiné à Inuvik le 26 mai 1974
Haïti Amérique
P. Renaud Bouffard 40 américain Assassiné à Charbonnières le 25 mai 1971
Indonésie Asie -Océanie
P. Heribertus Boedhy Prihatna 35 Indonésien Mort ”accidentellement” à Bornéo le 17 octobre 1998. Plusieurs indices font penser qu’il a été assassiné.
Laos (Pour ces martyrs du Laos voir Documentation OMI N°229 septembre 1999)
P. Mario Borzaga 28 italien Tué le 1er mai 1960
P. Louis Leroy 38 français Tué le 18 avril 1961
P. Michel Coquelet 30 français Tué le 20 avril 1961
P. Vincent L’Hénoret 40 français Tué le 11 mai 1961
Fr. Alexis Guémené 37 français Tué le 4 juin 1961
P. Jean Wauthier 41 français Tué le 16 décembre 1967
P. Joseph Boissel 60 français Tué le 5 juillet 1969
Philippines Asie - Océanie
P. Paul Bernard Drone 29 américain
Fr. Michael Braun 28 américain
P. Edward C. McMahon 26 américain Missionnaires aux Philippines décapités le 2 juillet 1942 par les Japonais.
P. Nelson Javellana 31 philippin Avec 70 personnes de sa paroisse d’Esperanza il était allé porter une pétition à Cotabato City en vue de promouvoir la justice et la paix. Au retour le convoi est tombé dans une embuscade. C’était le 3 novembre 1971.
Mgr Benjamin de Jesus, Vicaire Apostolique de Jolo 57 philippin Soucieux du dialogue avec les musulmans. Assassiné à Jolo le 4 février 1997
Sri Lanka Asie - Océanie
P. Michael Rodrigo 60 Sri lankais Apôtre du dialogue avec les bouddhistes. Assassiné à la fin de sa messe le 10 novembre 1987
Allemagne Europe
P. Friedrich Lorenz 47 allemand Exécuté par les Nazis “ parce que prêtre” le 13 novembre 1944
Espagne Europe
Oblats espagnols fusillés en 1936 par les communistes durant la guerre d’Espagne
P. Vicente Blanco Guadilla 54 P. Francisco Esteban Lacal 48
P. José Vega Riaño 32 P. Juan Antonio Pérez Mayo 29
P. Gregorio Escobar García 24 Fr. Angel Francisco Bocos 53
Fr. Eleuterio Prado Villarroel 21 Fr. Marcelino Sanchez Fernandez 26
Scol. Juan José Caballero Rodriguez 24 Scol. Justo Gil Pardo 26
Scol. Manual Gutiérrez Martín 23 Scol. Cecilio Vega Domínguez 23
Scol. Francisco Polvorinos Gomez 26 Scol. Juan Pedro Del Cotillo Fernandez 22
Scol. Publio Rodríguez Moslares 24 Scol. José Guerra Andrés 22
Scol. Justo González Morente 21 Scol. Serviliano Riaño Herrero 20
Scol. Pascual Aláez Medina 19 Scol. Daniel Gómez Lucas 20
Scol. Clemente Rodríguez Tejerina 18 Scol. Justo Fernández González 20
Pologne Europe
Oblats polonais fusillés ou pour la plupart morts dans les camps de concentration nazis
P. Marian Wyduba 30 18 décembre 1939 P. Jan Finc 30 28 juin 1940
Nov. Jan Szamocki 21 10 septembre 1940 Scol. Alfons Manka 24 21 janvier 1941
Bienheureux Jozef Cebula 39 9 mai 1941 P. Ludwik Kasalka 27 7 juin 1941
P. Pawel Kulawy 64 21 août 1941 P. Jan Wilhelm Kulawy 69 10 septembre 1941
Scol. Mieczyslaw Frala 21 9 décembre 1941 P. Jan Pawolek 60 28 février 1942
Nov. Ludwik Janski 24 22 avril 1942 Fr. Tomasz Kozierowski 36 1 mai 1942
Nov. Karol Spalek 21 21 août 1942 P. Czeslaw Bartosz 33 5 octobre 1942
P. Jozef Franciszek Kocot 32 29 décembre 1942 P. Antoni Leszczyk 35 31 mai 1943
P. Jozef Cal 32 6 juin 1943
France Europe
Tués par la Gestapo à La Brosse-Montceaux le 24 juillet 1944
P. Albert Piat 35 P. Christian Gilbert 32
Fr. Joachim Nio 46 Scol. Jean-Marie Cuny 26
Scol. Lucien Perrier 26
P. François Bousso 63 français Exécuté à Caen le 4 juin 1944 pour faits de résistance
P. Justin Pennerath 42 français Tué au camp de concentration nazi de Gaggenau avec trois autres prêtres le 24 novembre 1944.
Ukraine Europe
P. Ludwik Wrodarczyk 36 polonais Tué le 8 décembre 1943 à Okopy par des Ukrainiens liés aux Nazis
Commentaire des oblats :
Le calendrier officiel de l’Année sainte 2000 prévoit à Rome au Colisée pour le dimanche 7 mai une célébration désignée selon les documents “Commémoration des témoins de la foi du XXème siècle” ou encore “Commémoration œcuménique des nouveaux martyrs”. Les Eglises locales et les Instituts religieux etc. ont été invités à présenter des listes. Le P. FITZPATRICK notre Postulateur général a fourni au St-Siège une liste de 63 noms. Au moment où nous écrivons la liste définitivement retenue n’est pas encore connue. On ne sait pas encore non plus comment se déroulera la célébration. Mais le Saint-Père nous invite à faire mémoire de nos frères aînés qui d’une façon particulière ont donné leur vie pour l’Evangile. La liste que nous publions ci-dessous n’a donc aucun caractère officiel. A la liste présentée au St-Siège nous avons ajouté quelques noms supplémentaires. Il s’agit d’Oblats «témoins de la foi » jusqu’à donner leur vie mais dont il est souvent impossible de prouver qu’ils ont été tués en haine de la foi. Les assassins ne publient que rarement les motivations de leur geste. Même dans quelques cas les circonstances de la mort n’ont jamais été élucidées… Mais leurs proches les ont considérés comme d’authentiques martyrs. A cette liste chacun et même chaque communauté pourra ajouter tel ou tel qui a été ou est pour nous témoin de la foi.

