par Xavi » dim. 07 sept. 2014, 11:49
Merci Jean-droit pour votre message fort pertinent au moment où une intervention de Mgr Bonny suscite de vifs échanges dans un autre fil de ce forum.
Mgr Bonny expose avec courage et intelligence des réalités actuelles et des réflexions difficiles sur les comportements sexuels multiples constatés non seulement dans la société mais aussi parmi les croyants catholiques.
Mais, votre message montre ce qui peut mettre mal à l’aise.
Le cœur de notre foi catholique, c’est la continuité que l’Esprit Saint assure depuis deux mille ans par une communion ininterrompue avec les successeurs successifs de Pierre. Bien sûr, cette tradition se renouvelle sans cesse selon l’évolution des cultures, mais nous croyons que l’Esprit Saint veille à ce que ce renouvellement se poursuive toujours dans la fidélité aux Ecritures et à la Tradition vivante dans l’Eglise, malgré les fautes et les égarements des hommes qui constituent l’Eglise.
Notre foi catholique nous incite sans cesse à relire ce que le Magistère a écrit hier avec respect et fidélité, dans la continuité.
Est-il éclairant, pour parler aujourd’hui de la sexualité et de la famille, de lire les enseignements du Concile Vatican II et des derniers papes en les mettant en contradiction ou par une lecture critique sans continuité ?
Et c’est ici que le texte de Mgr Bonny met mal à l’aise et ne doit pas trop vite paraître conforme à l’attitude du Saint Père François, même s’il y a d’évidentes ressemblances de ton et qu'il est souvent cité.
Le Pape François veille attentivement à la continuité et c’est dans cette continuité qu’il intègre son attitude d’ouverture.
Mgr Bonny raconte l’histoire de la délicate encyclique Humanae Vitae d’une manière qui l’amène en alléguer une contradiction entre le Pape et le Concile : « Comme en d’autres pays, les évêques de Belgique se sont retrouvés après la publication de l’encyclique Humanae Vitae devant une tâche difficile… Comment pouvaient-ils rester unis au pape et en même temps être fidèles au Concile ? ».
Comment introduire une réflexion dans une continuité en suggérant une telle contradiction entre le Pape et le Concile ?
Lorsqu’il aborde la place délicate de la conscience personnelle que l’Eglise a toujours reconnue comme une instance ultime pour chacun, mais sans omettre l’éclairage de la vérité à laquelle elle doit se soumettre. Mgr Bonny en parle d’une manière qui allègue de manière critique que le pape Jean-Paul II n’y aurait pas été assez attentif, ni dans l’encyclique Familiaris Consortio, ni dans le Catéchisme, jusqu’à considérer que ces documents du magistère n’auraient laissé que peu de place pour un jugement « honnête ».
Mgr Bonny écrit : « dans l’enseignement de l’Eglise, la conscience fut manifestement reléguée à l’arrière-plan en ce qui concerne la relation, la sexualité, le mariage, le planning familial et le contrôle des naissances. Elle perdit sa juste place dans une réflexion saine en théologie morale. Dans l’Exhortation Familiaris Consortio, c’est à peine si le jugement de conscience personnel sur la méthode de planning familial et du contrôle des naissances est évoqué. Tout s’y trouve mis sous le signe de la vérité du mariage et de la procréation telle que l’Eglise l’enseigne, associée au devoir des croyants de s’approprier cette vérité et d’y répondre. Partant de la loi naturelle, des actes déterminés sont qualifiés de « bons » ou d’intrinsèquement « mauvais », indépendamment de tout ce qui est personnel : le milieu de vie, l’expérience, l’histoire. Dans une telle perspective, il y a peu de place pour un jugement honnête et motivé de valeurs à la lumière de l’Evangile et de la tradition catholique dans son ensemble. Dans les chapitres du Catéchisme de l’Eglise catholique sur le sixième commandement (n° 2331-2400) et sur le neuvième (n° 2514-2533), il est tout aussi peu dit sur le jugement de conscience personnel. Cette lacune ne rend pas justice à l’ensemble de la pensée catholique. »
Il y aurait ainsi une contradiction telle entre l’enseignement des derniers papes et le concile Vatican II que Mgr Bonny espère du prochain Synode « Qu’il rende à la conscience sa juste place dans l’enseignement de l’Eglise, dans la ligne de Gaudium et Spes. », ce qui sous-entend de manière critique que cette juste place n’aurait pas été respectée par les derniers papes. Est-ce juste ?
