Un attentat qui devient occasion de rencontre inter-religieux
Un moment de recueillement a eu lieu ce lundi, aux alentours de 17h, au Musée juif à Bruxelles, où une attaque antisémite a été perpétrée voici plus de deux semaines et qui a fait 4 morts. Le rassemblement est une initiative de la Conférence des imams de France et de la Ligue belge contre l'antisémitisme.
Parmi les participants figurait l'imam de Drancy Hassan Chalghoumi, connu pour son ouverture vers le judaïsme et qui est régulièrement menacé verbalement et physiquement par les intégristes. Celui qui est aussi le Président de la Conférence des imams de France a confié à LaLibre.be les raisons de sa présence et l'importance qu'il y accorde. "Il faut que la majorité musulmane sorte de son silence et dise que nous n'avons rien à voir avec ce type d'individu. J'invite aussi les parents à dialoguer davantage avec les jeunes. Si je suis ici, c'est aussi pour montrer que la communauté musulmane apporte son soutien aux familles endeuillées. Car nous sommes tous victimes. Il ne faut pas associer l'islam à ce malade mental. Il a choisi lui-même cette voie."
Même s'il affirme qu'un imam, "en tant qu'homme de foi, doit être optimiste", Hassan Chalghoumi estime qu' "on n'est pas à l'abri car il y a encore 2200 jeunes européens dans des camps de haine en Syrie. Comment vous-ils nous revenir?" , s'interroge-t-il.
"Vers un islam européen"
L'imam de Drancy a également fait part de ses pistes pour éviter que ce genre de drame ne se reproduise. "Aujourd'hui, il faut rassurer les citoyens qui ont peur. Je plaide pour un islam européen et je dis stop à l'ingérence étrangère. Les imams doivent être mieux formés et il faut instaurer un système contre la radicalisation".
Le recueillement s'est terminé par un moment fort: une prière durant laquelle les représentants des communautés juive et musulmane se tenaient la main. Ceux-ci ont ensuite respecté une minute de silence avant de chacun allumer une bougie en hommage aux victimes.
Marek Halter : "Ma parole est plus forte qu'une kalachnikov"
Parmi la foule présente au recueillement, l'écrivain français d'origine juive Marek Halter. Lui, qui est né dans un ghetto juif de Varsovie, tenait à participer à l'hommage. "J'accompagne beaucoup mon ami Chalghoumi dans ses démarches. Ce n'est pas simple car ses prises de positions représentent une menace extrême. Mais il est important de réconcilier les religions et de rappeler que ceux qui tuent ne constituent pas une majorité, autrement nous aurions déjà tous été tués. Le message que nous adressons ici est destiné au grand public et non pas aux extrémistes. Parce que les extrémistes seront toujours là."
Quant à son grand espoir après sa visite de ce lundi: "Moi j'attends qu'il y ait un jour 100.000 musulmans qui viennent déferler ici pour dénoncer ceux qui salissent l'islam".
Et Marek Halter accorde à sa fonction d'écrivain une valeur primordiale. "Je considère que ma parole est plus forte qu'une Kalachnikov. Car un jour, cette Kalachnikov ne fonctionnera plus!"
Le président du Musée juif de Bruxelles Philippe Blondin, interrogé par Lalibre.be, a expliqué l'origine et l'organisation du rassemblement de ce lundi. Entretien.
C'est une initiative de la Conférence des imams de France, qui représente un magnifique geste d'ouverture. Je les accueille avec énormément d'émotion, une grande humanité, une grande valeur. Je suis persuadé que l'imam Chalghoumi fait un travail formidable. Il est écouté et suivi par de nombreux musulmans. Le rassemblement qui a lieu ce lundi est adressé à chacun de nous, à toute personne qui compatit à la douleur commune.
Mais les intégristes risquent de rester sourds à cette initiative...
"Ça c'est clair! Il est impossible de faire changer leur vision du monde. Ils sont pour un retour à l'homme primitif. C'est un vrai fléau.
Quel état d'esprit qui vous guide aujourd'hui?
"Un état d'ouverture. Mais je suis aussi dégoûté. Je sors d'une réunion auprès d'Alexandre [la 4e victime décédée dans la fusillade] qui était allongé et dont on pouvait apercevoir le visage. La seule chose que nous ferons cet après-midi, c'est se recueillir. Il n y aura pas de discours, aucune intervention à portée politique. Nous sommes ici pour le recueillement."
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