par Cinci » dim. 04 mai 2014, 3:12
J'avais vu un truc chez Ellul qui méritait bien considération :
- [+] Texte masqué
- «... notons d'ailleurs ici un fait important, c'est que la désacralisation et la démythisation provoquent l'insignifiance. L'absence du sacré rend les actes sans aucune valeur ni signification. Ce qui différencie l'acte animal de l'acte humain, c'est précisément l'attribution de sens que l'homme est capable de faire car ceci correspond à une nouvelle organisation de cet acte lui-même, à une nouvelle ordinnation : or cela ne s'effectue que par le sacré. L'acte sexuel considéré comme sacré avait une richesse et une profondeur, qu'il n'a plus apparemment. L'étalement public, l'indifférence, l'éphémère dans ce domaine manifestent la désacralisation. [...] Tout ce que nous faisons aujourd'hui prouve à l'évidence que ce sacré a disparu.
Nous vivons manifestement dans un domaine profané, indifférent, insignifiant - ce qui se traduit par une vie sexuelle désertique et provoquant un vif découragement, et finalement la recherche de techniques sexuelles plus élaborées pour combler par l'exaspération des jeux vides du sens.
Or tout cela est sans doute exact mais me parait très insuffisant. On ne voit que l'un des aspects du phénomène car si le sexe est en effet désacralisé, c'est en tant qu'il était autrefois un domaine du sacré, celui des interdits et tabous, avec aussi d'ailleurs le sacré de transgression de fêtes par exemple - alors qu'il est devenu un moyen sacré.
Notre époque a resacralisé instantanément le sexe, en même temps qu'elle le désacralisait. Ce qui m'importe ici, ce n'est pas du tout le maintien de certains aspects traditionnels du sacré sexuel rappelé par Cox, et qu'il symbolisait par l'importance du playboy et de Miss America - cela est sans intérêt. Mais la revendication de liberté sexuelle exaspérée, la frénésie affichée sont si graves et si fondamentales aujourd'hui, non pas simplement parce que l'on veut satisfaire librement des besoins réfrénés, ni parce que l'on veut combattre de vieux préjugés dépassés (la morale sexuelle était depuis un siècle, passablement, sinon totalement effritée !) : la gravité que l'on y attache, la fureur qui s'y adjoint lorsque l'on contredit à cela, montre la profondeur du fait. Le sexe n'est plus un domaine d'activité naturelle libre, il est un instrument de combat - combat pour la liberté.
Liberté sexuelle ? Non point. La liberté tout court - celle de la sexualité étant simplement un signe, une manifestation concrète. Combat pour s'affirmer autonome et apte à vivre en soi, combat contre un ordre : il ne s'agit plus de désacraliser le domaine sexuel mais de désacraliser l'ordre par la transgression sexuelle.»
Source : J. Ellul,
Les nouveaux possédés, p. 122
Que je mettrais en parallèle avec ceci :
- [+] Texte masqué
- «... on observe un phénomène croissant, en Europe, de limitation des droits des chrétiens, en particulier dans les pays libéraux avancés, comme le Royaume-Uni. Leur liberté d'expression est limitée par des normes incriminant l'incitation à la haine ou à la discrimination [...] on conteste aux cliniques catholiques le droit de refuser que l'avortement soit pratiqué en leur sein; des pharmaciens, médecins et infirmières sont sanctionnés en raison de leur refus de coopérer à un avortement; des salariés et fonctionnaires sont licenciés en raison de leur refus moral de l'homosexualité [...] l'avortement et l'homosexualité sont les principaux motifs, mais non les seuls, de conflits entre les chrétiens et le pouvoir politique. [...] depuis l'adoption en 2010 d'une loi sur l'égalité et la non-discrimination [en Angleterre], les sanctions et les condamnations se multiplient. Ainsi, un couple s'est vu refuser l'agrément pour être famille d'accueil en raison de son jugement sur l'homosexualité, un médecin a dû quitter ses fonctions au sein d'un service social, après s'être abstenu de prendre part à la décision de confier des enfants à des couples de même sexe, les agences catholiques d'adoption ont été contraintes de cesser leurs activités en raison de leur refus de confier des enfants à des couples de même sexe, une employée de mairie affectée à l'État civil et un conseiller conjugal ont été licenciés au nom de la non-discrimination, après avoir exprimé leur incapacité, en conscience, à célébrer l'union civile et à conseiller sexuellement un couple d'homosexuels.
[...]