Une telle approche s’inscrit moins dans la continuité que dans la critique et la contradiction.
Or sans la continuité, le risque n’est-il pas grand d’augmenter davantage la confusion que la lumière de l’Evangile ?
La splendeur de la vérité à laquelle le saint pape Jean-Paul II a consacré une encyclique est lumineuse et il serait dommage de l’écarter parce qu’elle considère que ce qui est vrai s’apprécie « intrinsèquement », « indépendamment de tout ce qui est personnel : le milieu de vie, l’expérience, l’histoire ».
Pourquoi présenter cette perspective de manière négative ?
Une telle approche ne néglige pas du tout la conscience personnelle, ni les circonstances concrètes infiniment variables et nuancées de chaque cas individuel, mais, au contraire, elle respecte profondément l’interdit de l’Evangile : « Ne jugez pas ! » en refusant a priori de juger concrètement les personnes, ce qui appartient à Dieu seul. Cette approche maintient l’Eglise au seul niveau possible : celui de montrer le meiux possible de qui est vrai et bien.
Souvent, on attend de l’Eglise et de ses pasteurs des jugements justificateurs des cas individuels. Dites-moi que ce que je fais, dans mes circonstances concrètes, n’est pas mal, dites-moi que c’est bien, justifiez-moi !
Mais, n’est-ce pas une voie sans issue ? L’homme et pécheur et Dieu est seul juge.
Merci Jean-droit pour votre message fort pertinent au moment où une intervention de Mgr Bonny suscite de vifs échanges dans un autre fil de ce forum.
Mgr Bonny expose avec courage et intelligence des réalités actuelles et des réflexions difficiles sur les comportements sexuels multiples constatés non seulement dans la société mais aussi parmi les croyants catholiques.
Mais, votre message montre ce qui peut mettre mal à l’aise.
Le cœur de notre foi catholique, c’est la continuité que l’Esprit Saint assure depuis deux mille ans par une communion ininterrompue avec les successeurs successifs de Pierre. Bien sûr, cette tradition se renouvelle sans cesse selon l’évolution des cultures, mais nous croyons que l’Esprit Saint veille à ce que ce renouvellement se poursuive toujours dans la fidélité aux Ecritures et à la Tradition vivante dans l’Eglise, malgré les fautes et les égarements des hommes qui constituent l’Eglise.
Notre foi catholique nous incite sans cesse à relire ce que le Magistère a écrit hier avec respect et fidélité, dans la continuité.
Est-il éclairant, pour parler aujourd’hui de la sexualité et de la famille, de lire les enseignements du Concile Vatican II et des derniers papes en les mettant en contradiction ou par une lecture critique sans continuité ?
Et c’est ici que le texte de Mgr Bonny met mal à l’aise et ne doit pas trop vite paraître conforme à l’attitude du Saint Père François, même s’il y a d’évidentes ressemblances de ton et qu'il est souvent cité.
Le Pape François veille attentivement à la continuité et c’est dans cette continuité qu’il intègre son attitude d’ouverture.
Mgr Bonny raconte l’histoire de la délicate encyclique Humanae Vitae d’une manière qui l’amène en alléguer une contradiction entre le Pape et le Concile : « [i]Comme en d’autres pays, les évêques de Belgique se sont retrouvés après la publication de l’encyclique Humanae Vitae devant une tâche difficile… Comment pouvaient-ils rester unis au pape et en même temps être fidèles au Concile ?[/i] ».
