par Cinci » mar. 29 déc. 2015, 1:50
Je lisais justement hier :
- «... quand on regarde les saints d'autrefois et les saints de notre temps, on s'Imagine parfois que ce n'est pas la même sorte de sainteté. On s'imagine que les saints qui n'ont pas les grandes mortifications d'autrefois n'ont pas d'ascèse. Mais il y a erreur, Il s'agit de se comprendre et on va essayer de se comprendre.
Voyez-vous, devant saint Jean de la Croix, sainte Thèrèse d'Avila, qui sont tellement entiers dans leur enseignement et dans leur vie, on serait porté à dire : ça, c'est une spiritualité pour quelques saints, pour des géants! Mais, voyez-vous, il y a d'autres saints, et pas n'importe qui, qui sont bien moins difficiles à imiter que cela.
Des exemples
Prenez par exemple le doux saint François de Sales et sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, si c'est doux, si c'est fin, tout ce petit monde-là!
Saint François de Sales
Saviez-vous que le doux saint François de Sales, c'était un rude? Un caractère très dur qui a mis trente-deux ans d'efforts pour se corriger. Un jour, quelqu'un a voulu le bousculer, il a dit doucement : s'il vous plaît, ne me faîtes pas fâcher après trente-deux ans que j'essaies de me retenir! Voyez-vous, ça paraît doux mais c'est plein de sacrifices. C'est çà l'idée de l'Évangile. Ce n'est pas nécéssaire de faire des actions éclatantes, de se fouetter, de faire des jeûnes tout le temps, de se coucher par terre! Ce n'est pas ça, mais il faut se fouetter en ce sens qu'il ne faut pas tolérer nos défauts; on s'arrange pour les corriger.
Saint François de Sales, par exemple, a exigé doucement, mais il a exigé beaucoup de sainte Jeanne de Chantal dont il était le directeur. C'était une jeune femme de la noblesse.
Sainte Jeanne de Chantal avait quelques enfants. Or un jour son mari a été tué dans un accident de chasse. Elle ne voulait pas pardonner au meurtrier. Saint François de Sales l'appelait «ma Philotée» , ça veut dire : toi qui aime le Bon Dieu. Saint François disait donc :
- Ma Philotée, vous savez que le Bon Dieu veut que l'on pardonne? Vous allez pardonner gentiment, pour faire ce que Notre Seigneur demande.
- Monseigneur, ne me demandez pas ça!
Il est arrivé un jour avec un monsieur :
- Madame, je vous présente monsieur Untel.
Elle a tendu sa petite main gantée ... Ça veut bien une .«discipline» ou un jêune! C'est quelque chose de sérieux et c'est l'Évangile.
Vous comprenez que ce n'est pas toujours du côté de la chair, du côté du manger qu'on va faire quelque chose pour le Seigneur. Il faut se renoncer surtout dans ce qui peut être une occasion de défaut, ou de péché.
Thérèse de l'Enfant-Jésus
Petite Thérèse de l'Enfant-Jésus, elle, demandait que l'on se rende au bout de ses forces. La force, c'est sa caractéristique. Elle y est allée au bout de ses forces! A vingt-quatre ans elle était malade de la tuberculose pour en mourir; elle en crachait le sang. Elle n'a même pas demandée à être exemptée de l'office de nuit. La nuit, les soeurs se levaient pour l'office à la chapelle. Elle n'a même pas demandé de dispense, bien qu'elle était tellement souffrante et tellement faible que ça lui prenait une heure et demie pour s'habiller. Pour être fidèle jusqu'au bout, elle a fait ces sacrifices-là. Elle a cessé quand elle est tombée. Ça aussi c'est quelque chose de fort. Ce n'est pas des coups de fouet ou des jeûnes, mais vous voyez qu'elle a marché sur son caractère.
Ascèse selon les époques
Comment se fait-il qu'il faille user de sagesse et pour faire des adaptations de nos jours? Voyez-vous, ce n'est plus du tout le même public, le public de sainte Therèse d'Avila, le public de saint François de Sales, celui de la petite Thérèse et le nôtre.
