Bonjour Gerardh,
Merci pour votre message fort intéressant.
gerardh a écrit :Contrairement à ce que vous expliquez, je ne crois pas du tout qu’Adam et Eve soient restés longtemps dans le jardin d’Eden après leur chute. Rien ne permet d’affirmer cela. Au contraire, Dieu prend simplement le temps de leur communiquer un jugement, mais accompagné d’une prophétie rédemptrice (en Genèse 3, 15), et il les chasse du jardin d’Eden : c’est aussi un jugement et une grâce de sa part, car il les empêche de manger le fruit de l’arbre de vie par lequel ils auraient eu une vie éternelle dans leurs péchés.
Nous sommes bien d’accord. Votre résumé me semble excellent. Les évènements me semblent se suivre sans interruption dans une même histoire qui ne s’étend guère dans le temps. Rien ne permet de penser que cela ait duré longtemps. Je ne pense rien de contraire. Est-il même possible de pouvoir mesurer le récit avec notre échelle du temps de notre petit cerveau ?
Vous dites avec beaucoup de justesse : « un jugement et une grâce ».
Et le jugement n’est pas arbitraire. C’est plutôt, une parole de vérité, une constatation objective. Un peu comme un jugement judiciaire qui dit la vérité judiciaire, ici le jugement divin dit la vérité divine, constate ses effets. Le péché, c’est la mort.
Nous pouvons, inversement, comprendre que la vie divine donnée à l’homme pour gouverner et développer le monde créé est incompatible avec le fait de manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal qui cause la mort.
gerardh a écrit :Xavi a écrit : Le fruit défendu ne peut être réduit à une image d’une connaissance intellectuelle du bien et du mal. Ce qui est en cause, c’est la vie ou la mort.
Certes car ils connurent le bien sans avoir la capacité de le faire et le mal sans avoir le pouvoir de l’éviter.
Ici, je ne peux pas vous suivre. Car si Adam et Eve n’avaient pas reçu la capacité de faire le bien ou si Adam et Eve n’avaient pas le pouvoir d’éviter le mal, Dieu serait responsable, au moins en partie, de leur faute. Ce n’est évidemment pas le cas.
Adam et Eve ont reçu la capacité de faire le bien et le pouvoir d’éviter le mal. Mais, créés à l’image de Dieu, ils ont aussi reçu la liberté sans laquelle une vie d’amour n’est pas possible et nous connaissons la suite.
Blessée par le péché originel, revêtue par un vêtement divin, et éloignée de l’Eden, notre vie héritée d’Adam et Eve est, hélas, profondément incapable de faire le bien et d’éviter le mal sans la délivrance du Christ. Mais, à l’origine, il n’en était pas ainsi pour Adam et Eve parfaitement créés. Tout était très bon.
gerardh a écrit : Il y a bien sur une rupture de communion, mais au-delà je ne vois pas bien ce que vous entendez par « connaissance séparée ».
A priori, rien de plus : une rupture de communion.
Je ne vois pas pourquoi Dieu, qui a créé les humains à son image, aurait voulu les priver absolument de la connaissance du bien et du mal sans laquelle leur liberté ne pouvait exister.
Que vaut une liberté de choix si celui qui l’exerce n’a pas la possibilité de connaître le bien et le mal dans les alternatives entre lesquelles il exerce sa liberté ?
Il me semble que Dieu n’a pas refusé l’accès des humains à la connaissance du bien et du mal. Ce qui leur était interdit c’était, non pas la connaissance, mais de manger le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal.
Manger, cela signifie prendre, détacher de l’arbre et absorber dans un être séparé de l’arbre.
C’est ce qui me fait penser à une connaissance séparée, une rupture d’une connaissance partagée en Dieu et avec Dieu.
Il me semble que l’interdiction ne concerne que le fait de manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Mais, pas la connaissance elle-même.
Comment imaginer que, dans le paradis, nous n’aurons pas une parfaite connaissance en vivant dans la communion de Dieu ?
Créé à l’image de Dieu, l’humain avait la liberté parfaitement éclairée de Dieu lui-même. Il n’a pas péché par manque de connaissance. Hélas, il a péché librement et en parfaite connaissance de cause. Dieu n’en est en rien responsable.
Cette liberté de l’humain créé à l’image de Dieu est très importante. Comment pourrions-nous aimer Dieu sans être libres ? Comment pourrions-nous partager sa vie éternelle d’amour sans pouvoir l’aimer librement ?
gerardh a écrit :De mon côté je n’avais pas remarqué que le jardin ne semblait n’être qu’une partie de l’Eden, point qu’il faudrait approfondir. On sait qu’Eden signifie « plaisir, charme ». En Apocalypse 2, 7 il est question de l’arbre de vie qui est dans le paradis de Dieu, sans qu’il soit précisé que ce paradis ne soit qu’une partie de l’Eden.
