par Emmanuel Lyasse » ven. 05 juil. 2013, 11:58
Le principal intérêt de cette affaire est qu'elle révèle fort bien ce qu'on appelle aujourd'hui "démocratie" en France (et dans les pays voisins d'ailleurs).
Un ministre émet un désaccord politique avec le gouvernement en qualifiant le budget de mauvais. De ce moment, il n'y a que deux possibilités saines, et une troisième qui ne l'est pas
1) Elle convainc qu'elle a raison. Le gouvernement change de politique ou on change de gouvernement.
2) Elle quitte le gouvernement.
3) Elle revient sur ses propos.
La (3) est ce que lui ont demandé Hollande et Ayrault. Elle est virée non pour avoir dit ce que tout le monde sait, mais pour avoir refusé de s'excuser humblement de l'avoir dit. Dans ce cas, la (2) était logique.
Mais ce qui est scandaleux est qu'elle soit traitée par le gouvernement subsistant, par les députés de gôche et par la presse aux ordres comme une petite fille pas sage qui a fait une grosse bêtise et qui en est justement punie. Ce qui est scandaleux, c'est l'impossibilité totale du (1) dans le système actuel.
C'est très mal pour un ministre de discuter du bien-fondé du budget sur RTL. Admettons. Mais où peut-on discuter, au juste ?
À l'intérieur du gouvernement ? Elle nous confirme que ce n'est pas le cas.
À la Chambre ? Soyons sérieux. Les députés PS n'ont même plus honte d'expliquer qu'ils sont là pour soutenir "le président" en appuyant sur le bouton quand on le leur demande (290 chouettes emplois non qualifiés à environ quinze millions par mois).
Dans les instances du parti majoritaire ? Hypothèse hélas encore plus risible.
Conclusion: on ne discute pas, jamais. Les ministres sont là pour recopier ce qui leur vient d'en haut, les députés de la majorité pour approuver systématiquement (et ceux de l'opposition pour rejeter de même, sans plus de débat). Tout vient de la personne inviolable et sacrée de "le président, oint du suffrage universel".
Comment peut-on appeler ça démocratie ? C'est tout au plus une monarchie élective. L'élu n'a plus à se soucier de l'opinion du peuple, ni des engagements qu'il a pris devant lui. Il fait ce qu'il veut, en sachant qu'au bout de cinq ans il sera renvoyé avec du goudron et des plumes, mais qu'il pourra espérer revenir cinq ans plus tard.
Car dans cette monarchie élective, l'élection est honteusement truquée, puisque les électeurs n'ont de fait le choix qu'entre des candidats présélectionnés par le système d'accord sur l'essentiel, contre la volonté clairement exprimée du peuple quand il a l'occasion de le faire (sur l'Union européenne, sur la sécurité sociale et les retraites, sur le service public, désormais sur l'adoption conjointe par des couples homosexuels…)
Sans partager du tout la plupart des options de Delphine Batho, je ne peux qu'admirer son cran. Nous verrons si ça dure.
Le principal intérêt de cette affaire est qu'elle révèle fort bien ce qu'on appelle aujourd'hui "démocratie" en France (et dans les pays voisins d'ailleurs).
Un ministre émet un désaccord politique avec le gouvernement en qualifiant le budget de mauvais. De ce moment, il n'y a que deux possibilités saines, et une troisième qui ne l'est pas
1) Elle convainc qu'elle a raison. Le gouvernement change de politique ou on change de gouvernement.
2) Elle quitte le gouvernement.
3) Elle revient sur ses propos.
La (3) est ce que lui ont demandé Hollande et Ayrault. Elle est virée non pour avoir dit ce que tout le monde sait, mais pour avoir refusé de s'excuser humblement de l'avoir dit. Dans ce cas, la (2) était logique.
Mais ce qui est scandaleux est qu'elle soit traitée par le gouvernement subsistant, par les députés de gôche et par la presse aux ordres comme une petite fille pas sage qui a fait une grosse bêtise et qui en est justement punie. Ce qui est scandaleux, c'est l'impossibilité totale du (1) dans le système actuel.
C'est très mal pour un ministre de discuter du bien-fondé du budget sur RTL. Admettons. Mais où peut-on discuter, au juste ?
À l'intérieur du gouvernement ? Elle nous confirme que ce n'est pas le cas.
À la Chambre ? Soyons sérieux. Les députés PS n'ont même plus honte d'expliquer qu'ils sont là pour soutenir "le président" en appuyant sur le bouton quand on le leur demande (290 chouettes emplois non qualifiés à environ quinze millions par mois).
Dans les instances du parti majoritaire ? Hypothèse hélas encore plus risible.
Conclusion: on ne discute pas, jamais. Les ministres sont là pour recopier ce qui leur vient d'en haut, les députés de la majorité pour approuver systématiquement (et ceux de l'opposition pour rejeter de même, sans plus de débat). Tout vient de la personne inviolable et sacrée de "le président, oint du suffrage universel".
Comment peut-on appeler ça démocratie ? C'est tout au plus une monarchie élective. L'élu n'a plus à se soucier de l'opinion du peuple, ni des engagements qu'il a pris devant lui. Il fait ce qu'il veut, en sachant qu'au bout de cinq ans il sera renvoyé avec du goudron et des plumes, mais qu'il pourra espérer revenir cinq ans plus tard.
Car dans cette monarchie élective, l'élection est honteusement truquée, puisque les électeurs n'ont de fait le choix qu'entre des candidats présélectionnés par le système d'accord sur l'essentiel, contre la volonté clairement exprimée du peuple quand il a l'occasion de le faire (sur l'Union européenne, sur la sécurité sociale et les retraites, sur le service public, désormais sur l'adoption conjointe par des couples homosexuels…)
Sans partager du tout la plupart des options de Delphine Batho, je ne peux qu'admirer son cran. Nous verrons si ça dure.