Les trois principales nouveautés du Pontificat

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Re: Les trois principales nouveautés du Pontificat

par etienne lorant » lun. 23 sept. 2013, 10:02

Six mois de Pontificat

Conférence du prof. Carriquiry (seconde partie)

Aujourd’hui, nous avons un seul pape, François, protagoniste d’une Église qui, par la grâce de Dieu, s’auto-réforme dans sa tête et dans ses membres. Le pontificat de Benoît XVI, qui a été pour cet homme saint, humble et sage, une sorte de chemin de croix, dans le climat tendu et dramatique de la vie ecclésiale, cède le pas à l’explosion de joie et d’espérance inattendue mais désirée, du pontificat du pape François, surprise de l’Esprit-Saint qui sait quand et comment provoquer un sursaut chrétien dans les âmes.

L’extraordinaire renonciation du pape allemand « pour le bien de l’Église » acquiert une nouvelle lumière avec le pontificat du pape argentin. Si Benoît XVI est devenu dramatiquement conscient, dans son dialogue face à face avec Dieu, de son manque de forces pour affronter les devoirs et les décisions nécessaires, sa liberté et son humilité – la conscience que c’est Dieu, et non le pape, qui conduit son Église ! – prépare le chemin afin que le timon de la barque de Pierre soit pris par celui qui, par la grâce de Dieu, est capable de le faire dans des conditions meilleures et surprenantes.

Après le saint maître, le saint pasteur, un père proche de son peuple. La plus grande théologie « ratzingerienne » qui est un magistère riche pour l’Église d’aujourd’hui et de demain, cède le pas à la prédication vécue d’un Évangile « sans glose » qui en est la source. La solide formation théologique et philosophique du pape jésuite se fait essentialité évangélique dans sa « grammaire de la simplicité », un élan renouvelé et une fraicheur apostolique dans sa façon d’être parmi les gens – jamais détaché, jamais réfugié dans la rhétorique des « principes » - avec des gestes plein d’affection, de consolation, de tendresse. Imprévu et imprévisible, comme l’écrit l’évêque et ami Massimo Camisasca – parce que toujours à la recherche, guidée par Dieu et par son expérience pastorale, de nouvelles voies pour rejoindre les hommes qui sont en face de lui.

Et les personnes sont touchées parce qu’elles se sentent embrassées par une miséricorde mystérieuse et débordante. Le pape François préfère la médecine de la miséricorde à la rigueur d’un comportement sévère et qui juge. « Dieu pardonne toujours, il pardonne tout. C’est nous, répète-t-il, qui nous lassons de nous faire pardonner. D’où la nécessité de la prière, humble, forte, courageuse, pour que Jésus puisse faire le miracle du changement dans notre vie ».

C’est une révolution évangélique. Après les dévastations humaines auxquelles ont abouti les Révolutions, avec un « R » majuscule, selon la mythologie de l’athéisme messianique, seule l’Église peut recommencer à parler de révolution en vérité, disait mon maître Alberto Methol Ferré dans son livre-entretien rédigé avec son ami Alver Metalli. Il semble que le pape Benoît XVI l’ait écouté, lui qui a parlé ensuite d’une « révolution de l’amour », du christianisme comme de « la mutation la plus radicale de l’histoire.

La « révolution de la grâce » dit maintenant le pape François, parce que c’est la seule qui change ontologiquement l’homme, le sujet de l’histoire. « Se mettre dans le courant de la révolution de la foi », a-t-il dit aux trois millions de jeunes à Copacabana, les invitant à être révolutionnaires parce que à contre-courant d’une culture qui génère la « confusion sur le sens de la vie, la désintégration personnelle, la perte de l’expérience d’appartenir à un « nid », l’absence de foyer et de liens profonds ».

Le pape François nous appelle à la conversion, en nous confiant à la grâce, pour être libérés des idoles et acquérir de nouveau la vraie liberté. Cette révolution de la grâce est le fruit de la rencontre avec le Christ, comme il ne cesse d’enseigner et d’y inviter, et non l’exaltation de la volonté (le pélagianisme !) ou la simple sagesse humaine (la gnose !). C’est la source de la mission : communiquer le don de la rencontre avec le Christ, « d’un débordement d’allégresse et de gratitude » (comme on le lit dans le document d’Aparecida).

« Sortir » est le verbe le plus fréquemment utilisé par le nouveau pape : sortir de notre autosuffisance, sortir de l’auto-référentialité, sortir des « petites églises » où l’on se complaît entre soi, sortir vers les périphéries existentielles où la vie des hommes est en jeu. Nous ne pouvons pas ne pas nous poser les questions que le pape François se posait à lui-même et qu’il adressait aux évêques brésiliens : « Le mystère difficile de ceux qui quittent l’Église ; des personnes qui, après s’être laissées illusionner par d’autres propositions, retiennent que désormais l’Église (...) ne peut plus offrir quelque chose de significatif et d’important. (...) Peut-être l’Église est-elle apparue trop faible, peut-être trop éloignée de leurs besoins, peut-être trop pauvre pour répondre à leurs inquiétudes, peut-être trop froide dans leurs contacts, peut-être trop autoréférentielle, peut-être prisonnière de ses langages rigides, peut-être le monde semble avoir fait de l’Église comme une survivance du passé, insuffisante pour les questions nouvelles ».