L'Espagne du XVIe siècle
Au temps de sainte Thérèse, en Espagne, il n'y avait pas de danger pour la foi, la foi était protégée! Tout le monde avait la foi, je crois bien, car ceux qui ne l'avaient pas on les tuaient : crois ou meurs! Le pire, ce n'était pas la foi, car ils l'avaient la foi! Oû était donc le péché? C'était dans les sens, Ces gens étaient très sensuels. Il y avait des viveurs, des libertins qui étaient connus partout, ils ne se cachaient même pas. Pourtant, ce monde-là, savez-vous de quoi ils parlaient dans les veillées? Pensez-vous qu'ils parlaient de sexe? Pas de danger! On avait la foi! On parlait d'apparitions, de mystique, de choses spirituelles.
On faisait de l'illuminisme. L'illuminisme c'est la manie de voir de l'extraordinaire partout. C'est le jeu de toujours ramasser ce qu'il y a de plus extraordinaire dans la vie, puis de se faire une sorte de point d'honneur d'utiliser tout ça. C'était le danger dans ce temps-là. Comment vouliez-vous les corriger? Dites-leur : «ayez la foi!», ils l'avaient. «Vous ne connaissez pas le Bon Dieu», ils le connaissaient. Ils en parlaient tout le temps, mais ça ne les corrigeaient pas. Ça ne les empêchaient pas de pécher. Alors quoi faire?
Il y avait des pénitences dures, des grosses pénitences. Dans les couvents de ce temps-là, savez-vous combien de temps durait le Carême? Ça commençait le 14 septembre et ça finissait avec la Pentecôte. Plus de la moitié de l'année! C'était dur. Dans les couvents, il y avait des cachots. Sainte Thérèse disait à celles qui seront supérieures après elle : mes soeurs, la règle ne vous permet pas de mettre une soeur au cachot plus de trois jours de suite. Il faut dire que c'était pareil dans d'autres couvents. Par exemple, dans un couvent d'hommes à Tolède, on y a mis saint Jean de la Croix pendant neuf mois. C'était un siècle très dur. Alors, pour réaliser la mortification ou l'ascèse, il fallait quelque chose de dur.
[...]
La vie contemporaine
De là, on en arrive à la France actuelle, le monde contemporain, commençant avec Thérèse de l'Enfant-Jésus. On pourrait bien poser la question : est-ce que le mal, c'est la sensualité? Peut-être qu'elle compte beaucoup dans la balance, mais il semble bien que le mal actuel ce n'est pas encore ça. C'est pire que ça. Le mal de notre siècle, c'est la raison déifiée et athée. On n'a pas besoin du Bon Dieu, c'est nous autres le Bon Dieu. C'est la tentation du Paradis terrestre. C'est même la tentation d'avant le Paradis terrestre, avec Lucifer qui voulait être dieu à la place du Bon Dieu. C'est ça actuellement : vous serez comme des dieux. Il y en a qui le promettent. C'est Satan qui parle par leur bouche. Vous serez comme des dieux!
Alors on se fiche de tout, on se fiche du pape, de l'Église catholique, des sacrements, de la prière, on se fiche de tout ... parce qu'on est dieu. C'est ça qui est le grand bobo du siècle. C'est terrible! C'est pire que la sensualité, bien pire! Alors il faut un remède.
Réponse de sainte Thérèse de Lisieux
C'est la petite Thérèse qui arrive avec son remède : ascèse de pureté de coeur. Vous ne voulez pas jeûner? Vous n'êtes pas capables de faire abstinence? Vous ne voulez pas marcher pour aller à la messe? Vous êtes à côté de l'église et vous trouvez ça loin? Vous êtes fatigués, vous dormez à l'église, vous n'êtes plus capable de rien faire? Êtes-vous capables au moins d'offrir au Bon Dieu les petites choses qui vous restent encore? Offrez au moins la pureté de votre coeur, la mortification de l'orgueil. Puis elle arrive avec sa voix d'«enfance spirituelle» qui est une affaire d'humilité et de confiance en Dieu. On n'est pas le Bon Dieu bien sûr! Confiance dans le Bon Dieu ... le vrai Bon Dieu, on en a besoin. C'est la réponse.
