par Cinci » mar. 02 juin 2015, 15:36
Il semblerait que l'Algérie serait en voie d'arabisation et même de ré-islamisation. Mais une ré-islamisation teintée, encore, d'une mentalité en adéquation avec la nouvelle orthodoxie rigoriste qui s'impose, et puis culturellement influencée par le wahhabisme. C'est pas bon du tout. Oh que c'est pas bon!
Ce que je pourrais saisir jusqu'ici : le pouvoir serait concentré en Algérie et le régime peu démocratique. Le taux de chômage sur place serait absolument catastrophique. La culture serait salement mise à mal dans le pays, de même que l'expression d'une vie intellectuelle. On pourrait se demander jusqu'à quel point le pouvoir politique local ne favoriserait pas finalement le développement d'un certain islam rigoriste mais anti-frères musulmans, une sorte d'islam capable de prendre en charge la population et un peu au sens où les bonzes de la IIIe République en France, au XIXe siècle, concevaient le rôle de la religion : apprendre aux pauvres les vertus de la résignation, la servilité face aux patrons capitalistes, l'opium du peuple, etc. Il faudrait peut-être ajouter : la religion pour servir de rempart contre des idéologies politiques concurrentes, contre l'opposition politique dans le pays. L'idée étant d'instrumentaliser la religion.
Mon idée
Les riches, grands bourgeois, les «gros», nos capitalistes adorés, nos socialistes français sont les alliés du régime algérien actuel qui représente une clique d'affairistes aussi. Mariage d'intérêts (rente pétrolière, entente stratégique, etc.) Nos socialistes français utilisent facilement
la carte religieuse («nous sommes sympas envers l'islam - venez chez nous, venez et nous construirons ensemble plus de mosquées, nous ne sommes pas des affreux») afin de pouvoir discréditer l'opposition politique potentielle dont le symbole serait une sorte de nationalisme identitaire, un autre réseau d'amis qui n'aimeraient pas les socialistes quoi. Ces socialistes éprouvent le besoin de racoler le vote des musulmans, comme de paraître fournir une caution morale aux intellos français afin qu'ils puissent continuer de faire partie de la clientèle. Le jeu politique serait à peu près le même en Algérie. Le pouvoir algérien doit donner certains gages à nombre de musulmans en Algérie, en bâtissant des mosquées justement.
Dans un article du
Monde diplomatique :
«... pour se débarrasser des mouvements d'opposition, plusieurs régimes, dont ceux d'Anouar El-Sadate et de Hassan II au Maroc, utilisent ainsi les frères musulmans. Sous l'oeil bienveillant des autorités, ces derniers affaiblissent durablement les positions de la gauche, notamment dans les établissements d'enseignement, les universités, les syndicats, etc. Mais les choses ne s'arrêtent pas là. Les régimes vont jusqu'à puiser dans le répertoire des Frères, à la fois pour les satisfaire et leur couper l'herbe sous le pied. Cela concerne non seulement le domaine de la loi (la constitutionnalisation de l'islam, voire de la charia, le statut personnel, des articles du code pénal, etc.) mais également l'éducation (les programmes scolaires) et les médias. Pour couronner le tout, les chefs d'États ne manquent plus aucune occasion de manifester publiquement leur piété (accomplissement des rituels, organisations des cérémonies religieuses, construction d'édifices de culte, etc.) [...]»
Source : Nabil Mouline, «Surrenchères traditionalistes en terre d'islam», Le Monde diplomatique, mars 2015, p.3
Le comportement de l'élite politique en France se comporte comme l'élite oligarchique et politique en Algérie : attitude bienveillante en surface vis à vis les oulémas et spécialistes locaux de l'islam, scrupules à vouloir respecter les fêtes religieuses («Bon ramadan!»), à couper le ruban de la nouvelle mosquée, à respecter les interdits et tout. Il n'empêchera pas l'élite politique française de vouloir parfois lâcher un coup de fusil contre le groupe djihadiste terroriste, tout comme le fait le régime politique algérien aussi.
Hollande, Obama, Bouteflika ... c'est comme «cul et chemise» ... la pression pour une ré-islamisation des sociétés "arabes" ayant beaucoup à voir avec le fait du régime saoudien.