L'anthropologie est devenue politique, elle est devenue du droit avec l'irruption des droits de l'homme, car ces derniers expriment une définition de l'homme. En déterminant ses droits fondamentaux, c'est l'homme lui-même qui est défini. Ainsi, en modifiant ses droits, il est possible de modifier la définition sociale de l'homme. C'est la raison pour laquelle tous les débats anthropologiques sont traduits en termes de droits de l'homme et portés devant les juges. Ainsi, il appartiendrait à présent aux politiques et aux juges des droits de l'homme de révéler l'homme à lui-même en découvrant ses caractères anthropologiques et les droits qui y sont associés. Il s'agit notamment dans la culture contemporaine de révéler à l'homme l'étendue de son pouvoir, de sa propre ''liberté''.
Aujourd'hui, la Cour européenne affirme que le suicide est un droit de l'homme; que deux hommes vivant ensemble forment une famille, et bénéficient à ce titre de la protection de la vie familiale; que l'accès aux techniques artificielles de procréation, y compris aux diagnostics prénatals et préimplantatoires, est un droit de l'homme; un «droit de mettre au monde un enfant qui ne soit pas affecté par la maladie dont ses parents sont porteurs», comme dit la Cour, etc.
A la différence d'une loi ou d'une décision de justice ordinnaire, l'affirmation d'un «droit de l'homme» s'impose comme une progression dans la vérité. Il n'y a pas de liberté de conscience face aux droits de l'homme : nul ne peut dire je ne crois pas à ce droit de l'homme. Lorsque le juge ou le politique redéfinissent la vie, la mort, la famille, le mariage, ou encore la personne, ils n'affectent pas seulement le droit, mais aussi notre perception de la réalité, et par suite de la vérité.
Par exemple : quand le droit dit qu'un enfant a deux pères (suite à une adoption), est-ce vrai ? Est-ce la réalité ? De quelle réalité parlons-nous : la réalité vraie ou la réalité fictive mais néanmoins légale et par suite contraignante ? Peut-on dire qu'un homme qu'il est une femme et doit-on le croire - en vertu des droits de l'homme - dès lors qu'il le demande ?
Ces droits donnent à l'homme la liberté du fou : celle de ne plus être contraint par la réalité, néanmoins ils prétendent définir la vérité et sont appuyés par la force de l'autorité publique.»
Source : «Discrimination de chrétiens en Europe», dans
L'Église dans le monde, numéro 166, décembre 2013 (revue publiée par l'Aide à l'Église en détresse)
J'avais vu un truc chez Ellul qui méritait bien considération :
[spoiler]«... notons d'ailleurs ici un fait important, c'est que la désacralisation et la démythisation provoquent l'insignifiance. L'absence du sacré rend les actes sans aucune valeur ni signification. Ce qui différencie l'acte animal de l'acte humain, c'est précisément l'attribution de sens que l'homme est capable de faire car ceci correspond à une nouvelle organisation de cet acte lui-même, à une nouvelle ordinnation : or cela ne s'effectue que par le sacré. L'acte sexuel considéré comme sacré avait une richesse et une profondeur, qu'il n'a plus apparemment. L'étalement public, l'indifférence, l'éphémère dans ce domaine manifestent la désacralisation. [...] Tout ce que nous faisons aujourd'hui prouve à l'évidence que ce sacré a disparu.
Nous vivons manifestement dans un domaine profané, indifférent, insignifiant - ce qui se traduit par une vie sexuelle désertique et provoquant un vif découragement, et finalement la recherche de techniques sexuelles plus élaborées pour combler par l'exaspération des jeux vides du sens.
Or tout cela est sans doute exact mais me parait très insuffisant. On ne voit que l'un des aspects du phénomène car si le sexe est en effet désacralisé, c'est en tant qu'il était autrefois un [i]domaine du sacré[/i], celui des interdits et tabous, avec aussi d'ailleurs le sacré de transgression de fêtes par exemple - alors qu'il est devenu un [u]moyen[/u] sacré.
Notre époque a resacralisé instantanément le sexe, en même temps qu'elle le désacralisait. Ce qui m'importe ici, ce n'est pas du tout le maintien de certains aspects traditionnels du sacré sexuel rappelé par Cox, et qu'il symbolisait par l'importance du playboy et de Miss America - cela est sans intérêt. Mais la revendication de liberté sexuelle exaspérée, la frénésie affichée sont si graves et si fondamentales aujourd'hui, non pas simplement parce que l'on veut satisfaire librement des besoins réfrénés, ni parce que l'on veut combattre de vieux préjugés dépassés ([i]la morale sexuelle était depuis un siècle, passablement, sinon totalement effritée[/i] !) : la gravité que l'on y attache, la fureur qui s'y adjoint lorsque l'on contredit à cela, montre la profondeur du fait. Le sexe n'est plus un domaine d'activité naturelle libre, il est [b]un instrument de combat[/b] - combat pour la liberté.