[...]
De même qu'au cours des siècles l'ensemble du peuple s'est adapté, l'Église s'adapte. Vous avez vu l'effort très grand que l'Église catholique a fait avec le concile Vatican II? Nous avons vu toutes les réactions, les bouleversements que cela a produit. Mais il ne faut pas oublier que c'était une inspiration que le Seigneur donnait à Jean XXIII et à Paul VI, il fallait adapter l'Église à notre temps. Mais il y en a qui ont mal compris. Ils ont voulu adapter l'Église aux vices et aux misères de notre temps, et ça c'est faux! Ce qu'il fallait c'est adapter l'expression de l'Évangile aux gens de notre temps, mais beaucoup dans l'Église se sont trompés, et ils ont fait voir un concile affreux. En tout cas, le concile c'est une adaptation. Ça va se tasser. L'adaptation est nécéssaire. Au cours des siècles, on ne peut pas vivre la même chose tout le temps. Les ordres religieux s'adaptent aussi.
[...]
Si je vous disais que chez nous, les Rédemptoristes, quand ça été fondé, c'était bien marqué dans la règle que lorsque nous irions prêcher, il faudrait toujours aller à pied ou à cheval. Je vous avoue que je n'observe pas ça. Il a fallu ôter ça de la règle. Notre soutane était faite sans boutons, juste deux agrafes au collet. On sautait à cheval et la soutane tombait de chaque côté. on sautait en bas, elle retombait en place. C'était une soutane pour aller à cheval que nous avions! La règle nous demandait aussi d'amener notre paillasse chaque fois qu'on allait prêcher. Je n'ai pas fait ça une fois. Il faut donc faire des adaptations. Les voyages ne sont pas ce qu'ils étaient. Les habitations ne le sont pas non plus, ni les vêtements. Ou encore ça ne peut pas être la même chose pour les heures : se coucher à huit heure et demie, on ne peut faire ça avec les oeuvres qu'on a. Nos oeuvres, c'est le soir qu'on doit les faire; si on veille tard le soir, on ne peut pas se lever à quatre heure et demie le matin.
Ascèse progressive
Thérèse nous demande de grandes choses, comme l'Évangile d'ailleurs. Jésus n'a-t-il pas dit :«Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même» (Mt 8,34) Seulement, nous ne sommes pas obligés de faire ça tout d'un coup. On ne peut pas tout demander aux petits enfants. On veut leur enseigner tout, mais on commence tranquillement; petit à petit on ira plus loin. Il doit y avoir une progression dans notre ascèse. Parfois il y a trop de progression, c'est trop bousculé. Alors ça ne colle pas. Je vous donne un exemple.
Je suppose une personne qui veut commencer son carême : bon, le carême s'en vient, qu'est-ce que je vais faire? Tiens, je viens de penser à une affaire ... je vais aller à la messe sur semaine, je n'y allais pas. Cette personne commence à se lever le matin pour aller à la messe. Bon, premier matin, le mercredi des cendres, ça force; la levée du corps n'est pas facile. Bon, en tout cas, elle est allée à la messe. Le lendemain, encore, puis encore; on arrive au dimanche. Allons! Il y a encore six semaines comme ça, serai-je capable de tenir? Endure! Essaye, compte les jours; ... puis un beau midi, c'est Samedi Saint, Alléluia! le carême s'en va!
Pensez-vous que cette personne est prête à recommencer l'année suivante? Comme on dit, elle ne se fera «poigner» deux fois. Pourtant, elle aurait pu progresser, elle n'a pas progressé, elle a reculé.
Elle aurait pu faire comme cette autre qui se dit : je ne suis pas accoutumée, c'est peut-être un peu fort. Je suis dormeuse le matin, je vais essayer une ou deux fois par semaine, je pense que je suis capable de faire ça. Le carême passe ... Après le carême elle réalise : sais-tu? j'ai pris l'habitude, je peux continuer de même toute l'année. Et toute l'année ça continue comme ça.