«... après la guerre israélo-arabe de 1967, qui sonne le glas du panarabisme, l'Arabie saoudite augmente son influence. Elle utilise ces organisations (La Ligue islamique mondiale, l'Université islamique de Médine, etc.) pour exporter son islam, et dépense sans compter. Alors que la Ligue islamique mondiale étend ses activités à des dizaines de domaines (construction de mosquées, aide humanitaire, jeunesse, enseignement, fatwas, apprentissage du Coran, etc.). L'université islamique de Médine forme des Saoudiens et des étrangers à porter la «bonne nouvelle» à travers le monde. Depuis sa création en 1961, cette université à produit environ quarante-cinq mille cadres religieux de cent soixante-sept nationalités. Il faut ajouter à cela des milliers d'étudiants étrangers qui passent par d'autres organismes d'enseignement saoudiens, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, et par des réseaux d'enseignement informels. D'autres organismes officiels et officieux et privés ont vu le jour pour répondre à la demande d'un marché du religieux en perpétuelle croissance. Parallèlement aux voies institutionnelles, Riyad finance, généralement en toute discrétion, des individus, des groupes et des organisations qui servent plus ou moins ses desseins. Il aurait ainsi dépensé plus de 4 milliards de dollars pour soutenir les moudjhahidins en Afghanistan durant les années 1980.
En tant que moyen de visibilité et d'expansion de premier ordre, le monde médiatique et virtuel n'échappe pas bien sûr à la vigilance des autorités politico-religieuses du royaume. Il est investi dès les années 1990. Des dizaines de chaînes satellitaires et des centaines de sites Internet éclosent. Les réseaux sociaux sont également pris d'assaut. [...] des millions de brochures, de cassettes, de CD et de livres pieux ont été distribués à travers le monde à des prix modiques, si ce n'est gratuitement, depuis les années 1980.»
Source : idem
En un mot comme en cent : le royaume saoudien agit comme une formidable caisse de résonance propagandiste et plaque tournante financière de l'entreprise religieuse. Toute cette activité prosélyte de fanatiques se traduit par un accroissement de la pression du côté des régimes politiques en terre musulmane. Cette pression devient une composante de la politique internationale, tout comme elle fini par colorer les relations entre les États qui évoluent dans la sphère d'Influence islamique.
Globalement, il s'agit d'une catastrophe politique mondiale. Un véritable désastre et une tragédie sans nom sur le plan de la civilisation.
Il semblerait que l'Algérie serait en voie d'arabisation et même de ré-islamisation. Mais une ré-islamisation teintée, encore, d'une mentalité en adéquation avec la nouvelle orthodoxie rigoriste qui s'impose, et puis culturellement influencée par le wahhabisme. C'est pas bon du tout. Oh que c'est pas bon!
Ce que je pourrais saisir jusqu'ici : le pouvoir serait concentré en Algérie et le régime peu démocratique. Le taux de chômage sur place serait absolument catastrophique. La culture serait salement mise à mal dans le pays, de même que l'expression d'une vie intellectuelle. On pourrait se demander jusqu'à quel point le pouvoir politique local ne favoriserait pas finalement le développement d'un certain islam rigoriste mais anti-frères musulmans, une sorte d'islam capable de prendre en charge la population et un peu au sens où les bonzes de la IIIe République en France, au XIXe siècle, concevaient le rôle de la religion : apprendre aux pauvres les vertus de la résignation, la servilité face aux patrons capitalistes, l'opium du peuple, etc. Il faudrait peut-être ajouter : la religion pour servir de rempart contre des idéologies politiques concurrentes, contre l'opposition politique dans le pays. L'idée étant d'instrumentaliser la religion.
Mon idée
Les riches, grands bourgeois, les «gros», nos capitalistes adorés, nos socialistes français sont les alliés du régime algérien actuel qui représente une clique d'affairistes aussi. Mariage d'intérêts (rente pétrolière, entente stratégique, etc.) Nos socialistes français utilisent facilement [b]la carte religieuse[/b] («nous sommes sympas envers l'islam - venez chez nous, venez et nous construirons ensemble plus de mosquées, nous ne sommes pas des affreux») afin de pouvoir discréditer l'opposition politique potentielle dont le symbole serait une sorte de nationalisme identitaire, un autre réseau d'amis qui n'aimeraient pas les socialistes quoi. Ces socialistes éprouvent le besoin de racoler le vote des musulmans, comme de paraître fournir une caution morale aux intellos français afin qu'ils puissent continuer de faire partie de la clientèle. Le jeu politique serait à peu près le même en Algérie. Le pouvoir algérien doit donner certains gages à nombre de musulmans en Algérie, en bâtissant des mosquées justement.