Ces questions sont comme l’écho de celle, dévorante, d’Eliot dans le cœur de « La Rocca », souvent reprise par don Giussani : « C’est l’humanité qui a abandonné l’Église ? » ou « c’est l’Église qui a abandonné l’humanité ». « Il faut une Église, poursuivait le pape, qui n’a pas peur d’entrerdans leur nuit, (...) capable de les rencontrer surleur route, (...) en mesure de s’insérer dans leurs conversations, (...) de tenir compagnie (...), capable de réchauffer le cœur, de réaccompagner à la maison, (...) de réveiller l’enchantement » pour la beauté de la foi. (A suivre sous le lien)

http://www.zenit.org/fr/articles/six-mo ... vangelique

Les trois principales nouveautés du Pontificat

par etienne lorant » sam. 14 sept. 2013, 9:26

Six mois jour pour jour après l'élection du pape François, le 13 mars dernier, le père Federico Lombardi SJ, directeur de la salle de presse du Saint-Siège, propose, au micro de Radio Vatican, les nouveautés et les points forts du pontificat, mais il rappelle: "ce qui compte, c’est la réforme permanente de la vie de l’Église".

C’était le 13 mars : à 19h06, l'explosion de joie de la foule Place Saint-Pierre avec l’apparition de la fumée blanche, puis de nouveau lorsque le cardinal proto-diacre, Jean-Louis Tauran, est apparu à la loggia, à 20h12, pour annoncer que l’Église catholique avait un nouveau pape, et enfin, à 20h26, la salutation du pape François, de cette même loggia de la basilique vaticane: "Bonsoir!".

Père Lombardi, pour reprendre la méthode du pape François, quels sont les trois principales nouveautés de ce pontificat ?

P. Federico Lombardi – Je dirais que la première nouveauté est le nom, qui m’a frappé dès le début : François, un nom tout-à-fait nouveau ; aucun pape ne l’avait choisi auparavant. Et, avec le nom de François, il y a l’explication, donnée par le pape lui-même : « les pauvres, la paix, la sauvegarde de la création ». Et nous avons déjà vu – au moins en ce qui concerne les pauvres et la paix – que ce sont vraiment des traits fondamentaux de ce pontificat, qui sont aussi d’une extrême actualité, comme cet engagement extrêmement courageux pour la paix au Moyen-Orient, au cours des dernières semaines.

Ensuite, une seconde nouveauté me semble être la fin de l’ « eurocentrisme » de l’Église, c’est-à-dire le fait que nous ayons un pape latino-américain. En réalité, on sent cela dans le sens plutôt positif d’un élargissement de l’horizon : nous l’avons vu en particulier au cours des Journées mondiales de la jeunesse, où nous avons vu le pape sur son continent d’origine et nous avons appris que son style aussi est pastoral, sa façon d’être en relation directe avec les gens, son langage très simple… Même les thèmes de l’attention à la pauvreté etc. viennent d’un contexte ecclésial très riche, avec une grande tradition qui arrive maintenant au cœur de l’Église avec une plus grande force et une plus grande présence. Tous les papes ont été "universels", c’était des papes qui avaient à cœur le monde entier et ce n’est pas qu’ils étaient "partiaux". Mais je crois que l’on peut reconnaître que le choix d’un pape provenant d’un autre continent apporte effectivement quelque chose de spécifique dans le style, dans les perspectives, et c’est quelque chose qui est désiré par l’Église universelle, qui est voulu par les cardinaux et nous l’apprécions comme un nouvel enrichissement du chemin de l’Église universelle.

Et puis, si je dois donner une troisième caractéristique, il me semble qu’il y a la dimension missionnaire. Le pape François parle beaucoup d’une Église non-autoréférentielle, d’une Église en mission, d’une Église qui regarde en dehors d’elle-même le monde entier. Il m’est revenu à l’esprit la très belle Lettre de Jean-Paul II à la fin du Jubilé, « Duc in altum », avance au large – adressée à l’Église du troisième millénaire. Voilà, il me semble que, effectivement, avec le pape François, la barque de l’Église navigue avec détermination vers le large, sans peur, sans angoisses, avec la joie de pouvoir rencontrer le mystère de Dieu sous des horizons nouveaux.

Le pape secoue les chrétiens, parfois même avec des paroles très fortes, et ceux qui sont loin se rapprochent …

Oui, disons que le style, le langage direct du pape, son comportement, et aussi la nouveauté de son style de vie touchent profondément et suscitent beaucoup d’intérêt et d’enthousiasme. Mais je crois, et j’espère, que le motif fondamental de cet intérêt est profond, que cela vient du fait que le pape insiste énormément sur un Dieu qui aime, un Dieu de miséricorde, un Dieu toujours prêt à pardonner celui qui s’adresse à lui avec humilité.