[...]
Thérèse a été jusqu'à désapprouver son confesseur, maître Daza, qu'elle jugeait trop absolu avec elle. Moi je pense qu'il faut excuser un peu ce bon prêtre, car vous comprenez que ce n'est pas tous les jours qu'un prêtre au confessionnal, entend quelque chose comme ceci :
- Mon père, il faut que je vous dise que le Seigneur m'a donné plusieurs visions.
-Oui? ... vous avez des visions, vous?
- Oui, et il faut le dire, j'ai eu des extases.
- Ah? vous avez des extases? Eh bien, écoutez un peu , je ne vous manquerai pas!
Puis quand il arrive à la pénitence, il lui en donne toute une! Sainte Thérèse dit : «Je ne me sentais pas la force de pratiquer immédiatement une si haute perfection.» Pourtant c'était sainte Thérèse. Il était trop dur avec elle. Elle dit : «Les moyens qu'Il me proposait ... étaient pour une âme plus parfaite que la mienne.» C'est beau d'avoir des visions, mais ça ne lui donnait pas plus de force à elle. Il n'avait pas compris ça. Et Thérèse dit :«Je crois que si je n'avais eu d'autres guides, je crois que mon âme n'aurait jamais réalisé le moindre progrès.»
Sur Thérèse de Lisieux
Elle était plutôt douce et elle prêchait la miséricorde et la condescendance. En effet, au Carmel, c'étaient des gens qui avaient avant tout une science de l'amour.
N'oubliez pas ceci : se mortifier, c'est une grande chose, mais ce n'est pas un absolu. L'amour parfait, la sainteté, c'est par la prière que vous y arriverez; mais vous serez bloqués s'Il n'y a pas de mortification. Donc, s'Il n'y a pas de blocage, ça ira tout droit par la prière à l'amour. La mortification est une nécessité, mais ce n'est pas un absolu.»
Source : P. Oliva-Marie Gignac, Cours de vie intérieur - volume 1, pp.169-180
Je lisais justement hier :
[list]«... quand on regarde les saints d'autrefois et les saints de notre temps, on s'Imagine parfois que ce n'est pas la même sorte de sainteté. On s'imagine que les saints qui n'ont pas les grandes mortifications d'autrefois n'ont pas d'ascèse. Mais il y a erreur, Il s'agit de se comprendre et on va essayer de se comprendre.
Voyez-vous, devant saint Jean de la Croix, sainte Thèrèse d'Avila, qui sont tellement entiers dans leur enseignement et dans leur vie, on serait porté à dire : ça, c'est une spiritualité pour quelques saints, pour des géants! Mais, voyez-vous, il y a d'autres saints, et pas n'importe qui, qui sont bien moins difficiles à imiter que cela.
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Des exemples[/b]
Prenez par exemple le doux saint François de Sales et sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, si c'est doux, si c'est fin, tout ce petit monde-là!
Saint François de Sales
Saviez-vous que le doux saint François de Sales, c'était un rude? Un caractère très dur qui a mis trente-deux ans d'efforts pour se corriger. Un jour, quelqu'un a voulu le bousculer, il a dit doucement : s'il vous plaît, ne me faîtes pas fâcher après trente-deux ans que j'essaies de me retenir! Voyez-vous, ça paraît doux mais c'est plein de sacrifices. C'est çà l'idée de l'Évangile. Ce n'est pas nécéssaire de faire des actions éclatantes, de se fouetter, de faire des jeûnes tout le temps, de se coucher par terre! Ce n'est pas ça, mais il faut se fouetter en ce sens qu'il ne faut pas tolérer nos défauts; on s'arrange pour les corriger.
Saint François de Sales, par exemple, a exigé doucement, mais il a exigé beaucoup de sainte Jeanne de Chantal dont il était le directeur. C'était une jeune femme de la noblesse.
