par Cinci » mar. 31 mars 2015, 20:00
Axou,
Voici un autre bout de l'article pour aider à nuancer les choses.
«... «au cours de mes entrevues, raconte Claude Gravel, j'ai rencontré des gens extraordinnaires, des êtres humains authentiques. Cette ferveur, dit-il, c'est l'intensité de leur foi; visible dans l'intensité de leur regard. Tous, missionnaires et religieux âgés, m'ont dit qu'ils recommenceraient. Ils m'ont tous dit : «C'est la foi». C'est la foi qui les a incité à s'engager». Il ajoute : «La majorité, la très grande majorité des missionnaires, enseignants et contemplatifs qui ont connu la période pré-Vatican II étaient très engagés dans leur mission». Ces personnes voyaient dans leur vocation un idéal de vie et de dévouement. Comme ce missionnaire d'Afrique, qui baptisait, certes, mais qui aussi construisait des dispensaires, et qui enseignait aux hommes à respecter leurs femmes. Pourquoi? «Par altruisme, tout simplement, et non pour des raisons sociologiques». Il parle encore avec émotion de cette religieuse qui lui a confié les doutes qui l'assaillaient juste avant de devenir professe cloîtrée et qui côtoyait tous les jours des souffrances sans nom. Des éclopés, des brûlés vifs dont la peau se détachait des membres. Avait-elle choisi une vie de morte vivante, comme le lui avait lancé son père, ou soignait-elle Jésus Christ lui-même dans la personne du malade? Ce questionnement la hantait sans repos. Et, un jour, elle reçut le signe qu'elle attendait. Un blessé, qui jusqu'alors ne lui avait consenti aucune parole, lui dit : «Ma soeur, vous auriez bien enseveli Notre Seigneur Jésus Christ.»
[...]
Elles étaient certes portées par l'époque [les vocations], concède l'auteur, mais le contexte n'obligeait personne à s'embrigader. Marie Gérin-Lajoie, l'une des plus grandes féministes du Canada français, venait d'un milieu bourgeois, très religieux, où l'on priait. Mais elle n'y était pas forcée. A l'époque, certains étaient moins religieux que d'autres. Quand on entre dans la vie des personnes, beaucoup de jugements sont relativisés. Il ne faut pas juger l'Histoire avec les yeux d'aujourd'hui.
Un âge d'ignorance?
On noircit indûment notre passé, croit l'historien, quand on accuse l'Église et les communautés religieuses d'avoir voulu garder le peuple dans l'ignorance. «D'ailleurs ne serait-il pas contradictoire qu'autant de personnes consacrent leur vie à l'enseignement, pour un si piètre salaire, afin que le peuple en sache le moins? Toutes ces personnes étaient au service des autres. Dans mes recherches, j'ai constaté du conservatisme, de l'ultramontanisme, chez les évêques surtout, mais pas de «grande noirceur». A l'intérieur des communautés, j'ai vu de l'engagement social, et le motif de cet engagement était de faire progresser les choses.»
Les Jésuites et les Dominicains ont, selon lui, été longtemps à l'avant-garde. «Et les religieuses, celles de la Congrégation de Notre-Dame en particulier, ont admirablement fait progresser l'éducation chez les jeunes filles. J'ai découvert également que des communautés religieuses de frères venus de France à la fin du XIXe siècle se sont battus pendant des décennies, pour que les fils d'ouvrier puissent poursuivre leurs études à l'université, sans passer par le cours classique auquel ils n'avaient pas accès.» Par ailleurs, il prépare une biographie sur la fondatrice du premier collège classique féminin au Québec , Mère Sainte-Anne-Marie, de la Congrégation de Notre-Dame. Un personnage plus grand que nature. «C'était une très grande pédagogue. Une féministe, unie avec les autres féministes de son temps, comme Marie Gérin-Lajoie. L'Archevêque de Montréal l'appelait sa "dompteuse de lions".»