Jean-Baptiste Rouvière, OMI

par Fée Violine » sam. 30 mars 2013, 0:21

Il y a plus de 10 ans, j'ai entrepris des recherches sur Jean-Baptiste Rouvière, Oblat de Marie Immaculée, 1881-1913, né ici en Lozère et mort assassiné par des Esquimaux, non loin de l'Océan glacial. Une personnalité attachante .
Et je viens seulement de penser à créer une page wikipédia, que voici:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Bapt ... vi%C3%A8re

Ce n'est pas facile, car je ne connais pas la technique à utiliser. J'ai écrit tout mon texte en vrac, et des gens m'ont mis ça en forme, avec des photos et des liens intéressants.
On m'a aussi signalé les points à modifier (pas clairs ou pas assez objectifs ou détails superflus etc.).
L'inconvénient, c'est qu'on m'a censuré pas mal de choses, dans le sens évidemment du politiquement correct ; notamment, que les assassins de Jean-Baptiste ont d'abord été acquittés par un tribunal qui n'aimait pas les catholiques, c'est pourtant vrai. Il va falloir que je prenne le temps de donner des références convaincantes sur ce point, au lieu de simplement balancer une affirmation. Mais pour ça, il faut déjà que je retrouve les infos nécessaires, dans la montagne de documentation que j'ai accumulée.

Mais bon, la page est faite, même si elle peut encore s'améliorer.

J'ai mis le récit de mes recherches sur mon site http://pagesfeuilletees.free.fr

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