Sainte Jeanne de Chantal avait quelques enfants. Or un jour son mari a été tué dans un accident de chasse. Elle ne voulait pas pardonner au meurtrier. Saint François de Sales l'appelait «ma Philotée» , ça veut dire : toi qui aime le Bon Dieu. Saint François disait donc :
- Ma Philotée, vous savez que le Bon Dieu veut que l'on pardonne? Vous allez pardonner gentiment, pour faire ce que Notre Seigneur demande.
- Monseigneur, ne me demandez pas ça!
Il est arrivé un jour avec un monsieur :
- Madame, je vous présente monsieur Untel.
Elle a tendu sa petite main gantée ... Ça veut bien une .«discipline» ou un jêune! C'est quelque chose de sérieux et c'est l'Évangile.
Vous comprenez que ce n'est pas toujours du côté de la chair, du côté du manger qu'on va faire quelque chose pour le Seigneur. Il faut se renoncer surtout dans ce qui peut être une occasion de défaut, ou de péché.
Thérèse de l'Enfant-Jésus
Petite Thérèse de l'Enfant-Jésus, elle, demandait que l'on se rende au bout de ses forces. La force, c'est sa caractéristique. Elle y est allée au bout de ses forces! A vingt-quatre ans elle était malade de la tuberculose pour en mourir; elle en crachait le sang. Elle n'a même pas demandée à être exemptée de l'office de nuit. La nuit, les soeurs se levaient pour l'office à la chapelle. Elle n'a même pas demandé de dispense, bien qu'elle était tellement souffrante et tellement faible que ça lui prenait une heure et demie pour s'habiller. Pour être fidèle jusqu'au bout, elle a fait ces sacrifices-là. Elle a cessé quand elle est tombée. Ça aussi c'est quelque chose de fort. Ce n'est pas des coups de fouet ou des jeûnes, mais vous voyez qu'elle a marché sur son caractère.
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Ascèse selon les époques[/b]
Comment se fait-il qu'il faille user de sagesse et pour faire des adaptations de nos jours? Voyez-vous, ce n'est plus du tout le même public, le public de sainte Therèse d'Avila, le public de saint François de Sales, celui de la petite Thérèse et le nôtre.
L'Espagne du XVIe siècle
Au temps de sainte Thérèse, en Espagne, il n'y avait pas de danger pour la foi, la foi était protégée! Tout le monde avait la foi, je crois bien, car ceux qui ne l'avaient pas on les tuaient : crois ou meurs! Le pire, ce n'était pas la foi, car ils l'avaient la foi! Oû était donc le péché? C'était dans les sens, Ces gens étaient très sensuels. Il y avait des viveurs, des libertins qui étaient connus partout, ils ne se cachaient même pas. Pourtant, ce monde-là, savez-vous de quoi ils parlaient dans les veillées? Pensez-vous qu'ils parlaient de sexe? Pas de danger! On avait la foi! On parlait d'apparitions, de mystique, de choses spirituelles.
On faisait de l'illuminisme. L'illuminisme c'est la manie de voir de l'extraordinaire partout. C'est le jeu de toujours ramasser ce qu'il y a de plus extraordinaire dans la vie, puis de se faire une sorte de point d'honneur d'utiliser tout ça. C'était le danger dans ce temps-là. Comment vouliez-vous les corriger? Dites-leur : «ayez la foi!», ils l'avaient. «Vous ne connaissez pas le Bon Dieu», ils le connaissaient. Ils en parlaient tout le temps, mais ça ne les corrigeaient pas. Ça ne les empêchaient pas de pécher. Alors quoi faire?
Il y avait des pénitences dures, des grosses pénitences. Dans les couvents de ce temps-là, savez-vous combien de temps durait le Carême? Ça commençait le 14 septembre et ça finissait avec la Pentecôte. Plus de la moitié de l'année! C'était dur. Dans les couvents, il y avait des cachots. Sainte Thérèse disait à celles qui seront supérieures après elle : mes soeurs, la règle ne vous permet pas de mettre une soeur au cachot plus de trois jours de suite. Il faut dire que c'était pareil dans d'autres couvents. Par exemple, dans un couvent d'hommes à Tolède, on y a mis saint Jean de la Croix pendant neuf mois. C'était un siècle très dur. Alors, pour réaliser la mortification ou l'ascèse, il fallait quelque chose de dur.
