par etienne lorant » mer. 07 oct. 2015, 11:23
Chapitre premier - Marioupol
Enfance
Mon premier souvenir date de ma toute petite enfance. J'ai un peu plus de deux ans et demi, ma petite soeur Véra va naître. Je ne le sais pas, naturellement. Mais je me vois debout contre les genoux de mon père qui est assis et qui pleure devant la porte fermée de la chambre de maman. Je me serre contre lui, je fais des efforts pour le consoler; mais on m'emmène chez mon amie Clara, la grande amie de mes premières années, et un peu après on vient m'annoncer que j'ai une petite soeur. Ainsi, la première image qui est restée dans ma mémoire est celle de mon père qui pleurait; la seconde est celle de mon désir de chasser sa peine. C'est peut-être à cause de cela que j'ai toujours eu pour mon père des sentiments de protection, et de compassion presque maternelle.
Cela se passait en Russie, à Marioupol, petite ville au bord de la mer d'Azof. Je sais par ma mère que nous venions de Rostov-sur-le-Don où je suis née et où habitaient ses parents. Je leur étais extrêmement attachée, surtout à mon grand-père. Je n'admettais que lui pour me bercer, méfiante, je tâtais la main au bord du berceau et si ce n'était pas sa main, je pleurais et disais : "Ni papa, ni maman, ni niania, ni grand-mère, Diédouchka seulement doit me bercer !" Lorsque quittant Rostov, nous prîmes le bateau pour Marioupol, où nous devions désormais habiter, j'avais à peine deux ans; cependant, je montrais un chagrin affreux, je pleurais et je demandais que le bateau "se retourne", "afin que nous soyons de nouveau avec grand-père et grand-mère".
Je tiens tout ceci de ma mère. Mes souvenirs personnels sont plus tardifs; ils datent des visites que nous faisions de temps en temps à mes grands-parents, allant par mer, puis par le Don, de Marioupol à Rostov. Dans ces trajets maritimes se trouvent les premières images que j'ai gardées de ce monde: les quais d'embarquement, les bateaux, la mer; et, sur le Don, ce pont qui faisait mon émerveillement parce qu'il s'ouvrait pour laisser entrer notre bateau dans Rostov.
(A suivre)
Chapitre premier - Marioupol
Enfance
[i]Mon premier souvenir date de ma toute petite enfance. J'ai un peu plus de deux ans et demi, ma petite soeur Véra va naître. Je ne le sais pas, naturellement. Mais je me vois debout contre les genoux de mon père qui est assis et qui pleure devant la porte fermée de la chambre de maman. Je me serre contre lui, je fais des efforts pour le consoler; mais on m'emmène chez mon amie Clara, la grande amie de mes premières années, et un peu après on vient m'annoncer que j'ai une petite soeur. Ainsi, la première image qui est restée dans ma mémoire est celle de mon père qui pleurait; la seconde est celle de mon désir de chasser sa peine. C'est peut-être à cause de cela que j'ai toujours eu pour mon père des sentiments de protection, et de compassion presque maternelle.
Cela se passait en Russie, à Marioupol, petite ville au bord de la mer d'Azof. Je sais par ma mère que nous venions de Rostov-sur-le-Don où je suis née et où habitaient ses parents. Je leur étais extrêmement attachée, surtout à mon grand-père. Je n'admettais que lui pour me bercer, méfiante, je tâtais la main au bord du berceau et si ce n'était pas sa main, je pleurais et disais : "Ni papa, ni maman, ni niania, ni grand-mère, Diédouchka seulement doit me bercer !" Lorsque quittant Rostov, nous prîmes le bateau pour Marioupol, où nous devions désormais habiter, j'avais à peine deux ans; cependant, je montrais un chagrin affreux, je pleurais et je demandais que le bateau "se retourne", "afin que nous soyons de nouveau avec grand-père et grand-mère".
Je tiens tout ceci de ma mère. Mes souvenirs personnels sont plus tardifs; ils datent des visites que nous faisions de temps en temps à mes grands-parents, allant par mer, puis par le Don, de Marioupol à Rostov. Dans ces trajets maritimes se trouvent les premières images que j'ai gardées de ce monde: les quais d'embarquement, les bateaux, la mer; et, sur le Don, ce pont qui faisait mon émerveillement parce qu'il s'ouvrait pour laisser entrer notre bateau dans Rostov.
[/i](A suivre)