Et de cette manière, il me semble qu’il touche l’homme en profondeur - l’homme et les femmes de notre temps ; il sait, lui, combien ils sont blessés : blessés par tant d’expériences difficiles, par tant de frustrations, d’injustices, de situations de pauvreté et de marginalisation dans le monde d’aujourd’hui. Alors, cette manière de parler si efficace et cette capacité à communiquer, par ses paroles et ses gestes et dans un style aussi direct, l’amour de Dieu pour tous, sa proximité, son intérêt pour l’homme, sa tendresse – un des mots que le pape aime particulièrement et qui expriment sa façon d’être – tout cela touche et émeut en profondeur les personnes, toutes : les croyants et ceux qui se disent non-croyants.

Parce que toutes les personnes sont aimées de Dieu et sont vraiment celles à qui est adressé ce grand message de l’amour de Dieu et de l’amour du Christ. Et donc, cela parle à tout le monde, lorsque c’est dit dans la vérité, de manière concrète et proche du cœur de l’homme.

Ce pontificat suscite de grandes attentes. À quoi devons-nous nous attendre dans les prochains mois ?

Mais… je ne suis pas prophète… Nous savons, pour dire les choses simplement, que, dans les prochains mois, le pape affrontera aussi des questions qui concernent le gouvernement de l’Église, en consultant ses collaborateurs, que ce soit ses collaborateurs de la curie romaine, comme il l’a déjà fait récemment, ou les cardinaux, comme il le fera au mois d’octobre, les cardinaux qu’il a choisis et qui viennent de différentes parties du monde. Mais, honnêtement, je ne voudrais pas que l’on surestime ces fameuses réformes de structure, qui concernent un peu l’institution.

Ce qui compte, c’est le cœur de la réforme permanente de la vie de l’Église et, en ce sens, le pape François, par son exemple, sa spiritualité, son attitude d’humilité et de proximité, veut certainement nous rendre proches de Jésus, veut faire de nous une Église en marche, proche de l’humanité d’aujourd’hui, en particulier de l’humanité qui souffre et qui a davantage besoin de la manifestation de l’amour de Dieu. Et donc, cette Église en marche, capable d’être solidaire, compagne de l’humanité qui chemine. Je crois que c’est à cela que nous pouvons et devons nous attendre à travers tant de signes et de décisions.

Ces dernières semaines, nous avons eu la grande question de la paix, de ceux qui souffrent des tensions et des guerres, mais nous pouvons en avoir beaucoup d’autres : il y a la question de la proximité à l’égard des réfugiés, la proximité à l’égard des différentes formes de marginalisation, de la prison, etc. Alors, laissons le Seigneur nous conduire. Le pape n’est pas quelqu’un qui pense avoir la main sur la planification et l’organisation de l’Histoire. Le pape est une personne qui écoute l’Esprit du Seigneur et qui cherche à le suivre docilement et, en ce sens, il nous entraîne sur un chemin toujours nouveau et dont nous sommes convaincus qu’il sera beau et plein d’espérance.

Comment se passe la coexistence au Vatican du pape François avec le pape émérite Benoît XVI ?

Ah, cela se passe très bien, cela se passe parfaitement ! Je dirais que nous sommes tous contents – à commencer par le pape François – de la présence du pape émérite au Vatican, avec sa discrétion, sa spiritualité, sa prière, son attention. C’est exactement ce qu’il nous avait promis, ce qu’il nous avait annoncé à l’occasion de sa renonciation : il continuerait à être en chemin avec l’Église, mais davantage sous la forme de la prière, de l’offrande de sa vie, de la proximité spirituelle plutôt que celle d’une présence, disons, opérationnelle.

En même temps, nous savons qu’il existe aussi une relation personnelle, extrêmement cordiale entre le pape François et son prédécesseur ; il y a eu quelques moments symboliques où nous l’avons vu : lorsque le pape François l’a invité à une très belle cérémonie dans les Jardins du Vatican pour inaugurer un nouveau monument ; mais ce qui a été encore plus éloquent, c’est lorsqu’il est allé le trouver avant son voyage au Brésil, pour lui demander sa prière, sa proximité, son soutien pendant ce moment si important ; et puis, quand il est allé le rencontrer à son retour pour lui raconter les belles expériences de ce voyage, le remercier de sa proximité dans la prière.

Moi aussi, j’ai eu une fois la joie de pouvoir être proche du pape Benoît et de voir sa sérénité, sa foi, sa spiritualité, son extraordinaire affabilité, dont il a si souvent témoigné au cours de son pontificat et qui continue à le caractériser, même si maintenant, c’est d’une manière nouvelle et discrète. Je crois que nous percevons, même si nous ne le voyons pas souvent, nous sentons toujours la présence de son affection, de sa prière, de sa sagesse et de son conseil, qui est certainement toujours à la disposition de son successeur, s’il le demande.

http://www.zenit.org/fr/articles/les-tr ... pontificat

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