[...]
La vie contemporaine
De là, on en arrive à la France actuelle, le monde contemporain, commençant avec Thérèse de l'Enfant-Jésus. On pourrait bien poser la question : est-ce que le mal, c'est la sensualité? Peut-être qu'elle compte beaucoup dans la balance, mais il semble bien que le mal actuel ce n'est pas encore ça. C'est pire que ça. Le mal de notre siècle, c'est la raison déifiée et athée. On n'a pas besoin du Bon Dieu, c'est nous autres le Bon Dieu. C'est la tentation du Paradis terrestre. C'est même la tentation d'avant le Paradis terrestre, avec Lucifer qui voulait être dieu à la place du Bon Dieu. C'est ça actuellement :[i] vous serez comme des dieux[/i]. Il y en a qui le promettent. C'est Satan qui parle par leur bouche. Vous serez comme des dieux!
Alors on se fiche de tout, on se fiche du pape, de l'Église catholique, des sacrements, de la prière, on se fiche de tout ... parce qu'on est dieu. C'est ça qui est le grand bobo du siècle. C'est terrible! C'est pire que la sensualité, bien pire! Alors il faut un remède.
Réponse de sainte Thérèse de Lisieux
C'est la petite Thérèse qui arrive avec son remède : ascèse de pureté de coeur. Vous ne voulez pas jeûner? Vous n'êtes pas capables de faire abstinence? Vous ne voulez pas marcher pour aller à la messe? Vous êtes à côté de l'église et vous trouvez ça loin? Vous êtes fatigués, vous dormez à l'église, vous n'êtes plus capable de rien faire? Êtes-vous capables au moins d'offrir au Bon Dieu les petites choses qui vous restent encore? [u]Offrez au moins la pureté de votre coeur, la mortification de l'orgueil.[/u] Puis elle arrive avec sa voix d'«enfance spirituelle» qui est une affaire d'humilité et de confiance en Dieu. On n'est pas le Bon Dieu bien sûr! Confiance dans le Bon Dieu ... le vrai Bon Dieu, on en a besoin. C'est la réponse.
[...]
De même qu'au cours des siècles l'ensemble du peuple s'est adapté, l'Église s'adapte. Vous avez vu l'effort très grand que l'Église catholique a fait avec le concile Vatican II? Nous avons vu toutes les réactions, les bouleversements que cela a produit. Mais il ne faut pas oublier que c'était une inspiration que le Seigneur donnait à Jean XXIII et à Paul VI, il fallait adapter l'Église à notre temps. Mais il y en a qui ont mal compris. Ils ont voulu adapter l'Église aux vices et aux misères de notre temps, et ça c'est faux! Ce qu'il fallait c'est adapter l'expression de l'Évangile aux gens de notre temps, mais beaucoup dans l'Église se sont trompés, et ils ont fait voir un concile affreux. En tout cas, le concile c'est une adaptation. Ça va se tasser. L'adaptation est nécéssaire. Au cours des siècles, on ne peut pas vivre la même chose tout le temps. Les ordres religieux s'adaptent aussi.
[...]
Si je vous disais que chez nous, les Rédemptoristes, quand ça été fondé, c'était bien marqué dans la règle que lorsque nous irions prêcher, il faudrait toujours aller à pied ou à cheval. Je vous avoue que je n'observe pas ça. Il a fallu ôter ça de la règle. Notre soutane était faite sans boutons, juste deux agrafes au collet. On sautait à cheval et la soutane tombait de chaque côté. on sautait en bas, elle retombait en place. C'était une soutane pour aller à cheval que nous avions! La règle nous demandait aussi d'amener notre paillasse chaque fois qu'on allait prêcher. Je n'ai pas fait ça une fois. Il faut donc faire des adaptations. Les voyages ne sont pas ce qu'ils étaient. Les habitations ne le sont pas non plus, ni les vêtements. Ou encore ça ne peut pas être la même chose pour les heures : se coucher à huit heure et demie, on ne peut faire ça avec les oeuvres qu'on a. Nos oeuvres, c'est le soir qu'on doit les faire; si on veille tard le soir, on ne peut pas se lever à quatre heure et demie le matin.
