par Amisur 2014 » lun. 19 mai 2014, 13:41
Très chère Camzik,
Ce que vous traversez est terrible et je connais peu de gens accablés par le sort autant que vous. Aussi, c’est avec la plus grande humilité que j’essaierai de vous aider, ou du moins de vous apporter une réponse. Pardon d'avance d'être un peu long.
Comme d’autres l’ont dit avant moi, la culpabilité ne devrait pas vous envahir, et pourtant elle est quand même là. Car vous vous culpabilisez, non pas d’avoir mal agi, mais d’avoir péché par omission. Vous regrettez de n’avoir pas été là où il fallait, quand il fallait, et comme il est trop tard à présent vous vous sentez condamnée.
Bien sûr vous savez que Dieu vous pardonnera, vous savez que personne ne peut vous reprocher quoique ce soit, ce n’est donc pas la crainte d’être jugée qui vous tourmente mais, je le crois, le sentiment d’impuissance et la résignation. La culpabilisation est quelque part un expédient, une voie que vous empruntez en désespoir de cause. Parce qu’il ne vous est plus possible de faire le bien pour vos êtres chers, vous cherchez inconsciemment à vous faire du mal comme en compensation.
J’ai personnellement traversé une période très douloureuse il y a quelques années. Bien sûr, des amis m’ont prodigué de l’attention et des conseils, donné des tas de références de lecture, des adresses pour une retraite spirituelle, et même des recettes de tisane ! Je n’en ai rien retenu, la douleur était trop forte.
Mon salut allait venir d’une façon inattendue. En effet, alors que j’étais tenté de mettre fin à mes jours, la disparition coup sur coup de deux amis proches m’a comme réveillé. Face à la souffrance de leurs familles, je me culpabilisais d’avoir été si égoïste car j’ai oublié la chance que j’avais d’être encore en vie. J’ai alors éprouvé une colère, une haine terrible contre la mort qui m’avait séduit, trompé durant mes moments de faiblesse. Depuis, je mène un combat de chaque instant pour la vie, celle des autres mais aussi la mienne. Revanchard, je me suis battu avec détermination, comme quelqu’un qui n’a rien à perdre, qui n’a plus peur de rien. Cela m’a plutôt réussi, j’ai réalisé des choses que je n’aurais jamais cru à ma portée, et même si tout n’est pas rose, je regarde à présent la vie avec plus de lucidité et de sérénité.
Curieusement c’est en cherchant à vivre pour les autres que finalement je retrouve le goût de vivre, et l’aide dont j’avais besoin je l’ai trouvée en moi, même si en prenant du recul je réalise que je n’étais pas tout à fait seul.
Je pense qu’au fond, vous n’avez pas besoin d’être consolée, vous avez avant tout besoin de trouver un sens à la vie. Vous êtes blessée, meurtrie, mais surtout perdue, vous cherchez votre chemin. C’est pourquoi je vous conseille, non, je vous DEMANDE ceci : cessez de penser à vous et arrêtez de faire votre procès.
Vous n’êtes coupable de rien, soyez capable de tout. Pensez aux autres. La vie est un combat et il n’est pas terminé. Vivez, pas pour vous, mais pour les autres. Vos proches sont morts, vous avez le devoir de vivre, de recevoir de la vie ce qu’ils ne pourront plus obtenir, de mettre en œuvre ce qu’ils ne pourront plus réaliser. Ce n’est pas égoïste, vous jouez collectif, votre bonheur les concerne autant, comme leur bonheur vous a concerné de leur vivant. C’est un trésor de famille.
Vous êtes jeune, pleine de talents et de ressources, toute l’« équipe » compte sur vous. Ce que vous n’avez pu faire pour les morts, vous le ferez pour les vivants. Même avec le peu de temps qu’il leur reste (je pense notamment à votre père), remplissez leurs jours de bonheur et rendez-les intenses pour une vie courte mais vécue, dopée à 200, 300 ou 500 % selon votre énergie. Je ne sais pas si les médecins se trompent ou pas. Qu’importe, cela ne change rien à votre décision. Ne serait-ce que pour narguer la mort, la vie vaut la peine d’être vécue.
La mort aura son mot à dire le moment venu, mais en attendant ne lui accordez plus une minute, réservez chaque instant à la vie. Et quand viendra l’heure du « passage », vous pourrez mesurer sans regret le combat mené, évoquer les meilleurs souvenirs comme autant de points marqués, et vous dire avez ironie : « Mort, où est ta victoire ? »
Très fraternellement,
Amisur 2014
Très chère Camzik,
Ce que vous traversez est terrible et je connais peu de gens accablés par le sort autant que vous. Aussi, c’est avec la plus grande humilité que j’essaierai de vous aider, ou du moins de vous apporter une réponse. Pardon d'avance d'être un peu long.