L'ouvrage de Claude Gravel raconte l'histoire d'autres personnages absolument exceptionnels. C'est le cas notamment de Mother Joseph, soeur de la Providence, malheureusement trop peu connue ici. Envoyée en mission dans l'Ouest des États-Unis, «elle y construisit ou dirigeait la construction d'une trentaine d'hôpitaux, d'orphelinats, d'hospices pour vieillards, d'hospices pour malades mentaux, d'écoles pour enfants pauvres, dans un vaste territoire qui englobe les États de Washington, de l'Oregon, de l'Idaho et du Montana», peut-on lire dans La vie des communautés religieuses. Dans l'État de Washington, le 16 avril est d'ailleurs devenu le «Mother Joseph's Day», en 1999.
[ La soeur Joseph (une fille originaire du Québec) est pratiquement le seul personnage étranger aux États-Unis à avoir jamais pu être élevé au rang de «père de la nation». Il faut le faire! ]
Aussi il n'est pas surprenant qu'en 1960, 105 hôpitaux avaient été bâtis et étaient dirigés par des religieuses canadiennes-françaises du Québec ainsi que 33 hôpitaux hors Québec. «Toute l'expertise, la connaissance dans les soins, accumulées au cours des siècles, venaient de ces femmes-là.»
[...]
Claude Gravel en profite pour souligner l'éducation qu'il a lui-même reçue des Clercs de Saint-Viateur à Joliette. «Ils m'ont fait découvrir Mozart. Ils m'ont fait découvrir les peintres Borduas et Riopelle. Ce n'est pas vrai qu'on ne nous enseignait rien, qu'on nous enseignait seulement la religion. [...] L'historien rappelle aussi que les Frères, dans la grande majorité, ont été absolument impeccables dans leur relation avec la jeunesse. Il s'agit d'un cas bien documenté, insiste-t-il.»
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En rouge, les mots sont les miens. Tout le reste relève de l'article déjà mentionné plus haut.
Axou,
Voici un autre bout de l'article pour aider à nuancer les choses.
«... «au cours de mes entrevues, raconte [b]Claude Gravel[/b], j'ai rencontré des gens extraordinnaires, des êtres humains authentiques. Cette ferveur, dit-il, c'est l'intensité de leur foi; visible dans l'intensité de leur regard. Tous, missionnaires et religieux âgés, m'ont dit qu'ils recommenceraient. Ils m'ont tous dit : «C'est la foi». C'est la foi qui les a incité à s'engager». Il ajoute : «La majorité, la très grande majorité des missionnaires, enseignants et contemplatifs qui ont connu la période pré-Vatican II étaient très engagés dans leur mission». Ces personnes voyaient dans leur vocation un idéal de vie et de dévouement. Comme ce missionnaire d'Afrique, qui baptisait, certes, mais qui aussi construisait des dispensaires, et qui enseignait aux hommes à respecter leurs femmes. Pourquoi? «Par altruisme, tout simplement, et non pour des raisons sociologiques». Il parle encore avec émotion de cette religieuse qui lui a confié les doutes qui l'assaillaient juste avant de devenir professe cloîtrée et qui côtoyait tous les jours des souffrances sans nom. Des éclopés, des brûlés vifs dont la peau se détachait des membres. Avait-elle choisi une vie de morte vivante, comme le lui avait lancé son père, ou soignait-elle Jésus Christ lui-même dans la personne du malade? Ce questionnement la hantait sans repos. Et, un jour, elle reçut le signe qu'elle attendait. Un blessé, qui jusqu'alors ne lui avait consenti aucune parole, lui dit : «Ma soeur, vous auriez bien enseveli Notre Seigneur Jésus Christ.»
[...]