Ascèse progressive
Thérèse nous demande de grandes choses, comme l'Évangile d'ailleurs. Jésus n'a-t-il pas dit :«Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même» (Mt 8,34) Seulement, nous ne sommes pas obligés de faire ça tout d'un coup. On ne peut pas tout demander aux petits enfants. On veut leur enseigner tout, mais on commence tranquillement; petit à petit on ira plus loin. Il doit y avoir une progression dans notre ascèse. Parfois il y a trop de progression, c'est trop bousculé. Alors ça ne colle pas. Je vous donne un exemple.
Je suppose une personne qui veut commencer son carême : bon, le carême s'en vient, qu'est-ce que je vais faire? Tiens, je viens de penser à une affaire ... je vais aller à la messe sur semaine, je n'y allais pas. Cette personne commence à se lever le matin pour aller à la messe. Bon, premier matin, le mercredi des cendres, ça force; la levée du corps n'est pas facile. Bon, en tout cas, elle est allée à la messe. Le lendemain, encore, puis encore; on arrive au dimanche. Allons! Il y a encore six semaines comme ça, serai-je capable de tenir? Endure! Essaye, compte les jours; ... puis un beau midi, c'est Samedi Saint, Alléluia! le carême s'en va!
Pensez-vous que cette personne est prête à recommencer l'année suivante? Comme on dit, elle ne se fera «poigner» deux fois. Pourtant, elle aurait pu progresser, elle n'a pas progressé, elle a reculé.
Elle aurait pu faire comme cette autre qui se dit : je ne suis pas accoutumée, c'est peut-être un peu fort. Je suis dormeuse le matin, je vais essayer une ou deux fois par semaine, je pense que je suis capable de faire ça. Le carême passe ... Après le carême elle réalise : sais-tu? j'ai pris l'habitude, je peux continuer de même toute l'année. Et toute l'année ça continue comme ça.
[...]
Thérèse a été jusqu'à désapprouver son confesseur, maître Daza, qu'elle jugeait trop absolu avec elle. Moi je pense qu'il faut excuser un peu ce bon prêtre, car vous comprenez que ce n'est pas tous les jours qu'un prêtre au confessionnal, entend quelque chose comme ceci :
- Mon père, il faut que je vous dise que le Seigneur m'a donné plusieurs visions.
-Oui? ... vous avez des visions, vous?
- Oui, et il faut le dire, j'ai eu des extases.
- Ah? vous avez des extases? Eh bien, écoutez un peu , je ne vous manquerai pas!
Puis quand il arrive à la pénitence, il lui en donne toute une! Sainte Thérèse dit : «Je ne me sentais pas la force de pratiquer immédiatement une si haute perfection.» Pourtant c'était sainte Thérèse. Il était trop dur avec elle. Elle dit : «Les moyens qu'Il me proposait ... étaient pour une âme plus parfaite que la mienne.» C'est beau d'avoir des visions, mais ça ne lui donnait pas plus de force à elle. Il n'avait pas compris ça. Et Thérèse dit :«Je crois que si je n'avais eu d'autres guides, je crois que mon âme n'aurait jamais réalisé le moindre progrès.»
Sur Thérèse de Lisieux
Elle était plutôt douce et elle prêchait la miséricorde et la condescendance. En effet, au Carmel, c'étaient des gens qui avaient avant tout une science de l'amour.
N'oubliez pas ceci : se mortifier, c'est une grande chose, mais ce n'est pas un absolu. L'amour parfait, la sainteté, c'est par la prière que vous y arriverez; mais vous serez bloqués s'Il n'y a pas de mortification. Donc, s'Il n'y a pas de blocage, ça ira tout droit par la prière à l'amour. La mortification est une nécessité, mais ce n'est pas un absolu.»
Source : P. Oliva-Marie Gignac, [i]Cours de vie intérieur[/i] - volume 1, pp.169-180 [/list]