Comme d’autres l’ont dit avant moi, la culpabilité ne devrait pas vous envahir, et pourtant elle est quand même là. Car vous vous culpabilisez, non pas d’avoir mal agi, mais d’avoir péché par omission. Vous regrettez de n’avoir pas été là où il fallait, quand il fallait, et comme il est trop tard à présent vous vous sentez condamnée.
Bien sûr vous savez que Dieu vous pardonnera, vous savez que personne ne peut vous reprocher quoique ce soit, ce n’est donc pas la crainte d’être jugée qui vous tourmente mais, je le crois, le sentiment d’impuissance et la résignation. La culpabilisation est quelque part un expédient, une voie que vous empruntez en désespoir de cause. Parce qu’il ne vous est plus possible de faire le bien pour vos êtres chers, vous cherchez inconsciemment à vous faire du mal comme en compensation.
J’ai personnellement traversé une période très douloureuse il y a quelques années. Bien sûr, des amis m’ont prodigué de l’attention et des conseils, donné des tas de références de lecture, des adresses pour une retraite spirituelle, et même des recettes de tisane ! Je n’en ai rien retenu, la douleur était trop forte.
Mon salut allait venir d’une façon inattendue. En effet, alors que j’étais tenté de mettre fin à mes jours, la disparition coup sur coup de deux amis proches m’a comme réveillé. Face à la souffrance de leurs familles, je me culpabilisais d’avoir été si égoïste car j’ai oublié la chance que j’avais d’être encore en vie. J’ai alors éprouvé une colère, une haine terrible contre la mort qui m’avait séduit, trompé durant mes moments de faiblesse. Depuis, je mène un combat de chaque instant pour la vie, celle des autres mais aussi la mienne. Revanchard, je me suis battu avec détermination, comme quelqu’un qui n’a rien à perdre, qui n’a plus peur de rien. Cela m’a plutôt réussi, j’ai réalisé des choses que je n’aurais jamais cru à ma portée, et même si tout n’est pas rose, je regarde à présent la vie avec plus de lucidité et de sérénité.
Curieusement c’est en cherchant à vivre pour les autres que finalement je retrouve le goût de vivre, et l’aide dont j’avais besoin je l’ai trouvée en moi, même si en prenant du recul je réalise que je n’étais pas tout à fait seul.
Je pense qu’au fond, vous n’avez pas besoin d’être consolée, vous avez avant tout besoin de trouver un sens à la vie. Vous êtes blessée, meurtrie, mais surtout perdue, vous cherchez votre chemin. C’est pourquoi je vous conseille, non, je vous DEMANDE ceci : cessez de penser à vous et arrêtez de faire votre procès.
Vous n’êtes coupable de rien, soyez capable de tout. Pensez aux autres. La vie est un combat et il n’est pas terminé. Vivez, pas pour vous, mais pour les autres. Vos proches sont morts, vous avez le devoir de vivre, de recevoir de la vie ce qu’ils ne pourront plus obtenir, de mettre en œuvre ce qu’ils ne pourront plus réaliser. Ce n’est pas égoïste, vous jouez collectif, votre bonheur les concerne autant, comme leur bonheur vous a concerné de leur vivant. C’est un trésor de famille.
Vous êtes jeune, pleine de talents et de ressources, toute l’« équipe » compte sur vous. Ce que vous n’avez pu faire pour les morts, vous le ferez pour les vivants. Même avec le peu de temps qu’il leur reste (je pense notamment à votre père), remplissez leurs jours de bonheur et rendez-les intenses pour une vie courte mais vécue, dopée à 200, 300 ou 500 % selon votre énergie. Je ne sais pas si les médecins se trompent ou pas. Qu’importe, cela ne change rien à votre décision. Ne serait-ce que pour narguer la mort, la vie vaut la peine d’être vécue.
La mort aura son mot à dire le moment venu, mais en attendant ne lui accordez plus une minute, réservez chaque instant à la vie. Et quand viendra l’heure du « passage », vous pourrez mesurer sans regret le combat mené, évoquer les meilleurs souvenirs comme autant de points marqués, et vous dire avez ironie : « Mort, où est ta victoire ? »
Très fraternellement,
Amisur 2014