Liberté sexuelle ? Non point. La liberté tout court - celle de la sexualité étant simplement un signe, une manifestation concrète. Combat pour s'affirmer autonome et apte à vivre en soi, combat contre un ordre : il ne s'agit plus de désacraliser le domaine sexuel mais de [b]désacraliser l'ordre[/b] par la transgression sexuelle.»[/spoiler]
Source : J. Ellul, [u]Les nouveaux possédés[/u], p. 122
Que je mettrais en parallèle avec ceci :
[spoiler]«... on observe un phénomène croissant, en Europe, de limitation des droits des chrétiens, en particulier dans les pays libéraux avancés, comme le Royaume-Uni. Leur liberté d'expression est limitée par des normes incriminant l'incitation à la haine ou à la discrimination [...] on conteste aux cliniques catholiques le droit de refuser que l'avortement soit pratiqué en leur sein; des pharmaciens, médecins et infirmières sont sanctionnés en raison de leur refus de coopérer à un avortement; des salariés et fonctionnaires sont licenciés en raison de leur refus moral de l'homosexualité [...] l'avortement et l'homosexualité sont les principaux motifs, mais non les seuls, de conflits entre les chrétiens et le pouvoir politique. [...] depuis l'adoption en 2010 d'une loi sur l'égalité et la non-discrimination [en Angleterre], les sanctions et les condamnations se multiplient. Ainsi, un couple s'est vu refuser l'agrément pour être famille d'accueil en raison de son jugement sur l'homosexualité, un médecin a dû quitter ses fonctions au sein d'un service social, après s'être abstenu de prendre part à la décision de confier des enfants à des couples de même sexe, les agences catholiques d'adoption ont été contraintes de cesser leurs activités en raison de leur refus de confier des enfants à des couples de même sexe, une employée de mairie affectée à l'État civil et un conseiller conjugal ont été licenciés au nom de la non-discrimination, après avoir exprimé leur incapacité, en conscience, à célébrer l'union civile et à conseiller sexuellement un couple d'homosexuels.
[...]
L'anthropologie est devenue politique, elle est devenue du [i]droit[/i] avec l'irruption des droits de l'homme, car ces derniers expriment une définition de l'homme. En déterminant ses droits fondamentaux, c'est l'homme lui-même qui est défini. Ainsi, en modifiant ses droits, il est possible de modifier la définition sociale de l'homme. C'est la raison pour laquelle tous les débats anthropologiques sont traduits en termes de droits de l'homme et portés devant les juges. Ainsi, il appartiendrait à présent aux politiques et aux juges des droits de l'homme de révéler l'homme à lui-même en découvrant ses caractères anthropologiques et les droits qui y sont associés. Il s'agit notamment dans la culture contemporaine de révéler à l'homme l'étendue de son pouvoir, de sa propre ''liberté''.
Aujourd'hui, la Cour européenne affirme que le suicide est un droit de l'homme; que deux hommes vivant ensemble forment une famille, et bénéficient à ce titre de la protection de la vie familiale; que l'accès aux techniques artificielles de procréation, y compris aux diagnostics prénatals et préimplantatoires, est un droit de l'homme; un «droit de mettre au monde un enfant qui ne soit pas affecté par la maladie dont ses parents sont porteurs», comme dit la Cour, etc.
A la différence d'une loi ou d'une décision de justice ordinnaire, l'affirmation d'un «droit de l'homme» s'impose comme une progression dans la vérité. Il n'y a pas de liberté de conscience face aux droits de l'homme : nul ne peut dire je ne crois pas à ce [i]droit de l'homme[/i]. Lorsque le juge ou le politique redéfinissent la vie, la mort, la famille, le mariage, ou encore la personne, ils n'affectent pas seulement le droit, mais aussi notre perception de la réalité, et par suite de la vérité.
Par exemple : quand le droit dit qu'un enfant a deux pères (suite à une adoption), est-ce vrai ? Est-ce la réalité ? De quelle réalité parlons-nous : la réalité vraie ou la réalité fictive mais néanmoins légale et par suite contraignante ? Peut-on dire qu'un homme qu'il est une femme et doit-on le croire - [i]en vertu des droits de l'homme[/i] - dès lors qu'il le demande ?
Ces droits donnent à l'homme la liberté du fou : celle de ne plus être contraint par la réalité, néanmoins ils prétendent définir la vérité et sont appuyés par la force de l'autorité publique.»[/spoiler]
Source : «Discrimination de chrétiens en Europe», dans [i]L'Église dans le monde[/i], numéro 166, décembre 2013 (revue publiée par l'Aide à l'Église en détresse)