Dans un article du [i]Monde diplomatique[/i] :
[quote]«... pour se débarrasser des mouvements d'opposition, plusieurs régimes, dont ceux d'Anouar El-Sadate et de Hassan II au Maroc, utilisent ainsi les frères musulmans. Sous l'oeil bienveillant des autorités, ces derniers affaiblissent durablement les positions de la gauche, notamment dans les établissements d'enseignement, les universités, les syndicats, etc. Mais les choses ne s'arrêtent pas là. Les régimes vont jusqu'à puiser dans le répertoire des Frères, à la fois pour les satisfaire et leur couper l'herbe sous le pied. Cela concerne non seulement le domaine de la loi (la constitutionnalisation de l'islam, voire de la charia, le statut personnel, des articles du code pénal, etc.) mais également l'éducation (les programmes scolaires) et les médias. Pour couronner le tout, les chefs d'États ne manquent plus aucune occasion de manifester publiquement leur piété (accomplissement des rituels, organisations des cérémonies religieuses, construction d'édifices de culte, etc.) [...]»
Source : Nabil Mouline, «Surrenchères traditionalistes en terre d'islam», [i]Le Monde diplomatique[/i], mars 2015, p.3 [/quote]
Le comportement de l'élite politique en France se comporte comme l'élite oligarchique et politique en Algérie : attitude bienveillante en surface vis à vis les oulémas et spécialistes locaux de l'islam, scrupules à vouloir respecter les fêtes religieuses («Bon ramadan!»), à couper le ruban de la nouvelle mosquée, à respecter les interdits et tout. Il n'empêchera pas l'élite politique française de vouloir parfois lâcher un coup de fusil contre le groupe djihadiste terroriste, tout comme le fait le régime politique algérien aussi.
Hollande, Obama, Bouteflika ... c'est comme «cul et chemise» ... la pression pour une ré-islamisation des sociétés "arabes" ayant beaucoup à voir avec le fait du régime saoudien.
[quote]«... après la guerre israélo-arabe de 1967, qui sonne le glas du panarabisme, l'Arabie saoudite augmente son influence. Elle utilise ces organisations (La Ligue islamique mondiale, l'Université islamique de Médine, etc.) pour exporter son islam, et dépense sans compter. Alors que la Ligue islamique mondiale étend ses activités à des dizaines de domaines (construction de mosquées, aide humanitaire, jeunesse, enseignement, fatwas, apprentissage du Coran, etc.). L'université islamique de Médine forme des Saoudiens et des étrangers à porter la «bonne nouvelle» à travers le monde. Depuis sa création en 1961, cette université à produit environ quarante-cinq mille cadres religieux de cent soixante-sept nationalités. Il faut ajouter à cela des milliers d'étudiants étrangers qui passent par d'autres organismes d'enseignement saoudiens, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, et par des réseaux d'enseignement informels. D'autres organismes officiels et officieux et privés ont vu le jour pour répondre à la demande d'un marché du religieux en perpétuelle croissance. Parallèlement aux voies institutionnelles, Riyad finance, généralement en toute discrétion, des individus, des groupes et des organisations qui servent plus ou moins ses desseins. Il aurait ainsi dépensé plus de 4 milliards de dollars pour soutenir les moudjhahidins en Afghanistan durant les années 1980.
En tant que moyen de visibilité et d'expansion de premier ordre, le monde médiatique et virtuel n'échappe pas bien sûr à la vigilance des autorités politico-religieuses du royaume. Il est investi dès les années 1990. Des dizaines de chaînes satellitaires et des centaines de sites Internet éclosent. Les réseaux sociaux sont également pris d'assaut. [...] des millions de brochures, de cassettes, de CD et de livres pieux ont été distribués à travers le monde à des prix modiques, si ce n'est gratuitement, depuis les années 1980.»
Source : idem[/quote]
En un mot comme en cent : le royaume saoudien agit comme une formidable caisse de résonance propagandiste et plaque tournante financière de l'entreprise religieuse. Toute cette activité prosélyte de fanatiques se traduit par un accroissement de la pression du côté des régimes politiques en terre musulmane. Cette pression devient une composante de la politique internationale, tout comme elle fini par colorer les relations entre les États qui évoluent dans la sphère d'Influence islamique.
Globalement, il s'agit d'une catastrophe politique mondiale. Un véritable désastre et une tragédie sans nom sur le plan de la civilisation.