Comment introduire une réflexion dans une continuité en suggérant une telle contradiction entre le Pape et le Concile ?
Lorsqu’il aborde la place délicate de la conscience personnelle que l’Eglise a toujours reconnue comme une instance ultime pour chacun, mais sans omettre l’éclairage de la vérité à laquelle elle doit se soumettre. Mgr Bonny en parle d’une manière qui allègue de manière critique que le pape Jean-Paul II n’y aurait pas été assez attentif, ni dans l’encyclique Familiaris Consortio, ni dans le Catéchisme, jusqu’à considérer que ces documents du magistère n’auraient laissé que peu de place pour un jugement « [i]honnête[/i] ».
Mgr Bonny écrit : « [i]dans l’enseignement de l’Eglise, la conscience fut manifestement reléguée à l’arrière-plan en ce qui concerne la relation, la sexualité, le mariage, le planning familial et le contrôle des naissances. Elle perdit sa juste place dans une réflexion saine en théologie morale. Dans l’Exhortation Familiaris Consortio, c’est à peine si le jugement de conscience personnel sur la méthode de planning familial et du contrôle des naissances est évoqué. Tout s’y trouve mis sous le signe de la vérité du mariage et de la procréation telle que l’Eglise l’enseigne, associée au devoir des croyants de s’approprier cette vérité et d’y répondre. Partant de la loi naturelle, des actes déterminés sont qualifiés de « bons » ou d’intrinsèquement « mauvais », indépendamment de tout ce qui est personnel : le milieu de vie, l’expérience, l’histoire. Dans une telle perspective, il y a peu de place pour un jugement honnête et motivé de valeurs à la lumière de l’Evangile et de la tradition catholique dans son ensemble. Dans les chapitres du Catéchisme de l’Eglise catholique sur le sixième commandement (n° 2331-2400) et sur le neuvième (n° 2514-2533), il est tout aussi peu dit sur le jugement de conscience personnel. Cette lacune ne rend pas justice à l’ensemble de la pensée catholique. [/i]»
Il y aurait ainsi une contradiction telle entre l’enseignement des derniers papes et le concile Vatican II que Mgr Bonny espère du prochain Synode « [i]Qu’il rende à la conscience sa juste place dans l’enseignement de l’Eglise, dans la ligne de Gaudium et Spes.[/i] », ce qui sous-entend de manière critique que cette juste place n’aurait pas été respectée par les derniers papes. Est-ce juste ?
Une telle approche s’inscrit moins dans la continuité que dans la critique et la contradiction.
Or sans la continuité, le risque n’est-il pas grand d’augmenter davantage la confusion que la lumière de l’Evangile ?
La splendeur de la vérité à laquelle le saint pape Jean-Paul II a consacré une encyclique est lumineuse et il serait dommage de l’écarter parce qu’elle considère que ce qui est vrai s’apprécie « [i]intrinsèquement[/i] », « [i]indépendamment de tout ce qui est personnel : le milieu de vie, l’expérience, l’histoire[/i] ».
Pourquoi présenter cette perspective de manière négative ?
Une telle approche ne néglige pas du tout la conscience personnelle, ni les circonstances concrètes infiniment variables et nuancées de chaque cas individuel, mais, au contraire, elle respecte profondément l’interdit de l’Evangile : « [i]Ne jugez pas ![/i] » en refusant a priori de juger concrètement les personnes, ce qui appartient à Dieu seul. Cette approche maintient l’Eglise au seul niveau possible : celui de montrer le meiux possible de qui est vrai et bien.
Souvent, on attend de l’Eglise et de ses pasteurs des jugements justificateurs des cas individuels. Dites-moi que ce que je fais, dans mes circonstances concrètes, n’est pas mal, dites-moi que c’est bien, justifiez-moi !
Mais, n’est-ce pas une voie sans issue ? L’homme et pécheur et Dieu est seul juge.