Elles étaient certes portées par l'époque [color=#FF0000][les vocations][/color], concède l'auteur, mais le contexte n'obligeait personne à s'embrigader. Marie Gérin-Lajoie, l'une des plus grandes féministes du Canada français, venait d'un milieu bourgeois, très religieux, où l'on priait. Mais elle n'y était pas forcée. A l'époque, certains étaient moins religieux que d'autres. Quand on entre dans la vie des personnes, beaucoup de jugements sont relativisés. Il ne faut pas juger l'Histoire avec les yeux d'aujourd'hui.
[b]Un âge d'ignorance?[/b]
On noircit indûment notre passé, croit l'historien, quand on accuse l'Église et les communautés religieuses d'avoir voulu garder le peuple dans l'ignorance. «D'ailleurs ne serait-il pas contradictoire qu'autant de personnes consacrent leur vie à l'enseignement, pour un si piètre salaire, afin que le peuple en sache le moins? Toutes ces personnes étaient au service des autres. Dans mes recherches, j'ai constaté du conservatisme, de l'ultramontanisme, chez les évêques surtout, mais pas de «grande noirceur». A l'intérieur des communautés, j'ai vu de l'engagement social, et le motif de cet engagement était de faire progresser les choses.»
Les Jésuites et les Dominicains ont, selon lui, été longtemps à l'avant-garde. «Et les religieuses, celles de la Congrégation de Notre-Dame en particulier, ont admirablement fait progresser l'éducation chez les jeunes filles. J'ai découvert également que des communautés religieuses de frères venus de France à la fin du XIXe siècle se sont battus pendant des décennies, pour que les fils d'ouvrier puissent poursuivre leurs études à l'université, sans passer par le cours classique auquel ils n'avaient pas accès.» Par ailleurs, il prépare une biographie sur la fondatrice du premier collège classique féminin au Québec , Mère Sainte-Anne-Marie, de la Congrégation de Notre-Dame. Un personnage plus grand que nature. «C'était une très grande pédagogue. Une féministe, unie avec les autres féministes de son temps, comme Marie Gérin-Lajoie. L'Archevêque de Montréal l'appelait sa "dompteuse de lions".»
L'ouvrage de Claude Gravel raconte l'histoire d'autres personnages absolument exceptionnels. C'est le cas notamment de [i]Mother Joseph[/i], soeur de la Providence, malheureusement trop peu connue ici. Envoyée en mission dans l'Ouest des États-Unis, «elle y construisit ou dirigeait la construction d'une trentaine d'hôpitaux, d'orphelinats, d'hospices pour vieillards, d'hospices pour malades mentaux, d'écoles pour enfants pauvres, dans un vaste territoire qui englobe les États de Washington, de l'Oregon, de l'Idaho et du Montana», peut-on lire dans [i]La vie des communautés religieuses[/i]. Dans l'État de Washington, le 16 avril est d'ailleurs devenu le «Mother Joseph's Day», en 1999.
[color=#FF0000][ La soeur Joseph (une fille originaire du Québec) est pratiquement le seul personnage étranger aux États-Unis à avoir jamais pu être élevé au rang de «père de la nation». Il faut le faire! ] [/color]
Aussi il n'est pas surprenant qu'en 1960, 105 hôpitaux avaient été bâtis et étaient dirigés par des religieuses canadiennes-françaises du Québec ainsi que 33 hôpitaux hors Québec. «Toute l'expertise, la connaissance dans les soins, accumulées au cours des siècles, venaient de ces femmes-là.»
[...]
Claude Gravel en profite pour souligner l'éducation qu'il a lui-même reçue des Clercs de Saint-Viateur à Joliette. «Ils m'ont fait découvrir Mozart. Ils m'ont fait découvrir les peintres Borduas et Riopelle. Ce n'est pas vrai qu'on ne nous enseignait rien, qu'on nous enseignait seulement la religion. [...] L'historien rappelle aussi que les Frères, dans la grande majorité, ont été absolument impeccables dans leur relation avec la jeunesse. Il s'agit d'un cas bien documenté, insiste-t-il.»
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[size=85] En rouge, les mots sont les miens. Tout le reste relève de l'article déjà mentionné plus haut.[/size]