N’est-ce pas assez clair dans le récit de la Genèse ? Dieu plante un jardin (littéralement : un endroit clos, limité) DANS l’Eden ?
Le mot hébreu « gan », traduit par jardin » signifie un endroit clos, fermé. Il vient du mot « ganan » qui signifie protéger, entourer. Or, le « monde » (le mot est très imparfait) de Dieu n’est pas limité.
Dans le texte de l’apocalypse, il n’est, en effet, plus question d’un jardin clos. De même, dans les autres textes du Nouveau Testament qui nous parlent de l’Eden (le paradis) : sur la croix, Jésus promet à un autre condamné qu’il sera le jour même avec lui dans le paradis sans évoquer un jardin (Lc 23,43) et St Paul nous parle aussi d’une expérience dans le paradis sans y distinguer un jardin (2 Co, 12, 2-4).
gerardh a écrit : En tout cas, je ne vois aucun indice qui nous permette de penser que l’Eden de la Genèse soit « le monde spirituel de Dieu ».
Comment nommer autrement « l’endroit » où nous pourrons vivre éternellement ?
Comment trouver un mot adéquat pour parler de la réalité, du « lieu » (le mot qui évoque un endroit dans l’espace est fort inadéquat) de Dieu ? On bégaie.
Je pense à l’expression donnée par Jésus lui-même : « Notre Père qui est aux cieux ».
Le Nouveau Testament parle du Royaume des cieux ou du Royaume de Dieu.
Dieu est esprit. C’est pourquoi, j’ai utilisé l’expression « monde spirituel de Dieu », mais je dois admettre la faiblesse évidente de l’expression. Elle me semble inévitable.
Ce qui me semble certain, c’est que de manière limitée, Dieu a fait entrer sa création dans un jardin (un endroit clos limité) d’une réalité de délices nommée Eden.
Rien ne me semble permettre de distinguer cet Eden du Royaume des Cieux ou du paradis.
Lors de la création d'Adam et Eve, comme aujourd'hui, le Royaume des cieux est présent, il est parmi nous, il est en nous. Tout proche. L'Eden, c'est le "royaume" de Dieu, le "royaume" des "cieux". Les cieux, c'est la réalité spirituelle de Dieu.
C'est toujours vrai pour nous. Il y a ici et maintenant une réalité visible ou invisible perceptible par notre cerveau, et une réalité "spirituelle" qui échappe à notre cerveau, mais non à notre coeur, à notre esprit.
Comment parler de l’Eden, du jardin d’Eden, de ce qu’ont vécu Adam et Eve dans ce jardin ?
Le texte le plus adéquat me semble le témoignage de St Paul. Il me semble que nous pouvons le reprendre quasi mot à mot lorsque nous essayons de comprendre la Genèse. Il complète le récit de la transfiguration déjà évoqué. Les apparitions du Christ ressuscité peuvent aussi nous aider.
Mais, revenons à St Paul. Il affirme avoir été emmené jusqu’au paradis, jusqu’en Eden (2 Co 12, 4).
Il l’écrit aux Corinthiens avec beaucoup de précision (« voici quatorze ans »), mais avec une prudence extrême dans les mots qu’on ne trouve nulle part ailleurs dans ses écrits.
Il n’ose même pas se citer lui-même. Il dit que les paroles entendues sont inexprimables. Il se déclare incapable de parler de son corps pendant cette expérience et il le répète longuement deux fois.
J’ai l’impression que lorsqu’Adam et Eve ont raconté à leurs enfants et à leurs proches les évènements vécus dans la jardin d’Eden, ils ont probablement parlé exactement comme St Paul aux Corinthiens.
Que dit St Paul ? « Je connais un homme dans le Christ qui, voici quatorze ans – était-ce dans son corps ? je ne sais ; était-ce hors de son corps ? je ne sais ; Dieu le sait - … cet homme là fut ravi jusqu’au troisième ciel. Et cet homme là – était-ce dans son corps ? était-ce sans son corps ? je ne sais, Dieu le sait – je sais qu’il fut ravi jusqu’au paradis et qu’il entendit des paroles ineffables, qu’il n’est pas permis à un homme de redire ».
Il me semble qu’Adam et Eve auraient pu s’exprimer exactement de manière semblable après avoir quitté le jardin d’Eden.
L’être humain de chair n’a pas la possibilité de parler de toute la réalité de Dieu. Il ne parle qu’avec des mots de son cerveau et ce cerveau est tellement limité…
Nous avons certes un récit, mais soyons très prudents de ne pas le réduire aux réalités terrestres des mots employés.
Un fait est certain. St Paul comme Adam et Eve ont été introduits dans l’Eden. Pour Adam et Eve, cela s’est produit dans un jardin, un endroit clos, que Dieu a planté dans l’Eden.
St Paul comme Adam et Eve y ont entendu des paroles ineffables, c’est-à-dire qui ne peuvent être exprimées avec nos mots humains. Comment reproduire fidèlement une rencontre ou un dialogue dans les cieux ?